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Partout dans le monde la bourgeoisie fait lourdement payer aux peuples leurs réactions de colère.

Il faut bien comprendre qu’elle est aux abois car elle sait pertinemment que son système est en panne.

L’argent qui s’accumule dans la sphère financière montre bien que plutôt que de s’investir dans la production où les rendements deviennent décroissants, il s’investit dans des montages financiers énormes.

La situation que nous vivons est celle d’une crise structurelle du capitalisme.

Rien à voir avec les années 60.

Il n’y a donc qu’une seule solution : faire une révolution politique qui chasse du pouvoir cette bourgeoisie .

Nous aurons dans les mois et les années à venir des morts et des blessés en nombre car la colère n’en est qu’à ses débuts.

Le peuple cherche à s’organiser mais c’est encore la confusion.

Il y aura du sang et des larmes avant que la révolution ne soit victorieuse. Mais c’est notre destinée.

La bourgeoisie a fait son temps.

Le nôtre est venu.

Bureau de RC

(Communiqué du 15 février 2019)

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Suite de l’article du Collectif Lieux Communs


Que s’est-il pensé ?

Ce texte ne donne pas, volontairement, dans la nuance des termes pour nous qualifier, nous pré­férons nous auto qualifier d’Arabes, tout simplement, comme le font tous les Arabes, immigrés y compris, entre amis, dans la famille, entre inconnus etc… Enta ’arbi ?, T’es arabe ?, demande-t-on à l’inconnu(e), dès que des traits physiques ou des paroles révèlent nos origines, prélude à une certaine connivence à la fois bien réelle et complètement fantasmée. Depuis des décennies, la surenchère d’ouvrages de sociologie ou d’essais politiques jouant avec les termes pour nous (dis)qualifier n’ont eu pour effets que de faire diversion par rapport aux vraies questions qui se posent à nous, et dont nous prétendons poser ici quelques jalons. Ces bavardages de sociologues de salon, pour qui le qualificatif d’« Arabe » est quasiment et généralement perçu comme une in­sulte [ou plutôt une infirmité], ne nous aident en rien dans la réflexion sur l’immigration maghrébine, malgré toute l’urgence des problèmes qu’elle soulève et qu’il faudra bien un jour regarder d’un point de vue émancipateur. Arabe, donc. Le terme est aussi impropre que n’importe quel autre, et de multiples façons – d’abord parce que les descendants des arabes colonisant le Maghreb berbère sont rares… Mais il est aussi pertinent puisqu’il répond à la réalité telle que les gens la vivent, et à laquelle l’islamisme donne de plus en plus un seul, et unique, sens.

Les discours des extrêmes droites, nationales ou islamiques, qui nous voient comme des conqué­rants et des fanatiques en puissance, ou encore celui des régnants et des possédants, pour qui nous sommes une main-d’œuvre bon marché exploitable à loisir et manipulable à souhait en fonction des aléas diplomatiques et des nécessités économiques, sont connus et rodés. Un silence gêné entoure celui de l’extrême gauche qui nous voit comme des victimes, éventuellement révo­lutionnaires, et dans tous les cas comme faire-valoir de ses pseudo-généreux élans. Or, nous voir ainsi, c’est nous considérer d’abord comme des êtres humains totalement passifs, ballottés et dominés contre notre gré (même si évidemment, selon une vision bien rousseauiste, « c’est pour notre bien »), c’est nous voir ensuite comme les porteurs de la pureté populaire, éventuellement révolutionnaire, qui s’ignorent comme tels et qu’il suffit d’éclairer et de guider. Tous ces discours ont pour but de nous assujettir aux figures coloniales du « bon » ou du « mauvais sauvage » qu’en tant qu’ex-colonisés – et ex-colonisateurs ! – nous portons en nous.

En tant que militants de l’émancipation des individus et des peuples, mais aussi en tant qu’Arabes, nous nous sentons doublement insultés par ces discours et refusons de céder à la domination et à la manipulation, quelle qu’en soit l’origine.

Le déni de l’acculturation

Un autre mythe voudrait que tout immigré ait été arraché à sa terre natale par la force et la vio­lence. Or, hormis l’immigration musclée au lendemain de la Seconde guerre mondiale et le cas de réfugiés politiques – qui ne se soucient guère des dangers qui pèsent, ici aussi, sur nos libertés menacées – la quasi-totalité des immigrés arabes (ou pas, d’ailleurs) en France sont des gens appartenant aux classes moyennes, petites-bourgeoises et aisées de leur pays d’origine : ils ne sont ni paysans sans terre, ni ouvriers journaliers, ni chômeurs ruraux, ni persécutés. Et d’autre part ils sont venus de leur plein gré. C’est le cas depuis plus de quarante ans, et c’est le cas de nos parents ; ce qui les a poussés à quitter leur pays à la fin des années 1960 n’est ni la guerre, ni la famine, ni une catastrophe naturelle – à moins de considérer les jeunes indépendances de l’Afrique du Nord comme telle. Et c’est le cas le plus courant. Sans doute nous dira-t-on que l’im­migration est un des mécanismes du capitalisme – c’est bien ce dont nous voulons parler.

Que fuyaient donc nos parents quand ils ont quitté leur pays, souvent après les indépendances ? Pourquoi n’y sont-ils pas restés, en femmes et en hommes libres, pour bâtir une société libre ? Et pourquoi sont-ils venus en France, rallier le colonisateur vaincu ? Peut-être parce qu’ils avaient d’excellentes raisons de se méfier du rapport des Arabes au pouvoir politique, tant ce dernier est traditionnellement et historiquement marqué par l’atavisme autocratique ; peut-être aussi par désir de s’arracher à une domination familiale ou villageoise étouffante, ou encore parce que la France les fascinait, bien qu’ils eussent été dominés par cette dernière, etc. Les raisons sont multiples et plus ou moins avouables. Les poser et examiner calmement les réponses permet surtout d’attaquer un autre mythe fondateur, celui de la figure de l’immigré pantin manipulable et mesquin, misérable, baladé par les puissants, [mythe singulièrement relayé et porté à son paroxysme par les gauchistes et autres tiers-mondistes démagogiques depuis les années 80.]

Pas d’histoire, masque d’Occident

Ce mythe-là est coriace. Il est colportée à la fois par les visions racistes et victimaires (on va voir là encore comment ces deux visions se rejoignent en une seule) et relayé par une grande partie des intéressés eux-mêmes ; il consiste à faire porter l’échec des pays décolonisés entièrement au colonisateur. Notre propos n’est pas ici de faire le bilan des décolonisations et de la responsabilité première des peuples décolonisés dans l’échec de ces dernières. Mais il faut tout de même dénoncer les analyses belliqueuses, démagogiques et discriminatoires, qui imputent l’entière responsabilité de ces échecs aux Occidentaux. Ces positions sont non seulement fausses, mais aussi fondamentalement racistes anti-arabes, bien qu’elles soient trop souvent défendues par les maghrébins et les musulmans eux-mêmes. Elles confortent une idéologie selon laquelle il n’y au­rait qu’un peuple et un seul : ici, en l’occurrence, le peuple occidental, non seulement capable de faire son Histoire mais capable de faire et de défaire entièrement celle d’un autre – ici, le peuple arabe – réduit à l’impuissance politique par on ne sait quelle mystérieuse tare.

Ce genre d’idéologie porte un nom : c’est du racisme.

Ce type de positions est une insulte aux femmes arabes d’hier et aux luttes autonomes qu’elles ont menées pour leur libération, sur lesquelles nous nous appuyons aujourd’hui pour poursuivre ce combat. Car ces luttes féministes arabes, dont les prémisses remontent au tout début du XIXe siècle, sont le fruit d’influences littéraires occidentales et non de pressions – fait indéniable en ce qui concerne les pays du cœur arabo-musulman et relatif en ce qui concerne ceux du Maghreb. C’est oublier que ces femmes sont les seules des trois catégories de personnes discriminées par la Loi coranique à s’être libérées – pour une part – de leur statut d’infériorité, là où les esclaves et les non-musulmans doivent leur libération uniquement aux pressions européennes. C’est aussi miner, au passage, les luttes actuelles face à la détérioration du statut de la femme et des non-musul­mans. C’est enfin et surtout mépriser tout ceux qui ont lutté pour ces décolonisations, pour que leurs peuples prenne leur destinée en main, et tout ceux qui se lèvent et meurent actuellement en Syrie, ceux qui se battent aujourd’hui pour la défense de la laïcité en Tunisie et en Egypte, parfois au péril de leur vie et de celles de leurs proches, ou encore ceux qui se sont levés hier dans d’autres pays arabes pour faire tomber leurs dictateurs.

Cachez cet Arabe que je ne saurais voir

Est-ce par peur d’être déçus par les motivations de ceux que certains voudraient voir comme les nouveaux sujets révolutionnaires de l’Histoire que ces questions sont bannies au sein de toutes les organisations d’extrême gauche ? Pourtant, il vaut mieux le savoir, les immigrés arabes ne sont ni plus ni moins anticapitalistes que qui que ce soit. Ce qui les attire en France, c’est la liberté, et avant tout la liberté de consommer, de s’enrichir, voire d’entreprendre. Ils n’ont bien souvent aucun espoir de voir émerger celle-ci dans leur pays d’origine où le pouvoir est traditionnellement corrompu. La liberté de commercer et de consommer n’y est accessible qu’à une petite minorité du cénacle des dirigeants et de leurs affiliés, et cela est d’autant plus sensible en période de crise économique. La majeure partie, pour ne pas dire la quasi-totalité des immigrés arabes se fichent de défendre l’héritage en ruine des grandes luttes émancipatrices de l’Occident. De ce point de vue, ils ne se distinguent en rien de la majorité de la population française à laquelle ils sont parfaitement intégrés. La perspective d’une participation plus ou moins importante au festin ca­pitaliste que promettaient les Trente Glorieuses – et que met à mort la crise économique actuelle – motive en grande partie leur exil vers la France. Le confort matériel et la richesse technologique de l’Occident fascinent les maghrébins comme le reste de l’humanité qui en est privée.

Si les immigrés ont pu apprécier le climat de liberté et l’ambiance relativement égalitaire qui règne en France, provenant de sociétés traditionnelles à fort contrôle social, il semble que ce climat ne leur convient plus – et pour cause : il est moribond. L’Occident, de plus en plus avec le temps, n’invite les immigrés qu’à certaines formes d’intégrations économiques, auxquelles ceux-ci adhèrent avec plus ou moins de facilité en fonction de leurs origines.

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Portrait du néo-ex-colonisé

L’Arabe immigré moyen n’a aucun problème ni avec l’injustice sociale, ni avec l’autoritarisme, ni avec le sexisme du moment qu’il n’en est pas immédiatement victime. Ce sont là des lieux com­muns admis entre nous. Si vous lui dites que ce n’est pas juste qu’il y ait des pauvres et des riches sur terre, il vous dira « non, ce n’est pas juste mais, Allah ghélab – La volonté de Dieu est puis­sante –, ça a toujours été comme ça dans l’Histoire de l’humanité » ; si vous lui signalez que ce n’est pas juste qu’il y ait un chef auquel on doive se soumettre aveuglément, il vous répondra : « il en faut toujours un, sinon c’est la fitna (le chaos) » ; si vous lui dites que les ras marbouta, les têtes closes par un turban, qui pullulent dans nos quartiers, ici et au bled, sont porteuses de me­naces pour la liberté comme pour l’arabité de chacun, il répliquera : « oui, mais quand même, ce sont des musulmans, sans doute un peu égarés mais bon… Ce sont nos frères quand même, et ils ne font de mal à personne », etc. ; si vous lui faites part de votre inquiétude face à la montée du nombre de femmes et de fillettes voilées dans votre quartier, il vous dira : « c’est rien, ça… Quand même, c’est bien que des femmes choisissent la sûtra, la protection divine, dans ce pays de débauche », etc. Enfin, si vous lui dites que le port du voile et la lapidation à mort sont des archaïsmes inhumains, il le reconnaîtra peut-être du bout des lèvres et s’empressera alors de vous signaler que « la peine de mort existe aux Etats-Unis »… On voit là comment le pire de l’Occident est retenu et convoqué pour justifier l’injustifiable. L’Arabe moyen, musulman occidentalisé mais néanmoins semi-moderne, n’évoquera certainement pas alors les luttes qui sont venues à bout de cette même peine de mort, en France notamment, ni l’impossibilité de telles luttes, en Iran par exemple. Sauf évidemment si il a un intérêt immédiat ou différé à vous dire autre chose. Car, et c’est regrettable, l’opportuniste de Jacques Dutronc et le Tartuffe de Molière cohabitent bien souvent et sans difficulté majeure dans notre néo-ex-colonisé. Peut-être n’y a-t-il pas plus d’Arabe moyen que de Français moyen : mais ce qui est sûr, c’est qu’en France, les manifestations arabes contre l’intégrisme musulman sont extrêmement rares, [et le fait d’une petite élite [1]], contrairement aux manifestations françaises contre le Front National.

L’impasse stratégique

La combinaison des figures de l’opportuniste et du Tartuffe rend effective la participation, d’une part au manège bigot qui renforce l’islamisme, et d’autre part, aux rapports néo-coloniaux entre Etats occidentaux et pays sous perfusion économique, dont une bonne part des revenus provient de l’argent des immigrés, souvent durement gagné ici. Car celui qui émigre a l’injonction de réussir et, surtout, de montrer qu’il a réussi. Comment autrement justifier ce qui dans les cultures traditionnelles est quasiment sacrilège, à savoir l’éloignement volontaire du tissu familial et culturel d’origine ? Le choix de quitter la terre où sont enterrés ses ancêtres, le pays de son père, etc., est loin d’être anodin, pour un Arabe. L’installation pacifique de musulmans en terre non-musulmane n’a été possible et autorisée par les docteurs ottomans de la Loi islamique qu’à partir du début du XVIIIe siècle ; elle n’est effective et significative que depuis une soixantaine d’années environ. De plus, les familles traditionnelles dont nous sommes issues n’ont pas vécu de révolution culturelle débouchant sur une remise en cause du paternalisme, de l’autoritarisme et de la famille, comme celle de Mai 68 en France. Le choix de l’exode vers la France – ennemi d’hier – est donc loin d’être une simple affaire dans l’imaginaire arabe et, de ce fait, doit être justifié.

La ghorba, l’exil, pour être excusé doit conduire à la réussite sociale qui, en France, se veut axée principalement autour du mérite et de l’effort personnel ; dans nos pays d’origine, le rang et la fonction occupés étaient traditionnellement et sont encore trop souvent le fait de filiations et d’accointances avec la clique régnante. La réussite sociale en Occident passant par les canaux officiels du capitalisme (diplômes, formations, concours, entretiens, carrière, augmentation, etc…), d’ailleurs de plus en plus obstrués, demande de ce fait un effort singulier pour des individus qui y sont partiellement étrangers. Cette réussite doit se manifester notamment à travers l’importation de camelote occidentale, et de rêves de pays de Cocagne où koulchi lebes abdullah, tout va bien, Dieu merci, et en plus le petit va à la mosquée tous les vendredis, ma klatouch franza, ched fi di­nou, comme on dit, la France ne l’a pas mangé, il garde sa Foi, même si c’est souvent loin d’être le cas, pour le meilleur comme pour le pire. Et pour cause : celui qui vit son exil comme une trahison cherchera constamment à prouver à lui-même et aux autres qu’il est plus arabe que les Arabes restés au pays, ce qui se réduit aujourd’hui à être plus musulman que les musulmans du pays… Cet idéal difficilement accessible en terre infidèle doit bien entendu être constamment contreba­lancé par la volonté de devenir toujours plus prodigue qu’eux. Il en résulte une posture proprement intenable, à moins de jouer, au gré des circonstances et des intérêts, sur tous les tableaux. Cette stratégie fut particulièrement mise à jour lors des élections tunisiennes pour la Constituante d’octobre 2011.

Le fait que les Tunisiens vivant en France aient voté dans les mêmes proportions que les Tunisiens en Tunisie,pour le parti islamiste Ennhada [quatre sièges remportés sur les dix réservés à la France] interroge sur les intentions des premiers vis-à-vis de leur pays d’origine et de la France. Car le message induit est troublant : Il y a, d’une part, l’islamisme là-bas pour le supplément d’âme et surtout la bienveillance des islamistes et des chefs locaux – qui commencent à tenir des villages tunisiens sur le mode de la seigneurie féodale. Et il y a, d’autre part, la France, pour son confort, son argent et sa sécurité. Tant pis si le peuple tunisien souffre d’une application élargie de la Shari’a, nous, nous sommes en France à l’abri. Nos filles, qui étudient le management inter­national pour un jour travailler avec les Saoudiens peuvent le faire en toute sécurité ici, sans être physiquement menacées par ces groupes de salafistes violents qui font de plus en plus d’incur­sions et d’intimidation dans les universités, comme en Tunisie…

Là encore, cela porte un nom : c’est de l’opportunisme.

Les Arabes restés au pays ne sont pour la plupart pas dupes de ce manège ; certains le dénoncent même à demi-mot et sur le ton de la dérision. C’était le cas du « Mouvement des Cons », né d’une réaction des Tunisiens face au vote islamiste des Tounsi fi franza, tunisiens vivants en France : Cette provocation potache appelait alors sur Facebook les Français résidant en Tunisie à voter Le Pen ([ce que 240 d’entre eux firent lors des présidentielles de 2012 – reste à savoir s’ils sont d’origine française])… La démarche de ce groupe traduit, de façon cynique, les questions que beaucoup de citoyens des pays arabes se posent en silence vis-à-vis de la France : pourquoi laissez-vous des liberticides jouer avec vos libertés ? Ces libertés pour lesquelles vous comme nous nous sommes un jour battus ne seraient-elles plus bonnes ni pour nous Arabes ni pour vous Français ? Pourquoi ces gens là participent-ils à construire le chaos dans notre pays tout en étant à l’abri de celui-ci en France ? Pourquoi, enfin, acceptez-vous que des électeurs islamistes possèdent la nationalité française, quand ils en bafouent les principes de liberté et d’égalité ? Questions malheureusement que seule l’ex­trême droite pose en France, les exacerbe, les déforme, les isole et y apportant ses propres réponses, et c’est là tout le drame.

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Farces et douleurs en islam

Les mouvances et régimes politiques islamistes exhument la xénophobie qui sommeille en chacun de nous, Européens, Arabes, Africains, Asiatiques, Américains. L’islamisme permet aux sujets arabo-musulmans d’exprimer et de fonder leur rejet de la différence et leur sexisme. Il leur permet, d’une manière générale, d’affirmer leur prurit de domination et la désignation de boucs émissaires et d’ennemis, l’ennemi étant celui qui n’est pas musulman, celui qui n’est pas dans le droit chemin. Cela aussi porte un nom, c’est de la xénophobie, voire du racisme pur et simple comme celui qui s’exprime banalement vis-à-vis du kahlouch, le noir, d’autant plus si ce dernier ne reconnaît pas Mahomet. Oui, les Arabes peuvent être xénophobes et réactionnaires – et ils le sont dans leur écrasante majorité. Les gens de la gauche bien pensante comme radicale hurlent à le lire, quand les plus honnêtes d’entre nous l’admettent en riant sans grande difficulté, et surtout, mais plus rarement, n’en font pas une fatalité. Celui qui ne veut pas se plonger dans les livres d’histoire pour étayer cette évidence n’a qu’à interroger un Sénégalais immigré en Mauritanie, ou un chrétien nigérian chassé de son village par les massacres perpétrés actuellement par les pro-islamistes dans son pays, ou encore un ouvrier hindou ou un bouddhiste thaïlandais en Arabie saoudite, etc.

Refuser pour des raisons tactiques de voir la xénophobie arabe, c’est bien entendu l’encourager de façon pernicieuse ; cette attitude de déni semble être un des principaux ressorts du passage de la posture de victime, naturellement pure, innocente et flouée à celle de rebelle éternel, bourreau dangereux et potentiellement barbare.

Les autres franges immigrées (asiatiques ou européennes de l’Est, par exemple) ne resteront pas éternellement passives et confiantes en l’Etat, surtout si leur liberté de commercer est menacée par une poignée d’autres immigrés, qui jalousent leur réussite économique et se plaignent de n’être « plus chez nous » dans les quartiers jadis occupés majoritairement par des maghrébins. C’est notamment ce qu’on peut observer dans le quartier de Belleville à Paris, où les récentes tensions entre « jeunes racailles », notamment arabes et xénophobes, et travailleurs (notamment sans-papiers) Chinois et non moins xénophobes semblent annoncer un ras-le-bol réciproque dont on peut penser qu’il va se radicaliser et s’amplifier. Là encore, refuser d’admettre ce qui saute aux yeux, c’est laisser le soin à la droite de poser et de traiter le problème, voire le « ré­gler », encore une fois à sa manière, c’est-à-dire en l’hypertrophiant, le déformant, l’arrachant à son contexte pour en faire un élément de son idéologie xénophobe.

Double appartenance, double absence, double exclusion

Rares sont aujourd’hui les individus au sein de la société française capables de constance et d’honnêteté dans leurs relations, qu’elles soient amoureuses, amicales ou politiques. Le besoin vital de relations sociales nous amène cependant à construire des liens mutuels hypocrites et claniques : On lutte ici entre écologistes bobos pour des repas bio à la cantine, là entre musulmans pour des repas halal, là encore entre transsexuels pour réclamer l’invention d’un troi­sième sexe administratif, etc. Les croyances les plus délirantes deviennent alors indiscutables, et signent la mise à mort de la perspective d’une société cohérente et unie autour d’un projet qui dépasse les particularismes et pose l’égalité et la liberté comme principes fédérateurs de ses membres. Pris dans ce mouvement, les immigrés arabes jouent leur part de la partition. Au fond d’eux-mêmes, nombre d’entre eux sont peu convaincus de leur croyance religieuse, beaucoup savent qu’ils se racontent des histoires, en reprenant et en exacerbant la part la plus aliénante de leur culture d’origine : l’islam. Mais il semble extraordinairement difficile de se l’avouer et de l’avouer publiquement, en prenant le risque d’être banni de son clan et de vivre la peur d’être ren­voyé au vide d’une société occidentale qui survit et se ment à défaut de vivre et de s’inventer. Dans une France psychiquement et socialement ravagée, nombreux sont les Arabes qui délirent et fantasment autour de leurs origines, leur culture, qu’ils ne connaissent pas, ou mal, la plupart du temps. En guise d’antidépresseur – fourni entre autre par l’Arabie saoudite – ils se réfugient dans une pratique décérébrée, prosélyte, tartuffesque et tout sauf spirituelle de l’islam.

La maladie de l’identité arabe

Le commerçant bigot estampillé « halal », ignore sans doute que tout en affirmant sa bigoterie et son goût pour le marketing, il délaisse une part précieuse de son identité arabe, celle qui veut que l’aliment soit préparé avec soin, patience et amour car destiné à être partagé ; celle qui veut que le mets ingurgité soit un remède pour le corps comme pour l’âme ; celle qui veut surtout que, bien que commerçant, il reste attentif à la satisfaction du consommateur et ne pratique pas la ghadra, traîtrise à la limite de l’empoisonnement volontaire d’autrui. Et voilà nos rebeus moyens contents de produire et de consommer des denrées dont le goût et la qualité feraient hurler nos grand-mères, et d’oublier jusqu’à la recette des bricks et de la mouloukhia pour épouser celles de la plus commerciale pizza halal et du plus tendance encore sushi halal. L’intégration fonctionne à plein dès qu’il s’agit de business, tout en préservant son ticket pour le paradis musulman : c’est là tout l’art de l’islamo-opportunisme.

L’islamisme, en se déployant, emporte avec lui tous les comportements autrefois désintéressés et spontanés qui faisaient la richesse des relations sociales entre les Arabes et les autres et entre les Arabes eux-mêmes. L’auto-dérision, l’art du conflit, la franchise, etc, sont autant de comportements qui s’évanouissent au profit du calcul, de l’intérêt immédiat ou posthume et de l’hypocrisie. Une institutrice musulmane, tout en ajustant le voile qu’elle remet sur sa tête une fois sortie de l’école publique où elle enseigne, vous dira sans la moindre gêne que, pour ne pas vous avoir raccompagné en voiture aussi souvent qu’elle l’aurait pu, elle regrette d’avoir perdu « plein de hassanat », ces bonnes actions qui, cumulées, augmentent les chances d’accéder au paradis, celles qui s’exercent sur des supposés musulmans étant davantage « rémunérées ». Ce type de comportement tend à se normaliser chez les musulmans, qui ainsi enterrent chaque jour un peu plus la gratuité du geste solidaire et le souci de l’autre, dont nous pouvions nous enorgueillir ; mais aussi toutes les attitudes de frugalité et d’économie domestique basées sur la récupération et l’échange, au profit de débordements consuméristes, particulièrement visibles lors des retours au pays, et paroxystiques en période de ramadan. Ainsi disparaissent à vue d’œil de précieux leviers sur lesquels pouvait s’appuyer une écologie du quotidien – que certains appellent « dé­croissance » ou « simplicité volontaire », qui se cherche chez les Français et qui était naturelle et très présente, jusqu’à il y a peu, dans ces cultures traditionnelles. Là où l’islamisme apparaît, tout devient comptable, et plus rien n’est pris au sérieux dans ce processus, lent mais efficace, de déshumanisation des rapports entre les individus et entre ceux-ci et leur environnement.

Ainsi le musulman bigot profondément matérialiste endosse-t-il, sans difficulté aucune, la figure du petit boutiquier comptable, commerçant ici bas et avec l’au-delà, et dont les succès s’accom­modent toujours de quelques petits arrangements ici et là.

Le pacte victimaire

La chanson de Daniel Balavoine, L’Aziza, hymne antiraciste matraqué sur nos ondes au cours des années 1980, contient une phrase qui résume très bien la posture victimaire. Elle traduit la tentation qu’ont nombre d’Arabes – immigrés ou pas – d’épouser une figure, elle aussi admirée et haïe, celle du Juif. La chanson s’adresse à une « beurette » et lui signale : « Ton étoile jaune c’est ta peau / tu n’as pas le choix ». Il est étonnant que cette phrase odieuse n’ait pas donné lieu à un tonnerre de réactions des descendants de Juifs et de résistants morts dans les camps hitlériens. Car, l’air de rien et en musique, le génocide des Juifs est associé – et mis au même niveau – que les discriminations, les exclusions, et quelquefois les crimes, dont sont victimes les Arabes, comme l’est la majorité des franges de la population française, qu’elles soient immigrées, fé­minines, handicapées, âgées, jeune, ou tout simplement pauvres.

Mais, plus encore, la suite de la phrase introduit de façon très explicite l’idéologie victimaire dominante qui aboutit à la judiciarisation des rapports entre les individus et leur société vidée ainsi de ses citoyens responsables mais remplie de victimes qui exigent constamment réparation : « Ton étoile jaune… ne la porte pas comme on porte un fardeau / Ta force c’est ton droit. ». Le glissement s’opère d’immigré maghrébin à victime suprême, qui, en tant que telle, a tous les droits, le droit de faire et de dire n’importe quoi, en premier lieu, et surtout, celui de devenir à son tour, bien entendu, bourreau. Non, notre peau n’est pas une « étoile jaune », pas plus que notre gueule ou notre histoire ou quoi que ce soit d’autre et nous ne voulons être ni persécutés, ni persécuteurs. Et, oui, nous avons le choix de ce que nous voulons être : des individus émancipés, dignes et à la hauteur des enjeux de leur époque ; c’est-à-dire responsables, et n’attendant, de ce fait, rien des marchands de paradis terrestres ou virtuels.

La posture victimaire n’est pas une alternative à la posture islamiste : elle en est à la fois l’envers nécessaire et le complément organique. Les ressources pour s’extraire de ce faux dilemme existent autant qu’elles sont à créer. Il s’agit finalement de sortir de cette position infantile si bien décrite par le célèbre dicton de nos grand-mères, nal’eb oula nfassed, je joue ou je casse.

[1] C’est par exemple le cas de l’appel louable, minimal et discret « Des Tunisiens de l’étranger contre la violence des fanatiques religieux », de la fin avril 2012, disponible sur notre site.

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Nous relayons un article déjà ancien (2012) du Collectif Lieux Commun, mais tellement toujours d’actualité.


https://collectiflieuxcommuns.fr/?Nous-immigres-arabes-face-a-nos

Un an après les espoirs suscités par les soulèvements arabes, la carte d’un Maghreb islamiste se dessine sous nos yeux : à l’exception de l’Algérie, tous les gouvernements des pays d’Afrique du Nord ont à leurs têtes des formations islamistes. En France, parallèlement, la xénophobie ne cesse de sourdre, spectaculairement ou en sourdine. Il est grand temps que les immigrés arabes eux-mêmes prennent publiquement la parole, en tant que tels – ce texte veut en être une contribution.

Contre toutes les extrêmes droites

La percée de cette extrême droite musulmane s’inscrit dans un contexte de crise économique mondiale qui s’annonce durable, et dont l’une des conséquences politiques est le développement de toutes les extrêmes droites, concomitant à un accroissement prévisible des flux migratoires vers les pays occidentaux. La présence et l’extension en France de tendances et de forces isla­mistes laminent des décennies de cohabitation pacifique entre les populations européennes et les Arabes, dont la présence sur ce sol étranger n’est le fruit ni d’une conquête ni d’une domination – chose inédite, récente et donc fragile. Ces mouvances visibles ou sournoises n’ont aucune chance de s’imposer ici, mais leurs capacités de nuisance sont telles qu’elles pourront se féliciter d’avoir grandement contribué à la création d’un climat proprement belliqueux non seulement entre immigrés et xénophobes mais surtout entre les musulmans et tous les autres, français ou immigrés. Mais la critique de l’extrême droite musulmane est minée. Ceux qui affirment leur volonté de vivre dans une société libre, égalitaire et laïque, et donc de combattre toutes les réactions, sont systématiquement rappelés à leur passé colonial, à l’antiracisme culpabilisateur, et immédiatement suspectés d’alliances avec les tendances xénophobes franco-françaises. De leur côté, les Arabes émigrés semblent verrouillés, tantôt par une tolérance peureuse tantôt par un chantage aux origines, quant il ne s’agit pas de complaisance tactique. Les extrêmes droites, qu’elles soient religieuses ou nationalistes, se nourrissent ainsi mutuellement. La seule manière de les contrer est d’affirmer un positionnement clair et explicite face à la montée de la xénophobie mutuelle et des projets de dominations, d’où qu’ils viennent.

Ce texte invite donc les immigrés Arabes et leur descendants – dont nous sommes – à lutter contre l’islamisme, au nom de ce qui nous constitue autant qu’au nom de notre attachement aux valeurs laïques, et à lutter pour construire une société libre, égalitaire et émancipatrice. Cette lutte ne peut être menée qu’à condition d’adopter un regard juste et clairvoyant sur nous-mêmes, c’est-à-dire de rompre d’abord avec les postures victimaires, angéliques, ou tyranniques dans lesquelles nombre d’entre nous se complaisent. Pour ce faire, nous avons une précieuse singularité du fait de notre double culture, qui nous met en position de porter un double regard lucide, donc critique, sur les deux civilisations, occidentale et arabo-musulmane, et les sociétés particulières qui les portent. Cette opportunité ne semble que trop rarement saisie, sinon de manière opportuniste.

Ainsi, nos positions, et le projet de démocratie directe qu’elles soutiennent, nous amènent ici à rappeler d’une part quelques évidences sur le projet islamiste et son accueil en France – et d’autre part, à dénoncer les assignations identitaires colportées par des réactionnaires – et souvent auto-construites par les premiers intéressés – dont il s’agit de se défaire en posant un regard juste et intransigeant sur nous-mêmes, immigrés Arabes.

D’où parlons-nous ?

Nous tenons non pas à la liberté de spéculer, de produire et de consommer de la camelote, mais bien à la liberté de critiquer nos sociétés dans l’espoir de les transformer, et de prendre nous-mêmes en main nos vies et le sort de nos collectivités. Nous sommes pour l’appropriation mondiale de certaines valeurs dont la culture occidentale est porteuse. Certaines sont incarnées dans des institutions et ont un statut d’effectivité en France ; notamment les principes de laïcité et d’égalité, les droits des femmes, la liberté d’expression et de contestation. Nous souscrivons à ces valeurs, conquises et inachevées, que nous jugeons préférables à bien d’autres que porte l’Occident, notamment à celle de l’obsession économique et de la compétition qu’elle engendre entre les individus. Mais nous tenons également à un certain art de vivre maghrébin, que nous avons reçu en héritage et dans lequel nous puisons ce qui nous semble à même de combattre les aspects les plus aliénants de l’évolution des cultures occidentale et arabo-musulmane. Nous pensons que cet art de vivre est menacé non seulement par l’occidentalisation de la planète mais également par le développement de l’islamisme radical. Nous sommes donc pour la reprise cri­tique des valeurs et des pratiques que portent ces deux civilisations.

Ces positions ne sont pas abstraites : lorsqu’en France, on oublie les principes égalitaires et d’émancipation pour se réfugier dans le divertissement et le consumérisme, on peut difficilement reprocher aux immigrés installés en France de se mettre au diapason… Les immigrés arabes ne sont ni plus ni moins que les sociétés qui les habitent. Ils sont arabes et français et bien d’autres choses encore. Leurs situations ne les rendent donc pas plus à même de porter un quelconque projet de démocratie radicale que quiconque en France, mais ne les exonèrent pas plus des comptes qu’ils ont à rendre sur ce qu’ils font, ce qu’ils sont, ce qu’ils veulent. Notre démarche contraste donc d’avec l’ambiance actuelle, puisque ici comme ailleurs, l’heure est à la recherche de boucs émissaires pour en faire les responsables de nos maux et l’élection de grands ou petits sauveurs pour ne plus avoir à croire en nous-mêmes. Plus personne ne prend ses responsabilités dans notre histoire collective, familiale, nationale ou méditerranéenne, à l’heure où le développe­ment effectif du projet théocratique islamiste tend à ruiner tout effort de bâtir des sociétés vivables.

La fascisation de l’islam

Qu’appelons nous le projet islamiste ? C’est la mise en œuvre d’une société théocratique et dictatoriale, xénophobe et ségrégationniste, fondée sur des lois religieuses, donc indiscutables. C’est la volonté d’instituer des sociétés du même type que celles du moyen âge où se déploie l’Inquisition, ou encore celle de la Chine traditionnelle ou du Japon de l’aube de la modernité. C’est la vo­lonté de dominer le monde et de remplacer l’Occident, si haï car si admiré, dans ce rôle. [Il s’agit, comme le fit le nazisme auprès des Allemands, d’exacerber le ressentiment chez tous les musulmans et d’éveiller la nostalgie de l’empire, ici du Califat, thématiques abordées explicitement par les islamistes tunisiens depuis la campagne électorale d’octobre.] Ce projet s’appuie notamment sur la prégnance de normes religieuses dans les Constitutions de tous les pays musulmans – mis à part le Liban – qui, des plus laïcs et inspirés par l’Occident (Tunisie, Turquie, Algérie,…) aux plus islamistes (Barheïn, Qatar, Arabie Saoudite,…), ont toujours maintenu tout ou partie des lois fondées par l’islam dans leur législation. Ainsi, par exemple, dans tous les pays arabes, des lois interdisent à un non-musulman d’épouser une musulmane, sauf si l’homme se convertit à la foi de sa future épouse. Le débat sur la référence à l’origine judéo-chrétienne des Européens dans la Constitution européenne, quoi qu’on en pense, a pu se poser. Initier un tel débat au sein du monde arabo-musulman est tout simplement impossible encore à l’heure ac­tuelle : la question pour les Etats arabes, qu’ils soient progressistes ou islamistes radicaux, est réglée et depuis fort longtemps. La base de leur législation est la Shari’a, plus ou moins présente et appliquée en fonction des pays. Car, pour les musulmans, la religion et la « citoyenneté » sont confondues historiquement depuis la naissance de l’islam. C’est cette prégnance de l’islam et dans les lois et dans la vie civile que le projet islamiste veut radicaliser. Il entend pour cela raviver une division traditionnelle encore présente dans l’esprit de certains musulmans. Traditionnellement, ces derniers divisent le monde en trois zones : il y a d’abord Dar islam : Maison / Terre de l’islam, lieux où les musulmans sont dominants et où la société est entièrement régie par des lois isla­miques ; ensuite, Dar el daw’a : Maison / Terre de prédication, appelée aussi Dar solh, Terre où l’islam doit être restauré : pays non-musulmans dont la conquête se doit d’être subtile car limitée par des traités de paix provisoires et relatifs aux rapports de forces et aux enjeux divers en pré­sence. Et enfin, Dar arb, Maison / Terre de guerre, territoires non-musulmans à conquérir par la force et à soumettre, appelés aussi Dar el koufar, terre de mécréants. Ces deux derniers termes englobent bien entendu la France. Comment, dès lors, interpréter les récentes et généreuses propositions d’aides financières du Qatar pour la réhabilitation de certaines banlieues françaises où nous vivons et qui sont socialement et matériellement en ruine ; ou encore les non moins généreuses subventions des pays du Golfe à la vie associative « culturelle et cultuelle » en France ? Comment entendre les revendications des musulmans en France pour la prise en compte de leur religion dans l’arsenal juridique, les installations municipales, ou encore dans les pratiques médicales d’un pays pourtant laïc ?

Vouloir vraiment une société égalitaire, animée par des individus responsables d’eux-mêmes et de leur entourage, c’est refuser la ségrégation sociale et sexuelle, le féodalisme, le clanisme, le colo­nialisme et la domination des uns par les autres. C’est alors, aussi, voir dans l’émergence croissante de cette bigoterie revendicative une menace pour les acquis de siècles de luttes san­glantes pour la liberté des hommes et des femmes de ce pays et d’ailleurs. C’est enfin refuser cette réaction face au vide spirituel et social occidental contemporain, et la dénoncer publiquement comme telle. Nous ferions preuve de la même clairvoyance et intransigeance si l’idée venait à certains esprits malades et vindicatifs de se bricoler une identité nazie en remettant au goût du jour la mode vestimentaire des Skinheads dans nos rues.

Qui peut croire que les populations françaises, immigrées ou non, resteront tranquillement et éternellement passives face à l’indécence du déploiement du projet islamique en France et des comportements provocateurs et belliqueux qui en émanent ? A chaque aveuglement, il suffit à la droite et à l’extrême droite nationale d’évoquer ce qui se donne à voir de manière évidente pour l’exacerber et en faire un élément à charge.

Les prières de rue, nées il y a maintenant plus de dix ans aux pieds de la butte Montmartre – quartier historique baigné du sang de la lutte des Communards – n’ont provoqué aucune réaction, si ce n’est de l’extrême droite, qui voit là une occasion de grossir ses rangs. Pourquoi jamais aucun collectif d’immigrés arabes n’a manifesté contre ces prières et la construction de mosquées ? Pourquoi le comportement provocateur de certains des nôtres n’est-il jamais dénoncé massi­vement et publiquement par nous-mêmes ? En désertant ce terrain, nous donnons raison aux discours racistes, qui prennent prétexte de ce spectacle donné par la catégorie la plus fanatique, la plus bruyante et hystérique, et la moins représentative des musulmans en général. Déserter cet espace c’est également et de fait soutenir par son silence le projet islamiste.

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L’expression islamiste

Lorsque nous voulons discuter le fait de se revendiquer publiquement musulman aujourd’hui avec n’importe quel adepte de cette religion, nous entendons souvent l’objection : « Nous, nous voulons vivre notre islam tranquille. C’est notre religion. Pourquoi devrions-nous nous justifier tout le temps d’être musulmans ? ». Pourquoi, effectivement, celui qui se revendique de l’islam devraient-ils se distinguer publiquement de toutes les monstruosités qui se sont faites et se font continuellement en son nom ? Pourquoi, en effet, tandis que l’extrême droite cherche à l’amalgamer aux terrorismes et aux régimes théocratiques, devrait-il s’en distinguer ? Qui que l’on soit, si l’on se réclame de quelque chose, il faut en assumer l’histoire ancienne comme l’actualité brûlante : communistes, colonialistes, militaires, nazis ou islamistes doivent pouvoir répondre de leur engagement. Et ce d’autant plus lorsqu’il se donne à voir de façon explicite par la tenue vestimentaire ou le port d’un signe particuliers : déambuler en tenue de djihadiste ou en voile islamique n’a rien d’innocent aujourd’hui, et l’on se demande ce que seraient les réactions si d’aucuns se mettaient à arborer, en France même, un casque colonial ou un tee-shirt avec fran­cisque…

Car il ne s’agit pas, ainsi, de vivre « sa » religion « tranquille » : il s’agit de militer, qu’on le sache ou non, pour une forme d’islam très particulière, celle qui est entrée dans nos salons au début des années 1990 via les chaînes satellitaires du Golfe et notamment salafistes, celle qui pourchasse et souvent massacre non-croyants, non-musulmans, femmes, homosexuels, opposants politiques, journalistes, artistes et acteurs de la lutte pour la laïcité et la liberté de culte. C’est encourager l’affirmation de la discrimination sur la base du sexe et de la religion. Il s’agit de pratiquer « sa religion » non pas de façon intime, mais politique. Il s’agit d’adhérer à un projet de domination clair et récent, aux multiples visages, et qui ravage l’Égypte, l’Iran, l’Algérie, l’Afghanistan, etc., depuis plus de trente ans. Les immigrés qui le soutiennent, de quelque façon que ce soit, se mettent vis-à-vis de la population française dans la position suivante : l’argent que nous pouvons gagner et le confort matériel dont nous pouvons jouir ici nous intéressent ; Cependant, nous insultons publiquement et quotidiennement votre culture, et principalement toutes vos valeurs conquises par des siècles de luttes, la laïcité en premier lieu.

Ce type de posture porte un nom : c’est une attitude coloniale.

Comment les arabes ont découvert l’islamisme

En France, l’islamisme progresse. Un islamisme ordinaire, explicite ou insidieux. Il rencontre au pire la bienveillance, voire le soutien militant d’une partie d’entre nous, immigrés arabes, et au mieux l’indifférence et une tolérance peureuse. Car nombreux sont ceux d’entre nous qui ressentent un profond malaise face au déferlement de bigoterie islamique ; certains luttent quo­tidiennement dans leur famille, dans leur quartier, en refusant par exemple de faire le Ramadan, de porter le voile ou la barbichette, de se sentir menacés lorsqu’on abat Ben Laden ou qu’on interdit le port du voile dans les lieux publics mais, surtout, en refusant de céder à la réduction de leur identité arabe à l’islam. Cependant, cette opposition semble vouée à ne pas dépasser la résis­tance passive, c’est-à-dire individuelle et non organisée. En France, il semble très difficile pour les immigrés arabes de ne pas osciller, de ce point de vue, entre le mutisme et l’agressivité.

Nous venons de, et sommes liés à des sociétés où la sociabilité est encore une réalité très forte, où il est naturel par exemple de réprimander un enfants qui fait une bêtise dans la rue, même si cet enfant n’est pas le vôtre, où il est encore possible d’intervenir pacifiquement dans des situations de conflit dans la rue et de prévenir la violence des uns et des autres sans avoir recours à la police, où les déplacements de l’handicapé et du vieillard sont collectivement, spontanément et anonymement accompagnés, etc. Nous faisons régulièrement, dans nos voyages vers nos pays d’origine, l’expérience de sociétés encore socialement vivantes et nous en revenons d’autant plus atterrés par l’aspect humainement glacial de nos villes françaises, sans parler des campagnes moribondes. Partout le désert social français avance, chose à laquelle les immigrés provenant de cultures traditionnelles sont loin d’être insensibles. Petits, nous avons souvent été dérangés par la posture de nos parents, qui se réduisait alors à la fin des années 1960 à celle de l’immigré toléré sous condition de silence total. Nous vivions alors dans le bled el ness, le pays des gens, des autres ; trop bruyants dans nos jeux d’enfants, nos parents brandissaient la menace de la boulicia française qui allait venir nous chercher et nous renvoyer dans nos contrées. Enfermés dans cette posture, difficile d’envisager le combat militant… On remarquera toutefois que l’activisme pro-palestinien échappe curieusement à la règle.

Dans nos familles, la dimension religieuse était alors insignifiante, du moins jusqu’au début des années 1990 ; les doctrines islamistes propagées par les chaînes satellitaires saoudiennes furent précédées de peu par la diffusion sur le marché français de cassettes vidéo de propagande islamiste, notamment celles du Front Islamique du Salut (FIS), parti islamiste algérien. L’arrivée de ces chaînes déversant une propagande salafiste fut accueillie dans nos familles comme une invitation effective au fétichisme religieux archaïsant et à la rupture avec la société française en état de léthargie politique et culturelle. Nous avons, à ce moment-là, assisté avec douleur à la ruine de dizaines d’années de volonté de faire partie de ce pays, et pas uniquement d’un point de vue économique. Par un curieux retournement, et pour diverses raisons, cette position de soumis­sion et d’effacement laissa progressivement la place à une attitude religieuse offensive, fût-ce uniquement en privé dans un premier temps : Bled el ness, le pays des gens, devint petit à petit, et de plus en plus, bled el koufar, le pays des mécréants, à mesure que disparaissaient les espaces laïcs de socialisation. Mafich insanni, il n’y a pas de chaleur humaine, dit l’Arabe moyen en parlant de l’Occident, avant de se tourner naturellement vers les lieux de culte musulmans, qui promettent, et offrent, contacts humains, éducation stricte, principes moraux, échanges sociaux, etc. Le prix à payer de cet engagement du religieux dans le social est sciemment ignoré, ce prix étant la participation au projet islamiste et aux ravages qu’il opère sur les individus, et en premier lieu les femmes. Les mères musulmanes savent, ou ne savent peut être pas, ce qu’elles font lorsque, par exemple, elles choisissent de confier leurs enfants à la mosquée du quartier, une à deux après-midi par semaine, pour que ceux-ci y apprennent l’arabe coranique et chanter Allah akbar : elles confient cet apprentissage et leurs petites filles de cinq ans, faites femmes par le port du voile, à des individus qui pensent que la femme est mariable, et donc désirable à neuf ans. Dans une société d’individus responsables, on devrait interdire à ce type de personnes d’approcher un enfant ou un groupe d’enfants de près ou de loin. Le fait qu’il n’y ait aucune ré­action, ni des amis de l’enfance et des femmes, ni de ceux de la connaissance et de l’égalité, musulmans ou pas, face à l’obscénité d’une situation « pédagogique » aux conséquences lourdes quant à la relation aux hommes, à la loi et à la foi de ces enfants, donne une idée de l’état ravagé des forces émancipatrices dans ce pays.

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Les damnés de l’identitaire

Nous aimerions que se taisent une fois pour toute et définitivement les voix de ces chantres d’un islam pseudo-mystique et bobo et du narcissisme identitaire comme celles des Diam’s, Akhenaton, Kerry James et autres rappeurs opportunistes, qui s’attachent à dénoncer le racisme anti-immigrés, support infini de fantasmes, dénonciation qui a pour effet d’occulter leur xénophobie bien réelle, elle. Nous aimerions, surtout, entendre plus souvent et avec plus de force des voix combatives pour la liberté et l’égalité, comme celle du chanteur du groupe Zebda en concert, qui après avoir caressé son public immigré de la Goutte d’Or dans le sens du poil en lui servant la litanie de ses chants antiracistes, clôt son concert en invitant son auditoire à la vigilance et au combat « contre tous les intégrismes », au cœur du quartier qui a vu naître l’intégrisme musulman en France.

Bien que l’exercice de l’autocritique collective – vital pour qui veut ériger une société authenti­quement démocratique – se raréfie, il nous est encore possible de trouver des gens au sein de la société française avec lesquels nous pouvons la regarder sans fard. Nous pouvons assez facilement encore critiquer toutes les mouvances et expériences politiques de France et d’Occident en général – du moins en Occident… L’épisode colonial, par exemple, n’est aujourd’hui un « tabou » pour personne. Se livrer au même exercice collectif, et par essence démocratique, ap­pliqué cette fois à la société et à l’individu arabo-musulman nous est quasiment impossible sans rapidement verser dans l’auto-flagellation, l’auto-dénigrement ou au contraire l’hyper-idéalisation, que ce soit avec des Arabes ou des Français dits de souche, qu’ils soient politisés ou non. Il serait pourtant salutaire qu’enfin nous puissions regarder sérieusement et sans drame au­tant les sociétés dont nous sommes issus, que le phénomène d’émigration/immigration dont nous ne sommes pas moins issus, sans pour autant nous aveugler face aux tares de la sociétés française où nous vivons. Il ne s’agit pas de minimiser, snober ou idôlatrer les réussites sociales et politiques dont nous jouissons et auxquelles nous tenons, et pas plus de nier, exacerber, enjoliver ou déprécier la part de notre héritage arabe : il s’agit, encore une fois, de tenir ensemble un re­gard critique sans complaisance sur nos existences.

(…/…)

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Le premier tour de l’élection présidentielle française fût sans surprise, il est conforme au casting retenu par les instituts de sondage (aux ordres). Pourtant il renouvelle le packaging des partis politiques de la 5ème république afin de pouvoir à nouveau séduire l’électeur en démocratie bourgeoise à bout de souffle.

Pour le capitalisme mondialisé, la norme politique majoritaire est anglo-saxonne et il est temps de se convertir au bi-partisme. C’est ce qu’avait lâché Hollande en affirmant liquider le Parti Socialiste au profit d’un grand Parti Démocrate et nous y sommes. L’ancien parti gaulliste avait déjà pris le tournant en devenant atlantiste, sioniste, européiste et en se rebaptisant « les Républicains ». L’un comme l’autre menant la même politique économique en défense des intérêts du capitalisme, la même politique impérialiste.

Nombre de battus du 1er tour ayant déclaré le soir même qu’il fallait voter pour Macron le candidat « démocrate » l’issue du second tour est également sans surprise.

Dans ce contexte, et en raison de leur échec, socialistes et gaullistes sont condamnés à disparaître comme tels et à se fondre qui dans le Parti Démocrate « En Marche », libéral, européiste et atlantiste, mais « progressiste » sur l’aspect sociétal ou dans le Parti Républicain à créer, libéral, européiste et atlantiste mais conservateur à valeurs catholiques, nationalistes et patriotes ; dont le centre de gravité sera plus ou moins proche de l’actuel Front National qui pourrait aussi en être son Tea Parti. Cette démarche conforme à l’agenda capitaliste semble inéluctable, même si pendant un temps l’épouvantail Front National peut également se maintenir.

Reste une inconnue dans ce scénario, un pôle social-démocrate est-il toujours nécessaire et utile au capitalisme et pourra t’il se reconstituer autour des « insoumis » de J L Mélenchon rien n’est moins sûr. Engagés dans l’électoralisme, les « insoumis » et leurs leaders qui ont naïvement cru la victoire arrivée, doivent maintenant, comme le PS maintenu, gérer la défaite et se consacrer en ordre dispersé au second tour puis aux législatives, il n’est pas certain qu’ils y survivent sans se marginaliser.

Plus de 10 millions (22%) d’électeurs on refusé de voter et près d’un million on voté « blanc ou nul », c’est beaucoup plus que le score réalisé par chacun des principaux candidats. Ces non-électeurs pensent pour diverses raisons que voter ne sert à rien ou que leur voix ne sera pas entendue. Ils ont quelques raisons d’exprimer leur défiance envers la démocratie bourgeoise après les expériences du référendum volé de 2005 ou du passage de la loi travail par le 49/3 et surtout maintenant l’annonce faite par Macron de gouverner par ordonnances.

Chez les travailleurs, ceux qui n’ont que leur force de travail pour assurer leur subsistance, qu’ils aient un emploi ou non, le sentiment qui prédomine est que leur situation va encore se dégrader. Ils n’ont plus, à juste titre, l’espoir que la société qu’ils laisseront à leurs enfants sera plus juste et la vie meilleure. Face à cette situation, les politiciens qui demeurent dans le cadre du mode de production capitaliste ne peuvent et ne veulent apporter aucune solution réelle. Le capitalisme en crise n’a d’autre solution que de taper sur le travail et la protection sociale, c’est le sens des discours répétés sur le coût du travail et la compétitivité comme de ceux qui prônent les vertus de l’auto-entreprenariat. Ce système est bloqué, il n’y a pas de changement politique possible par les urnes.

Dans la situation présente, nous communistes avons un rôle historique à jouer, montrer que :

  • par les mobilisations et la convergence des luttes, les travailleurs peuvent faire reculer les attaques des gouvernements qui se succèdent,

  • par l’organisation pour frapper ensemble les travailleurs peuvent mettre fin à la dictature du capital

  • par l’organisation les travailleurs peuvent gérer la société, partager le travail et les richesses

C’est le rôle d’un authentique parti communiste que d’œuvrer à cette organisation. Il ne se construira que par l’émergence et l’amplification des luttes sociales. A chacun d’y prendre sa part

Jean-Michel Nicolas 28 avril 2017

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1er tour social, la Guyane ouvre la voie !

Depuis maintenant une dizaine de jours la Guyane connait des mouvements sociaux importants et convergents.

Grèves, blocages de routes, manifestations. Le 17 mars à Cayenne, une conférence internationale est interrompue par le collectif des 500 frères, entrainant le départ de plusieurs délégations étrangères et la fuite du ministre de l’écologie Ségolène ROYAL. Le 20 mars à Kourou, le lancement de la fusée Ariane 5 a été annulé suite au blocage des accès au centre spatial par des syndicalistes et le collectif citoyen des Toucans. L’aéroport à été temporairement fermé, un vol de la métropole devant même faire demi tour. Des journées ville morte organisées, magasins, écoles, université fermés.

A l’origine de ces mouvements, un sentiment d’abandon et un ras le bol des populations. On y trouve des conflits sociaux classiques, grèves à EDF, à ENDEL, dans le secteur de la santé, manifestations d’agriculteurs, mais aussi des manifestations de collectifs citoyens mobilisés sur les problèmes de santé, d’éducation et de sécurité. Les syndicats engagés, notamment la centrale indépendantiste UTG ont appelé à la grève générale. Le mouvement est d’ampleur, mais il est en partie interclassiste puisque que participe aux blocages outre les agriculteurs, des petits patrons, entrepreneurs du bâtiment ou des transports.

Le bilan de la France en Guyane est affligeant, le PIB par habitant est moitié moindre que celui de la métropole. La Guyane doit importer à grand frais une partie importante des produits qu’elle consomme.

La montée des prix a dégradé les conditions de vie de la partie la plus fragile de la population et si les importations ont diminuées depuis 2015 c’est en raison d’une baisse de la consommation. Cette baisse entraine également une baisse de l’activité économique locale mesurable par la baisse de la création d’entreprise .

Le taux de chômage est de 22%, il touche plus particulièrement les femmes 27% et les jeunes (<25ans) 47%. L’économie est axée autour du centre spatial 1/5ème du PIB et sur l’exploitation minière aurifère dont une grande partie est clandestine et maffieuse. Il en résulte un problème important d’insécurité en forêt et un saccage permanent de l’environnement.

Le pays souffre du manque d’infrastructures nécessaires à son développement (par exemple le secteur du tourisme et quasi inexistant), il est un presque désert médical avec un nombre de médecins de 3 fois inférieur à la métropole, mais caracole en tête de l’insécurité et de la violence.

Face au ras le bol exprimé par la population, et après la fuite de la ministre de l’écologie, la ministre des colonies (de l’Outre-mer) Mme Ericka Bareigts a refusé de se déplacer avec le plus grand mépris, invitants s’ils le voulaient les contestataires à venir à Paris et déclarant qu’il était possible de négocier à distance, sans se voir. L’Etat français a pour le moment envoyé une délégation de fonctionnaires, qui a été fraichement accueillie. Les représentants du mouvement social en cours réclament la considération et la venue des ministres responsables.

Comme communistes, nous souhaitons

plein succès à la grève générale des camarades Guyanais

et nous réaffirmons que selon nos principes :

Nous sommes solidaires de toutes les forces anti-impérialistes et révolutionnaires dans le monde. Nous soutenons les luttes des peuples contre le colonialisme et le néo-colonialisme, à commencer par ceux des «DOM TOM» et affirmons leur droit à l’indépendance.

JMN  27/03/2017

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Le Royaume-Uni quitte l’Union Européenne !

Pour les communistes, c’est un non événement.

Tout d’abord sur le plan économique, car cela ne changera rien, le Royaume-Uni avait déjà un pied dedans et un pied dehors, il a maintenant les deux pieds dehors. Il s’affranchit des décisions communes de l’Union Européenne, mais cette dernière entretient déjà des relations économiques privilégier avec d’autres états qui n’en sont pas membres. Accords de libre-échange ou d’association avec des dizaines d’autres pays parmi lesquels la Norvège, la Suisse, l’Afrique du Sud la Turquie, Israël…bientôt le Canada et les USA, pour nombre d’entre eux, il n’est pas exigé non plus de visa à leur ressortissant qu’il veulent venir sur le territoire de l’UE.

Le Royaume-Uni et l’Union Européenne sont toujours parfaitement intégrés au mode de production capitaliste mondialisé et inféodé à l’impérialisme US aujourd’hui encore 1ère puissance dominante. Il n’y a donc rien de changé pour les prolétaires du Royaume-Uni, ni pour ceux de l’Union Européenne.

C’est un désaveu et un camouflet politiques pour les dirigeants des pays membres de l’Union Européenne, qui s’est traduit par une effervescence médiatique et des fluctuations sur la Livre Sterling et les marchés, spéculation oblige.

Comme communistes nous n’avons ni à nous féliciter, ni à nous plaindre de cette décision du Royaume-Uni mais nous devons nous opposer résolument à toutes les fausses solutions nationalistes qui ne manqueront pas d’être avancées en cette période de décadence du capitalisme comme la solution à la crise.

                                                                                    Jean-Michel NICOLAS

« On accuse les communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalité ; les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut leur ravir ce qu’ils n’ont pas. Comme le prolétariat de chaque pays doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe maîtresse de la nation, il est par là encore national lui-même, quoique nullement dans le sens bourgeois. » 


Marx-Engels (Manifeste communiste)

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BREXIT : les prolétaires unis finiront par rejeter l’Europe capitaliste.

Le Royaume-Uni, pays impérialiste dirigé par le capital financier, a rejoint la Communauté européenne en 1973. Ce sont les capitalistes britanniques qui, dès les années 1960, ont violemment restructuré l’économie du pays, laminant son industrie, générant un chômage massif, plongeant des millions d’ouvrières et ouvriers dans la pauvreté, pour réinvestir leurs capitaux ailleurs ou sous forme de placements financiers… ils n’ont pas attendu les directives de l’Union européenne pour cela.

Au Royaume-Uni comme ailleurs, l’Union européenne (UE) ne fait qu’accompagner ce mouvement de restructuration. L’UE est en quelque sorte le syndicat des puissances européennes, comme la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, réunies pour trois raisons : défendre leurs intérêts communs face aux autres grandes puissances, fixer des règles communes pour faciliter la circulation du Capital sur le continent, et organiser leur domination sur les petits pays dominés d’Europe du Sud et de l’Est.

Le Royaume-Uni occupe historiquement une place particulière dans l’UE, car le pays est très lié économiquement et politiquement aux États-Unis : c’est pour cela que le pays est moins intégré à l’Union que ne le sont la France ou l’Allemagne.

Les capitaux britanniques et étasuniens veulent pouvoir circuler librement en Europe, mais en même temps le Royaume-Uni ne peut pas trop s’investir dans un projet qui menacerait la suprématie des USA.
Les gouvernements britanniques ont souvent attisé le sentiment anti-européen, sous prétexte qu’il serait soucieux des intérêts du peuple britannique: il s’agit juste, à chaque fois, de défendre les intérêts particuliers du Capital britannique et de la bourgeoisie qui le possède.
On nous dira qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil . Pourquoi ce référendum mené par Cameron, un pion politique du capital britannique, pour soi-disant sortir son pays de l’Union européenne ?

Le capital financier du Royaume-Uni est intimement lié au capital financier étatsunien via la City de Londres que Wall Street accrédite comme deuxième place financière mondiale.

Le Royaume-Uni répond aux ordres de ses alliés de Washington dont il a toujours été le Cheval de Troie au sein de l’Union européenne, au service de ses vis-à-vis de Wall Street.

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David Cameron a reçu mission de ses patrons de rassembler le grand capital européen en prévision du grand affrontement qui se prépare entre l’Alliance atlantique (OTAN) en débâcle, et l’alliance montante russo-chinoise.
Évidemment, cet affrontement en préparation exigera des sacrifices – telles une énergie plus coûteuse pour l’Allemagne qui s’approvisionne en Russie – la perte de certains contrats militaires pour la France – la perte de contrats d’investissements pour l’Italie –, etc. mais la mise au pas de l’ogre Russe avant le repli du dragon chinoissera à ce prix.

Le « BREXIT » vise à faire monter les enchères pour le maintien de l’Union, sachant que le retrait du Royaume-Uni entraînerait d’autres replis, la Grèce est à deux doigts de suivre ses pas et combien d’autres ?

Dans cette guerre économique et politique préparatoire à la guerre militaire qui suivra, il semble que la gauche et la droite nationaliste ainsi que leurs extrêmes, ont pris fait et cause en faveur de la faction capitaliste favorable à l’âpre renégociation de l’Union en opposition à la faction capitaliste monopoliste favorable au maintien du marché commun et de l’Euro en l’état.

Ce sont surtout les capitalistes moins fortunés qui sont dans le camp du « BREXIT » – et de l’âpre renégociation de l’Union – alors que les plus grosses fortunes d’Europe – les capitalistes monopolistes transatlantiques – sont eux dans le camp de l’Union.

C’est ainsi que l’idéologie bourgeoise de la Nation protectrice, mystifie la classe prolétarienne.
Une grande partie des prolétaires, inscrit de fait dans le cadre de la concurrence sauvage entre les capitalistes, joue les thuriféraires du capital.

Comme Marx nous l’a enseigné la mondialisation de l’économie est inscrite dans les gènes du capital.

Le choix pour la classe ouvrière ne se pose pas dans les termes de « pour ou contre l’Europe », mais bien en termes de « Quelle Europe voulons-nous ? » L’Europe du capital ou l’Europe du prolétariat international ? Une certaine gauche bourgeoise présente l’alternative dans ces mots, sauf qu’elle laisse entendre que l’Europe du prolétariat peut s’ériger par la conquête électoraliste des parlements capitalistes à grand renfort de bulletins de votes et de plébiscites. RIDICULE.

L’Europe prolétarienne nécessite de détruire de fond en comble l’Europe capitaliste, ses parlements, et ses États bourgeois et de socialiser la totalité des moyens de production, d’échanges et de communication.

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Les prolétaires britanniques doivent refuser de se ranger derrière la clique des capitalistes financiers de la City pour obtenir une renégociation douce des clauses de l’alliance avec la bourgeoisie européenne, ou de se ranger derrière la clique des capitalistes manufacturiers afin de renégocier âprement les clauses de l’Union.
Ils n’ont rien à faire dans cette galère entre les deux factions moribondes du capital et ils doivent rejeter ce référendum sans intérêt pour ses intérêts… de classe.

La concurrence entre les USA et l‘UE pour s ‘emparer des richesses mondiales a franchi une étape.
La crise du système, les difficultés grandissantes qu’a le capital aussi bien à produire de la plus-value qu‘à la réaliser (la transformer en profit et donc en capital additionnel) le contraint à agir sur deux plans.
L’UE s‘est constituée pour exercer une pression plus grande sur la classe ouvrière qui au sortir de la guerre mondiale acceptait difficilement les efforts de reconstructions exigés par le capital (cf les grandes grèves ).
La nouvelle organisation du travail (le fordisme) prenait son essor et parcellisait le travail, détruisant du même coup les savoir faites et les anciennes catégories de travailleurs qui avaient résisté à cette phase de la mondialisation capitaliste.

Il fallait donc accroître l‘exploitation en augmentant la productivité. Celle ci s’est avérée très efficace jusqu’à la fin des années 70 qui vit les limites de cette augmentation avec un accroissement à la fois du crédit, une concentration accélérée du capital crédit et du même coup du capital productif entre des mains de moins en moins nombreuses.
C‘est le début de la décroissance c‘est à dire des rendements décroissants des gains de productivité qui aujourd’hui plombent le capital dans son ensemble et freinent l‘augmentation du taux de profit jusqu’à le diminuer.
Sur un second plan, il s‘agit de s’emparer à moindre coût des ressources.

C’est la décolonisation car entretenir des colonies devenait un fardeau pour les États capitalistes.
C’est la phase d‘expansion moderne avec des Etats centraux qui dominent des Etats compradore.
Les ressources sont pillées mais à moindre coût en terme de capital investi.
Ce qui est la situation actuelle avec comme conséquence un rétrécissement des marchés du fait de la ruine consécutive à ce pillage et de la guerre économique et militaire qu’engendre la concurrence.

Je pense que la montée du nationalisme est irrémédiable dans ce contexte de concurrence exacerbée.
Il s‘agit à la fois de procurer une main d‘œuvre à bas coût dans tous les pays qui aspirent à figurer dans le palmarès des Etats impérialistes (avec au sein même de ces pays des zones franches livrées au marché sans aucuns « garde-fous », ce qui a pour conséquence d ‘ accroître l‘exploitation et la disparition des maigres « acquis sociaux » dans les pays voisins).
Pour les Etats dominants il s‘agit d‘être celui qui aura les meilleures parts de marché d‘être le plus grand pilleur de la planète devant tous les autres.
Voilà pourquoi aussi bien le FN que le FG réclament un État fort, capable de « développer l‘économie » n‘hésitant pas à tenir un discours volontariste et musclé à l‘égard des concurrents.

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«Le capitalisme c‘est la guerre» écrivait notre regretté Maurice Lionnet, directeur du journal «Regroupement Communiste» dans les années 80.

Il ne peut se survivre qu’en écrasant ceux qui lui résistent. Mais unis, les prolétaires peuvent profiter de la maladie structurelle du capitalisme qu’est la crise liée à la baisse du taux de profit (du fait de la dévalorisation brutale et irréversible de la valeur d ‘ échange – monnaie, capital productif et financier, tout ce qui exprime le blocage de ces échanges sur le marché ) en lui donnant le coup de grâce qui pourra l‘achever après une révolution politique puis sociale indispensable pour s ‘ emparer de tous les moyens de production de la vie.

Pierre Lehoux

(sources : Robert Bibeau, «Les 7 du Québec»)