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Nos analyses

Vers un nouveau mouvement communiste

Pour les socialistes ou les communistes ''vulgaires'' l’État bourgeois actuel convient parfaitement. Pire ils veulent le gonfler en étatisant (nationalisant) plus ou moins l’économie et la société, ce qui serait, selon eux, restreindre, voire abolir, la domination du capital ! Certains osent affirmer qu’avec eux au pouvoir, c’est le peuple qui est au pouvoir !

Il n'y a qu'à voir et entendre tous les politiciens clamer, la main sur le cœur, leur attachement à la République et à ses principes républicains qui seraient, selon eux, garants de la "démocratie" et du respect du citoyen.

Le comble pour eux serait de ne pas voter (on voit bien leur crainte du taux d'abstention record).

Mais la parade, pour la bourgeoisie en difficulté, est de céder la place à tous ceux, notamment ceux des extrémismes étatiques (donc bourgeois) type FN ou PG en France, qui prétendent pouvoir établir un «bon capitalisme », au service du tous que serait la Nation, ou, mieux encore, de « l’humain » en général. Ce ne sont que des charlatans, des bonimenteurs. Mais cela fait des décennies que les prolétaires sont appelés aux urnes avec les promesses de changements. Ma sœur Anne, ne vois tu rien venir ?

Des prémisses de mouvements populaires qui échouent, des émeutes dans les banlieues ou des manifestations de colères sans lendemains foisonnent un peu partout.

Dans les pays de la périphérie, la férocité des régimes en place se renforce alors que dans le même temps la concurrence internationale rend ces régimes insolvables par épuisement de leurs ressources (1).

Caractéristiques du capitalisme contemporain

L’avenir des prolétaires et des peuples dans le capitalisme est celui d’une dégradation sur tous les plans de leurs conditions de travail et de vie. Cela beaucoup le vivent déjà, et les autres le craignent. Mais ce qui est important pour la riposte à apporter, c’est de comprendre que ce sont des phénomènes absolument inhérents à la réalité du capitalisme contemporain. De comprendre, donc, que la possibilité d’un choix réformiste n’existe plus, les fondements matériels en étant devenus inexistants. Sauf à appeler réforme, comme le font les idéologues du capital, ces dégradations en cours : des réformes réactionnaires (au sens propre du terme : retour en arrière).

Le mouvement réformiste traditionnel (« la gauche ») est condamné à des échecs certains dans sa prétention à améliorer le sort des couches populaires.

Le seul avenir « humain » pour les prolétaires se trouve dans ce fait : en même temps que disparaissent, et définitivement dans cette époque de la sénilité du capital, les bases matérielles du réformisme de gauche, mûrissent celles du communisme. Ce qui est une grande nouveauté historique.

Au-delà des multiples différences selon les pays, si les prolétaires sont toujours obligés de lutter pour assurer leur survie quotidienne contre « les empiètements du capital » comme le disait Marx, cette lutte se heurte à l’impossibilité pour le capital de se reproduire sans devoir accroître terriblement ces empiétements, dégrader toujours davantage leur situation. La lutte réformiste traditionnelle, tant dans ses formes que dans ses objectifs, ne peut aujourd’hui, au mieux, que freiner quelque peu, et momentanément, le développement de cette contrainte, pas en inverser la tendance. Les luttes prolétaires échouent quasi immanquablement si elles restent sur le vieux terrain réformiste d’une croissance de l’accumulation du capital accompagnée d’un « juste partage » des richesses.

Par contre, nourries de l’expérience et de la compréhension des causes de ces échecs, elles s’élèvent au niveau d’une lutte de classe révolutionnaire contre l’État, cet organisateur armé de l’existence, de la reproduction du capital, de plus en plus despotique et violent à l’époque de sa sénilité.

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En quoi les luttes peuvent-elles mûrir sur le terreau des échecs passés ?

La caractéristique du capitalisme contemporain est que la valorisation du capital, son existence qui est d'être « valeur se valorisant » est devenue chroniquement difficile.

On en connaît la cause puisqu'elle est inhérente à son développement. La contradiction la plus essentielle à laquelle il doit faire face est qu'à force d'augmenter la productivité par l'automatisation de la production, il finit par saper la base même de cette valorisation, c'est à dire la quantité de travail social qu'il emploie (moins d'ouvriers mais plus de chercheurs et de techniciens. Dans le monde le nombre de scientifiques et ingénieurs est passé de 0,4 millions en 1950 à 4,1 millions en 1990.)

Il est évident que, lorsque la mécanisation aboutit à réduire les coûts salariaux globaux à environ 10% des coûts de production, elle réduit dans le même temps la quantité de plus-value.

Mais diminue aussi la consommation en bien courants comme en moyens de production, ce qui pénalise la réalisation de la plus value par la réduction des ventes et par la baisse des prix que stimule une concurrence accrue pour vendre.

Les "cures d'austérité" infligées aux peuples ne sont qu'un retour aux débuts du capitalisme car les capitalistes n'ont pas d'autres moyens que d'extraire brutalement la plus value sous sa forme absolue (augmentation de la durée du travail, acharnement décuplé par la crise à ne payer que le temps travaillé par la "chasse aux temps morts", généralisation de la précarité et baisses des revenus des prolétaires ainsi que la destruction systématique du droit du travail). Et de plus le travailleurs jadis salarié se retrouve "indépendant" (auto-entrepreneur) soumis tout entier aux lois du capital, obligé d'aligner des semaines de travail pour un maigre revenu, sans protection sociale.

Le problème c'est que, pour les fonctionnaires du capital, les politiques d'austérité ne feront nullement repartir, durablement, l'accumulation du capital.

Du fait de l'évanescence de la valeur et donc de la valorisation, cette crise ne peut que s'aggraver et corrélativement, se développe l'antagonisme de classe dans toute sa radicalité révolutionnaire.

Ensuite la mondialisation libérale (avec ses délocalisations) entraîne une aggravation des conditions de vie des prolétaires des pays développés. Comme ceux du monde entier, ils sont soumis à la domination des mêmes multinationales et de leurs propriétaires (qu'ils soient actifs ou passifs, financiers ou autres).

C'est une base objective pour le développement de l'unité mondiale des prolétaires dans une lutte commune contre le capital mondialisé. Bien sûr la concurrence entre les salaires des unes et des autres génère une désunion - du moins tant qu'ils luttent uniquement pour leurs salaires.

La mondialisation impérialiste s’est elle aussi affaiblie. Les affaires se font plus difficiles dans les pays dits « émergents » (tels lesdits BRICS donnés comme exemple de croissance dans la prose médiatique), qui sont eux aussi frappés par la crise.

Pour ne prendre que l’exemple de la Chine ( tant vantée et classée deuxième économie mondiale) ce n’est pas seulement que les exportations, sur lesquelles s’appuyait sa croissance, se heurtent aux politiques d’austérité généralisées  pour les peuples, c’est aussi que s’y épuisent les gains de productivité, d’autant plus que le capital s’y heurte à une résistance accrue des prolétaires.

En Chine, déjà en 2010, « la productivité globale des facteurs (PGF) aurait même tendance à diminuer de près de 0,5 % par an ». Comme ailleurs la croissance apparente y repose de plus en plus sur un recours ultra-massif au crédit : la dette cumulée y atteint 220 % du PIB à fin 2013 contre 130 % cinq années auparavant. D’où une masse de capital fictif s’accumulant en bulles.

Ce n’est donc plus de la mondialisation que le capital mondialisé peut espérer le retour d’une croissance même faible. Observons aussi que, depuis la fin du système colonial, les impérialistes doivent partager le butin avec les cliques bourgeoises et militaires prédatrices qui ont pris le pouvoir politique dans les anciennes colonies et s’approprient une partie, qu’elles cherchent toujours à accroître (cf. l’exemple célèbre des deux « chocs » pétroliers des années 70), des rentes minières et de la plus-value tirée de l’exploitation de ces populations par les multinationales industrielles et de l’agroalimentaire.

L'effondrement des organisations réformistes (de gauche) est la troisième caractéristique du capitalisme contemporain.

Ainsi les mouvements prolétaires du xxe siècle se sont développés dans les pays aux forces productives peu développées, à faible productivité, telles la Russie et la Chine. La « pénurie » fut une cause objective essentielle de l’échec du processus révolutionnaire qui y avait été commencé.

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Dans les pays les plus développés, « l’abondance » matérielle a d’abord été un facteur pour que la bourgeoisie puisse stimuler le réformisme qui était l’idéologie spontanément dominante chez la majorité des prolétaires.

L’intérêt de rappeler ces circonstances historiques spécifiques est de comprendre que d’autres circonstances produiront d’autres effets.

Or justement, la crise actuelle révèle que nous entrons dans l’époque du déclin inéluctable et insurmontable de ces fondements matériels de la domination du vieux réformisme sur les prolétaires.

Son effondrement, même s'il n'est pas encore sa disparition, laisse pour le moment place à un grand désarroi, une espèce de vide. La domination de l’idéologie bourgeoise subsiste sur la base des fétichismes découlant des rapports de production et d’échanges propres au capitalisme et prend alors principalement des formes « extrémistes » néo-fascistes, désespérées et morbides (et non pas la forme « démocratique » du réformisme traditionnel).

Mais la situation n'est plus celle d'autrefois, où le capital pouvait se reproduire.

Des perspectives nouvelles engendrées par la crise sénile du capitalisme peuvent nous permettre d'affirmer que l'abolition des rapports de production capitalistes est possible.

Diminution de la quantité de travail social employé

Il semble  manifeste que le capital a atteint les limites de son développement et ouvre la perspective de l'abolition du travail contraint aliéné et tout particulièrement le travail prolétaire.

Bien sûr les capitalistes tentent par tous les moyens, au prix de la destruction de la planète, de relancer le processus de la valorisation, mais c'est en vain. Leurs remèdes ne font qu'aggraver le mal (que ce soit par la violence ou par l'augmentation du crédit (2).

Or la diminution drastique de la quantité de travail qu'emploie le capital génère du temps libre. C'est une condition essentielle au succès du processus révolutionnaire. Très important dans les pays développés (mais chômé, précarisé) il pourrait être aussi créé par la disparition des activités rendues inutiles après une révolution politique victorieuse (par exemple dans les domaines publicitaire et de marketing). Dans les multiples productions gaspilleuses et néfastes (luxe et armement). Il y a aussi toutes ces fonctions qui deviendront caduques telles que la police et les militaires.

Mais d’un usage intelligent de ce temps libre, la maîtrise de l'autoproduction de la vie quotidienne par les individus viendra la réussite du processus révolutionnaire.

Autrefois il s'agissait d'une revendication d'égalité de la peine et de la pénurie, qui ne supprimait rien de la condition de prolétaire, ni n'augmentait les richesses sociales.

Dans les conditions d'aujourd'hui, le temps libre est un facteur de suppression de la condition de prolétaire. Le rapport salarial s'étiole et disparaît pour la masse croissante des exclus. Ils n'ont plus rein à perdre, pas même la possibilité de vendre leur seul bien, leur force de travail.

En même temps, les prolétaires supportent de moins en moins un travail que le capitaliste rend plus intense et plus abjecte que jamais. Aussi comme la quantité globale de travail diminue, travail intense pour les uns, précarité, temps partiels, chômage pour les autres, cette évolution, inexorable, exacerbe l’antagonisme entre les classes.

Cependant l'idéologie étatiste subsiste au sein du prolétariat, tant qu'elle n'est pas combattue (protectionnisme, emplois, salaires défendus par la Nation) et elle ne l’est que très peu.

Il est donc important de montrer que la crise capitaliste offre objectivement des conditions pour abolir le système devenu sénile et le remplacer par le Communisme.

L’expérience de la mondialisation montre que la lutte anti impérialiste ne peut plus être nationaliste. Elle ne peut être que la lutte contre le capital, en premier lieu : lutte contre sa propre bourgeoisie.

Autrement dit notre libération passe par celle des autres nations. Le développement du temps libre par une définition nouvelle des activités humaines et par ce simple mot d'ordre :

"TRAVAILLER TOUS, MOINS ET AUTREMENT".

Pierre Lehoux - février 2017

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(1) 200000 milliards de dollars, c'est le montant total des dettes publiques et privées sur l'ensemble de la planète à la fin 2015, d'après les calculs du McKinsey Global Institute.. En 2005, elle était seulement de 26 000 milliards. En une décennie, la dette publique mondiale a donc plus que doublé. Si l'on ajoute les dettes privées, la dette mondiale atteint même les 100 000 milliards de dollars selon une étude publiée récemment par la Banque des règlements internationaux. A titre de comparaison, le PIB mondiale en 2013 était de 74 000 milliards…. Le système repose sur l'idée que l'endettement va engendrer plus de croissance et que, au final, un retour de l'inflation permettra d'effacer les ardoises, comme dans les Trente Glorieuses. Sauf que le système productif est déflationniste. Si les taux d'intérêt nominaux sont bas, ils sont en termes réels, c'est-à-dire hors inflation, relativement élevés. En attendant, la BCE continue de se gorger de titres publics et privés, maintenant artificiellement la solvabilité. "Elle achète chaque mois pour 8 à 9 milliards d'euros d'obligations publiques françaises, soit virtuellement la moitié des émissions du Trésor français.

(2) l'emballement de la planche à billet ne créer aucune valeur. Un des principaux buts de la planche à billets est le rachat de la dette publique des États surendettés. Mais elle entraîne apparition de bulles spéculatives et une inflation qui impacte in fine les pauvres et les épargnants, tout en rendant plus facile l'endettement public ou privé (donc accroît la quantité de liquidité déjà en trop grand nombre).

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A quoi sert un Parti Communiste ?

Le prolétariat est une classe unique dans l’histoire, une classe dépourvue de toute propriété, exploitée et produisant collectivement, mais qui est aussi poussée sans arrêt par les contradictions de l’économie capitaliste à lutter contre la bourgeoisie.
Pour mener à bien ce combat, pour arracher son émancipation, le prolétariat n’a pas d’autre choix que de détruire la propriété privée et toutes les formes de domination de classe. C’est non seulement une nécessité pour le prolétariat que de s’émanciper de la sorte; mais, du fait de sa position sociale, contrairement aux autres classes, il a la capacité de le faire.
Le prolétariat est donc une classe révolutionnaire, “une classe aux chaînes radicales, une classe dans la société civile qui n’est pas de la société civile… un ordre social qui est la dissolution de tous les ordres sociaux.” disait Marx dans la “Critique de la Philosophie du Droit de Hegel”.
Mais il faisait également remarquer un peu plus loin dans le même texte que l’expérience du prolétariat n’était pas une condition suffisante pour qu’il puisse s’émanciper; il fallait aussi que la conscience pénètre profondément dans la classe:
Ainsi, les conditions d’existence du prolétariat, ses luttes et ses réflexions sur celles-ci, élèvent sa conscience au point qu’il peut se reconnaître comme une classe à part et se définir par le besoin de lutter contre la bourgeoisie.
Mais identité de classe ne veut pas dire conscience communiste (bien qu’elle en soit le présupposé). Les prolétaires vivent dans une société bourgeoise qui fait peser sur eux la complexité de ses rapports sociaux et de ses superstructures idéologiques. Cela signifie qu’inévitablement, en dépit de la lutte qu’elle mène contre ses exploiteurs, la grande majorité de la classe ouvrière est saturée d’idéologie bourgeoise.

Pour que l’identité de classe se transforme en conscience communiste, “l’organisation des prolétaires en classe, et donc en parti politique” (Marx) est nécessaire.
A cet effet, le prolétariat doit acquérir une vision globale dépassant celle qu’il peut tirer de son existence immédiate et la conscience qui lui correspond.

Le capitalisme est un système social contradictoire travaillé par des crises cycliques et comme Marx le laisse entendre ci-dessus, sa domination idéologique sur la société ne peut être totale. Dans la mesure où la société capitaliste repose sur des antagonismes de classe, les conflits matériels qui opposent ces classes constituent le terrain propice au développement des idées communistes en opposition aux idées dominantes de la bourgeoisie.
Toutefois ces idées ne sont en général que des parcelles de conscience communiste, limitées à quelques travailleurs isolés ou de petites fractions de la classe ouvrière à certains moments. Dans la plupart des cas, les expériences acquises par la classe ouvrière dans son combat contre la bourgeoisie sont politiquement revêtues par les analyses et les interprétations de la bourgeoisie elle-même; elles donnent simplement naissance à un sentiment d’identité de classe qui reste une forme de conscience bourgeoise.
Pour que la conscience communiste puisse s’exprimer à une échelle supérieure, il est nécessaire que les expériences des travailleurs confrontés à la bourgeoisie et à la réalité sociale soient intégrées et analysées dans le cadre d’une vision communiste mondiale.

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Fournir cette méthode d’investigation et d’interprétation des phénomènes sociaux est le rôle du Parti Communiste. Dans ce but le parti doit étudier en profondeur la réalité sociale, les contradictions qui travaillent la société bourgeoise, sa courbe historique; en même temps qu’il doit intervenir concrètement dans la lutte de classe. Il cherche ainsi à souder toutes les parcelles de conscience communiste provenant de la lutte des classes, à les fondre dans une vision globale et homogène et à rassembler tous ceux qui souscrivent à cette analyse en une seule et même force capable d’intervenir, capable d’intégrer l’expérience de la classe ouvrière dans un cadre communiste cohérent.

« De même qu’en d’autres époques une partie de la noblesse passa à la bourgeoisie, de nos jours, une partie de la bourgeoisie passe au prolétariat et, notamment, cette partie des idéologues bourgeois qui se sont élevés jusqu’à l’intelligence théorique de l’ensemble du mouvement historique ». Manifeste du Parti Communiste.
La lutte spontanée de la classe ouvrière peut élever sa conscience jusqu’au niveau de l’identité de classe, lui permettant de se rendre compte qu’elle n’est pas une fraction du “peuple”, mais une classe en-soi.
C’est un préalable indispensable pour que puisse s’opérer le saut qualitatif vers la conscience de classe (l’apparition d’une classe pour-soi) mais celui-ci ne peut intervenir que si la compréhension théorique du mouvement historique dans son ensemble se développe et s’empare de la classe, c’est à dire si la classe parvient à se convaincre de la nécessité d’un parti porteur d’une interprétation scientifique globale.

« Si la classe ouvrière lâchait pied dans son conflit quotidien avec le capital, elle se priverait certainement elle-même de la possibilité d’entreprendre tel ou tel mouvement de plus grande envergure. En même temps, et indépendamment de l’asservissement général qu’implique le régime du salariat, les ouvriers ne doivent pas s’exagérer le résultat final de cette lutte quotidienne. Ils ne doivent donc pas se laisser absorber par ces escarmouches inévitables…Il faut qu’ils comprennent que le régime actuel, avec toutes les misères dont il les accable, engendre en même temps les conditions matérielles et les formes sociales nécessaires à leur émancipation. Au lieu du mot d’ordre conservateur: “un salaire équitable pour une journée de travail équitable”, ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d’ordre révolutionnaire: “Abolition du salariat”. Dans “Salaire, Prix et Profit” (Chapitre: La lutte entre le Capital et le Travail et ses résultats).

Le bureau de l’Association des Amis du Manifeste. – octobre 2016

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Le Royaume-Uni quitte l’Union Européenne !

Pour les communistes, c’est un non événement.

Tout d’abord sur le plan économique, car cela ne changera rien, le Royaume-Uni avait déjà un pied dedans et un pied dehors, il a maintenant les deux pieds dehors. Il s’affranchit des décisions communes de l’Union Européenne, mais cette dernière entretient déjà des relations économiques privilégier avec d’autres états qui n’en sont pas membres. Accords de libre-échange ou d’association avec des dizaines d’autres pays parmi lesquels la Norvège, la Suisse, l’Afrique du Sud la Turquie, Israël…bientôt le Canada et les USA, pour nombre d’entre eux, il n’est pas exigé non plus de visa à leur ressortissant qu’il veulent venir sur le territoire de l’UE.

Le Royaume-Uni et l’Union Européenne sont toujours parfaitement intégrés au mode de production capitaliste mondialisé et inféodé à l’impérialisme US aujourd’hui encore 1ère puissance dominante. Il n’y a donc rien de changé pour les prolétaires du Royaume-Uni, ni pour ceux de l’Union Européenne.

C’est un désaveu et un camouflet politiques pour les dirigeants des pays membres de l’Union Européenne, qui s’est traduit par une effervescence médiatique et des fluctuations sur la Livre Sterling et les marchés, spéculation oblige.

Comme communistes nous n’avons ni à nous féliciter, ni à nous plaindre de cette décision du Royaume-Uni mais nous devons nous opposer résolument à toutes les fausses solutions nationalistes qui ne manqueront pas d’être avancées en cette période de décadence du capitalisme comme la solution à la crise.

                                                                                    Jean-Michel NICOLAS

« On accuse les communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalité ; les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut leur ravir ce qu’ils n’ont pas. Comme le prolétariat de chaque pays doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe maîtresse de la nation, il est par là encore national lui-même, quoique nullement dans le sens bourgeois. » 


Marx-Engels (Manifeste communiste)

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BREXIT : les prolétaires unis finiront par rejeter l’Europe capitaliste.

Le Royaume-Uni, pays impérialiste dirigé par le capital financier, a rejoint la Communauté européenne en 1973. Ce sont les capitalistes britanniques qui, dès les années 1960, ont violemment restructuré l’économie du pays, laminant son industrie, générant un chômage massif, plongeant des millions d’ouvrières et ouvriers dans la pauvreté, pour réinvestir leurs capitaux ailleurs ou sous forme de placements financiers… ils n’ont pas attendu les directives de l’Union européenne pour cela.

Au Royaume-Uni comme ailleurs, l’Union européenne (UE) ne fait qu’accompagner ce mouvement de restructuration. L’UE est en quelque sorte le syndicat des puissances européennes, comme la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, réunies pour trois raisons : défendre leurs intérêts communs face aux autres grandes puissances, fixer des règles communes pour faciliter la circulation du Capital sur le continent, et organiser leur domination sur les petits pays dominés d’Europe du Sud et de l’Est.

Le Royaume-Uni occupe historiquement une place particulière dans l’UE, car le pays est très lié économiquement et politiquement aux États-Unis : c’est pour cela que le pays est moins intégré à l’Union que ne le sont la France ou l’Allemagne.

Les capitaux britanniques et étasuniens veulent pouvoir circuler librement en Europe, mais en même temps le Royaume-Uni ne peut pas trop s’investir dans un projet qui menacerait la suprématie des USA.
Les gouvernements britanniques ont souvent attisé le sentiment anti-européen, sous prétexte qu’il serait soucieux des intérêts du peuple britannique: il s’agit juste, à chaque fois, de défendre les intérêts particuliers du Capital britannique et de la bourgeoisie qui le possède.
On nous dira qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil . Pourquoi ce référendum mené par Cameron, un pion politique du capital britannique, pour soi-disant sortir son pays de l’Union européenne ?

Le capital financier du Royaume-Uni est intimement lié au capital financier étatsunien via la City de Londres que Wall Street accrédite comme deuxième place financière mondiale.

Le Royaume-Uni répond aux ordres de ses alliés de Washington dont il a toujours été le Cheval de Troie au sein de l’Union européenne, au service de ses vis-à-vis de Wall Street.

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David Cameron a reçu mission de ses patrons de rassembler le grand capital européen en prévision du grand affrontement qui se prépare entre l’Alliance atlantique (OTAN) en débâcle, et l’alliance montante russo-chinoise.
Évidemment, cet affrontement en préparation exigera des sacrifices – telles une énergie plus coûteuse pour l’Allemagne qui s’approvisionne en Russie – la perte de certains contrats militaires pour la France – la perte de contrats d’investissements pour l’Italie –, etc. mais la mise au pas de l’ogre Russe avant le repli du dragon chinoissera à ce prix.

Le « BREXIT » vise à faire monter les enchères pour le maintien de l’Union, sachant que le retrait du Royaume-Uni entraînerait d’autres replis, la Grèce est à deux doigts de suivre ses pas et combien d’autres ?

Dans cette guerre économique et politique préparatoire à la guerre militaire qui suivra, il semble que la gauche et la droite nationaliste ainsi que leurs extrêmes, ont pris fait et cause en faveur de la faction capitaliste favorable à l’âpre renégociation de l’Union en opposition à la faction capitaliste monopoliste favorable au maintien du marché commun et de l’Euro en l’état.

Ce sont surtout les capitalistes moins fortunés qui sont dans le camp du « BREXIT » – et de l’âpre renégociation de l’Union – alors que les plus grosses fortunes d’Europe – les capitalistes monopolistes transatlantiques – sont eux dans le camp de l’Union.

C’est ainsi que l’idéologie bourgeoise de la Nation protectrice, mystifie la classe prolétarienne.
Une grande partie des prolétaires, inscrit de fait dans le cadre de la concurrence sauvage entre les capitalistes, joue les thuriféraires du capital.

Comme Marx nous l’a enseigné la mondialisation de l’économie est inscrite dans les gènes du capital.

Le choix pour la classe ouvrière ne se pose pas dans les termes de « pour ou contre l’Europe », mais bien en termes de « Quelle Europe voulons-nous ? » L’Europe du capital ou l’Europe du prolétariat international ? Une certaine gauche bourgeoise présente l’alternative dans ces mots, sauf qu’elle laisse entendre que l’Europe du prolétariat peut s’ériger par la conquête électoraliste des parlements capitalistes à grand renfort de bulletins de votes et de plébiscites. RIDICULE.

L’Europe prolétarienne nécessite de détruire de fond en comble l’Europe capitaliste, ses parlements, et ses États bourgeois et de socialiser la totalité des moyens de production, d’échanges et de communication.

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Les prolétaires britanniques doivent refuser de se ranger derrière la clique des capitalistes financiers de la City pour obtenir une renégociation douce des clauses de l’alliance avec la bourgeoisie européenne, ou de se ranger derrière la clique des capitalistes manufacturiers afin de renégocier âprement les clauses de l’Union.
Ils n’ont rien à faire dans cette galère entre les deux factions moribondes du capital et ils doivent rejeter ce référendum sans intérêt pour ses intérêts… de classe.

La concurrence entre les USA et l‘UE pour s ‘emparer des richesses mondiales a franchi une étape.
La crise du système, les difficultés grandissantes qu’a le capital aussi bien à produire de la plus-value qu‘à la réaliser (la transformer en profit et donc en capital additionnel) le contraint à agir sur deux plans.
L’UE s‘est constituée pour exercer une pression plus grande sur la classe ouvrière qui au sortir de la guerre mondiale acceptait difficilement les efforts de reconstructions exigés par le capital (cf les grandes grèves ).
La nouvelle organisation du travail (le fordisme) prenait son essor et parcellisait le travail, détruisant du même coup les savoir faites et les anciennes catégories de travailleurs qui avaient résisté à cette phase de la mondialisation capitaliste.

Il fallait donc accroître l‘exploitation en augmentant la productivité. Celle ci s’est avérée très efficace jusqu’à la fin des années 70 qui vit les limites de cette augmentation avec un accroissement à la fois du crédit, une concentration accélérée du capital crédit et du même coup du capital productif entre des mains de moins en moins nombreuses.
C‘est le début de la décroissance c‘est à dire des rendements décroissants des gains de productivité qui aujourd’hui plombent le capital dans son ensemble et freinent l‘augmentation du taux de profit jusqu’à le diminuer.
Sur un second plan, il s‘agit de s’emparer à moindre coût des ressources.

C’est la décolonisation car entretenir des colonies devenait un fardeau pour les États capitalistes.
C’est la phase d‘expansion moderne avec des Etats centraux qui dominent des Etats compradore.
Les ressources sont pillées mais à moindre coût en terme de capital investi.
Ce qui est la situation actuelle avec comme conséquence un rétrécissement des marchés du fait de la ruine consécutive à ce pillage et de la guerre économique et militaire qu’engendre la concurrence.

Je pense que la montée du nationalisme est irrémédiable dans ce contexte de concurrence exacerbée.
Il s‘agit à la fois de procurer une main d‘œuvre à bas coût dans tous les pays qui aspirent à figurer dans le palmarès des Etats impérialistes (avec au sein même de ces pays des zones franches livrées au marché sans aucuns « garde-fous », ce qui a pour conséquence d ‘ accroître l‘exploitation et la disparition des maigres « acquis sociaux » dans les pays voisins).
Pour les Etats dominants il s‘agit d‘être celui qui aura les meilleures parts de marché d‘être le plus grand pilleur de la planète devant tous les autres.
Voilà pourquoi aussi bien le FN que le FG réclament un État fort, capable de « développer l‘économie » n‘hésitant pas à tenir un discours volontariste et musclé à l‘égard des concurrents.

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«Le capitalisme c‘est la guerre» écrivait notre regretté Maurice Lionnet, directeur du journal «Regroupement Communiste» dans les années 80.

Il ne peut se survivre qu’en écrasant ceux qui lui résistent. Mais unis, les prolétaires peuvent profiter de la maladie structurelle du capitalisme qu’est la crise liée à la baisse du taux de profit (du fait de la dévalorisation brutale et irréversible de la valeur d ‘ échange – monnaie, capital productif et financier, tout ce qui exprime le blocage de ces échanges sur le marché ) en lui donnant le coup de grâce qui pourra l‘achever après une révolution politique puis sociale indispensable pour s ‘ emparer de tous les moyens de production de la vie.

Pierre Lehoux

(sources : Robert Bibeau, «Les 7 du Québec»)

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Nuit Debout, quelle espérance ?

Certains d’entre nous militent depuis longtemps dans de petites organisations révolutionnaires et des associations. D’autres sont éparpillés, sans parti, comme orphelins de la politique. N’importe quel militant anticapitaliste qui a la tête sur les épaules sait que ce n’est pas à travers les vieux partis corrompus et réformistes que se fera le changement de société tant attendu par les exclus, les travailleurs pauvres, les exploités, les chômeurs, les progressistes….

Ce n’est pas le PCF par exemple, qui depuis longtemps a décidé de jouer au gestionnaire et d’accepter la société de marché comme une évidence, qui mènera le combat de mise à mort du capitalisme. Ni le Front de Gauche ou le NPA, trop pénétrés par le réformisme. Le réformisme, c’est ce mot magique que toute la bourgeoisie a dans la bouche pour prôner le progrès, sous-entendu le progrès comme il la sert, déconstruction en règle de toute la pensée politique marxiste et de tous les acquis sociaux. Nous ne sommes pas nous-mêmes, communistes sincères, réfractaires à toute réforme. Il faut savoir s’adapter et le monde d’aujourd’hui est différent de celui de la Commune ou de la première guerre mondiale. Mais nous pensons que céder idéologiquement du terrain à la bourgeoisie est tomber dans le piège qui nous a été tendu tout au long du XXe siècle et en ce début de millénaire par la propagande capitaliste. Ce piège de la culpabilisation de notre bord en nous assimilant à l’échec des tentatives avortées qu’ont menées certains peuples de construire le socialisme, de la ringardise de notre combat…

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Pourtant qu’avons-nous constaté ? Un affaiblissement constant du camp communiste. Le PCF, auréolé de son rôle dans la résistance, était le premier parti de France en 1945. Mais la propagande bourgeoise externe d’un côté et le réformisme interne de l’autre (imprégné par cette propagande) l’ont pulvérisé. Face à cette débandade beaucoup de militants ont rejoints des groupuscules avec le besoin de se retrouver entre gens de combat, sur des positions communes. Mais la disparition du grand frère n’a fait qu’atomiser la famille, si l’union fait la force, notre division a fait notre faiblesse.

Aujourd’hui nous sommes face à un écueil persistant et un grave problème, notre incapacité à reconstruire un parti révolutionnaire de masse, capable de réunir le prolétariat et de contrecarrer les attaques des élites. Cependant nous percevons autour de nous, dans le peuple, dans la jeunesse, chez les travailleurs un besoin de plus en plus fort de se réunir et d’agir. Tel le slogan crié dans les manifs : « tous ensemble ». N’assisterions-nous pas à cela avec le phénomène Nuit Debout ?

Nuit Debout est partie de plusieurs facteurs. Contrairement à ce que des idéalistes voudraient faire croire elle n’est pas spontanée. Elle a été préparée par un groupe de réflexion issu des débats autour du film « Merci Patron » réalisé par François Ruffin. Film qui a connu un grand succès populaire. Ces militants de la première heure ont investi en nombre la commission « convergence des luttes » du mouvement. La volonté de départ était de faire les choses dans la légalité et de déposer des autorisations de rassemblement sur la place de la République afin de ne pas donner aux pouvoirs publics une bonne raison de faire intervenir la police. Ce groupe de départ s’est fait aider d’autres associations comme Droit au logement qui a déposé en même temps une demande d’occupation, rejoint par ATTAC et Solidaires. Rien n’est spontané dans ce processus.

Mais un petit groupe d’activistes, aussi déterminé soit-il, ne suffit pas à lancer un mouvement populaire de protestation. Ce serait trop beau ! Encore faut-il coïncider avec des luttes sociales, répondre à un besoin, avoir un catalyseur, un déclenchement. La lutte contre la loi El Khomri de réforme du Code du Travail a été ce catalyseur. Le premier rassemblement Nuit Debout a fait suite à la grande manifestation du 31 mars portée par les syndicats et les étudiants et lycéens. Sans cela Nuit Debout n’aurait jamais vu le jour.

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Alors qu’est-ce Nuit Debout ?
Si l’on peut rencontrer sur place des militants dits de la gauche radicale, on peut également s’apercevoir que beaucoup (la majorité) sont des nouveaux venus affiliés à aucune organisation. Des jeunes, en grand nombre, qui n’ont jamais eu d’autres parcours militants avant de se retrouver tous les soirs Place de la République.

Si la volonté de départ affichée de convergences des luttes est bien le socle de ce mouvement, il était normal que des militants issus de groupuscules révolutionnaires dont il était question plus haut s’y retrouvent, ainsi que des syndicalistes.

Quant aux partis traditionnels de gauche ils ne pouvaient se permettre d’abonder dans le sens d’une division par rapport à leurs propres structures, face à la naissance d’un mouvement qui pourrait les vampiriser voire les balayer. De toute façon, la sauce ne pouvait prendre qu’en dehors d’eux, les partis traditionnels ont failli et sont puissamment déconsidérés !
C’est d’ailleurs l’un des problèmes que rencontre Nuit Debout, cette défiance envers les partis. Car créer quelque chose de neuf, hors des structures jusqu’ici éprouvées, c’est ce qui est envisagé et désiré, est-ce possible ?

Nous avons vu que les tentatives récentes de création de mouvement horizontaux tels que les Indignés, Occupy Wall Street, Syrisa ou encore Podemos se sont heurtés à la réalité du fonctionnement en société. Point de lutte sans organisation, et pas d’organisation sans leaders. De plus, sans perspective claire, sans un but affiché, revendiqué, il est plus difficile d’arriver. On entend souvent dire que l’on ne sait pas où mèneront les Nuits Debout, que la dynamique se crée en agissant.

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Beaucoup de militants de la Nuit Debout balayent le passé, s’opposent aux leaders, leur position part d’un bon sentiment : tout le pouvoir au peuple, personne au-dessus des autres, tous égaux. En cela se fonde l’exigence démocratique prônée dans tout le mouvement. Car de démocratie il est continuellement question, toutes les décisions sont votées en AG (assemblées générales).

Les propositions proviennent la plupart du temps de commissions : commission féministe, commission convergence des luttes, commission communication, commission grève générale, commission économie, commission accueil et sérénité (SO), etc. Cette exigence égalitaire produit parfois des effets inattendus comme l’opposition aux meneurs et idéologues, à tous ceux qui pourraient être suspectés de tirer la couverture à eux tels François Ruffin ou Frédéric Lordon et qui se voient critiqués quand ils gardent la parole trop longtemps ou quand ils sont trop en avant.

Mais les critiques les plus violentes proviennent bien sûr du camp d’en face, des médias bourgeois, des intellectuels réactionnaires, des politiciens de la classe dominante. Tant que le mouvement semble démocratique, citoyen, il est difficile de taper dessus. Et difficile de récupérer un mouvement où les leaders comme les partis traditionnels sont exclus. L’extrême-droite essaye bien depuis le début de s’infiltrer mais se heurte à la vigilance des militants dont l’antifascisme est un point sur lequel il n’y a pas à tergiverser. Alors il faut trouver des failles, envoyer des provocateurs, tel Finkielkraut qui ne pouvait que se faire houspiller, ou des agents du Système tel Yánis Varoufákis, ex-ministre de l’économie du gouvernement Syrisa en Grèce qui le lendemain de sa visite place de la République allait visiter notre ministre Emmanuel Macron et dire du bien de lui !

Si Nuit Debout ne sait pas où sa mobilisation l’emmènera, nous le savons encore moins. Est-ce un nouvel élan révolutionnaire ? Un nouveau parti en gestation ? Ou au contraire une organisation moderne de lutte ? Un mouvement d’autogestion ? Un rassemblement de petits bourgeois ? Un mouvement nocturne coupé du monde du travail où les gens qui se lèvent ne veillent pas la nuit ? Un nouveau mai 68 en puissance ?
Ce mouvement est fragile, même s’il a essaimé dans des dizaines d’autres villes françaises.
Qu’en sera-t-il si sa revendication initiale, le refus de la « loi travail », échoue ? Ou au contraire s’il ya victoire ? Peut-on espérer un embrasement, une contestation globale des « institutions » politiques et du système économique ? Personne ne peut le dire.

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Nous, militants communistes, croyons qu’il faut une organisation solide, structurée, pour en faire l’outil de renversement du capitalisme. Et que cette organisation pour devenir un parti révolutionnaire, doit avoir des bases d’actions sans équivoques et un programme. Ce qui manque encore à Nuit Debout. Alors peut-être que ce mouvement n’est qu’un soufflet qui va se dégonfler, mais de voir tous ces jeunes prendre la parole publiquement, de se confronter, de s’emparer des questions sociales, de leur avenir, c’est vivifiant. De les voir rejeter les organisations passées et de les voir petit à petit s’organiser à leur tour c’est un plaisir. Et par-dessus tout, de voir ce monde là se politiser et reprendre la voie de la lutte c’est une joie.

                                                                                                      Jean-Marc A.

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Ceux qui nous dirigent, les politiques, les spécialistes, les économistes, les gens des médias, n’ont jamais travaillé. Ils ne connaissent rien au monde du travail, tout au plus ils fréquentent les patrons des grandes entreprises du CAC 40 qui les recyclent volontiers quand besoin est, en relations avec les services qu’ils ont rendus.

En dehors de la Fonction publique (dont il y aurait bien des choses à dire), le monde du travail réel est un tissu de petites et moyennes entreprises, d’entreprises artisanales qui sont les principales pourvoyeuses d’emploi dans le pays.

Depuis la casse par délocalisation de l’outil de production industriel national, les entreprises de main d’œuvre occupent aujourd’hui principalement des secteurs comme le bâtiment, le commerce, l’hôtellerie et la restauration, les services à l’entreprise ou à la personne…toutes activités qui ne sont pas délocalisables.

Or, ce sont dans ces secteurs d’activités que l’on trouve tout aussi principalement en nombre, des salariés peu qualifiés, de l’emploi féminin ou des travailleurs étrangers avec ou sans papiers ; mais aussi des contrats précaires, du temps partiel, du travail pénible et des conditions de travail dégradées, assortis de faibles salaires maintenus au SMIC horaire. (à condition de 60h la semaine, le salaire mensuel peut paraître bon)

Ceux qui connaissent ce monde réel du travail savent que dans ces entreprises, il n’y a souvent aucun syndicat, pas de délégué du personnel faute d’élection (les patrons étant peu enclin à les organiser si personne ne leur demande). Il n’est pas rare de devoir s’inquiéter pour savoir : si l’on est bien déclaré, quand on pourra signer son contrat, s’il sera CDD ou CDI, quand on touchera son salaire, quand on recevra sa fiche de paye, si toutes les heures ont été payées et les heures supplémentaires à combien…

Ce sont dans ces secteurs d’activité où l’on trouve des petits bijoux de précarité comme l’alternance CDD puis Intérim puis CDD…pour une même personne sur un même poste pendant des années ou ces Contrats à durée indéterminée intermitants, où l’employeur vous garantit un certain nombre d’heures mensuelles (temps partiel), mais quand il veut selon ses besoins (pratique pour gérer une vie familiale ! mais pour le moment il n’ont pas osé le contrat 0 heure comme au Royaume Uni)

Pour tous ces salariés, il y avait, jusque là et à condition de s’organiser, une certaine protection et des avancées possibles par la référence au Code du Travail et le recours éventuel à l’Inspection du Travail.

C’est ce que, depuis des décennies, les gouvernements successifs s’emploient démanteler, opposant la création d’emplois aux droits des travailleurs.

Mais de l’emploi, il n’y en a plus, et il n’y en aura de moins en moins, car dans le mode de production capitaliste, la mécanisation et l’augmentation de la productivité, réduisent inexorablement le nombre d’emplois salariés.

Pour travailler tous, il faudrait bien évidemment partager le travail restant, ce qui n’est pas à l’ordre du jour capitaliste.

Quand ils agitent la création d’emploi, il s’agit donc d’un leurre destiné à faire baisser le coût du travail salarié pour restaurer voir augmenter le taux de profit.

Cette dernière attaque contre le Code du travail est une régression majeure, non pas sur le plafonnement des indemnités obtenues aux prud’hommes, mesure que les médias mettent abondamment en avant, mais en ce qu’elle introduit une inversion des hiérarchies entre les normes : l’accord d’entreprise primerait sur l’accord de branche et tous deux sur le Code du Travail. Aujourd’hui tout accord doit être plus favorable que le minimum légal (Code du Travail), le particularisme et le localisme au nom de la lutte contre le chômage pourront introduire des conditions inférieures à la norme nationale qui n’en est plus une.

A partir de là, il est possible de tout détricoter, temps de travail, durée du repos hebdomadaire et des congés….

Nous vous proposons, ci-dessous une étude exhaustive du texte initial, qui n’est ni amendable ni recyclable et contre lequel il est impératif de se mobiliser

                                                                                                                        JMN


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Sources :

http://www.filoche.net/2016/03/07/en-condense-les-raisons-du-retrait-du-projet-el-khomri/

(extraits)

On n’aura jamais vu, à froid, depuis un siècle, pareille agression contre leurs  droits, de leur vie pour des millions de salariés. Mais pour bien les combattre il faut les décortiquer. Ici Jean-Jacques Chavigné a fait un « condensé » de la fin : résumé de la dernière loi El Khomri, utile pour tous vos exposés et interventions en ce mois de mars et de luttes.

I- La 1ère régression majeure: le retour au droit d’avant 1910

  • Avant 1910 : le contrat de travail était un contrat de droit commercial

Un contrat de gré à gré, négocié individuellement par un salarié face à un employeur : le pot de fer contre le pot de terre.

  • 1906 : la catastrophe de Courrières

1 099 mineurs sont tués, victimes d’un « coup de grisou ». La révélation des circonstances du drame soulève une énorme indignation, suscite une grève générale des mineurs du Pas-de-Calais et oblige les gouvernements en place à mettre en place un ministère du Travail puis à instaurer un Code du travail.

. Les mesures de sécurité étaient rudimentaires : les intérêts des actionnaires des Houillères avaient primé sur la protection des mineurs.

. Les mesures de sauvetage ont privilégié le sauvetage du matériel aux dépens du sauvetage des êtres humain.

. Les recherches de mineurs ensevelis ont été abandonnées pour que le travail puisse reprendre rapidement, dans l’intérêt des actionnaires.

  • 1906 : Mise en place pour la 1ère fois (sous le gouvernement de Georges Clémenceau) d’un ministère du travail
  • 1910 : Naissance du code du travail

. Ce droit dissocie les droits des salariés des intérêts de l’entreprise. Le droit du travail n’a qu’une seule fonction : protéger les salariés.

. Ce droit reconnaît l’existence d’un lien de subordination  entre le salarié et son employeur. La contrepartie de ce lien de subordination est la création d’un droit protecteur, le droit du travail.

. Désormais, le contrat de travail permet à tout salarié de bénéficier de droits collectifs qu’il n’aurait jamais pu acquérir seul, dans le cadre d’un contrat commercial.

  • 2016 : Le Projet de Loi El Khomri (PDL) remet en cause les bases mêmes  du droit du travail

. Le PDL met fin à l’autonomie des droits des salariés face aux intérêts des employeurs

. L’intitulé du PDL exprime très explicitement la fin de cette autonomie : « nouvelles libertés et nouvelles protection pour les entreprises et les actifs ». Le mot « salariés » n’est même plus employé et – l’ordre des mots est important –  la protection des entreprises passe avant celles des humains (les « actifs »).

. L’article 1 (Page 1) du PDL affirme que les droits fondamentaux des personnes sont limités « par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise »

. Le PDL remet en cause le lien de subordination qui justifie l’existence d’un Code du travail protecteur des droits des salariés

Le Medef qui nie l’existence du lien de subordination et considère qu’il s’agit d’une « soumission librement consentie », ne justifiant aucune contrepartie en terme de code du travail, voit ses exigences reprises par le PDL.

Le PDL reprend, ainsi,  à plusieurs reprises (convention individuelle de forfait, travail de nuit…) la notion de volontariat d’un salarié dans l’entreprise. Il faut vraiment n’avoir jamais travaillé dans une entreprise privée pour ne pas savoir que cette notion de volontariat n’a, en un tel lieu, strictement aucun sens.

Manuel Valls parle d’un droit du travail du XXIème siècle, alors le PDL organise un retour au droit du XIXème siècle.

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→ C’est la 1ère raison pour laquelle le PDL ne peut pas être amendé. Il doit être retiré.

II- La 2eme régression majeure : la fin de la hiérarchie des normes

– La fin du « principe de faveur »

Progressivement, au cours de plusieurs décennies, le droit du travail à mis en place un principe de faveur signifiant :

. Qu’un accord de branches ne peut différer de la loi que s’il est plus favorable aux salariés concernés

. Qu’un accord d’entreprise ne peut différer d’un accord de branche que s’il est plus favorable aux salariés concernés

. Qu’un contrat individuel de travail ne peut différer d’un accord d’entreprise que s’il est plus favorable au salarié concerné.

. Avec le PDL, l’accord d’entreprise devient le centre du droit du travail

Ce n’est pas un hasard. L’entreprise est le lieu où le rapport de forces est le moins favorable aux salariés, d’autant plus que la taille de l’entreprise ou de l’établissement (une subdivision de l’entreprise) est moins importante.

C’est là où se créent, à la demande de l’employeur, des « syndicats maison ». Ces « syndicats maisons » appartiennent le plus souvent à des centrales syndicales « représentatives » mais peu regardantes sur les moyens. Leur but principal est, en effet, d’obtenir assez de voix aux élections professionnelles pour pouvoir toujours être considérées comme « représentatives ».

C’est là où le chantage à l’emploi est le plus efficace et, où, un révolver sur la tempe (la menace de licenciements immédiats ou futurs), les syndicats ont le plus de difficultés à refuser la signature d’un accord.

– Le PDL instaure une « nouvelle architecture des règles » du droit du travail

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Cette « nouvelle architecture » structure tout le PDL :

. L’ordre public (imposable à toutes les entreprises) est réduit à des généralités.

. La négociation collective, dont le champ est très vaste, soumet l’accord de branche à l’accord d’entreprise selon la formule reprise presqu’à chaque page : « Un accord d’entreprise, ou, à défaut, un accord de branche… »

. Le contrat de travail n’apporte plus aucune garantie. Un salarié ne pourra plus refuser la modification de son contrat de travail (durée et organisation du temps de travail, montant du salaire) si un accord d’entreprise augmente la durée du temps de travail et diminue son salaire horaire. S’il refuse, il pourra être licencié pour faute !

→ C’est la 2ème raison pour laquelle le PDL ne peut être amendé et doit faire l’objet d’un retrait.

D’autant que l’article 2 du PDL (Page 7) prévoit que l’ensemble du code du travail sera, si le projet de loi devient une loi, modifié en donnant « une place centrale à la négociation collective » c’est-à-dire à l’accord de branche. Il restera donc, en volume, environ 75 à 80 % du code du travail à réécrire pour la soumettre à cette nouvelle architecture.

III- La 3ème régression majeure : les multiples reculs apportés au code du travail par le PDL

Voilà plusieurs exemples significatifs, mais loin d’être exhaustifs car presque chaque article du PDL entraîne une régression, plus ou moins importante.

  • La durée du travail hebdomadaire

–  La durée légale est toujours de 35 heures

Mais cette durée légale n’a toujours été que le seuil de déclenchement des heures supplémentaires rétribuées à 25 % de plus pour les 8 premières et à 50 % de plus pour celles qui suivent.

– Le PDL remet gravement en cause l’utilité de ce seuil

. D’abord, l’article 3 (page 13) permet, par accord d’entreprise, de ramener le coût des heures supplémentaires à seulement 10 % de plus que celui des heures normales.

. Ensuite, l’article 3 (page 15) permet, par accord d’entreprise, de porter la durée de « modulation » de ces heures à 3 ans, au lieu d’un an aujourd’hui.

Cela signifie que les heures supplémentaires, avec un tel accord, ne seront déclenchées qu’à partir de la 3 821ème heure et ne seront payées qu’au bout de 3 ans. Il était déjà difficile de comptabiliser ces heures sur une année, prétendre le faire sur une période de 3 ans relève de l’impossible.

. Enfin, l’article 3 (page 12), permet, par accord d’entreprise, de faire travailler les salariés 46 heures par semaine pendant 16 semaines consécutives, au lieu de 14 semaines, aujourd’hui.

Les heures supplémentaires deviennent moins cher que l’embauche et le chômage ne pourra qu’augmenter: surtravail pour les uns ; sous-travail et non-travail pour les autres.

  • Les autres durées du travail

– La durée quotidienne maximale

La durée légale maximale est de 10 heures mais un accord d’entreprise peut, grâce à l’article 3 (page 12) la porter à 12 heures.

– Le travail de nuit

. Pour tous les salariés, le travail de nuit (mieux rétribué) finissait à 6 heures du matin, l’article 3 (page 22) décide qu’il finira à 5 heures.

. Le travail de nuit du personnel naviguant commençait à 22 heures, l’article 8 (page 79) décide qu’il commencera à 23 heures.

– La durée de travail des apprentis de moins de 18 ans : article 6 (page 78)

. La durée maximale était de 8 heures par jour, le PDL la porte à 10 heures.

. La durée maximale était de 35 heures par semaine, le PDL la porte à 40 heures.

  • Faciliter les licenciements

Les deux articles qui suivent (30 et 30 bis) trouvent leur place dans un Titre intitulé « Favoriser l’emploi » et dans un chapitre dont le titre est « Faciliter la vie des TPE et des PME » !

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– Le plafonnement des indemnités de licenciements abusifs

L’article 30 (page 105) du PDL plafonne les indemnités de licenciement ABUSIFS, c’est-à-dire illégaux, « sans cause réelle ni sérieuse » :

– 3 mois de salaire pour un salarié dont l’ancienneté dans l’entreprise est de moins de deux ans.

– 6 mois de salaire si son ancienneté est de plus de deux et moins de 5 ans

– 9 mois de salaire si son ancienneté est de plus de 5 ans et de moins de 10 ans

– 12 mois de salaire si son ancienneté est de plus de 10 ans et de moins de 20 ans

– 15 mois de salaire si son ancienneté est de plus de 20 ans

Le juge perd la faculté d’estimer le préjudice subi par le salarié. Les employeurs pourront programmer les licenciements qu’ils souhaitent réaliser en toute illégalité, sans que cela leur coûte trop cher. Pourtant, la facilitation des licenciements n’a jamais facilité les embauches, elle ne fait que faciliter les licenciements.

Un salarié demande à son employeur « Mais pourquoi me licenciez-vous ? » ; l’employeur lui répond « Pour créer de l’emploi ! » : cela résume assez bien la philosophie du PDL.

– La facilitation des licenciements économiques : article 30 bis (page 107)

Un accord d’entreprise peut permettre à l’employeur d’opérer des licenciements économiques :

. Lorsque la duré de la baisse des commandes ou du chiffre d’affaire a été constatée pendant deux trimestres consécutifs.

. Lorsque la durée des pertes d’exploitation a été constatée pendant un trimestre.

A la différence du droit actuel, le juge n’a plus aucune possibilité d’appréciation, il devra se contenter des chiffres fournis par l’entreprise.

Pire, une entreprise située en France pourra organiser des licenciements économiques, si elle remplit les deux conditions ci-dessus, même si le groupe international auquel elle appartient fait des profits colossaux.

Il n’y a, d’un point de vue comptable, pas la moindre difficulté à faire apparaître deux trimestres successifs de baisse des commandes ou du chiffre d’affaires. Il n’y a pas plus de difficulté à faire en sorte qu’une entreprise française se retrouve en difficulté alors que l’ensemble du groupe international auquel elle appartient baigne dans la prospérité.

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  • Réduction considérable du droit des syndicats et des représentants du personnel

–  Les négociations obligatoires

Par accord d’entreprise, en fonction de l’article 9 (page 79) les négociations obligatoires tous les ans peuvent être organisées tous les 3 ans ;  celles qui sont obligatoires tous les 3 ans peuvent l’être tous les 5 ans et celles qui sont obligatoires tous les 5 ans peuvent l’être tous les 7 ans.

–  Les consultations obligatoires des représentants du personnel

La plupart des consultations obligatoires de ces instances, prévues par le droit actuel, disparaissent du PDL.

–  Le référendum d’entreprise

Les syndicats représentatifs ayant obtenu au moins 50 % des voix aux élections professionnelles peuvent, actuellement, s’opposer à un accord signé par l’employeur et des organisations syndicales représentatives minoritaires.

Avec le PDL, les syndicats représentatifs minoritaires peuvent, s’ils ont obtenu au moins 30 % des voix aux élections professionnelles, en fonction de l’article 12 (page 86), organiser une consultation (un référendum) de l’ensemble du personnel de l’entreprise, pour faire valider l’accord qu’ils ont signé avec l’employeur.

Ce contournement des syndicats représentatifs majoritaires permettra au chantage à l’emploi de jouer à plein, surtout avec les facilités apportées par le PDL aux différentes formes de licenciements.

  • Les compétences de la Médecine du travail sont amoindries

Il faut toujours se méfier lorsque le terme « moderniser » est utilisé, cela cache très souvent un mauvais coup. C’est exactement le cas, avec le Titre V du PDL, intitulé « Moderniser la médecine du travail »

Selon le seul article de ce titre, l’article 44 (page 119) :

. La visite médicale n’est plus obligatoire pour le travail de nuit.

. La visite d’embauche n’est plus obligatoire.

. La périodicité de la visite médicale n’est même pas définie.

. Le rôle du Médecin du travail dans le reclassement d’un salarié victime d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle est minimisé.

– Le rôle de l’Inspection du travail est considérablement réduit

Dans de très nombreuses circonstances où son autorisation était requise, elle ne l’est plus. L’avis de la DIRECTE (ancienne Direction du travail, élargie à d’autres fonctions) lui est préféré. Il est vrai que l’Organisation internationale du travail donne à l’inspecteur un statut d’indépendance, proche de celui d’un magistrat et que le Medef ne supporte plus. Il préfère une autorité administrative directement dépendante du gouvernement. Le PDL répond à ses exigences.

  • Quelques exemples qui montrent comment le PDL « pourrirait » la vie des salariés

–  Les délais de modification du calendrier des congés.

Actuellement, les salariés doivent être prévenus d’un changement de ce calendrier 1 mois à l’avance. L’article 3 (page 41) permet à un accord d’entreprise de fixer n’importe quel délai. Essayer avec un délai de 7 jours, par exemple de réserver une location d’été ou d’organiser une réunion familiale avec des personnes qui subissent le même traitement dans l’entreprise où ils travaillent.

– Les délais de modification des horaires pour un(e) salarié(e) travaillant à temps partiel :

Aujourd’hui, ce délai est de 7 jours. L’article 3 (page 21) permet de fixer n’importe quel délai. Essayez avec un délai de 2 jours d’organiser votre vie quotidienne. Merci pour les femmes qui subissent 80 % des temps partiels imposés !

–  Les congés en cas de décès d’un proche

Sans accord d’entreprise, le congé pour décès de son conjoint, d’un enfant, de son père ou de sa mère est de 2 jours. L’article 4 (page 51) permet à un accord d’entreprise de limiter ce congé à une journée ou même ½ journée.

–       Le patron peut fixer par accord d’entreprise le jour du début de le semaine :

Ainsi le BHV Paris  propose au syndicats que la semaine commen le mardi, que le dimanche soit le 5° jour et qu’il ne soit pas majoré, rajoutant qu’il n’est pas prévu par la loi que le repos compensateur soit payé…

IV- La 4ème régression majeure : pour la 1ère fois, l’arrivée de la gauche ne se traduit par aucune avancée sociale

  • Les multiples avancées sociales  de la gauche au pouvoir

En 1936, la chambre du Front populaire adoptait une législation instaurant la semaine de 40 heures, les congés payés, les délégués du personnel, les conventions collectives

En 1945, le gouvernement à majorité PS et PC mettait en place la Sécurité sociale, les Comités d’entreprise, le statut de la Fonction publique. Ce statut est dans la ligne de mire de la droite comme de Manuel Valls et d’Emmanuel Macron. Il est significatif que la députée de droite (LR), Nathalie Kosciusko-Morizet, soutienne le PDL et appelle à en finir avec le statut de la Fonction publique.

En 1981, l’Assemblée nationale où la gauche était majoritaire votait les 39 heures et la retraite à 60 ans.

En 1999, sous le gouvernement de Lionel Jospin, la gauche plurielle, majoritaire à l’Assemblée nationale, adoptait la semaine de 35 heures et la CMU.

  • Depuis juin 2012, le droit du travail n’a enregistré que des reculs destinés à « flexibiliser le travail » :
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. La loi Sapin, de juin 2013, assouplissait déjà la possibilité de licencier. Avec une telle loi et les limites qu’elles apportent aux possibilités de recours des organisations syndicales, la lutte des Goodyears n’aurait pas duré 7 ans, mais 3 mois.

. La contre-réforme des retraites, de janvier 2014, allongeait de 6 trimestres la durée de cotisation et donc la durée du temps de travail sur une vie.

. La loi Macron, d’Août 2015, étendait considérablement le travail de nuit et plafonnait les indemnités pour licenciements abusifs. Cette dernière disposition a été rejetée par le Conseil constitutionnel. Le PDL la reprend en retirant la notion de la taille de l’entreprise qui avait motivée la décision du Conseil constitutionnel.

. La loi Rebsamen, d’Août 2015 qui, notamment, instaurait la possibilité de 3 CDD successifs (545 jours !) contre laquelle la jeunesse est vent-debout.

  • Le PDL couronne l’ensemble de ces reculs et n’instaure aucune avancée sociale

– Le « droit à la déconnection »

Prévu par l’article 25 (page 102), ce droit est une un leurre :

. La concrétisation de ce droit est renvoyé à un accord d’entreprise et donc à la bonne volonté de l’employeur car sans sa signature, cet accord ne pourrait voir le jour.

. Dans les entreprises de moins de 300 salariés, l’employeur pourra rédiger une « charte » qu’il pourra élaborer seul après un simple « avis » du Comité d’entreprise ou des délégués du personnel.

– La concertation nationale sur le « télétravail »

Prévue par l’article 26 (page 102), cette « concertation » commencerait le 1er octobre 2016, mais uniquement si le patronat le veut bien car cet article ne lui impose rien. Ce n’est que de l’affichage.

– Le « Compte personnel d’activité » (CPA) est une illusion

Le CPA est présenté comme une mesure qui équilibrerait les reculs du droit du travail. En réalité, c’est la même recette du pâté d’alouette, déjà utilisé pour la contre-réforme des retraites la loi Sapin, la loi Rebsamen, la loi Macron, qui nous est resservie. A une différence près, cependant : le cheval de la « flexibilité » pour les employeurs est de plus en plus gros et l’alouette de la « sécurité » pour les salariés de plus en plus transparente.

Le CPA, prévue par l’article 22 (page 97) cumule deux comptes, censés suivre le salarié pendant toute sa vie professionnelle :

. Le Compte personnel de formation (CPF)

Il n’est utilisable, durant le temps de travail, que si l’employeur donne son accord, aussi bien sur la durée que le contenu de la formation. Autant dire que ce « droit  personnel » est soumis aux seuls intérêts immédiats de l’entreprise.

. Le Compte pénibilité

Affiché pour contrebalancer, de façon très partielle, l’allongement de 6 trimestres de la durée de cotisation pour la retraite, ce compte devrait prendre en compte les facteurs de pénibilité subi par un salarié.

Il devait,  au départ, prendre en compte 10 facteurs de pénibilité. Le PDL ne prévoit la prise en compte que de seulement 4 de ces facteurs. Les 6 autres sont renvoyés à la parution de décrets d’application après le 1er juillet 2016. Il serait étonnant que ces décrets voient le jour car le patronat n’en veut absolument pas.

Ces facteurs de pénibilité ne sont pas mesurés par les postes définis par les Conventions collectives, mais individuellement pour chaque salarié. Un véritable parcours du combattant est instauré pour que le salarié concerné puisse faire valoir ces droits : les informations seront transmises par l’employeur aux Caisses de retraites qui les transmettront, ensuite, au salarié qui aura 3 ans pour contester…

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La situation de la Grèce est un laboratoire de recherche pour le capitalisme en crise    Pierre Lehoux – 10 juillet 2015

 L’Union européenne est un instrument des impérialismes français et allemands pour dominer les pays d’Europe centrale et du Sud. La menace de sortie de l’Euro brandie par le gouvernement grec est un prétexte de plus pour mettre sous perfusion l’économie grec.

Si la crise apparaît sous la forme financière, forme la plus répandue du capitalisme contemporain, sa substance et ses racines résident au cœur des mécanismes de production, et plus spécifiquement dans la crise du profit qui s’exprime dans la baisse tendancielle du taux de profit ; cette baisse tendancielle, Marx l’analyse ainsi :

« A tous points de vue, c’est la loi la plus importante de l’économie moderne. En outre, elle est essentielle à la compréhension des rapports les plus complexes. ». (Karl Marx, Fondements de la critique de l’économie politique, éd. Anthropos, 1969, tome II, p. 275)

La situation de la Grèce permet de mieux comprendre la crise dans son ensemble

 D’une manière générale, avec la crise, les lois du marché agissent aveuglément dans ce sens.

Le capital constant (usines et moyens de production) est dévalorisé. Des entreprises en difficulté peuvent être rachetées à bas prix. Les prix des matières premières s’écroulent. Les salaires sont laminés sous la pression d’un chômage massif. Il y a là des facteurs favorables à un redressement du taux de profit.

Néanmoins, ils sont limités car, en même temps que ces phénomènes se produisent, la composition organique (1) reste élevée puisque l’importance du capital fixe reste prépondérante, que la consommation diminue en même temps que la quantité de travail vivant utilisée.

Une forte destruction de capitaux, marquée par des dettes non remboursées, des faillites, des fermetures d’usines, est évidemment beaucoup plus efficace pour relever le taux de profit. Du côté financier d’abord, où les centaines de milliards de dollars de capitaux fictifs qui s’évaporent favorisent un redressement du taux de profit moyen. L’effondrement des cours boursiers induit d’ailleurs une amélioration des rendements financiers car les ratios bénéfices/prix des actions montent malgré la baisse des bénéfices (2). Il constitue ainsi en lui-même une contre-tendance.

Du côté du capital matérialisé ensuite, la destruction d’une masse importante d’entreprises élimine les moins performantes, ce qui tend aussi à élever le taux de profit moyen et à diminuer la suraccumulation relative à ce taux de profit.

Cependant, toutes ces évolutions ne changent rien à la structure même des rapports de production dont la crise a montré qu’ils ne permettaient plus la poursuite du procès de valorisation et de reproduction du capital, notamment la poursuite de gains de productivité suffisamment générateurs de plus-value supplémentaire. A supposer même – supposition toute théorique – que ces évolutions permettent une reprise de ce procès, ce serait tout à fait éphémère puisque les mêmes causes produiraient immédiatement les mêmes effets.

Le carburant nécessaire et essentiel de la reproduction du capital est toujours la croissance de la production de plus-value. Or ceci passe, pas uniquement mais fondamentalement, par l’accroissement du taux de plus-value, ou taux d’exploitation (pl/Cv).

Accroître ce taux est un problème qui, avec la crise, concerne d’autant plus chaque capital qu’il s’agit de ne pas être celui qui sera éliminé mais, au contraire, d’être celui qui sera le moins dévalorisé, celui qui conservera la meilleure capacité à se reproduire. Ce problème concerne aussi les Etats. Ceux-ci doivent en effet reproduire les sociétés qu’ils organisent et donc chercher à y maintenir les capitaux, les emplois, les centres financiers où refluent les profits des multinationales. La crise aiguise ainsi les rivalités en même temps qu’elle favorise une concentration accrue de capitaux.

Et pour gagner cette bataille – du moins tant qu’elle ne tourne pas au seul affrontement militaire – la priorité est d’augmenter le taux d’exploitation, de modifier les rapports de production précédents devenus obsolètes. Le rôle de l’Etat est alors essentiel car il n’y a que lui qui peut avoir la force de peut-être réussir à imposer aux prolétaires les changements qui aggraveront considérablement leur situation puisqu’il s’agit d’obtenir une forte extorsion de plus-value supplémentaire.

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Pour y parvenir, l’Etat devra abandonner ses derniers oripeaux démocratiques, se faire ouvertement policier et totalitaire. Ce processus est déjà partout en cours. L’Etat devra aussi jouer de son hégémonie pour essayer de souder le peuple derrière lui dans les batailles et guerres qui se multiplieront entre blocs rivaux pour la domination et l’accaparement des richesses mondiales. Le référendum grec est de ce point de vue une réponse du capital grec aux capitaux concurrents.

Pour ce faire, il s’emploiera à faire apparaître la concurrence entre capitaux comme une concurrence entre peuples, ce que la bourgeoisie a déjà réussi à faire mainte fois dans l’histoire. Ces guerres impérialistes seront et sont déjà présentées comme une mission civilisatrice imposant « les droits de l’homme » et la démocratie et extirpant le terrorisme.

L’étatisme est le plus grand danger qui risque d’obscurcir la conscience ouvrière dans les luttes décisives qu’elle aura à mener au cours des prochaines années. C’est pourquoi, il convient de s’y attaquer en priorité en montrant où mènent toutes les positions qui préconisent de renforcer le rôle de l’Etat, inclusion faite des positions dites de gauche qui ne se distinguent en cela de la droite qu’en lui reprochant de ne pas le faire assez.

La faillite de la Grèce n’est en rien une menace pour l’impérialisme. Elle n’est que l’expression d’un moment ou la crise du système se renforce et où les Etats du Centre impérialiste accroissent la concurrence entre les peuples dominés. La Grèce est un bon laboratoire pour tenter de freiner la baisse du taux de profit.

Les effets des interventions des Etats pour sauver le système financier

Les interventions de l’Europe pour sauver le système financier entraîne une énorme création monétaire pour subventionner les banques et autres entreprises en déroute, au moyen d’un gonflement tout aussi énorme des dettes publiques et de l’absorption par la banque centrale d’un monceau de créances « toxiques » et de titres de la dette de l’Etat (la dette a atteint le taux mirobolant de 175 % du PIB).

Aujourd’hui, l’économie stagne, les recettes fiscales sont au plus bas, la production et l’emploi sont déprimés, et les entreprises manquent de capitaux.

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L’impact humanitaire a été colossal : 40 % des enfants grecs vivent dans la pauvreté, la mortalité infantile monte en flèche et le chômage touche près de 50 % des jeunes.

La contraction des salaires, réduction des dépenses publiques, coupe des retraites, privatisations et dérégulations, et augmentation des impôts entraînent une baisse de la consommation et de l’activité, et une hausse du chômage. Mais cela ne suffira pas vu l’ampleur pharaonique de la dette publique et le ralentissement de l’activité qui ne sera pas résorbé pour autant.

L’Etat grec devra recourir à de nouvelles émissions monétaires ; le remboursement de ses dettes se fera donc en monnaie dévalorisée, ce qui s’apparente à un moratoire.

D’ailleurs, rien ne dit qu’il ne décrétera pas ouvertement un tel moratoire. Il y rajoutera aussi évidemment, comme il a déjà commencé à le faire à grande échelle, une réduction drastique des dépenses publiques dans les domaines de la santé, de l’éducation, des aides sociales, etc. Il continuera à augmenter les dépenses policières et les aides à la valorisation des capitaux. Il le fera notamment en accentuant la diminution des charges sociales payées par les entreprises. Cette méthode d’abaissement des coûts salariaux systématiquement utilisée depuis les gouvernements de gauche des années 80 semble inéluctable, quels que soient les gouvernements.

Pour le moment, cette inflation monétaire ne se traduit pas en hausse importante des prix des biens de consommation. Au niveau européen, les liquidités fournies par la Banque Centrale :

– servent à effacer les dettes privées, ce qui réduit d’autant la masse monétaire, ou

– sont thésaurisées en attente de la fin de la crise, ou encore

– se placent en titres des dettes des Etats considérés comme les plus sûrs, les USA au premier chef, mais aussi l’Europe et le Japon.

Tout cela a pour effet de gonfler une nouvelle bulle financière. Celle-ci éclatera immanquablement. ne serait-ce que parce que les prix de ces titres s’effondreront avec la hausse des taux d’intérêts des nouvelles émissions. Cette hausse adviendra quand les prêteurs rechigneront à continuer à les acheter, lorsqu’ils réaliseront qu’ils seront remboursés en monnaie de singe du fait de la masse qui en a été émise.

La mondialisation a d’ailleurs permis jusqu’ici de contenir la hausse des prix nominaux des biens de consommation dans des limites basses en renforçant la pression à la baisse des coûts salariaux. La crise, avec le bradage des marchandises dans le climat de concurrence exacerbée qu’elle induit dans un premier temps, renforce cette tendance immédiate au ralentissement de la hausse des prix jusqu’à même produire une baisse (déflation).

Mais depuis quelques années, les nombreux programmes d’ajustement infligés à la Grèce et consorts n’ont conduit qu’à l’instauration d’une Grande Dépression comparable à celle qu’a dû traverser l’Europe entre 1929 et 1933.

Mais cette situation pourrait évoluer au cours de la crise sous l’influence de divers facteurs tels que, par exemple:

– l’affaiblissement de la concurrence due à la diminution de la production du fait de la faillite de nombreuses entreprises et à l’accentuation de la concentration oligopolistique;

– la résistance ouvrière à de plus fortes baisses de salaires, y compris dans les pays émergents;

– l’élévation des barrières protectionnistes;

– l’augmentation des dépenses militaires;

– les dévalorisations monétaires massives et généralisées que nous avons évoquées ci-dessus

C’est bien parce que le capitalisme moderne nécessite un système de crédit ultradéveloppé, donc une monnaie stable, conservant la valeur, que le « monétarisme » et la soi-disant indépendance des banques centrales se sont imposés comme une nécessité après les années 70 de forte inflation.

En réalité, le procès de valorisation du capital n’est pas fondé sur la monnaie, bien qu’elle lui soit évidemment nécessaire et que son rôle s’accroît avec l’importance qu’y prend le crédit pour qui la stabilité monétaire est une exigence. Il est fondé sur l’augmentation de la masse de valeur produite générant toujours plus de plus-value. On en revient à ce constat que la crise n’est pas financière, que le sauvetage du système financier, pour nécessaire et urgent qu’il soit pour le capital, ne résout pas pour autant le problème de fond que la crise révèle.

Non seulement le système financier ne fait que fournir par le crédit une dose de dopant supplémentaire au capital, mais en augmentant la dette publique, il en fait payer l’énorme prix aux couches populaires.

Pour que le capital puisse relever son taux de profit moyen et reprendre son procès de valorisation et d’accumulation, deux conditions complémentaires doivent essentiellement être réunies au-delà du maintien à flot du système financier: première condition, détruire une grande masse de capitaux, non seulement sous leurs formes financières mais aussi sous leurs formes matérialisées, pour en réduire « l’excédent » et aussi pour pouvoir reconstruire un système de production qui permette, deuxième condition, d’augmenter le taux d’exploitation pl/Cv (réduire la composition organique du capital n’est, aujourd’hui, qu’une possibilité au mieux mineure).

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La transformation des rapports de production, le cœur de la lutte des classes. 

Quant aux effets « bénéfiques » de la mondialisation, ils s’épuisent également. La poursuite des baisses des coûts de production se heurte à des salaires déjà extrêmement bas et à des révoltes contre la misère, contre l’impérialisme, et contre les graves dégâts écologiques que la bourgeoisie doit prendre en compte, au moins dans la mesure où elle peut en être elle-même victime tant qu’elle vit sur la même planète que les prolétaires.

Ce sombre tableau ne signifie pas pour autant que le capitalisme va s’effondrer tout seul. Il montre seulement que les moyens mis en œuvre jusqu’ici ne suffisent pas à relancer la valorisation du capital de manière assez vigoureuse. D’où l’engagement des principaux Etats pour sauver le système financier à coups de milliers de milliards de dollars et pour fournir au capital la plus-value qu’il réclame.

Mais si la crise ne se résout que par des destructions, pourquoi ne pas choisir de détruire le capitalisme?

On le peut, et il le faut car c’est le seul « humanisme » vrai aujourd’hui. Il faut alors comprendre que ce qui pousse le capital à devoir détruire tant de richesses et tant d’individus contient aussi les conditions de la destruction du capital, de l’abolition de l’appropriation privée des moyens de production.

Cette crise révèle combien ces conditions sont mûres.

Il revient aux communistes de travailler à le faire voir le mieux possible afin de montrer que ce qui conduit aux pires catastrophes dans le cadre d’un capitalisme « rénové », peut conduire à une communauté d’individus libres dans un système où les prolétaires prendraient le pouvoir et s’émanciperaient de l’exploitation et de la domination bourgeoises.

Pierre Lehoux – 10 juillet 2015

 
  • La composition organique du capital est le rapport entre le capital constant (les moyens de production) et le capital variable (le travail productif de plus value) investi dans le circuit du capital.
  • Les Bourses de Hong Kong, Shangai et Tokyo s’affichaient en forte baisse mercredi, plombée par la chute des marchés chinois et les négociations entre la Grèce et ses créanciers. La Bourse de Shanghai a dévissé de près de 6% mercredi en clôture, dans un climat de panique générale en dépit de nouvelles mesures d’urgence des autorités et de la suspension des échanges sur quelque 1300 titres des marchés chinois.Même si la crise grecque n’arrange pas les choses, la raison principale de la correction des bourses continentales chinoises est à chercher localement: la Bourse de Shanghai avait gonflé de 150% en douze mois, se déconnectant de l’économie réelle. Après un an d’emballement financé en grande partie par des emprunts, le marché boursier chinois a abandonné plus de 30% en trois semaines, voyant s’envoler plus de 3200 milliards de dollars (3027 milliards de francs) en valeur, selon une estimation de l’agence Bloomberg. Soit une douzaine de fois le PIB de la Grèce l’an dernier.

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Quel nouveau mouvement communiste peut enclencher un processus révolutionnaire ?

Étant donné l’état d’immense faiblesse que rencontre le mouvement communiste cette question paraît bien utopique. Pourtant, partout, des besoins de changements profonds s’expriment.

Il ne s’agit pas, pour autant, de se replier sur des bases anciennes, connues, des révolutions passées qui ont échoué comme l’on sait dans l’éradication du système capitaliste et dans la construction du socialisme.

Même si nous devons le plus grand respect à celles et ceux qui ont ouvert le chemin des révolutions prolétariennes, les conditions objectives du processus révolutionnaire ne sont plus les mêmes aujourd’hui.

Bien des prolétaires, minoritaires, ont été amenés, à partir de leurs luttes pour les besoins immédiats, à en élever le niveau jusqu’à vouloir éliminer le capitalisme. Ils ont pris conscience, par l’expérience et la réflexion, qu’ils ne sont pas seulement en concurrence avec le capital pour le partage salaires/profits, mais dans un antagonisme irréductible avec le capital devenu sénile, qui ne peut même plus les maintenir dans leur état de salariés.

On le sait, les moyens matériels pour fonder le processus révolutionnaire, ne sont pas des conditions « toutes prêtes », mais ils existent, à condition d’être transformés.

Les prolétaires partent de leurs besoins immédiats

Les prolétaires luttent dans les conditions actuelles du capitalisme. Les formes d’action se renouvellent (débrayages, grèves perlées ou tournantes, etc.). Les intérimaires et précaires souvent réputés non grévistes ont pourtant défrayé de nombreuses chroniques : les intérimaires de PSA-Mulhouse, grèves des jeunes Airbus Nantes, grève des McDo, des SFR, etc.). Également dans la santé et le secteur public suite à la RGPP.

Le caractère de ces luttes s’exprime par la conscience qu’il faut se battre pour l’avenir des enfants, pour travailler où l’on vit, pour tous.

Ce qui est nouveau dans la situation contemporaine, au-delà des multiples différences selon les pays, c’est que les prolétaires sont toujours obligés de lutter pour assurer leur survie quotidienne contre « les empiétements du capital » comme le disait Marx. Cette lutte se heurte à l’impossibilité pour le capital de se reproduire sans devoir accroître terriblement ces empiétements, dégrader toujours davantage leur situation.

Intensification de l’exploitation via les réorganisations et restructurations, sous-traitance, émiettement du temps de travail, disponibilité permanente, souffrance et stress au travail sont devenus le lot commun des prolétaires et d’une fraction importante de secteurs de la petite bourgeoisie salariée.

Aujourd’hui, la productivité au travail en France est une des plus élevée au monde et la souffrance physique et mentale en est la conséquence immédiate. La lutte contre la pénibilité est au cœur des revendications ouvrières.

La crise engendre partout une instabilité politique et sociale grandissante.

Mais en Europe, la majorité des prolétaires sont dans le désarroi, les frustrations qui se traduisent par de brefs excès de colère, des émeutes sans lendemain.

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Les phénomènes apparents que génère l’idéologie bourgeoise, tous ces mythes auxquels croient encore une majorité de prolétaires, pèsent lourdement dans le cours de leurs luttes.

Il y en a trois principalement :

  • l’idée que l’économie et la politique sont deux choses séparées, de simples rapports entre les choses (prix, profits, monnaies, etc.) alors qu’il s’agit de la même chose.
  • L’idée que l’argent est « la richesse » principale, qu’il suffirait de redistribuer équitablement pour éviter les « excès » de la « finance » et pouvoir relancer la croissance alors que, pour les capitalistes, ce n’est pas l’argent qui manque mais la possibilité de le transformer en moyens de produire de la plus-value.
  • Enfin, l’idée que c’est à l’État, qui représenterait selon eux l’intérêt général commun à tous, de mieux gérer l’économie selon cet intérêt alors qu’il n’est que le poste de commandement de la bourgeoisie, son Parti sans lequel les intérêts particuliers (privés) n’ont aucun moyen de s’organiser et donc le capitalisme de se survivre malgré la crise.

Deux voies s’offrent aux prolétaires

Malgré le délabrement de ce vieux système pourrissant, la bourgeoisie règne encore n’hésitant pas à recourir plus ouvertement à des moyens dictatoriaux. Une grande majorité se rattache au passé d’avant la crise « où on vivait mieux ». Ce passé semble meilleur que le présent et bien plus encore que le futur qui lui apparaît confusément rempli de menaces et de troubles effrayants.

A notre époque le vieux mouvement réformiste, tant dans ses formes que dans son contenu ne peut au mieux que freiner momentanément la tendance à la dégradation des conditions de travail.

Marx et Engels avaient prévu en 1848 dans « Le Manifeste du Parti Communiste », que le capital arriverait un jour à ce stade de son développement historique où « la bourgeoisie ne peut plus régner parce qu’elle est incapable d’assurer l’existence de son esclave dans le cadre de son esclavage », incapable d’assurer l’existence du prolétaire dans le cadre du rapport salarial (des rapports de production capitalistes en général).

Les prolétaires expérimentent que ce qui les attachait au réformisme disparaît. Car ils subissent au quotidien cette réalité du capitalisme sénile qui est qu’il ne peut se survivre q’au moyen d’une dégradation continue de leurs conditions d’existence.

Ils se rendent compte que dans cette affaire l’État est incapable d’en empêcher l’aggravation, ainsi que celle de leurs conditions de vie.

D’ailleurs, contrairement à ce que pense des intellectuels bourgeois tels que Paul Moreira qui a enquêté sur le FN, ce n’est pas le manque d’argent qui explique la disparition de l’ « État social » (ou Etat providence) mais le fait que l’État, devenu une énorme machinerie économique, est toujours chargé de valoriser le capital en général et qu’il le peut de moins en moins. Le capital privé étant lui-même dans les pires difficultés pour assurer sa survie.

La crise enseigne une multitude de faits qui sapent l’idéologie bourgeoise. Ainsi que l’État leur demande de toujours plus financer les conditions de la valorisation du capital sans toutefois y parvenir vraiment (tel le taux de croissance ridiculement bas estimé pour 2015 à 0,4%).

La situation actuelle est donc particulièrement confuse. L’extrême faiblesse du mouvement prolétaire est évidemment aussi celle des communistes. 

Les communistes sauront-ils aider les prolétaires à se constituer en classe ?

Nous avons tous besoin, communistes ou non, de retrouver des perspectives politiques, de centraliser notre combativité encore éclatée dans des luttes défensives, pour avancer vers l’unité et l’indépendance à l’égard du système bourgeois.

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S’unir c’est se délimiter en évitant deux écueils bien connus : le sectarisme et l’opportunisme.

Ce qui impose de s’unir sur la base d’une analyse commune de la situation contemporaine, laquelle ne peut être produite que dans ses caractères généraux les plus essentiels.

Cette première analyse commune peut et doit comprendre :

  1. Les causes spécifiques de la crise : épuisement des gains de productivité (c’est ce que les capitalistes appellent les « rendements décroissants ») et de l’accroissement de l’extraction de la plus-value (sous sa forme relative du fait de l’augmentation de la production de biens et de marchandises dans un temps de plus en plus réduit pour une intensité du travail plus forte – donc avec comme conséquence l’épuisement de l’ouvrier), le dépérissement de la valeur.
  1. Les conséquences concrètes qui en découlent : épuisement définitif de la croissance capitaliste.

Pour la survie du capitalisme, obligation d’un recours à la surexploitation des masses, l’aggravation de la destruction de la nature, l’élimination d’une masse accrue de prolétaires par la guerre, les maladies et la misère.

Ce premier pas n’est pas celui de la création d’un parti communiste, lequel ne peut émerger et se constituer que dans un rapport dialectique avec le prolétariat, se voulant anti-capitaliste. Mais il en est une préparation.

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Il est l’activité communiste possible dans la situation de grande faiblesse qui est celle des communistes aujourd’hui, en transition entre un mouvement communiste qui a complètement dégénéré, et un nouveau à créer en appliquant le principe de l’organisation révolutionnaire en opposition à l’ancienne réformiste, l’indépendance et la puissance du prolétariat contre l’influence des idéologies et des organisations bourgeoises en son sein.

C’est pour cela que fort de notre expérience au sein de l’AAM, nous revendiquons des assises réunissant les organisations communistes qui comme nous combattent l’idéologie des réformistes de gauche.

Nous souhaitons apporter notre pierre à « la vraie parole des luttes », pour expliquer les moyens et les conditions pour satisfaire les besoins humains ce qui implique un processus de transformation des objectifs et des luttes elles-mêmes.

D’ores et déjà nous sommes unis sur un mot d’ordre essentiel :

TRAVAILLER TOUS, MOINS ET AUTREMENT, pour une société égalitaire gérée collectivement.

Le bureau de l’AAM – avril 2015