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Luttes sociales

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Auto-entreprenariat : comment lutter contre le retour du travail à la tâche ?

Un nouvel article à verser au dossier du débat sur les nouvelles formes de travail et d’exploitation.

http://rrcaen.neowordpress.fr/2017/12/04/auto-entreprenariat-comment-lutter-contre-le-retour-du-travail-a-la-tache/

Montpellier Poing Info, le 8 novembre 2017.

  • Dans un contexte global de baisse générale des salaires et de précarisation constante des exploités, le statut d’auto-entrepreneur promet de s’étendre à de plus en plus de secteurs. Vendu comme un statut de travailleur « libre » et comme une alternative pour les millions de chômeurs et autres exploités « sans qualification », ce statut s’apparente plutôt au retour du travail à la tâche. Dans les pays anglo-saxons, certains secteurs ne fonctionnent d’ores et déjà que sur ce réservoir de salariés à bas coût. Sans arrêt-maladie ni congé payé, l’auto-entreprenariat va au-delà de ce qu’imposent les dernières lois travail.

  • Pour comprendre ce phénomène et réfléchir aux luttes à mener contre cette arnaque, une trentaine de personnes se sont réunies jeudi dernier au Barricade, à Montpellier, à l’initiative du collectif Working Class Hérault. Le Poing vous relate le contenu de ce débat introduit par deux camarades marseillais auto-entrepreneurs*. Extraits.

L’auto-entreprenariat est réservé aux secteurs peu rentables

Le trait marquant de l’auto-entreprenariat, c’est qu’il concerne des secteurs qui ne sont pas producteurs d’une grande plus-value. Les capitalistes « d’envergure » refusent d’investir dans ces secteurs peu rentables, et les délèguent bien volontiers à des sous-traitants. Au fond, l’auto-entreprenariat suit la même logique que les délocalisations : le capitaliste garde sous sa mainmise les secteurs rentables – il ne licencie pas les salariés d’une entreprise performante et ne la délocalise pas – mais il externalise la production des secteurs moins rentables, dans le but d’en extraire tout de même quelques miettes. Le capitaliste passe un « contrat » avec un auto-entrepreneur dans les secteurs où il estime que ça ne vaudrait pas le coup d’embaucher un salarié. La condition de ce « contrat », c’est que l’auto-entrepreneur « accepte » de ne pas être payé pour une partie du travail qu’il fait, et c’est ce qui permet au capitaliste de tirer de la plus-value. Le livreur de Deliveroo, par exemple, ne reçoit pas d’argent pour entretenir son vélo ni pour rester devant son application à attendre une course, alors que ce sont pourtant des tâches nécessaires à la réalisation d’une plus-value. En théorie, l’auto-entrepreneur est encore davantage exploité que le salarié car on ne le rémunère qu’à partir du moment où il est rentable, et on lui vole donc une part très importante de sa production.

Un régime peu concerné par la protection sociale

En terme marxiste, on distingue d’une part la production, ce qui produit de la valeur, et d’une autre part la reproduction, c’est-à-dire tous les aspects qui sont nécessaires pour rendre l’exploitation possible, et qui ne sont pas directement rentables : nourrir le travailleur, élever ses enfants et les former, fournir les moyens d’aller au travail, garantir des conditions de santé minimales, etc. Actuellement, le capitalisme délègue à l’État le financement de la reproduction de la force de travail du salarié sous forme de salaire indirect : ce sont les cotisations salariales et patronales, les allocations familiales, la sécurité sociale, etc. Mais l’auto-entrepreneur a beaucoup moins de droits que le salarié, son salaire indirect est extrêmement faible. La logique actuelle du capitalisme, c’est de faire assumer au travailleur la reproduction de sa force de travail, tout en continuant à lui extorquer sa production. C’est toujours la même histoire : avant, on parlait de la socialisation des charges et de la privatisation des profits et désormais, il s’agit carrément d’individualiser les charges.

Déjà un million d’auto-entrepreneurs en France

Au Royaume-Uni, 15% des travailleurs sont des auto-entrepreneurs, ce qui représente plus de 4 millions de personnes(1). En France, on a atteint le million d’auto-entrepreneurs(2). Donc ceux qui prétendent que ce statut est une mode qui passera se trompent lourdement. Il faut aussi prendre en compte les entreprises individuelles : aux États-Unis, 15 millions de personnes n’emploient qu’eux-même(3), le plus souvent à domicile, et en France, la moitié des entreprises sont composées d’une seule personne(4). L’auto-entrepreneuriat à la Deliveroo ou le petit patron qui n’embauche que lui même ne sont pas des capitalistes dans la mesure où ils ne font pas de bénéfice mais dégage juste un salaire, souvent de subsistance. Dans l’auto-entreprenariat de service, par exemple, il n’est pas possible de dépasser 32 600€ de chiffre d’affaires(5), sinon on rentre dans le cadre d’une entreprise classique et vous devez payer les charges normales. Si vous enlevez les 24% de charge qui sont tirées du fait de se salarier soi-même(6), il vous reste seulement 26 000€ déclarables sur l’année, ce qui veut dire que vous ne pouvez pas toucher plus de 2000€ par mois. Ce calcul ne prend pas en compte le travail au noir, et le fait que tous les auto-entrepreneurs ne sont pas les mêmes – 1/3 cumulent une activité salariale à côté(7) –, mais il permet tout de même de mieux cerner la réalité sociale de l’auto-entrepreneur, qui ne peut légalement pas accumuler du capital.

Un moyen pour exacerber la concurrence entre travailleurs

La raréfaction du travail accroît la mise en concurrence entre les travailleurs, et c’est sur ce terreau que les plateformes de type Deliveroo et Uber prolifèrent. La logique, c’est d’exacerber la concurrence entre les travailleurs plutôt que de répartir le travail. En Espagne, Deliveroo utilise les ambassadeurs Deliveroo, qui sont chargés de donner du travail à d’autres livreurs et en échange, ils sont les premiers à recevoir les horaires des plages horaires disponibles sur leurs smartphones, et ils peuvent donc se réserver les plus avantageuses. Le résultat, c’est la création d’un marché noir des heures d’inscriptions aux livraisons Deliveroo : concrètement, des livreurs payent d’autres livreurs pour avoir telle ou telle horaire. Si on va au bout de la démarche, ça donne les mises aux enchères d’emploi, comme cela a déjà lieu en Allemagne(8).

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Le retour du travail à la tâche : plus tu es productif, moins tu gagnes

Selon la théorie marxiste, cette mise en concurrence est d’autant plus problématique dans le cadre du travail à la tâche, c’est-à-dire d’un travail qui n’est pas rémunéré par heure, mais par la moyenne du temps de travail nécessaire à la production de telle marchandise ou à la réalisation de tel service. Ce n’est généralement pas le cas pour les auto-entrepreneurs qui travaillent en dehors de plateformes de type Uber ou Deliveroo. Admettons, par exemple, que les livreurs de Deliveroo mettent en moyenne une heure pour faire 5 livraisons. L’application va alors calculer la rémunération des livreurs sur cette base là : disons 10€ toutes les 5 livraisons. Le livreur est alors incité à faire davantage de livraisons en un minimum de temps pour gagner plus, et c’est effectivement ce qui va se produire dans un premier temps : le livreur qui aura réussi à faire 10 livraisons en une heure va, dans un premier temps, gagner le double, c’est-à-dire 20€ au lieu de 10€. Le problème, c’est que tous les livreurs vont faire le même calcul, ils vont tous essayer d’être le plus rapide possible, et ils vont donc faire baisser la moyenne du temps de travail nécessaire à une livraison. La moyenne de rémunération par livraison va donc être revue à la baisse par l’application : en l’occurrence, la nouvelle norme ne sera plus de 10€ toutes les 5 livraisons, mais toutes les 10 livraisons. Pour résumer, avec le travail à la tâche, plus tu es productif, moins tu gagnes. Dans la pratique, c’est moins évident, on ne sait pas vraiment selon quels critères les plateformes de type Deliveroo ou Uber décident de baisser une rémunération, ni comment le rapport de force influe dans la définition de cette rémunération. Et les plateformes de type Deliveroo appliquent la théorie du yield management, qui consiste à faire varier les prix des courses en temps réel pour maximiser les profits de la platerforme. L’opacité est donc totale.

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« Alors qu’est-ce que ça fait de travailler
dans une entreprise moderne de la nouvelle économie ? »

Quelles perspectives de luttes ?

Le statut d’auto-entrepreneur oblige à se poser la question des formes des lutte à adopter. À Paris, les livreurs de Deliveroo en lutte disaient : « notre usine, c’est la rue ». Le constat posé par ce slogan, c’est qu’à la différence du salarié, l’auto-entrepreneur, et notamment le livreur Deliveroo, n’a pas de patron auquel se confronter. On retrouve aussi ce problème chez les intérimaires : 1% d’entre eux seulement sont syndicalisés(9). On est forcément moins tenté de se mobiliser pour un travail qu’on ne gardera que quelques semaines, ou quelques jours. Et à quel niveau lutter : au niveau de l’entreprise dans laquelle on travaille, ou au niveau de la boite d’intérim ? Ces problématiques se posent aussi pour les auto-entrepreneurs : doit-on se retourner contre son client, ou contre la plateforme dans le cas d’Uber ou de Deliveroo ? Et comment lutter contre une application sur son smartphone ? Le syndicalisme classique se mobilise très peu pour améliorer les conditions de vie de ces travailleurs précaires, et la multiplication de statuts différents permet justement d’entretenir ce manque de solidarité. Et même quand il y a de la solidarité, la seule action envisagée par les syndicalistes « traditionnelles », c’est la lutte par délégation. L’idée générale, c’est de partir du principe que « font grève ceux qui peuvent faire grève », c’est-à-dire les salariés, et que ce serait donc à eux de se mobiliser pour défendre les plus précaires. Mais ça ne fonctionne pas, on ne peut pas se contenter de dire aux auto-entrepreneurs et aux intérimaires : « vous allez devoir comptez sur les autres ». Surtout que la revendication classique, c’est de réclamer la requalification des travailleurs précaires sous un statut de salarié, mais cette revendication a de moins en moins de sens dans un monde où le salariat décline.

Pour être en phase avec les enjeux actuels, il faut trouver des modes d’organisation et des pratiques qui peuvent être appropriés par les auto-entrepreneurs et d’une manière générale, par les travailleurs qui ne sont pas couverts par le statut syndical. Le sabotage peut être l’une des ces pratiques. On ne parle pas forcément de tout faire sauter, mais de planifier une action collective pour ralentir les cadences, arriver en retard, détériorer les marchandises produites ou les services rendus, etc. À la différence de beaucoup d’autres auto-entrepreneurs, les livreurs de Deliveroo se croisent, se connaissent et ont l’occasion de discuter entre eux. À Londres, Berlin, Paris, Lyon, Turin, Bordeaux, Marseille, Barcelone et dans d’autres villes d’Europe, des livreurs se sont battus pour arracher quelques améliorations : principalement un salaire fixe et une vraie prise en charge par les plateformes des frais matériel (vélo, smartphone, réparations, etc.). À Montpellier aussi, roulons sur ceux qui prétendent nous faire faire rouler pour kedal.

Notes et sources :
*Le Poing n’a pas relaté mot pour mot le contenu des différents intervenants mais s’est permis d’ajouter des informations, et d’en supprimer certaines, dans le but de faciliter la lecture.
(1) « Self-Employment in the UK », Evolution Money, lien.
(2) « 1,1 million d’auto-entrepreneurs en France ! », Les Echos Entrepreneurs, le 28 février 2017, lien.
(3) « Self-employment In The United States », U.S. Bureau of Labor Statistics, mars 2016, lien.
(4) « Définition express du statut de l’Entreprise Individuelle », Legal Start, lien.
(5) « Chiffre d’affaires en auto-entrepreneur : attention au piège ! », Auto Entrepreneurs, lien.
(6) « L’auto-entrepreneur », Régime social des indépendants, page 9, janvier 2013, lien.
(7) « Auto-Entrepreneur et salarié ? », Auto Entrepreneur, lien.
(8) « Des offres d’emploi mises aux enchères », Le Figaro, 17 janvier 2017, lien.
(9) « Quelle syndicalisation des travailleurs de l’intérim ? », Savoir-agir, 2010, lien.
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Nous relayons à nouveau un communiqué du groupe Unité Communiste appelant à la mobilisation contre la politique du gouvernement Macron/Philippe/Medef. Partout rejoignons les collectifs de mobilisation « Front Social » pour affirmer notre détermination.

Plus d’infos:

 http://infocomcgt.fr/

https://www.facebook.com/luttesinvisibles/


http://unitecommuniste.fr/france/974/

La mère de toutes les luttes commence.

L’élection d’Emmanuel Macron ne peut être accueillie avec joie par les travailleurs. L’arrivée d’une large majorité d’élus à sa solde ne constitue pas non plus une nouvelle favorable.

Les astres lui sont on-ne-peut plus favorables. Sa confrontation, au second tour, face à l’extrême-droite, lui a permis d’être élu avec une confortable longueur d’avance. L’effet d’engouement, aux législatives, lui apporte sur un plateau d’argent la majorité dont il a tant besoin. La bourgeoisie la plus rapace et la plus avide le voit comme sa parfaite machine de guerre, comme son soldat le plus zélé. Ce n’est pas pour rien qu’il est le héraut du syndicat des patrons : le MEDEF.

Les cinq années qui s’achèvent furent sous le signe de l’offensive débridée de la part des capitalistes : L’ANI, la loi El-Khormi, la loi Macron, la loi Fioraso… la liste est longue et fastidieuse. Le résultat, lui, est sans appel : la destruction de l’ensemble des protection sociales, gagnées de haute lutte, a été entamée. La succession de lois antisociales formait le plan de guerre de la bourgeoisie. la brèche est ouverte, elle ne se refermera pas sans combat.

Emmanuel Macron, est le maître d’oeuvre de l’offensive redoublée qui s’annonce : Le nouveau président ne l’a pas caché, il sera celui qui déchaînera le Blitz pendant l’été, gouvernant par ordonnances, avançant à marche forcée, saccageant ce que les travailleurs ont mis des années – des siècles – à0 obtenir. L’Assemblée, entre ses mains, applaudira.

Travail, santé, chômage. Voilà le triplé d’objectifs que veut frapper le nouveau porte-étendard des bourgeois.

Là où la loi El-Khomri se contentait d’inverser la hiérarchie des normes, de faire passer les accords d’entreprise au dessus des accords de branches sur la question du temps de travail, Macron va plus loin. Les nouvelles lois veulent l’étendre à des domaines tels que les salaires ou les conditions de travail. Cela signifie que le patronat, à force de pressions, peut obtenir de la part de ses employés une soumission totale.

La farce des référendum d’entreprises sert à atomiser les travailleurs, à les fragmenter, sous le faux prétexte de démocratie. Ces référendum ne sont des opérations ayant pour but de saboter toute lutte au sein des entreprises, de court-circuiter les syndicats, en somme d’effectuer un mise au pas des travailleurs.

Le plafonnement des indemnités de licenciement, là aussi, revient à faciliter la gestion de la masse salariale, à l’entier bénéfice des patrons. Un plafonnement à 10 mois de salaire, cela revient à un aumône de misère.

Quant à la Sécurité Sociale et l’Assurance Chômage, l’ambition est sans limite : dès le premier janvier, les versements de cotisations seront refondus dans une seule ligne de compte. Ce qui ne change rien en apparence change tout dans le fond : désormais l’Etat aura la haute main sur l’ensemble de cette manne financière et pourra la ventiler comme bon lui semble.

Le résultat de ces réformes : des travailleurs pauvres, corvéables à merci.
Une explosion de misère s’annonce, pour le bénéfice d’une clique de bandits.

Couronne d’épines pour le prince des patrons.

Derrière ces considérations sombres se profile une lutte terrible. Terrible tant pour les travailleurs que pour leurs exploiteurs.

Si les législatives ont donné la majorité à Macron est ses sbires, celle-ci demeure fragile. Le divorce entre les masses et la démocratie bourgeoise s’étend. 57 % d’abstentions parmi les inscrits; 61% en comptant les bulletins blancs ou nuls. Le rejet est intégral, tant des pions du patronat que des roquets qui prétendent incarner le peuple, que ceux-ci soient de droite ou de gauche.

Cette situation emmène à la croisée des chemins pour ceux et celles qui luttent :

Il est possible, désormais, de saisir cette opportunité pour exister comme un camp indépendant de la bourgeoisie, de ses institutions, de son ordre et de ses règles. Il est possible de clamer la légitimité de la rue, de l’extra-parlementarisme, de la vie réelle contre les tours d’ivoire.

Le rejet du crétinisme parlementaire, le rejet de la démagogie, le rejet de la démocratie pseudo-représentative ouvre une voie, celle de l’affirmation d’un pôle défendant le pouvoir populaire et la démocratie bourgeoise.

Si les progressistes et les révolutionnaires ne s’en saisissent pas, ce seront les fascistes, les réactionnaires qui s’en saisiront.

La bourgeoisie est consciente de sa faiblesse, elle se raidit et se durcit : l’état d’urgence est une arme dressée en priorité contre les travailleurs et contre les travailleuses. Elle est la lance mortelle grâce à laquelle le patronat veut écraser les mobilisations naissantes. L’Etat marche sur les piles de cadavres des victimes des attentats et s’en fait un prétexte : frapper les ouvrier, les ouvrières, les exploités et les opprimés. Défendre sa police, aussi, qui opprime, arrête, blesse, mutile et assassine. 

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La riposte à déjà commencé : Le Front Social est une des pierres pour organiser la lutte contre les ordonnances du nouveau pouvoir. Cet outil, durant un été qui s’annonce terrible, forme, avec les syndicats, le premier moyen de la lutte, unitaire, centralisée, contre l’offensive.

Macron va faire pleuvoir un feu roulant de réformes, d’attaques. Son gouvernement n’aura de cesse de frapper, jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il veut. Cette lutte ne doit pas épuiser les force combatives, elle doit au contraire les renforcer, les faire grandir, leur permettre de se hisser à la hauteur des enjeux.

L’Unité Communiste de Lyon appelle a rejoindre et à renforcer les Fronts Sociaux, partout au sein de l’Etat français. La lutte s’annonce âpre et difficile. Elle doit être victorieuse !

Plus un pas en arrière face au offensives du patronat !

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Le Front Social

Le Front Social est une coordination composée de syndicats, associations, collectifs, médias alternatifs, de militants, de femmes et d’hommes construisant la riposte à la politique libérale du président Macron et la convergence des luttes.

Le Front Social trouve son origine dans l’appel du 22 avril (https://goo.gl/BXMy3O), veille du premier tour de l’élection présidentielle, et dans la première manifestation du quinquennat Macron, le 8 mai dernier (https://goo.gl/jLd3dE).

 

LISTE DES ORGANISATIONS MEMBRES DU FRONT SOCIAL

 à Paris: Rassemblement sur le terre-plein de la Concorde, côté jardin des Tuileries (emplacement habituel de la grande roue). 

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D’ores et déjà, ce sont 25 rassemblements qui sont annoncées et d’autres sont en préparation :

::: LISTE DES RASSEMBLEMENTS : 

• Paris : 18h devant l’Assemblée nationale (accès par les stations de métro Concorde et Tuileries)

• Bordeaux : 18h place de la Victoire

• St Nazaire : 18h30 place de l’Amérique latine

• Lille : 18h place de la République

• Grenoble : 18h – 2 rue Gustave Flaubert

• Marseille : 18h aux Mobiles sur La Canebière

• Lisieux : 18h place Mitterrand

• Avignon : 18h Cours Jean Jaurès

• Nancy : 18h – Place Dombasle

• Perpignan : 18h Place de la Victoire

• Lyon : 18h Hôtel de Ville, Place de la Comédie

• Rouen : 18h au théâtre des Arts

• Strasbourg : 18h Place Kléber

• Le Mans : 18h Place de la République

• Gap : 19h Place Saint-Arnoux

• Bourges : 17h30 Rond-point de la Résistance

• Nantes : 18h place du Bouffay

• Toulouse : 18h Métro Jean Jaurès

• Montpellier : 19h Place de la Comédie

• Rennes : 17h Place de la République

• Guingamp : 18h sur le parvis de la Mairie

• Rodez : 18h Place Charles de Gaulle

• Bourges : 17h30 Rond point de la Résistance

• Saint-Brieuc : 18h square Allende

::: CONTACTER LE #FRONTSOCIAL

#FrontSocial

PourUnFrontSocial@gmail.com 

Facebook : FrontSocial

Twitter : @FrontSocialUni

YouTube : https://goo.gl/vG70uZ

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1er tour social, la Guyane ouvre la voie !

Depuis maintenant une dizaine de jours la Guyane connait des mouvements sociaux importants et convergents.

Grèves, blocages de routes, manifestations. Le 17 mars à Cayenne, une conférence internationale est interrompue par le collectif des 500 frères, entrainant le départ de plusieurs délégations étrangères et la fuite du ministre de l’écologie Ségolène ROYAL. Le 20 mars à Kourou, le lancement de la fusée Ariane 5 a été annulé suite au blocage des accès au centre spatial par des syndicalistes et le collectif citoyen des Toucans. L’aéroport à été temporairement fermé, un vol de la métropole devant même faire demi tour. Des journées ville morte organisées, magasins, écoles, université fermés.

A l’origine de ces mouvements, un sentiment d’abandon et un ras le bol des populations. On y trouve des conflits sociaux classiques, grèves à EDF, à ENDEL, dans le secteur de la santé, manifestations d’agriculteurs, mais aussi des manifestations de collectifs citoyens mobilisés sur les problèmes de santé, d’éducation et de sécurité. Les syndicats engagés, notamment la centrale indépendantiste UTG ont appelé à la grève générale. Le mouvement est d’ampleur, mais il est en partie interclassiste puisque que participe aux blocages outre les agriculteurs, des petits patrons, entrepreneurs du bâtiment ou des transports.

Le bilan de la France en Guyane est affligeant, le PIB par habitant est moitié moindre que celui de la métropole. La Guyane doit importer à grand frais une partie importante des produits qu’elle consomme.

La montée des prix a dégradé les conditions de vie de la partie la plus fragile de la population et si les importations ont diminuées depuis 2015 c’est en raison d’une baisse de la consommation. Cette baisse entraine également une baisse de l’activité économique locale mesurable par la baisse de la création d’entreprise .

Le taux de chômage est de 22%, il touche plus particulièrement les femmes 27% et les jeunes (<25ans) 47%. L’économie est axée autour du centre spatial 1/5ème du PIB et sur l’exploitation minière aurifère dont une grande partie est clandestine et maffieuse. Il en résulte un problème important d’insécurité en forêt et un saccage permanent de l’environnement.

Le pays souffre du manque d’infrastructures nécessaires à son développement (par exemple le secteur du tourisme et quasi inexistant), il est un presque désert médical avec un nombre de médecins de 3 fois inférieur à la métropole, mais caracole en tête de l’insécurité et de la violence.

Face au ras le bol exprimé par la population, et après la fuite de la ministre de l’écologie, la ministre des colonies (de l’Outre-mer) Mme Ericka Bareigts a refusé de se déplacer avec le plus grand mépris, invitants s’ils le voulaient les contestataires à venir à Paris et déclarant qu’il était possible de négocier à distance, sans se voir. L’Etat français a pour le moment envoyé une délégation de fonctionnaires, qui a été fraichement accueillie. Les représentants du mouvement social en cours réclament la considération et la venue des ministres responsables.

Comme communistes, nous souhaitons

plein succès à la grève générale des camarades Guyanais

et nous réaffirmons que selon nos principes :

Nous sommes solidaires de toutes les forces anti-impérialistes et révolutionnaires dans le monde. Nous soutenons les luttes des peuples contre le colonialisme et le néo-colonialisme, à commencer par ceux des «DOM TOM» et affirmons leur droit à l’indépendance.

JMN  27/03/2017

Nous n'avons rien à attendre des élections.

Les crises répétées du mode de production capitaliste en relation avec la dévalorisation du capital et la baise du taux de profit ont conduit les gouvernements à mettre en place des remèdes pires que le mal.

Ces 10 dernières années nous avons subit des attaques sans précédent, maintien d'un chômage de masse, dérégulation du travail démantèlement de la protection sociale acquise de longue lutte.

La « classe » politique qui se partage le pouvoir est constituée de permanents bien rémunérés, issus des mêmes écoles et qui ont fait carrière dans les partis. Ils n'ont jamais travaillé dans l'économie réelle, ils ne connaissent pas le monde du travail que bien souvent ils méprisent. Ils sont déconnectés des réalités quotidiennes des hommes et des femmes qui font la richesse de ce pays.

Pour conserver leur poste et leurs prébendes ils se sont fait les garants du maintien de ce système qui leur assure une rente de situation. Ainsi quelques soient l'habillage de leurs propositions, ils n'ont a apporter comme solution que la régression sociale, plus de souffrances et de précarité.

Si l'on ne fait rien, si l'on se laisse faire, les 5 prochaines années seront bien pire que les précédentes sans avoir jamais rien régler.

Il est temps de prendre les choses en main.

Avril 2017, préparons le 1er tour social

C'est notre tour...et il n'est pas présidentiel

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VOUS POUVEZ SIGNER L'APPEL ICI :

https://www.change.org/p/le-22-avril-prenons-la-rue-pour-im…#PremierTourSocial #1erTourSocial #OnLacheRien #TouchePasAMaZEP #Bellaciao #22Avril #19Mars #7Mars

Vidéo meeting

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Comme travailleurs, chômeurs, précaires, jeunes, retraités, femmes, immigrés avec ou sans papiers, la violence que nous subissons tous les jours, c’est la violence institutionnelle de l’état capitaliste, celle là n’est que rarement dénoncée par les médias encore moins sanctionnée (et pour cause). Combien de vies cassées….!

Nous relayons ci-dessous un article de Saïd BOUAMAMA sur le traitement médiatique des mouvements sociaux.


Le traitement médiatique du mouvement social : Casseurs et prises d’otage

Publié le 4 juin 2016

Par Saïd Bouamama

Le mouvement de contestation de la loi El Khomri fait la Une des médias lourds depuis plusieurs semaines. L’inscription dans la durée lui donne une dimension d’analyseur de ces  médias qui plus que jamais apparaissent comme remplissant une fonction sociale précise, celle que Serge Halimi a dénommé « nouveaux chiens de garde[1] » par paraphrase de Paul Nizan[2] qui attribuait cette fonction aux « philosophes » au service des classes dominantes. Sans être exhaustif, l’analyse de trois leitmotivs médiatiques permet d’interroger la production quotidienne d’une vision dominante qui en dépit de son vernis d’objectivité participe des luttes sociales en cours.

Une violence de casseurs et de la CGT

Le discours sur les « casseurs » est le premier leitmotiv se déployant à longueur d’antennes. Il s’inscrit dans un discours plus général sur la « montée de la violence » irrationnelle et/ou illégitime qui depuis des décennies est mis en avant pour justifier un tournant sécuritaire. Il s’agit de produire de la peur pour susciter une demande de « sécurité ». Pour que ce processus d’émergence d’une demande sécuritaire puisse se déployer, il est nécessaire de construire la violence constatée comme étant une « violence sans cause » c’est-à-dire comme une violence pathologique et/ou résultante de la stratégie d’une minorité invisible.

La violence est ainsi mise en scène médiatiquement comme étant le fait d’une minorité de marginaux. Selon les circonstances, cette minorité est soit dépolitisée, c’est-à-dire que les faits de violences qu’on lui impute sont renvoyés au déclassement, à la décomposition ou à la pathologie mentale ; soit surpolitisée la violence est alors attribuée à une minorité politique occulte déployant une stratégie de déstabilisation. Des révoltes des quartiers populaires aux manifestations actuelles en passant par la chemise du directeur des ressources humaines d’Air France, la violence est systématiquement l’objet de réductionnismes médiatiques dont le point commun est de nier les bases matérielles légitimes à la colère sociale.

L’effet des réductionnismes médiatiques est donc le masquage des causes de cette violence. Celles-ci se cumulent pourtant depuis des décennies. Comprendre l’émergence d’une violence sociale nécessite la prise en compte de ces causes et de ne pas les confondre avec les « déclencheurs ». Ces derniers ne sont qu’un canal d’expression qui prend telle ou telle forme selon les circonstances et les canaux disponibles. La révolte des quartiers populaires de novembre 2005 (et la violence des jeunes insurgés qui la caractérise) qui a touchée 400 quartiers pendant 21 jours a comme déclencheur l’assassinat de Zyed et Bouna mais à comme cause les processus massif de paupérisation, de précarisation, de discrimination et de contrôle social policier qui touchent les habitants de ces quartiers. Le mouvement social actuel (et la violence qui caractérise une partie des manifestants) a comme déclencheur la loi El Khomri mais a comme cause la destruction systématique depuis quatre décennies ultralibérales de toutes les sécurités sociales conquises par le passé et la hausse de l’écart social entre la classe qui s’enrichie et celles qui se paupérisent.

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La confusion entre « déclencheur » et « cause » est partie intégrante des processus de domination en participant à l’invisibilisation des causes structurelles. Elle permet en outre de légitimer la violence répressive.   Il n’est pas inutile de rappeler ce que disait l’évêque brésilien Helder Camara à ce propos :

« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés. La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première. La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres. Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue[3].»

La négation de la violence institutionnelle dont parle Helder Camara passe par la réduction de la violence à sa seule forme externalisée. Elle suppose la négation de la première réaction des victimes qui est généralement de retourner la violence contre soi ou contre ses proches. La violence institutionnelle fonctionne en effet sur la base de l’invisibilisation de l’agresseur par son inscription dans des mesures en apparence non violentes, mais qui ont des effets destructeurs sur l’existence des personnes qui les subissent.  Ce n’est que lorsque la victime est en mesure de faire des liens, de repérer la source de cette violence invisible, de disposer d’une cible, etc., que sa réaction tend à  s’orienter vers d’autres réponses et entre-autres vers une violence externalisée envers un DRH, un policier ou un ministre.

Que la colère des manifestants soit virulente, qu’une partie d’entre eux  l’exprime de manière plus radicale, qu’une autre partie cherche l’affrontement, etc., ces constats sont des évidences. Mais ces constats portent sur des conséquences dont les causes sont antérieures. Comme le souligne la sociologue Isabelle Sommier : « La loi El Khomri n’a été qu’un catalyseur, la « goutte d’eau qui a fait déborder le vase » du cumul de griefs et d’indignations contre l’état d’urgence, le sort et les discours sur les migrants, la précarisation continue du travail, ou encore le climat général d’un quinquennat calamiteux[4]. » La négation des causes est ainsi un premier procédé des média-mensonges sur le mouvement social.

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Une stratégie de la tension

Aux causes structurelles provenant des violences institutionnelles s’en ajoute d’autres conjoncturelles consciemment mises en action par les pouvoirs publics. Nous sommes en présence d’un choix de doctrine dans le rapport aux manifestants. «On glisse d’une conception où l’on maintenait à distance des manifestants à une conception où l’on vise c’est manifestants. C’est flagrant avec le Flash Ball[5] » fait remarquer  la juriste Aline Daillère responsable des programmes police-prison-justice pour la France de l’ONG « Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture » (ACAT).

Un autre aspect de la nouvelle doctrine est la surprésence policière. Le déploiement d’un nombre disproportionné de policiers habillés et armés comme pour une scène de guerre s’inscrit dans une stratégie de la tension dans l’objectif d’isoler un mouvement que l’on sait populaire. Il en est de même de la tactique consistant à couper les cortèges dont le résultat est l’enfermement dans une nasse d’une partie des manifestants qui ne peut que susciter un regain de tension. Même le plus pacifique des manifestants voit sa colère monter d’un cran lorsque qu’il se retrouve ainsi pris en étau. L’affrontement est tout simplement recherché. S’il ne faut pas exclure la présence de provocations sous la forme de policiers déguisés, cette manœuvre n’est qu’un outil parmi d’autres d’une stratégie globale de la tension.

Le discours médiatique pour sa part commente ces faits de manière militaire inversant une nouvelle fois les causes et les conséquences. L’habitude de se faire gazer par exemple conduit à la généralisation des foulards et celle de se faire matraquer à l’utilisation de casques par une partie des manifestants. Ces conséquences sont doctement analysées par les médias lourds comme la preuve d’une « militarisation » d’une partie des manifestants. Cette militarisation supposée apparaît dès lors comme justification de la surprésence policière. De cause, la surprésence policière se transforme en conséquence.

Le but de ce choix de doctrine est de contrecarrer la possible massification du mouvement social. Dissuader les opposants à la loi de venir en famille crier leur refus est le véritable objectif de la nouvelle doctrine.  La couverture médiatique sans investigation, construite à partir des déclarations officielles des seuls préfets, se déployant sur une base sensationnaliste contribue à cet objectif.  En témoigne aujourd’hui des couvertures de manifestations quantitativement importantes avec comme seules images des affrontements. Le bruit des grenades couvre celui des slogans revendicatifs.

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La prise d’otage

Le discours sur la « prise d’otage » des citoyens est le second leitmotiv médiatique et politique concernant le mouvement social actuel. « Prendre ainsi en otage les consommateurs, notre économie, notre industrie, continuer des actions qui visent à faire retirer le texte, ce n’est pas démocratique» clame Valls le 23 mai.  « J’ai du mal à accepter que des Français soient pris en otage » lui répond en écho Myriam El Khomri le lendemain. « Pas un jour sans qu’il y ait une grève, un mouvement de contestation, que des gens prennent en otage des citoyens français” enchaîne Nicolas Sarkozy le même jour. Le discours est le même du gouvernement à la droite, du patronat aux différents experts et consultants médiatiques qui pullulent sur les plateaux.

Ce discours n’est pas nouveau. Le principe même d’un mouvement social est de se faire entendre et pour cela de se visibiliser. Cela suppose d’entraver le fonctionnement habituel de la vie sociale. Ces formes d’action sont aussi anciennes que les mouvements collectifs et leurs formes sont si ce n’est similaires du moins comparables : blocage des axes de transport, paralysie d’équipements stratégiques, etc.  La couverture médiatique et politique à partir de l’expression « prise d’otage » n’est pas non plus neuve, quoique plus récente. Elle naît du contexte idéologique ultralibéral négateur de toute légitimité du collectif au profit de la seule approche individuelle. Sa fréquence médiatique est un indicateur de la prégnance de l’idéologie ultralibérale dans nos médias. Les routiers de 1992 et 1996 comme les cheminots de décembre 1995 ont également été transformés médiatiquement en preneurs d’otages [6].

En choisissant une telle expression pour couvrir des actions collectives le discours médiatique dominant prend (consciemment ou non le résultat est identique) position contre le mouvement social. L’attention sur les enjeux et les causes du conflit est détournée vers une attention sur les conséquences du conflit. Les « blocages » n’apparaissent plus comme un moyen pour se faire entendre mais comme une stratégie égoïste ne prenant pas en compte le citoyen moyen transformé en victime impuissante. La scène du voyageur sur un quai de gare lors d’une grève est ainsi devenue un incontournable des journaux télévisés. Il ne s’agit plus d’interroger un citoyen sur son avis sur la loi El Khomri mais de le questionner un individu réduit à la seule dimension de consommateur sur les entraves à l’accès à un bien ou un service.  Le citoyen cédant la place au consommateur c’est bien là, l’idéal des classes dominantes contemporaines que construisent les médias dominants.

Le discours dominant sur la prise d’otage est lourd d’effets. Il active l’imaginaire du terrorisme et de la nécessaire intervention musclée des forces de l’ordre. Il ouvre et encourage une logique de « montée des enchères ». La droite dénonce le laxisme supposée du gouvernement avec un Sarkozy appelant le gouvernement à « remettre de l’ordre et de l’autorité dans le pays ». Le Front National par la bouche de Marion Maréchal Le Pen lui fait écho en considérant que « face aux casseurs comme à la CGT qui prend en otage les Français, la seule réponse de l’Etat doit être la fermeté ». Quant à Pierre Gattaz il appelle le gouvernement « à ne pas céder au chantage, aux violences, à l’intimidation, à la terreur », de « minorités qui se comportent un peu comme des voyous, comme des terroristes ».

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On ne peut clore cette partie sans aborder nos chers experts, consultants et éditorialistes divers. Leurs explications à prétention savante se réduisent à une seule causalité que résume comme suit Nathalie Saint-Cricq au JT de 20 heures du 23 mai sur France 2 : « cette stratégie est justifiée par un score en chute libre à la CGT [7] ». Le ton est donné et la même grille explicative se retrouve le lendemain au Figaro sous la plume de Gaëtan de Capèle et à Libération sous celle de Laurent Joffrin, avant de s’étendre à une grande partie de la presse régionale. Il n’a a donc aucune base matérielle à la colère sociale et à la violence qu’elle suscite. Tout se réduirait à la manipulation par la minorité agissante que serait la CGT.

Il n’y a pas besoin de recourir à une quelconque théorie du complot pour expliquer la production d’un tel discours réducteur. Les causalités ont été mises en évidences depuis longtemps : « difficulté à se libérer des sources institutionnelles, à développer un journalisme d’investigation et d’explication de dossiers complexes. Difficulté à surmonter l’ethnocentrisme professionnel et à rendre compte, non avec complaisance, mais avec compréhension, de mobilisations de milieux sociaux très éloignés de celui des élites journalistiques [8]. » Si nous ajoutons la recherche de sensationnalisme à des fins d’audimat, la ligne éditoriale pouvant être imposée, l’entre soi avec les puissants, etc., nous sommes bien en présence de « chiens de garde ».

Cazeneuve

Terminons en faisant un pas de côté vers les quartiers populaires. Les médias-mensonges suscités par le mouvement social actuel ne sont, en effet pas sans rappeler ceux se déployant de manière quasi-permanente depuis quatre décennies à l’encontre des quartiers populaires et de leurs habitants. Pour eux aussi, les discours médiatiques nient les causes structurelles pour ne se centrer que sur les déclencheurs et/ou sur les conséquences. Pour eux également, se déploient les deux images de la violence pathologique et de la violence d’une minorité invisible. A leur endroit également la surprésence policière est construite médiatiquement et systématiquement comme étant une conséquence et jamais comme étant une des causes des violences relatées. Les stratégies d’intervention des forces de l’ordre et la doctrine implicite qu’elles portent ne sont pas plus interrogées que pour le mouvement social actuel. Il existe cependant une différence et elle est de taille : l’isolement des quartiers populaires en général et de leurs habitants issus de l’immigration en particulier. Alors que désormais il faut compter par centaines les morts de jeunes issus de l’immigration tués par des policiers, les constructions médiatiques des faits sont parvenues pour l’instant à isoler les luttes contre les violences policières des quartiers populaires. L’indifférence vis-à-vis des quartiers populaires prépare la généralisation des procédés qui y sont expérimentés à l’ensemble des contestations sociales.

Notes:

[1] Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, Raison d’agir, Paris, 2005.

[2] Paul Nizan, Les chiens de garde, Agone, Paris, 2012.

[3]  Dom Helder Camara, Spirale de violence, Desclée de Brouwer, Paris, 1970.

[4] Isabelle Sommier, Qui sont vraiment les casseurs ?, http://www.lesinrocks.com/2016/05/21/actualite/qui-sont-vraiment-les-casseurs-11829657/, consulté le 2 juin à 14 heures.

[5] Aline Daillère, Violences policières : un rapport dénonce un risque d’impunité des forces de l’ordre, Le Monde du 14 mars 2016, http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/03/14/violences-policieres-un-rapport-denonce-un-risque-d-impunite-des-forces-de-l-ordre_4882121_1653578.html, consulté le 2 juin à 15 h 20.

[6] Thomas Chenevier et Laurent Ladouari, Prise en otage, prise à témoin : de la médiatisation des conflits sociaux, Annales des mines, novembre 2000, p.36.

[7] Daniel Schneidermann, Nathalie Saint-Cricq et ses deux amies, face aux dynamiteurs CGT, http://rue89.nouvelobs.com/2016/05/24/nathalie-saint-cricq-deux-amies-264118, consulté le 2 juin à 18 h 30

[8] Erik Neveu, Sociologie des mouvements sociaux, La Découverte, Paris, 1996, p. 109.