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Le récent référendum sur l’indépendance de la Catalogne a suscité un regain de déclarations enthousiastes de la part des organisations qui se revendiquent révolutionnaires et se réclament du marxisme, malheureusement la plupart d’entre elles sont sur des positions erronées de soutien à la bourgeoisie nationaliste catalane, ce qui démontre encore une fois leur incompréhension du marxisme et de la question nationale.

Nous relayons deux prises de positions d’organisations révolutionnaires de l’état espagnol qui nous paraissent justes du point de vue marxiste bien qu’elles émanent d’organisations opposées sur l’échiquier communiste (comme quoi il ne faut pas se désespérer à propos du monde militant)


Résumé très succinct en français des thèses d’inter-rétroactivement sur le référendum catalan, par Pantopolis : http://pantopolis.over-blog.com/2017/09/a-propos-du-referendum-catalan-interpretation-et-orientation-marxiste-iner-rev.foroactivo.com-espagne.html

Référendum catalan: basta ya!         Lutte de classe internationaliste, !

L’aspect politique idéologique sous lequel se présente ce référendum d’indépendance est une compétition entre deux nationalismes: espagnol et catalan. Ce sont deux poisons utilisés contre le prolétariat et la révolution sociale internationale…

Chaque faction bourgeoise essaie de pêcher dans le réseau nationaliste populaire et démocratique le plus grand nombre possible de prolétaires et d’éléments critiques de la société…

Quelle que soit leur position, toutes les forces en présence dans ces deux projets nationalistes font partie du camp ennemi du prolétariat, de ceux qui soutiennent et profitent sans vergogne de son exploitation…

l’État catalan… fait depuis longtemps partie d’un cadre économique capitaliste…. Les conflits actuels entre l’État espagnol et l’État catalan sont le produit des contradictions grandissantes entre fractions de la classe dirigeante … dans un schéma historique communément qualifié de «mondialisation»: une intense internationalisation du capitalisme, limitant les mouvements et capacités spécifiques du capital à l’échelle nationale et locale.

Pour la classe ouvrière, s’inféoder au nationalisme espagnol et/ou catalan est contre-révolutionnaire et réactionnaire… surtout dans les conditions d’internationalisation capitaliste. Un nouvel état catalan indépendant ne profitera qu’au seul capital catalan et ne fragilisera en aucun cas pas les formes essentielles de l’impérialisme capitaliste en ce qui concerne la classe ouvrière. Il s’agit de déterminer la part respective revenant à chaque fraction nationale du capital; il s’agit aussi de la capacité de chacune à former des alliances capitalistes dans le cadre d’une concurrence internationalisée…

Dans le mode de fonctionnement actuel du Capital, la classe dominante espagnole et catalane participe au processus d’accumulation capitaliste et de domination bourgeoise sur le travail salarié. Ce qui est en jeu, c’est fondamentalement la question de la quotité de pouvoir respectif ainsi que celle de la répartition du surplus de main-d’œuvre excédentaire.

La bourgeoisie catalane, si elle obtient son indépendance, veut laisser tomber la «partie économique», et donc le prix à payer pour ses responsabilités dans la domination conjointe catalano-espagnole du prolétariat d’Espagne. La bourgeoisie catalane veut utiliser «ses» propres ressources – qu’elle a amassées sur le dos des prolétaires – pour «ses» propres projets économiques dans le domaine des infrastructures, de la Recherche-Développement, des finances, etc. Elle veut avoir une plus grande capacité à gérer la partie visible et invisible du gâteau capitaliste face au «pouvoir madrilène» qu’il soit celui du Parti populaire ou du PSOE (et ajouterons-nous celui de Podemos s’il venait au pouvoir), jugé plus «corrompus» qu’elle… Elle veut disposer de plus de cordages et de solides nœuds coulants pour exercer librement le «dumping social» dans le domaine des relations inter-capitalistes, un monde de compétition sans pitié pour les capitaux les moins compétitifs et surtout les exploités, toujours plus pressurés et appauvris.

Pour le prolétariat il n’y a rien de positif à attendre de ce référendum ! Prolétaire! Tu ne dois soutenir ni l’un ni l’autre de ces nationalismes, espagnol ou catalan!


Ci-dessous l’analyse proposée en juin dernier par nos camarades de « Comunistas catalanes », du Parti Communiste des Peuples d’Espagne, au sujet du référendum organisé en Catalogne :

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http://www.pcrf-ic.fr/Referendum-en-Catalogne-la-position-du-PCPE

Référendum en Catalogne : la position du PCPE

Le Président de la Generalitat (Gouvernement autonome catalan, NDT) a concrétisé la date et la question du référendum sur l’indépendance de la Catalogne.

Face à ceci, nous exprimons nos réserves :

1. La classe ouvrière ne tire aucun profit du débat sur le type de gestion capitaliste ni sur les cadres dans lesquels celle-ci est structurée. Ce sont les différentes couches de la bourgeoisie qui, dans leur lutte permanente pour la répartition des fruits de notre travail, ont un intérêt dans cette bataille. Malheureusement, le manque de conscience et d’organisation de notre classe amène celle-ci à adopter des positions étrangères à leurs intérêts, qu’elles soient indépendantistes ou anti-indépendantistes. Aucune de ces deux options ne représente un futur souhaitable pour notre classe. Notre chemin est celui de l’indépendance de la classe ouvrière.

2. Ce référendum, avec des garanties et la possibilité d’appliquer le résultat, ne se produira pas. La recherche de recoins légaux pour réaliser le référendum est basée sur une illusion, celle qu’on vit dans un État démocratique où opère la séparation de pouvoirs. En réalité, nous vivons dans un État qui est l’outil de domination d’un bloc oligarchique-bourgeois et qui manient le monopole de la violence pour s’assurer ses intérêts. Les intérêts de cette oligarchie parasitaire ne passent pas par le support du processus indépendantiste, donc le processus est voué à l’échec, si cette classe n’est pas dégagée du pouvoir.

3. La recherche d’alliés internationaux pour atteindre l’objectif indépendantiste va contre la réalité. L’Espagne est un fidèle soutien des États au sommet de la chaîne impérialiste, contribuant à stabiliser des alliances interétatiques comme l’UE ou l’OTAN. Aucun de ces États n’est intéressé par l’affaiblissement et la rupture de l’Espagne. Il n’existe donc aucune base matérielle du support des principaux pays occidentaux au processus indépendantiste.

4. Les principales forces gouvernementales (Parti Populaire au gouvernement central et Junts pel Sí – Ensemble pour le oui en catalan, NDT – en Catalogne) ont un grand intérêt à maintenir vive la confrontation en termes nationaux, facilitant ainsi sa gestion et la paix sociale. Il est ainsi empêché que la classe ouvrière s’organise et lutte pour ses principales préoccupations comme le chômage, la précarité, la disparition des négociations collectives, les baisses des budget des services sociaux, etc.

5. Nous sommes alors dans un processus qui n’a aucune possibilité de triompher, mais qui est vivant grâce à son utilité. Communistes Catalans – PCPE appelle la classe ouvrière à ne pas lutter sous un drapeau étranger à elle, ni pour la cause indépendantiste ni, encore moins, contre elle. La seule voie que l’oligarchie nous montre pour appliquer le droit à l’autodétermination du peuple de Catalogne passe par l’unité de notre classe avec celle du reste de l’État pour abattre le pouvoir établi.

Notre chemin est celui de l’indépendance de la classe ouvrière !

Comunistas Catalanes – PCPE

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Dans la suite des différents articles que nous avons publiés ou re-publiés à propos de la situation politique ouverte en Grèce, voici un nouveau texte qui nous a semblé un point important d’éclaircissement et de différentiation entre communistes et réformistes (fusent-ils de la gauche radicale).

Il n’est pas inintéressant non plus qu’il émane d’un membre de la direction du NPA, organisation  qui depuis sa création se débat dans la lutte entre ses deux lignes.

                                                                                                                                                    JM.N


 

A propos de l’euro, fétichisme monétaire, lutte de classes et démarche transitoire

Yvan lemaitre le 24/09/2015

http://www.anti-k.org/2015/09/24/yvan-lemaitre-a-propos-de-leuro-fetichisme-monetaire-lutte-de-classes-et-demarche-transitoire/

L’accord du 13 juillet et le vote par le parlement grec d’un troisième mémorandum puis les élections législatives du 20 septembre convoquées par Tsipras à la recherche de sa majorité perdue et leurs résultats mettent un terme à la période ouverte par l’arrivée de Syriza aux affaires le 25 janvier dernier et marquée par l’illusion qu’elle pourrait mettre fin à l’austérité. Un nouveau débat s’ouvre et nécessite des clarifications pour nous dégager des confusions entretenues par les illusions d’abord, la déroute ensuite, et le retour de balancier vers la droite qui en résulte.

Le plus souvent cette discussion reste prisonnière des illusions passées, vient les justifier en tentant de démontrer qu’il était possible d’avoir une autre politique que celle de Tsipras en sortant de l’euro parfois de la part des mêmes qui expliquaient qu’il était possible d’appliquer le programme de Thessalonique tout en restant dans l’euro.

Autant dire que la plus grande confusion règne et qu’elle se répercute sur l’ensemble de celles et ceux qui ne se résignent pas aux politiques d’austérité. La pression du recul conduit à la recherche de solution par en haut, comme si rompre avec la politique dictée par l’oligarchie financière ne dépendait que d’un choix politique gouvernemental pour changer l’orientation de l’État et de logique économique.

Cette dite logique économique est en réalité dictée par les rapports de force entre les classes, en changer ne peut se faire sans changer radicalement ce rapport de force par les luttes et les mobilisations des travailleurs et des classes populaires.

Chercher des réponses par en haut quitte à venir sur le terrain dangereux de la sortie de l’euro entretient la confusion et le désarroi.

Une politique dans le cadre du capitalisme ou en rupture ?

Pour éviter les interprétations ou les caricatures le mieux est de citer comment un des dirigeants de l’Unité populaire expose la politique fondée sur la sortie de l’euro telle que Tsipras aurait dû la mettre en œuvre pour être fidèle à ses engagements et qui devrait être à la base du programme de l’UP.

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Stathis Kouvélakis écrit : « Oui, nous pensons qu’il faut nous préparer pour la sortie de l’euro. C’est absolument clair ! Le programme d’Unité populaire est finalisé, il sera rendu public à la fin de la semaine. La préparation de la sortie de l’euro est un point fondamental. Cette question comporte plusieurs aspects. Le premier, c’est évidemment la récupération de la souveraineté politique dans le cadre où un gouvernement se retrouve confronté à la sainte-alliance de toutes les puissances néolibérales. Dépourvu de l’outil monétaire, on l’a vu, nous sommes pris en otage par la BCE. Syriza l’a subi dès le 4 février… Deuxièmement, c’est un moyen pour permettre le redémarrage économique en assurant l’approvisionnement en liquidités. Ensuite, c’est un moyen extrêmement important sur la question de la dette : en passant par la monnaie nationale, la dette devient quasiment impayable, personne ne va accepter le remboursement d’une dette qui se retrouve libellée en une monnaie nationale. Cela nous place en position de force. Enfin, la dévaluation permet de relancer vigoureusement la croissance : tous les pays qui se sont retrouvés dans une situation de récession profonde n’ont pu redémarrer économiquement qu’avec une dévaluation monétaire. Le choix est simple, en réalité : c’est soit une dévaluation monétaire, soit la dévaluation interne, c’est-a-dire les plans d’ajustement structurel qui sont imposés pour faire baisser les salaires et les retraites, et qui écrasent le coût du travail. C’est sûr que la dévaluation monétaire crée un certain nombre de problèmes, mais elle crée aussi des opportunités : elle booste la production nationale, elle permet une substitution des importations par les exportations, elle rend les exportations plus compétitives… Certes elle peut être problématique là où il faut payer en devises fortes : les carburants, l’énergie, certains médicaments qui sont nécessairement importés – mais pas tant que ça, par parenthèse, la production nationale peut assurer une bonne partie… Tout cela ouvre des difficultés transitoires. Mais, en réalité, on le voit avec les économistes hostiles au néo-libéralisme, que ce soit Krugman ou Stiglitz, que ce soit Aglietta ou Lordon en France, le débat est tranché : le meilleur choix possible pour la Grèce, le seul viable en réalité, disent-ils, c’est le retour à une monnaie nationale, dans le cadre, bien sûr, d’une politique progressiste de relance qui peut gérer les problèmes. Il y aura des pressions inflationnistes, mais un gouvernement de gauche peut protéger les salaires dans ce contexte… »

Le même camarade répond à la question de savoir si la Grèce doit ou non, sortir de l’Union européenne en même temps que de l’euro «  Non, pas nécessairement. La question est susceptible de se poser, mais ce n’est pas automatique. Après tout, il y a dix pays de l’Union européenne qui ne sont pas dans l’euro. Ce n’est pas tranché pour nous… Ce que notre programme prévoit si la confrontation devait aller plus loin, c’est d’aller vers un référendum. Le gouvernement britannique le prépare, avec une orientation politique tout à fait éloignée de la nôtre, mais nous ne voyons pas pourquoi on ne pourrait pas se poser la question de notre côté. Mais le départ de l’Union européenne ne fait pas partie des objectifs d’Unité populaire. »

Sortir de l’euro tout en restant dans l’Union européenne, tout est mis cul pas dessus tête.

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Kouvélakis ne tire pas la leçon essentielle de la faillite de Tsipras et reste prisonnier des mêmes illusions partant en guerre contre l’euro et non contre les racines du problème, les rapports capitalistes, la domination de la bourgeoisie. Lafazanis, au lendemain des élections et de l’échec de l’Unité populaire, insiste pour faire de ce mot d’ordre la question principale, la ligne de démarcation.

Il y a là un piège.

Des illusions réformistes au souverainisme

La question centrale n’est pas la sortie de l’euro mais bien de répondre aux exigences du monde du travail, et donc l’attitude à avoir vis-à-vis de la dette insoutenable en Grèce mais aussi au niveau de l’ensemble des pays européen. La dette devient plus largement une des questions centrales face à la crise économique mondiale qui repose sur un océan de dettes et de créances douteuses tant privées qu’étatiques. Décréter un moratoire unilatéral, l’annulation de la dette sont les mesures immédiates que devrait prendre un gouvernement des travailleurs, un gouvernement anticapitaliste soucieux de répondre aux exigences des classes populaires.

Prendre ces mesures radicales n’implique nullement, automatiquement, la sortie de l’euro mais bien d’œuvrer à un affrontement immédiat au niveau européen non pour renégocier les traités mais pour construire une autre Europe.

Il ne s’agit pas comme le propose l’appel pour le plan B de commencer par un plan…A, renégocier dans le cadre de l’union européenne puis, si échec, rompre avec elle. Notre démarche est celle d’une stratégie de transformation révolutionnaire au niveau de l’Europe, celle de Mélenchon est une stratégie au mieux réformiste combinant le respect des institutions européennes et le repli national.

Préconiser la sortie de l’euro peut sembler plus radical mais cela reste dans cadre du même raisonnement réformiste, reste dans le cadre des institutions. On ne prend pas le mal à la racine, les rapports capitalistes.

Qui peut imaginer que la sortie de l’euro permettrait à la Grèce d’échapper au marché mondial et à l’emprise des banques ?

La sortie de l’euro n’épargnera nullement à la Grèce de continuer à payer sa dette. Contrairement à ce que prétend Kouvélakis, la sortie de l’euro n’annulerait pas automatiquement la dette bien au contraire. Si la dette devait être remboursée en euros, son poids réel (en drachmes) s’alourdirait en raison de la dévaluation.

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Si la sortie s’accompagnait d’une annulation, totale ou partielle, de la dette, le gouvernement aurait besoin de soutenir le taux de change de sa nouvelle monnaie et devrait emprunter dans la zone euro ou ailleurs. La drachme serait l’objet de spéculation auxquelles elle pourrait difficilement résister.

Kouvélakis nous dit que la sortie de l’euro entraînerait une dévaluation qui permettrait des gains de compétitivité qui équilibrerait le commerce extérieur de la Grèce. Peut-être mais au détriment des salariés.

C’est oublié la dépendance de l’économie grecque qui doit importer des produits alimentaires, de médicaments et de pétrole (dont les prix seraient alourdis par la dévaluation). On voit bien que les premières victimes de cette dévaluation compétitive seraient les salariés. Aucun « gouvernement de gauche » ne pourrait s’opposer à la logique du marché, des banques et des spéculateurs, pas plus que Tsipras ne l’a fait, surtout s’il reste replié sur ses frontières. Ce n’est pas une question de bonne ou mauvaise volonté mais de rapport de force.

Et il n’est pas possible de raisonner comme s’il n’y avait pas de bourgeoisie grecque dont la seule préoccupation est de sauver ses banques et de rétablir ses profits. Comme l’écrit Jean Marie Harribey « En faisant de la devise l’alpha et l’oméga de la question grecque, on fait totalement l’impasse sur les rapports de classe internes à la société grecque. Or, la sortie de l’euro, en tant que telle, ne remet pas en cause la structure oligarchique. »

La nationalisation des banques, la réquisition de la banque centrale seraient des moyens de résister et de contrôler, mais de telles mesures exigent un rapport de force, une mobilisation des salariés. Elles ne nécessitent pas une sortie de l’euro mais une politique de classe, internationaliste offensive vis à vis des travailleurEs de l’ensemble des pays d’Europe.

Certes la conquête du pouvoir par les travailleurs et les classes populaires ne sera pas synchrone mais comment imaginer une crise révolutionnaire même dans un petit pays comme la Grèce sans qu’elle s’inscrive dans un mouvement au niveau européen et qu’elle permette d’entraîner les autres peuples.

Personne n’est en mesure de prévoir les rythmes du processus révolutionnaire, rien n’exclue une phase de retour sur les frontières nationales mais même dans une telle situation rien ne préjuge de la monnaie qu’utiliserait un gouvernement des travailleurs. La drachme est tout aussi bourgeoise que l’euro ! Tout dépendra du rapport de force, de ce que le pays le plus engagé dans le processus révolutionnaire pourra imposer à la BCE.

Tout le problème est que les partisans de la sortie de l’euro, même à gauche, ne raisonnent pas dans une telle perspective internationaliste et d’intervention directe des classes exploitées. La campagne de l’Unité populaire en est la démonstration et peut-être est-ce un des facteurs qui l’ont marginalisée comme l’expliquent nos camarades de DEA.

« La sortie de l’euro est presque toujours présentée comme une sorte de baguette magique permettant d’échapper à la domination du capitalisme financier, ainsi qu’aux contradictions internes entre capital et travail,écrit Michel Husson . Comme si la sortie de l’euro équivalait à la sortie des politiques néo-libérales. Les grandes firmes et les riches Grecs vont-ils par miracle cesser leur évasion fiscale à grande échelle? Les armateurs grecs vont-ils par miracle accepter de financer les retraites?

Cette fixation sur la question de la monnaie est donc dangereuse dans la mesure où elle fait passer au second rang toute une série d’enjeux qui ont à voir avec des rapports de classes qui ne s’arrêtent pas aux frontières. La Grèce n’est pas une «nation prolétaire» soumise au joug de l’euro, c’est une formation sociale structurée par des rapports de classe. Le total cumulé des fuites de capitaux depuis 10 ans est du même ordre de grandeur que le total de la dette grecque, cela n’a rien à voir avec l’euro et le retour à la drachme n’y changerait rien. Il permettrait même aux évadés fiscaux de rapatrier une partie de leurs capitaux en réalisant une plus-value proportionnelle au taux de dévaluation. »

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La sortie de l’euro n’est pas le programme de la classe ouvrière. Elle ouvre la porte au dérive souverainiste illustrée par Sapir et son «  « Front de libération nationale » avec la droite jusqu’au FN. » qui soutient qu’ «en réalité, aucun changement de l’UE de l’intérieur n’est possible. La « Gauche Radicale » doit se fixer comme objectif premier la rupture, au moins avec les institutions dont le contenu semi-colonial est le plus grand, c’est-à-dire l’Euro, et elle doit penser ses alliances politiques à partir de cet objectif. Pour elle, l’heure des choix est arrivée; il faudra rompre ou se condamner à périr. » On voit bien le piège et les idées ont des logiques imparables si on ne garde pas une boussole sure, l’indépendance de classe.

Cette fétichisation de la monnaie ne peut être un programme pour le mouvement ouvrier. Elle dévoie les enjeux de la lutte vers une logique nationale-monétaire en semant des illusions dangereuses.

Quand le fétichisme monétaire aveugle

Celles et ceux qui considèrent la sortie de l’euro comme la mère des batailles sont prisonniers d’une vision déformée des choses qui consiste à faire de la monnaie, qui n’est qu’un instrument, l’origine et la cause des problèmes. Allant parfois jusqu’à lui prêter une volonté propre ! C’est ce que Marx appelait le « fétichisme monétaire » cette perception des rapports sociaux à travers le prisme déformant de la monnaie. L’argent est “la confusion et la permutation universelle de toutes choses, donc le monde à l’envers” écrit-il dans les Manuscrits de 44.

Au lieu de penser leurs relations entre eux telles qu’elles s’organisent dans les rapports sociaux, en l’occurrence le rapport d’exploitation capitaliste, les hommes sont dominés par les produits de leur travail devenus des marchandises qui s’échangent entre elles sans qu’ils ne comprennent comment. La loi de la valeur décrypte ce mystère en nous expliquant qu’en dernière analyse cet échange se fait en fonction du temps de travail socialement nécessaire à la production des marchandises, donc aux conditions précises de la production à un moment donné. Comme dit Marx, si l’on perd de vue la loi de la valeur, « les tables se mettent alors à danser » avec comme chef d’orchestre ce qui était à l’origine une marchandise particulière servant d’équivalent général entre les différentes marchandises, la monnaie, aujourd’hui simple bout de papier ou impulsion électronique…

Si bien que pour trouver une analogie, nous devons nous échapper vers les zones nébuleuses du monde religieux. Dans ce monde-là, les produits du cerveau humain semblent être des figures autonomes, douées d’une vie propre, entretenant des rapports les unes avec les autres et avec les humains. Ainsi en va-t-il dans le monde marchand des produits de la main humaine. J’appelle cela fétichisme” écrit Marx dans Théorie de la plus-value.

Il nous faut retomber sur nos pieds, le terrain de la production et de la lutte de classe, là où la plus-value se produit et se partage, là où se joue fondamentalement le rapport de force. Et il s’agit de décrypter à travers les données économiques et monétaires les rapports de forces qui se négocient et se jouent au sein des classes dominantes comme entre elles et le prolétariat.

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Ce fétichisme de la monnaie s’accompagne d’une compréhension des rapports politiques et du pouvoir des classes dominantes faussée, idéaliste comme si celles-ci décidaient en fonction de leur libre arbitre de construire ou pas l’Europe, comme si elles échappaient au déterminisme historique certes, relatif, certes pas mécanique, ouvert mais néanmoins bien réel, comme à leurs propres contradictions.

L’Europe n’est pas une simple construction voulue par les classes dominantes, elle est une réalité historique, sociale et politique, en fonction de laquelle elles doivent agir, apporter des réponses, avoir une politique. Elles l’ont divisée, morcelée en fonction de leurs intérêts en taillant dans la chair des peuples pour ériger des frontières par les guerres, en divisant et en dressant les peuples les uns contre les autres. Elles sont aujourd’hui incapables de se dégager de leur propre passé et retrouvent vite leur fond xénophobe et chauvin, leur égoïsme national comme le montre leur attitude face à la crise des migrants.

L’unification de l’Europe se fera contre eux à travers un processus révolutionnaire où les peuples reprendront leur destin en main pour construire leur Europe progressiste, démocratique pour participer à la marche de l’Humanité vers le socialisme.

La nécessaire stratégie révolutionnaire, le plan R

En réalité, la discussion n’est pas une discussion entre économistes qui le plus souvent ignorent la question centrale, celle du processus révolutionnaire, son programme. Ce processus n’est pas pour demain ou un jour, peut-être, il est déjà engagé à travers les bouleversements et les rapports de force actuels.

Avoir une politique du point de vue du prolétariat, de ses mobilisations dans ce processus devrait être l’objet de la discussion.

Sinon, nous ne discutons pas de la même chose.

A la question « Peut-on imaginer une mobilisation européenne pour en finir avec le carcan de la zone Euro ? » Samy Joshua répond : « La réponse est malheureusement négative pour la période à venir. La déconnexion des rapports de force et des opinions publiques est une donnée constitutive de celle-ci. En particulier par le poids acquis par l’Allemagne ordolibérale, ceci avec l’aval, pour l’essentiel, des autres puissances majeures, dont la France. Il en découle que la rupture ne peut s’engager qu’à l’échelle d’un pays d’abord (peut-être d’un groupe de pays). Il en découle aussi que la confrontation avec les institutions de la Zone Euro ne peut que prendre la forme d’une combinaison de conflits de classe d’un côté, et de l’autre des affrontements entre gouvernements et entre États. »

Cela a le mérite de la franchise. L’hypothèse d’une intervention des classes ouvrières est écartée au nom d’un raisonnement qui se veut objectif mais qui exprime en fait une opinion politique : il n’y a rien de possible hors de la voie institutionnelle et réformiste qui débouche sur le pan B puisque le plan A échouera nécessairement comme le démontre le 13 juillet…

Une telle politique est une impasse, un échec annoncé qui ouvrira la porte aux forces les plus réactionnaires.

C’est bien pourquoi nous ne pouvons souscrire au « sommet internationaliste pour le plan B » démarche engagée par Mélenchon avec pour horizon…2017 !

Notre politique se situe résolument dans la seule hypothèse qui représente une issue, le plan R comme révolutionnaire.

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Ce plan a pour point de départ la lutte concrète contre les politiques d’austérité, leurs effets concrets, la défense des droits des travailleurs, les salaires, le partage du travail entre toutes et tous, contre les privatisations.

Ces luttes et mobilisations débouchent sur les questions politiques clés, la dette, les banques, un monopole public bancaire et la socialisation des grandes entreprises, la question du pouvoir des travailleurs sur la base de l’auto-organisation.

Avant même la conquête du pouvoir, dès aujourd’hui, les organisations ouvrières ont à poser la question au niveau européen pour préparer les prochains développements de l’affrontement, engager un processus révolutionnaire débouchant sur une Assemblée constituante des peuples pour balayer et remplacer les vieux traités capitalistes par une constitution des États socialistes d’Europe.

Et ces derniers décideront de la monnaie qui servira à leurs échanges du moins tant que le marché continuera à les réguler sous le contrôle de la population et de son État.

A travers ce processus qu’elles seront les étapes, les rapports avec les vieux États bourgeois bousculés par les masses, y-aura-t-il un moment de rupture unilatérale d’un pays, d’un groupe de pays ? Personne ne peut le dire, tout cela est à écrire. Mais dire aujourd’hui, il faut sortir de l’euro, c’est tourner le dos à la bataille.

Nous ne sommes pas en mesure de prévoir les étapes de cette bataille mais nous avons à travailler à une vision globale, une stratégie qui nous permettent d’avoir une boussole, un plan, des capacités de manœuvres dans une perspective d’ensemble qui permet d’unifier les mobilisation, de leur donner un objectif politique.

Nous avons à travailler collectivement à imaginer les processus révolutionnaires au niveau européen. L’arène de nos luttes est l’Europe.

« La révolution… doit laisser les morts enterrer leurs morts pour réaliser son propre objet. Autrefois, la phrase débordait le contenu, maintenant, c’est le contenu qui déborde la phrase » comme ces propos de Marx sonnent juste quand on voit les révolutionnaires eux-mêmes se débattre dans les contradictions monétaires et de souveraineté…

Le 24/09/2015

 

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Nous relayons ici un texte du Parti Communiste InternationaI, publié dans son journal « Le Prolétaire » à propos de la politique de SYRIZA ou comment la gauche radicale qui se propose de dompter le capitalisme n’est en définitive qu’un réformisme, un nouvel allié du Capital dont il assure la survie.

Une leçon à tirer pour ceux, ici et ailleurs qui nourrissent l’illusion que le capitalisme pourrait être amendé, voir défait simplement par le vote et la mobilisation citoyenne.


A l’issue d’une énième séance marathon « historique » de négociations bruxelloises entre le gouvernement grec et ses créanciers, un accord « définitif » a été une nouvelle fois trouvé pour « résoudre » la crise grecque : le premier ministre grec Tsipras et son équipe ont fini par accepter, comme condition de nouveaux crédits à l’Etat grec virtuellement en faillite, un plan de mesures d’austérité sensiblement plus dur que celui qu’il avait refusé une semaine auparavant et contre lequel il avait, soi-disant, organisé un référendum ! Le seul point apparemment où il a obtenu quelque chose de concret, c’est celui de la réduction des dépenses militaires : les créanciers ont accepté qu’elle soit moins forte que ce qu’ils demandaient…

Trahison de Tsipras ?

Beaucoup, y compris parmi les courants dits d’ « extrême gauche » qui affirmaient n’avoir aucune illusion sur Syriza et son gouvernement, crient à la trahison de Tsipras. Mais ne peuvent se sentir trahis, que ceux qui prenaient pour argent comptant les discours démagogiques de ce parti et de son chef.
Syriza, qui se qualifie de parti de la « gauche radicale », n’est en réalité pas différent qu’un parti réformiste classique : il ne veut pas abattre le capitalisme, mais l’améliorer, le réformer : son rêve est celui de tous les réformistes, le rêve d’un capitalisme à visage humain, celui de tous les collaborationnistes, le rêve de la collaboration fraternelle entre tous les citoyens ou au moins l’écrasante majorité d’entre eux. Mais il y a le rêve et il y a la réalité ; et dans la réalité, on ne peut changer le capitalisme – seules quelques réformes de détail étant possibles, et encore à condition qu’elles ne coûtent pas grand chose –, on le combat ou on s’y soumet !

moraliser
N’ayant jamais eu l’intention de combattre le capitalisme, Syriza ne pouvait que se soumettre à lui et soumettre les travailleurs qui lui font confiance. Porté au pouvoir en prétendant qu’il allait mettre fin à l’austérité et à la crise économique qui frappe les prolétaires et certaines couches petite-bourgeoises, Syriza incarnait l’illusion qu’un simple changement de gouvernement, obtenu tranquillement et pacifiquement par la démocratique voie électoral, et il pouvait amener une amélioration significative de la situation des masses. La constitution de son gouvernement sur la base d’une alliance avec un parti d’extrême-droite, militariste et pro-religieux (Anel) aurait suffit à dissiper les éventuels doutes sur la nature « radicale » de Syriza.

Cependant pendant de longs mois, le gouvernement a mené la comédie de la défense des travailleurs face aux créanciers du pays, qu’il prétend pouvoir convaincre de renoncer à une partie de leurs exigences et d’accorder de nouvelles aides financières ; alors que la situation des prolétaires et des masses travailleuses ne cessait de se dégrader, il y a eu alors une véritable trêve sociale en partie à cause des coups ininterrompus subis par les prolétaires depuis ces dernières années, mais aussi à cause des espoirs que beaucoup nourrissaient envers Syriza.

Mais, en réalité, les négociateurs grecs défendaient en premier lieu les intérêts du capitalisme national et pas ceux des prolétaires ou de la population ; en témoigne le fait qu’ils ont finalement plus facilement accepté les mesures antisociales et anti-prolétariennes que celles qui lèsent des intérêts capitalistes particuliers (ils ont par exemple défendu bec et ongles le statut privilégié des armateurs au regard de l’impôt, les dépenses militaires ou un le maintien d’un taux de TVA bas sur les activités touristiques) ; les mesures d’austérité imposées pour rembourser les créanciers ont eu des conséquences terribles pour l’économie en général, entraînant la disparition de milliers d’entreprises : une politique de relance économique et non plus d’austérité est donc demandée par de nombreux capitalistes.

Mais les négociations et les accords entre bourgeois ou entre Etats bourgeois – y compris quand ces Etats sont des « partenaires » au sein d’une « union » ! – ne se fondent que sur des rapports de force. Le chétif capitalisme grec n’avait guère la force de résister bien longtemps aux exigences des grands capitalismes européens, surtout lorsque son Etat est au bord de la faillite.

Placé fin juin par les créanciers devant un quasi ultimatum d’accepter leur plan, le gouvernement Tsipras répliquait par l’organisation d’un référendum sur ce plan, en appelant à voter non. Alors que cette décision était saluée avec enthousiasme par toute une partie de la gauche et de l’extrême gauche européenne qui y voyait la possibilité qu’un « peuple » refuse démocratiquement l’Europe de l’austérité et de la finance, etc., voire qu’il sorte du « carcan de l’euro », Tsipras précisait clairement que ce référendum était organisé, non pour rompre avec les créanciers, mais pour continuer les négociations avec eux, dans une position qui serait renforcée par le suffrage universel.

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Dans la campagne pour le oui se sont retrouvés les partis bourgeois traditionnels (les socialistes du Pasok et la droite de la Nouvelle Démocratie) ou non (les centristes de To Potami), les organisations patronales mais aussi les directions syndicales du secteur privé, les grands médias, etc., appuyés par les gouvernements européens. Les partisans du non regroupaient, outre Syriza, les néo-fascistes d’Aube Dorée et les petites formations d’extrême gauche, y compris une partie des anarchistes. Le Parti Communiste Grec (KKE) refusait de participer à la campagne pour le non : en affirmant – avec raison– que les propositions du gouvernement ne valaient pas mieux que celles des créanciers ; il appelait au vote nul (l’essentiel, c’est de voter !) moyen selon lui d’exprimer un « double non » à ces deux propositions et défendre sa propre perspective nationaliste de sortie de l’UE.

La suite est connue : les partisans du non ont obtenu une victoire retentissante (prés de 60% de non, 6 % de votes blancs ou nuls, le oui ne recueillant que 36% des suffrages ; le nombre d’abstentions, en baisse, étant de 38%) ; la grande place Syntagma d’Athènes a vu des scènes de liesse d’électeurs persuadés d’avoir infligé un coup sévère aux partisans de l’austérité et notamment aux vieux partis qui se sont succédés au gouvernement tout au long de ces dernières années. Les formations de la gauche radicale européenne célébrèrent également cette victoire électorale ; nous donnerons comme seul exemple les déclarations de Rifondazione Comunista en Italie, mais nous aurions pu citer celles identiques du Front de Gauche français, du Podemos espagnol, etc. : « La victoire du Non en Grèce représente la victoire de la démocratie et de la dignité du peuple grec contre le terrorisme financier de la troïka. Il s’agit d’un résultat historique pour la Grèce et les peuples européens ». [1]

Quelques heures à peine après cette victoire historique de la démocratie, le premier ministre Tsipras, après avoir écarté son ministre de Finances, au ton trop revendicatif, réunissait tous les partis parlementaires, de droite comme de gauche, à l’exception d’Aube Dorée ; tous, sauf le KKE, lui accordaient leur soutien total pour négocier avec les créanciers le maintien de la Grèce dans la zone euro… sur la base du plan proposé par ceux-ci ! Battu à plate couture dans les urnes, le oui triomphait ainsi dans les faits ! Il serait difficile d’imaginer une démonstration plus éclatante de l’inanité des illusions électorales et du rôle de désorientation du cirque électoral…

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En recueillant l’assentiment des vieux partis bourgeois traditionnels, Syriza devenait le représentant d’une véritable union nationale, le défenseur des intérêts de toute la bourgeoisie grecque face aux Européens.
Les déclarations d’intention ne suffisant pas, les négociateurs grecs présentèrent à Bruxelles un plan précis et détaillé, rédigé sous la houlette de hauts fonctionnaires français, qui acceptait tous les points dénoncés une semaine auparavant comme étant un ultimatum. Mais lorsque commencèrent les séances de négociations, ce plan fut rejeté par les représentants allemands, qui en présentèrent un autre, fondé sur l’expulsion –pour 5 ans– de la Grèce de la zone euro, car, selon eux, la « confiance » dans le gouvernement grec n’existait plus : pour les capitalistes, la confiance se base sur la soumission.
Il fallut d’interminables et âpres négociations pour que les dirigeants allemands abandonnent cette perspective et acceptent le maintien de la Grèce dans la zone monétaire européenne, en lui infligeant en contrepartie des mesures drastiques et humiliantes pour les dirigeants grecs qui devaient payer pour avoir essayé de leur tenir tête.
En bons larbins réformistes, les représentants grecs acceptèrent finalement tout ce qu’on leur demandait ; ce n’était pas une capitulation, car le gouvernement Tsipras avait déjà capitulé en réalité avant même le début des négociations, alors que, électoralement victorieux, il avait été adoubé par tous les partis, en particulier par ceux qui avaient appelé à voter oui ; capitulation non pas par rapport à une défense des intérêts des prolétaires et des masses pauvres qui n’a jamais été l’objectif véritable de Syriza, mais par rapport au refus d’accepter toutes les exigences des créanciers et de renoncer à obtenir un allégement du fardeau de la dette.

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Nous avions écrit que « le gouvernement Syriza-ANEL n’a pas d’alternative : il lui faudra se soumettre aux pressions des Etats bourgeois plus puissants s’il ne veut pas être éjecté de la zone euro, ou remplacé par un gouvernement plus compréhensif. (…) Syriza se trouve placé dans l’inconfortable situation d’avoir à choisir entre s’attaquer ouvertement aux intérêts des prolétaires et des masses travailleuses, ou à ceux du capitalisme ; et comme tous les partis réformistes, qui sont indissolublement liés à la défense du mode de production capitaliste, elle ne pourra que s’attaquer aux travailleurs, en profitant de la confiance que ces derniers lui portent. C’est le rôle que lui assigne la bourgeoisie, grecque et internationale, qui ne tolérera son gouvernement qu’aussi longtemps qu’il le remplira. » [2]
Il n’a pas fallu attendre bien longtemps la démonstration de cette facile prévision. Il paraît d’ailleurs que lors des dernières négociations, certains Etats et certaines « institutions » ont menacé d’obliger à la formation d’un nouveau gouvernement, peut-être d’un « gouvernement technique », si les dirigeants grecs rechignaient à accepter les conditions demandées par les créanciers. Mais d’autres ont probablement fait valoir que Tsipras et ses partisans, renforcés par leur « victoire » électorale, étaient les mieux à même de faire avaler l’amère pilule aux masses prolétariennes : c’est précisément à cela que sert la démocratie.

Contradictions inter-impérialistes

Les négociations de Bruxelles ont été particulièrement houleuses, voyant s’affronter deux groupes de pays à propos du sort réservé à la Grèce : d’un côté,l’Allemagne avec ses alliés des pays du Nord qui préconisaient la sortie du pays de la zone euro, de l’autre la France, soutenue par Chypre et l’Italie, qui y étaient opposés. Certains ont voulu y voir l’opposition de deux conceptions de l’Europe : d’un côté les partisans de l’orthodoxie financière et du respect des traités, de l’autre les partisans de la solidarité entre les peuples.

La réalité est bien différente ; en « défendant la Grèce » contre les représentants allemands, Paris ne défendait pas le « peuple » grec et encore moins les prolétaires grecs : le projet présenté par le gouvernement grec et rédigé en collaboration avec des responsables français reprenait toutes les mesures anti-ouvrières et antisociales demandées par les créanciers européens. Au cours des négociations, le ministre français des Finances utilisa l’argument que si la Grèce quittait la zone euro, elle ne pourrait pas rembourser sa dette ; mais le plus inquiétant pour Paris et Rome était qu’une sortie de l’euro aurait risqué d’entraîner des troubles économiques dans la zone, portant un coup sévère aux maigres espoirs de redémarrage de la croissance en France et en Italie. La prétendue « défense de la Grèce » n’était que la défense des intérêts capitalistes nationaux français et italiens !

La position des dirigeants allemands était différente parce que la bonne santé de leur économie lui aurait permis d’absorber sans trop de peine le choc d’un « Grexit » (sortie de la Grèce de l’euro) ; ce qui les préoccupait davantage, au delà de la perspective peu riante d’accorder à fonds perdus des crédits supplémentaires à la Grèce, c’était de créer un précédent qui pourrait demain être invoqué par des gouvernements d’autres pays beaucoup plus gros, par l’exemple l’Espagne ; d’où leur volonté, si le Grexit n’avait pas lieu, d’infliger des conditions punitives à la Grèce afin que cela serve d’avertissement pour ceux qui seraient tentés de l’imiter…

Enfin les Etats-Unis firent pression sur l’Allemagne pour que la Grèce ne soit pas éjectée de la zone euro et que sa dette soit réduite. [3] Cela correspond à leur position traditionnelle consistant à pousser les Européens à abandonner les politiques d’austérité et à adopter des mesures de relance économique, afin qu’ils jouent un rôle de locomotive d’une croissance mondiale en ralentissement ; mais dans ce cas précis, leur position s’explique principalement par le souci d’éviter qu’un membre de l’OTAN occupant une position stratégique-clé, soit plongé dans un marasme économique qui affaiblirait ses capacités militaires. Cependant les Etats-Unis ne voulurent pas s’immiscer directement dans les négociations, comme le leur demandait Tsipras, le prétendu représentant de la « gauche radicale », qui espérait trouver un appui solide dans l’impérialisme américain…
Aucun de ces Etats ne pouvait se soucier de la situation des prolétaires et des masses grecques parce que tous ont pour fonction de défendre le mode de production capitaliste contre leurs propres prolétaires et ceux des pays qu’ils dominent !

Tous les Etats bourgeois et toutes les classes possédantes sont les ennemis des prolétaires
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Les prolétaires grecs ont reçu une dure leçon dont les enseignements, conformes au marxisme, sont valables pour les prolétaires du monde entier : il est impossible de se défendre contre les attaques capitalistes, qu’elles soient menées par leurs propres capitalistes ou, au nom des intérêts supérieurs du capitalisme, par des capitalistes étrangers, en se fiant aux mécanismes de la démocratie parlementaire ; le bulletin de vote n’est qu’un chiffon de papier qui ne peut en aucune façon primer sur les intérêts bourgeois et résoudre les contradictions sociales. Un prétendu « vote de classe », comme celui en faveur du non salué par l’extrême gauche européenne, n’est qu’une triste illusion : la lutte de classe ne se déroule pas dans l’enceinte des parlements, mais dans les usines, dans les entreprises et dans la rue. On ne peut adoucir les exigences capitalistes en essayant d’émouvoir les bourgeois par la description des souffrances des populations, comme paraît-il le faisaient, en ne suscitant que des haussements d’épaules, les négociateurs grecs à Bruxelles – d’accord pour faire souffrir les prolétaires mais pas trop quand même !

Les prolétaires ne doivent pas s’attendre à de la pitié ou de la commisération des capitalistes et de leurs valets, mais seulement à des coups ; ces coups peuvent sans doute être plus ou moins brutaux, mais ce n’est là qu’une différence de degré due à une différence de méthode : la méthode réformiste est plus douce pour éviter dans la mesure du possible qu’éclatent des affrontements sociaux. Mais lorsque les intérêts bourgeois sont trop urgents la méthode réformiste emprunte aussitôt la voie des diktats et, lorsque les affrontements menacent, la voie de la violence et de la répression : Tsipras n’est que l’énième exemple.

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Le « plan de sauvetage » finalement conclu à Bruxelles, avec tous les sacrifices qu’il impose aux prolétaires et aux masses (augmentation de l’âge de la retraite jusqu’à 67 ans pour certains et réduction des pensions des agents de l’Etat, nouvelles coupes dans les mesures sociales, augmentation des prix et des taxes etc.), mais également à certaines couches de la petite et moyenne bourgeoisie, avec les restrictions de souveraineté imposées à l’Etat grec (au grand scandale des nationalistes d’« extrême gauche »), ne résoudra pas les problèmes qu’affronte le capitalisme grec ; selon nombre d’économistes, il les aggravera au contraire en accentuant la dépression économique que celui-ci connaît depuis plusieurs années. C’est en tout cas l’avis du FMI, qui après avoir pesé de tout son poids pour le faire admettre par le gouvernement d’Athènes, estimait dans un rapport publié le 14 juillet, mais connu des responsables européens lors des négociations, que ce plan était non viable si les Etats européens n’acceptaient pas de réduire ou de supprimer la dette due par les Grecs – ce qu’ils ont obstinément refusé ! De nouvelles crises grecques sont donc inévitables, avec leurs lots de mesures anti-ouvrières…

La crise grecque n’est que la manifestation extrême de la crise générale du capitalisme en Europe et dans le monde ; c’est pourquoi l’alternative, tout aussi bourgeoise, d’une sortie de la zone euro et/où de l’Union européenne, ne peut pas être une solution pour les prolétaires. Ce qui est possible pour un puissant Etat impérialiste comme la Grande-Bretagne : fonder sa prospérité sur une monnaie indépendante et envisager de quitter l’UE, ne l’est pas pour le faible capitalisme grec ; les lois impitoyables du marché capitaliste où, par temps de crise, ne surnagent que les plus forts, s’appliqueraient à elle avec peut-être encore plus de violence si la Grèce quittait l’alliance capitaliste qui s’appelle Union Européenne. Le capitalisme grec, privé ou d’Etat, devrait extorquer encore plus férocement de la plus-value à ses prolétaires au nom de la défense de la patrie, en réalité pour résister à ses concurrents sur le marché mondial.
Il n’existe pas de solution bourgeoise à la dégradation des conditions de vie et des prolétaires qui, d’une manière plus ou moins prononcée, se vérifie dans tous les pays. Les partisans de la collaboration entre les classes, qu’ils appartiennent à la dite « gauche radicale » ou au « réformisme » traditionnel, ne peuvent que collaborer à cette dégradation parce que la collaboration entre les classes signifie soumission à la classe dominante : ce n’est pas un hasard si Pablo Iglesias, le leader de Podemos espagnol, a approuvé la conduite de Tsipras…

Pour la reprise de la lutte de classe, Pour la constitution du parti de classe international !

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Pour les prolétaires il n’y a pas d’autre solution que de rompre avec la collaboration de classe et tous les partis et syndicats qui la soutiennent, et de prendre la voie de la lutte de classe anticapitaliste. Il n’est possible d’affronter et de vaincre les capitalistes et leur Etat que par la lutte ouverte, en adoptant les méthodes, les moyens et les buts classistes : défense intransigeante des seuls intérêts prolétariens, organisation indépendante de classe, tant sur le plan de la lutte de défense immédiate que de la lutte anticapitaliste plus générale, constitution du parti politique de classe, internationaliste et international, en liaison avec les prolétaires de tous les pays, pour diriger la lutte jusqu’à la victoire révolutionnaire.
Cette voie n’est pas facile, mais c’est la seule réaliste, alors que les faits ont démontré une nouvelle fois que la voie réformiste et électoraliste, collaborationniste et nationaliste, n’est qu’une mortelle utopie, qui ne sert que la bourgeoisie.

Parti Communiste International, le 18 Juillet 2015.

[1] http://www.rifondazione.it/primapag…
[2] Prise de position du 27/4/2015, http://www.pcint.org
[3] Le ministre de Finances allemand a répondu en faisant allusion à la situation de Porto-Rico : ce petit Etat, qui a le statut d’« Etat associé » aux Etats-Unis est, lui aussi, virtuellement en faillite, mais Washington refuse de le secourir.

URL source de l’article : http://leftcommunism.org/spip.php?article399

 

 

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50 années de silence sur un massacre ..
Indonésie 1965
pour la mémoire, la Justice et les réparations

Il y a 50 ans, le 30 septembre 1965 un massacre politique débutait en Indonésie. Plus d’un million de membres ou sympathisants du Parti Communiste Indonésien étaient assassinés, jetés dans des fosses communes, torturés, violées et plusieurs dizaines de milliers emprisonnés sans jugement dans des camps de concentration. Les conséquences des massacres de 1965 et 1966 ont engendré des blessures pour plusieurs générations. Les disparitions, les enlèvements, la torture, l’ostracisme envers des familles entières, ont été les méthodes de gouvernement d’un régime qui a ensuite pillé les ressources nationales au profit de compagnies étrangères.
Ce massacre, qui se déroule au moment même où commence l’intervention américaine au Vietnam, a été commandité par la CIA et exécuté par les militaires indonésiens et des religieux dont les propriétés étaient menacées par la mise en œuvre d’une véritable réforme agraire impulsée par le PCI qui, fort de ses 3 millions de membres et des 16,6% aux dernières élections était entré dans le gouvernement de Soekarno initiateur du mouvement des « Non Alignés » lors de la conférence de Bandung en 1955.
Aujourd’hui, 50 ans après il est grand temps de demander justice et réparation. Car de même que l’on tua des gens parce qu’ils étaient arméniens, juifs ou tutsis, on tua en Indonésie pour la seule raison d’être membre ou sympathisant d’un parti politique ou d’une organisation qui lui est liée. Il est temps de faire la lumière sur un des pires massacres de l’histoire du XXème siècle passé sous silence par les médias et de rendre justice aux victimes de ce crime contre l’humanité.
Pour commémorer le souvenir de ce massacre et en hommage aux victimes de ce génocide
le Réseau Indonésie et le réseau Sortir du Colonialisme appellent à

un grand rassemblement
le 30 septembre à 18 h 30 à la Fontaine des Innocents,
Métro Les Halles ou Châtelet


 

Nous reproduisons ci-dessous un petit texte historique publié par le site Secours Rouge.


 

http://www.secoursrouge.org/Le-massacre-des-communistes

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Le massacre des communistes indonésiens

Le leader de l’Indonésie indépendante est Sukarno, dont le nationalisme unitaire, vantant la tolérance religieuse, a un caractère anti-impérialiste. Dans un État constitué de six grandes religions, 300 dialectes, 17.000 îles et 100 millions d’habitants, Sukarno se posait comme l’arbitre entre les forces sociales et politiques antagonistes. Sa politique du front national consiste en une direction par le Parti national indonésien d’un mouvement unitaire avec d’un côté les groupements religieux conservateurs, de l’autre les communistes.

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Le Parti communiste indonésien, le PKI, voulait constituer un « front populaire national » en vue de fonder une nation indépendante de l’impérialisme, démocratique et sociale qui constituerait une étape vers le socialisme. Ce qui était pour Sukarno un but était pour le PKI une étape. Le PKI avait obtenu 16% des voix aux élections de 1955 mais il ne cessa de progresser et, en 1965, le PKI comptait 3,5 millions d’adhérents. Ses organisations de masse rassemblaient plus de 20 millions de sympathisants, soit un cinquième de la population indonésienne en 1965. C’était le troisième parti communiste du monde.

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Puissant chez les travailleurs du pétrole, du caoutchouc ainsi que chez les petits paysans de Java et Sumatra, le PKI visait une réforme agraire pour les paysans (ce qui lui valait l’hostilité des propriétaires fonciers dirigeants les communautés musulmanes) et la nationalisation des ressources nationales. Après la victoire de Mao en Chine et le développement de la lutte de libération au Vietnam, la montée du communisme indonésien inquiétait l’impérialisme américain, craignant tant une radicalisation anti-impérialiste de Sukarno qu’une révolution communiste. Dans un premier temps, les Etats-unis vont apporter un soutien à tous les opposants de Sukarno en finançant le Parti socialiste (PSI), très anti-communiste, et le parti islamiste Masyumi. En 1958, une rébellion armée à Sumatra, riche en pétrole, sans base populaire, appuyé par les États-Unis et par les partis socialistes et islamistes est défait en quelques mois par l’armée indonésienne. Les Etats-Unis changent de stratégie et se tournent vers les militaires indonésiens en encourageant la faction anti-Sukarno et pro-impérialiste, conduite par le général Suharto, lui-même formé par les Etats-unis, face à la faction dominante « centriste », dirigé par Yani.

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Les Etats-Unis contribuent à former les officiers indonésiens à la guerre « contre-insurrectionnelle » qui, eux-mêmes formeront les embryons de milices qui seront au cœur de la terreur de 1965. Car l’essentiel des massacres reviendra aux milices des partis religieux Nahdaltul Ulama (avec sa branche de jeunesse ANSOR) et Muhammadiyah, deux organisations islamistes de masse, ancrés dans les communautés rurales, appelant à un djihad anti-communiste. Les sympathisants communistes étaient souvent eux-mêmes musulmans. L’antagonisme de 1965 s’est structuré entre santri, musulmans fondamentalistes, proches des propriétaires terriens, colonne vertébrale des milices ; et abangan, forme religieuse syncrétique de l’islam, tolérante, ancrée dans les masses rurales sympathisantes du PKI.
Le prétexte au massacre survient le 30 septembre 1965 : un coup de force d’officiers qui proclame un gouvernement révolutionnaire après avoir exécuté six membres de la faction « centriste » de l’armée, dont le général Yani. Le général Suharto prend le contrôle de Djakarta, au nom du maintien du régime de Sukarno. En attribuant le putsch aux communistes, il déclenche le massacre.

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Ce sera à peu près le même schéma partout : encouragements venant des militaires, intervention et soutien logistique là où le PKI est puissant . L’intervention des para commandos, proches de Suharto, permettra le massacre sans risque des communistes. Venant de Jakarta “pacifié”, ils inaugurent le 19 octobre à Semarang un scénario qui se répétera le 21 à Magelang, le 22 à Solo, le 23 à Wonosobo : démonstration de force puis, sous leur protection, déclenchement de la chasse aux communistes par les milices ; on tue, on brûle sièges d’organisations comme demeures particulières ; les survivants, qui fuient vers les campagnes, y sont pourchassés par les milices locales. C’est ainsi que, vers la mi-novembre, le secrétaire-général du PKI, Aidit, est capturé près de Solo, puis “confessé” et sommairement exécuté.

Le massacre s’étend à Java-Est : c’est dans cette province, la plus peuplée d’Indonésie, que les morts vont être les plus nombreux ; c’est là qu’on décrit des rivières rouges de sang, et ces corps échoués que, chaque matin, le riverain rejette dans le courant. Puis la frénésie d’assassinats se porte sur Bali. La phase la plus aiguë dure un bon mois ; à Java, à partir de la mi-novembre ; dans certaines zones, jusqu’au tiers des hommes adultes ont semble-t-il été tué.

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Entre 500.000 et trois millions de communistes, de sympathisants communistes, de personnes suspectées de l’être, ou d’appartenir à des groupes sociaux jugés favorables aux communistes (athées, descendants de l’immigration chinoise ou indienne, etc.) sont assassinés par balle, baïonnette ou décapitation. Un autre million de communistes et de sympathisants furent emprisonnées ou astreintes à des travaux forcés dans les plantations, les mines et les chantiers de construction, cependant que leurs femmes furent violées puis contraintes par milliers à la prostitution, ce que reconnaît le rapport de 2012 de la Commission indonésienne des droits de l’Homme.

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Pour les USA, le succès de la liquidation du mouvement révolutionnaire en Indonésienne fut une source d’inspiration pour l’opération Phoenix au Viet-Nam et les coups d’Etat latino-américains, et au mois d’octobre 1965 la presse occidentale jubile : « The West’s best new for years in Asia », la meilleure nouvelle d’Asie pour le camp occidental depuis des années selon le Times Magasine.

Après le massacre, Suharto évince Sukarno et se fait élire président de la République en 1967. Dans ses 32 années de règne, les répressions sanglantes furent sa marque de fabrique, comme à Timor oriental et en Papouasie occidentale (300.000 morts). Suharto, comme Pinochet au Chili, fut prompt à mettre en place les recettes néo-libérales : austérité budgétaire, suppression des aides sociales (remplacées par la charité islamique), privatisations et fiscalité attractive pour les entreprises. Malgré la manne pétrolière et trois décennies de croissance économique, l’Indonésie compte encore 120 millions de pauvres, la moitié de la population vivant avec moins de 2 $ par jour, selon les chiffres de la Banque mondiale, 200 millions vivant avec moins de 4 $ par jour.

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Pendant que les médias occidentaux, nous abreuvent d’images sur les conflits au Moyen Orient ou précédemment en Ukraine, l’impérialisme mène  ailleurs en toute discrétion, ce qu’il appelle des guerres asymétriques  ou des conflits de basse intensité (comprenez contre les populations).

Ainsi les Etats-Unis ont fait de la Colombie un petit Vietnam, en utilisant sous couvert de lutte contre le narco-trafic, les bonne vieilles recettes anti-insurrectionnelles mise au point par l’armée française en Algérie et largement expérimentées depuis,

Sur ce sujet nous vous proposons un article du site Mondialisation.ca


Terrorisme d’état en Colombie: Déplacement de populations, glyphosate et malformations congénitales

De Cecilia Zamudio

Global Research, mai 20, 2015        Url de l’article:

http://www.mondialisation.ca/terrorisme-detat-en-colombie-deplacement-de-populations-glyphosate-et-malformations-congenitales/5450826

Dans le système capitaliste, le Terrorisme d’Etat est un fait récurent, celui-ci est employé pour produire la paralysie des revendications sociales, et pour provoquer des massifs déplacements de populations favorisant le grand capital.

En Colombie, le Terrorisme d’Etat est étroitement lié à l’accumulation capitaliste : 40% du territoire colombien est octroyé en concessions à des multinationales minières. La stratégie du déplacement de populations tente de briser la résistance populaire face à la déprédation des ressources naturelles, et vide de leur population les zones convoitées par les multinationales. Cette stratégie s’exerce aussi selon les lignes directrices des Etats-Unis de dépeupler la campagne, dans la tentative d’exterminer la base sociale de la guérilla. Ce que les étasuniens appelèrent au Vietnam « enlever l’eau au poisson », lorsqu’ils exécutèrent leur macabre plan des « villages rasés ».

L’instrument paramilitaire est utilisé par l’Etat colombien, les multinationales, et les grands propriétaires terriens pour semer la terreur à coups de massacres et tortures. Cet instrument paramilitaire s’est consolidé par commandement étasunien : la mission Yarborough de 1962, préconise l’organisation de groupes paramilitaires, promus par l’État, dont l’objectif est d’assassiner les communistes et tous ceux qui revendiquent la justice sociale. La doctrine contre-insurrectionnelle et le concept de « l’ennemi interne » qui régit l’action de l’armée colombienne, prennent leur source dans les manuels français et étatsuniens, qui préconisent l’usage de la torture de manière systématique, ainsi que l’usage du déplacement massif de populations. Les manuels de la CIA, tels que le KUBARK, instruisent en tortures physiques et psychologiques (1).

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La terreur étatique en Colombie a causé des dizaines de milliers de disparitions forcées (2), plus de 9.500 prisonniers politiques. 60% des syndicalistes assassinés dans le monde sont assassinés en Colombie par des agents de l’État et l’instrument paramilitaire. L’État colombien a éliminé physiquement tout un parti politique : l’Union Patriotique, avec plus de 5.000 militants assassinés (3). La plus grande fosse commune d’Amérique Latine fut découverte derrière le Bataillon Militaire de la « Force Omega », dans la Macarena, avec 2.000 cadavres de disparus par cette Force du « Plan Colombie », qui reçoit l’assistance des Etats-Unis (4).

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Déplacement de populations : un crime planifié au bénéfice de l’accumulation capitaliste

La Colombie est le deuxième pays au monde (après la Syrie) avec le plus grand nombre de personnes déplacées (5). Plus de 6,3 millions de personnes ont été déplacées en Colombie par une planification de la terreur au service de l’accumulation capitaliste : elles ont dû abandonner leurs terres après avoir survécu aux massacres dirigés intentionnellement contre la population, exécutés par l’armée et l’instrument paramilitaire. Il y a des responsables de cette planification de la terreur, et ces responsables sont ceux qui capitalisent l’exploitation de la terre pour l’agro-industrie et pour l’exploitation minière multinationale. Les personnes forcées de quitter leurs terres ne sont pas des personnes déplacées par la « balle perdue », cette formule qu’utilisent les médias du capital pour empêcher la compréhension de la réalité.

Les bombardements de l’armée sur les communautés paysannes et les fumigations sont aussi des instruments destinés à provoquer des déplacements de populations. Les fumigations se font sous le prétexte de la “lutte contre le narcotrafic”, mais ce sont des cultures vivrières qui sont fumigées avec du Glyphosate, empoisonnant la vie et l’eau.

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Plusieurs générations d’enfants nés malformés : l’Etat colombien ne « voyait » pas le danger

L’OMS a récemment déclaré vrai, ce que les scientifiques et les communautés dénoncent depuis des décennies : le Glyphosate est un danger mortel. L’OMS le classifie maintenant comme un agent cancérigène de catégorie 2A. Il lui en a fallu du temps pour cette classification : Serait-ce vrai que les pressions des fabricants de ce poison rythment son calendrier et ses classements ? L’Etat colombien a imposé au peuple colombien plus de 25 années de fumigations, sous la houlette des Etats-Unis, achetant le poison à Monsanto, sous la marque Roundup. Jamais les dénonciations des communautés paysannes colombiennes, ni les documents scientifiques, ni les enfants nés avec des malformations, sans bras, sans jambes, ou atteints de cécité, n’ont signifié pour le gouvernement colombien une quelconque « évidence » du caractère génocidaire des fumigations : ce n’est que lorsque l’OMS se prononce, qu’il songe à peine à cesser les fumigations. Pour le gouvernement de Santos tout est dans l’apparence : pour préserver un masque dans le jeu diplomatique international.

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La Colombie est le seul pays au monde qui a permis, pendant des décennies, la fumigation aérienne au Glyphosate : depuis 1994 la Résolution 001 du Conseil National de Stupéfiants la préconisait, mais c’est même bien avant que l’aspersion de ces venins ait commencé (6).

Maintenant il reste à voir si la décision prise en mai 2015 de suspendre les aspersions aériennes avec du Glyphosate se traduit dans la pratique, et surtout si le Glyphosate ne va pas être remplacé par un autre venin, non encore inclu dans les classements de l’OMS. Il reste encore à voir si toutes les personnes malades vont recevoir un traitement, s’il y en a un. Et comment traiter les souffrances des milliers d’enfants nés malformés, au moins dans des soins palliatifs avant leur mort. Connaissant le caractère capitaliste du système de santé colombien, et sachant comment il laisse mourir les personnes aux portes des hôpitaux, l’espoir que les malades soient pris en charge est quasiment nul.

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La question des terres et des eaux polluées reste en suspens, ainsi que la question des millions de personnes déplacées pour fuir ces aspersions génocidaires. Ce que l’Etat colombien a perpétré des années durant contre le peuple colombien et contre les écosystèmes de la région est un crime contre l’humanité ; il faudra maintenant voir s’il va imposer un autre venin. La question sur la lenteur de l’OMS dans ses classements reste posée ; ainsi que la question des nuisantes politiques dites de « lutte contre le narcotrafic », et ce qui se cache en réalité derrière elles.

Les fumigations aériennes ont imbibé le pays de venins tels que le Glyphosate et d’autres encore plus puissants tels que Round Up Ultra, Imazapyr, Tebuthiuron, et même le Fusarium Oxysporum : cette politique a été très utile dans la stratégie étatique de déplacements de populations, et très peu efficace contre les « cultures illicites ».

Les essais des communautés paysannes de substitution manuelle des cultures illicites pour des cultures vivrières, ont été persécutés par l’Etat. Quant aux propositions de la guérilla, issues de la participation paysanne aux Audiences du Caguán, et qui promeuvent aussi la substitution manuelle des cultures illicites pour des cultures vivrières, au profit de la souveraineté alimentaire et du paysannat, elles ont aussi été complètement ignorées par l’Etat colombien et par les médias.Médias qui ne font que ressasser le mensonge lancé par le jadis ambassadeur des EEUU, Lewis Tambs (7), créateur du terme « narco-guérilla » ; alors que le narcotrafic en Colombie se bénéficie des douanes aériennes et portuaires de l’État, et de toutes ses structures, et que les narcotrafiquants ont été des alliés historiques du terrorisme d’Etat en Colombie, mettant en œuvre leur tueurs contre les communistes et autres opposants politiques. Jusqu’à aujourd’hui les propositions agraires de la guérilla sont ignorées par les médias, qui passent sous silence leurs documents (8) et le contenu de ce qui se dialogue à la Havane. Déjà lors des pourparlers du Caguán, les FARC avaient présenté un projet pilote de substitution manuelle des cultures à Cartagena Del Chairá (9), dont le coût estimé à grande échelle était des milliers de fois inférieur au Plan Colombie. Et bien, les pourparlers ont été tronqués par l’Etat colombien, qui s’empressa de signer le Plan Colombie, un plan de guerre confectionné aux EEUU.

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Le prétexte de la “lutte contre le narcotrafic” se voit démenti dans la pratique : le narcotrafic est imbriqué dans l’État colombien lui-même, et jusqu’à la DEA elle-même. Sans parler des multinationales de produits chimiques qui fabriquent non seulement les précurseurs nécessaires à la cocaïne, mais aussi toutes sortes de drogues légales.

Cecilia Zamudio

Références :

(1) Injerencia de los EEUU, contrainsurgencia y terrorismo de estado, Renán Vega Cantor, 2015. http://www.corteidh.or.cr/tablas/r33458.pdf

(2) En mai 2011 le représentant de l’ONU por les droits de l’homme, Christian Salazar, informa que l’ONU estime que plus de 57.200 personnes ent été disparues en Colombie. http://www.argenpress.info/2011/05/escalofriante-cifra-de-desaparecidos-en.html

http://tercerainformacion.es/spip.php?article25302

(3) 5.000 militants assassinés. Documentaire, Plan « Baile Rojo » http://www.youtube.com/watch?v=QVL54FcZq5E&feature=gv

(4) La plus grande fosse commune du continent : http://www.publico.es/internacional/aparece-colombia-fosa-comun-000.html

http://www.rebelion.org/noticia.php?id=99507

(5) La Colombie et la Syrie : pays avec le plus de personnes déplacées de manière forcée. CODHES recense 6,3 millions de personnes déplacées en Colombie. http://www.codhes.org/ codhes/images/Revista/Boletin16_ProcesoPaz_CEspitia.pdf 6,8 millions de victimes : http://www.telesurtv.net/news/El-conflicto-armado-en-Colombia-suma-68-…

(6) Glyphosate : www.prensarural.org/spip/spip.php?article16748

(7) La fable de la « narcoguérilla » a été lancée par le jadis ambassadeur des EEUU, Lewis Tambs, il incluait dans sa fable aussi le parti communiste. « Colombia Historia de una traición », Restrepo Laura, páginas 80, 81, 82, Iepala, Madrid, 1986.

(8) Les documents des propositions agraires de la guérilla peuvent être trouvés sur le site de la Délégation de Paix des FARC, mais ne sont pas diffusés par les grands médias, car l’ostracisme médiatique est total : http://www.pazfarc-ep.org

(9) Planificación de mecanismos para la sustitución de cultivos ilícitos – Municipio de Cartagena del Chairá (Caquetá) http://www.abpnoticias.org/index.php/campna-especial/557-planificacion…

Copyright © 2015 Global Research

Ukraine B

Comme à GAZA, l’état de guerre à fait 2600 victimes en Ukraine, principalement des civils puisque l’aviation et l’artillerie de KIEV bombardent des villes et des villages qui subissent aussi un blocus. 500 000 personnes ont dû quitter leur domicile par peur des bombardements, ou pour fuir les exactions des bandes armées, elles sont donc maintenant des réfugiés.

Mais l’analogie s’arrête là.

Dans ce conflit, comme communistes, nous ne pouvons soutenir un camp impérialiste plutôt qu’un autre, un nationalisme manipulé plutôt qu’un autre. Comme nous le disions dans l’article précédent sur la Palestine

il était juste politiquement de soutenir les luttes de libération nationale Algérienne ou Vietnamienne (ou Palestinienne aujourd’hui) qui s’exercent contre une puissance coloniale mais c’est faire le jeu de la réaction que de soutenir tel ou tel nationalisme des Balkans au prétexte qu’il aurait été opprimé par l’état Yougoslave centralisateur. Ces nationalismes-là sont attisés par les rivalités entre les puissances impérialistes qui ne cherchent qu’à démanteler des états selon leurs intérêts propres. Dans ce cas comme dans le conflit Ukrainien nous devons soutenir les mouvements qui prônent le vivre ensemble contre l’épuration ethnique ou religieuse. Notre priorité sera aux mouvements qui lient leur démarche à l’émancipation sociale.

Nous relayons ci-dessous les conclusions des Thèses sur l’Ukraine de la Tendance Marxiste Internationale (TMI)

( à lire dans leur intégralité ici http://www.lariposte.com/Theses-sur-l-Ukraine.html)

Ainsi que l’appel des Antifascistes Ukrainiens en exil, traduit et publié par Servir le Peuple (suivi des commentaires de SLP)

http://servirlepeuple.over-blog.com/article-appel-des-antifascistes-ukrainiens-en-exil-124473383.html

Ukraine A


Conclusions des Thèses sur l’Ukraine de la Tendance Marxiste Internationale (TMI)

« ….Dans cette situation complexe, les tâches des marxistes sont claires.

Premièrement, nous sommes contre le gouvernement de Kiev, un gouvernement réactionnaire qui compte des éléments d’extrême droite, intègre des bandits fascistes dans l’appareil d’Etat et s’en prend aux droits démocratiques. Nous sommes solidaires des organisations ouvrières et de gauche qui luttent contre ce gouvernement et subissent la répression, les pogroms, les assassinats, les offensives de l’ATO et autres sauvageries. Cela ne signifie pas que nous devons donner le moindre soutien aux éléments réactionnaires, nationalistes russes et confus qui sont dans la direction des républiques du Donbass. Au contraire, notre devoir est d’expliquer que seule une politique de classe et internationaliste, basée sur l’expropriation des oligarques, pourrait garantir la victoire contre Kiev.

Deuxièmement, nous avons combattu l’illusion selon laquelle Poutine défendrait les revendications démocratiques, nationales et sociales du peuple travailleur du sud-est de l’Ukraine. Sur ce point, l’expérience nous a déjà donné raison.

Troisièmement, nous nous opposons à nos propres gouvernements occidentaux, qui soutiennent pleinement le gouvernement réactionnaire d’Ukraine en guerre contre son propre peuple.

En Russie, nos camarades ont la tâche difficile d’organiser la solidarité avec la résistance anti-fasciste en Ukraine tout en menant une lutte implacable contre leur propre gouvernement bourgeois vorace, hypocrite et réactionnaire. Ils ont maintenu cette position depuis le début du conflit.

L’idée que ce conflit résulte d’une agression de l’impérialisme russe contre une Ukraine semi-coloniale – cette idée ne tient pas debout et mène directement au soutien du gouvernement de Kiev, son ATO criminelle, les gangs fascistes qui en font partie, ses assauts contre les droits démocratiques et son nationalisme réactionnaire. Que des soi-disant « socialistes » défendent une telle position en Ukraine – ou, pire encore, à Londres ou Washington – est doublement traitre.

Ironiquement, les mêmes groupes « de gauche » qui hurlent hystériquement au fascisme chaque fois qu’un parti de droite populiste enregistre une poussée électorale, sont incapables de reconnaitre l’existence de gangs fascistes et nazis qui, en Ukraine, assassinent des militants de gauche, saccagent leurs locaux et jouent le rôle de forces auxiliaires d’un gouvernement réactionnaire qui mène une guerre contre son propre peuple.

Nous devons lutter contre le fascisme. Mais cette lutte ne peut être victorieuse que si elle est liée à la lutte contre le capitalisme, lequel offre un terrain fertile au fascisme.

Le socialisme est internationaliste ou n’est rien. A fortiori en Ukraine, il n’y a pas d’issue sur des bases nationalistes. Les soi-disant nationalistes ukrainiens à Kiev représentent le type de chauvinisme le plus enragé, qui sert de masque au fascisme. Ils ont mené le pays au bord de l’abîme et l’ont déjà plongé dans une guerre civile qui pourrait aboutir à la destruction de l’Ukraine comme nation.

La désintégration de l’Ukraine serait un développement réactionnaire, qui exacerberait énormément les haines et les antagonismes nationaux. Cela mènerait à un nettoyage ethnique, des pogroms et des massacres de grande ampleur. Cela renforcerait l’emprise des tendances fascistes et hyper-chauvines des deux côtés, menant à une soif de revanche et à des actes terroristes. Ce qui est arrivé à la Yougoslavie est un terrible avertissement à la classe ouvrière d’Ukraine.

Il faut une politique capable d’unir toute la classe ouvrière pour renverser l’oligarchie. La seule solution réelle à la question ukrainienne est le renversement des oligarques (ukrainiens et russes) et l’introduction d’un plan de production socialiste et démocratique permettant d’en finir avec le cancer de l’immigration et l’émigration forcée – et de mobiliser toute la population pour réaliser l’immense potentiel de l’industrie et de l’agriculture ukrainiennes.

Historiquement, les peuples d’Ukraine et de Russie ont toujours été étroitement liés. Le peuple ukrainien n’est pas anti-russe, mais il ne veut pas être dominé par Moscou. Une révolution socialiste en Ukraine mènerait rapidement au renversement de Poutine et des oligarques russes. Cela ouvrirait la voie à une authentique fédération socialiste unissant la Russie et l’Ukraine sur la base d’une égalité stricte, de la démocratie et de la fraternité entre ces deux grands pays…. »

Athènes, le 3 août 2014

 


 

Appel des Antifascistes Ukrainiens en exil

images-1L’organisation communiste ukrainienne Borotba est désormais plongée dans la clandestinité, ses militants sont pourchassés sous l’accusation de soutenir le « terrorisme séparatiste » et son site internet ne répond plus. Quelques éléments parviennent toutefois, tant bien que mal, à communiquer avec l’extérieur ; ainsi le responsable Sergueï Kiritchouk qui s’est exilé et a donné cette interview à un journal allemand.

D’autres ont pu gagner la Crimée qui (comme chacun-e le sait) a fait sécession en mars dernier avant de proclamer son rattachement à la Russie, et connaît depuis lors une relative « paix russe » (ceci renforcera évidemment encore, jusque dans l' »extrême-gauche » ukrainienne et internationale, l’accusation d’être « à la solde de Moscou » ; mais faut-il tellement s’en étonner s’ils peuvent trouver là, à deux pas de chez eux, une tranquillité relative alors qu’ils sont traqués dans toutes les régions sous contrôle de Kiev ?).

Ils ont fait parvenir au site « Workers World » ce texte que nous avons traduit, annonçant le lancement d’un « Centre antifasciste » à Simferopol – dans la péninsule séparatiste.

Nous avons trouvé ce texte hautement intéressant car il n’appelle pas à rejoindre les « glorieuses forces » de la République « populaire » séparatiste du Donbass (où les antifascistes se retrouveraient rapidement aux côtés de… fascistes pro-russes, y compris venus de France, le mouvement fasciste européen s’étant globalement partagé entre pro-russes et pro-ukrainiens comme hier entre pro-serbes et pro-croates en Yougoslavie) ; mais au contraire à allumer et développer la résistance populaire antifasciste dans TOUT L’ÉTAT UKRAINIEN, au Sud (Odessa) comme à Kiev, au Nord et même à l’Ouest où se développe çà et là une résistance à la mobilisation militariste de la junte contre les séparatistes du Donbass… Autrement dit il dénationalise les enjeux, tentant d’arracher les choses à un affrontement Ukraine-Russie et « Ukrainiens proprement dits » vs « Novorusses » pour les amener sur un terrain DE CLASSE et de CONCEPTION DU MONDE : ouvriers et paysans contre oligarques, justice sociale contre botte du FMI et de la BCE et résistance populaire contre le fascisme !

Vadim


Lancement d’un Centre antifasciste en Ukraine

Soutenez le Centre pour les antifascistes d’Ukraine, créé à Simferopol en Crimée – Nous avons besoin de votre aide !

La nécessité objective d’un Centre de soutien aux antifascistes d’Ukraine à Simferopol :

En ce moment, il est extrêmement difficile aux forces qui s’opposent au fascisme en Ukraine de travailler sur le territoire contrôlé par le gouvernement de Kiev ; en particulier pour l’organisation de gauche la plus active : l’Union Borotba (« Lutte »). Dans les villes du Sud-Est ont eu lieu des arrestations massives de militants anti-Maïdan, et des centaines de personnes sont maintenant derrière les barreaux. Le Service de Sécurité ukrainien recherche et arrête à présent nos camarades pour le simple fait de poster sur les réseaux sociaux (Facebook, Vkontakte), ce qui est qualifié de « propagande séparatiste ».

Dans ces conditions, les cellules de Borotba et d’autres organisations de gauche et antifascistes opèrent de manière semi-clandestine. Des dirigeants importants de ces organisations ont fait l’objet de représailles. Notre organisation ne peut plus désormais fonctionner que sur le principe du réseau – comme réseau de petits groupes autonomes menant l’agitation et la propagande et tentant d’organiser, tout en se protégeant des attaques des combattants néofascistes.

L’activité d’une direction centrale de l’organisation est devenue impossible sur le territoire contrôlé par les autorités de Kiev – il y a un trop grand risque d’exposition d’un tel centre et d’une destruction de tout le réseau.

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Cette situation engendre la nécessité d’un centre de coordination pour Borotba et autres organisations amies et groupes de gauche en dehors du territoire contrôlé par Kiev. Un exemple pour cela est le travail des sociaux-démocrates russes au début du 20e siècle, afin de créer un centre capable de coordonner l’action des cellules clandestines.

Les activistes impliqués dans la lutte antifasciste en Ukraine, qui risquent l’arrestation, la torture et même la mort, doivent savoir qu’ils ne seront pas laissés sans refuge ni moyens de subsistance si besoin est, afin qu’ils puissent continuer à participer à la lutte pour libérer l’Ukraine des nazis.

Conditions subjectives pour un Centre de soutien aux antifascistes d’Ukraine à Simferopol :

Du fait de la répression des autorités de Kiev contre l’Union Borotba et d’autres organisations de gauche et patriotiques, de nombreux activistes ont été obligés à fuir le territoire ukrainien. Actuellement, environ 20 membres de Borotba originaires d’Odessa, de Dniepropetrovsk, de Kiev et d’autres villes, qui ont quitté l’Ukraine sous la menace d’arrestation et de violences, se trouvent dans la République de Crimée à Simferopol.

Pour le moment, ces exilés antifascistes ne possèdent que leurs maigres ressources pour leur loyer et autres nécessités ; ils n’ont pas d’emploi d’autres sources de revenus. Dans le même temps, nos camarades ne veulent pas devenir des réfugiés ni recevoir la nationalité russe : il veulent retourner en Ukraine et vaincre le régime néofasciste.

L’Union Borotba, sous la direction du député au Conseil régional d’Odessa Alexeï Albu et du coordinateur Victor Shapinov, a déjà commencé à coordonner Borotba et d’autres forces de gauche en Ukraine. Du 5 au 8 juillet, la première école pour activistes politiques s’est tenue près de Simferopol, à laquelle ont assisté 30 personnes qui avaient quitté l’Ukraine.

Tâches pour le Centre de soutien aux antifascistes d’Ukraine :

  1. Coordination et gestion des cellules de Borotba et des organisations de gauche amies.
  2. Assurer des canaux de communication sûrs et faire parvenir des fonds aux antifascistes Ukraine.
  3. Former de nouveaux activistes politiques venant du mouvement de résistance dans le sillage des protestations anti-Maïdan. Créer un cadre solide pour les forces politiques de gauche, qui sera un élément essentiel du système politique de la nouvelle Ukraine libérée du fascisme.
  4. Créer un centre de presse des forces de gauche et antifascistes en Ukraine pour informer le public de la lutte sur le territoire contrôlé par les autorités de Kiev.
  5. Créer des supports de communication (tracts, vidéos etc.) à l’usage des forces de gauche et antifascistes en Ukraine. Gérer un vidéoblog permanent pour les forces de gauche en Ukraine, qui pourrait devenir une véritable chaîne online.
  6. Traduction des documents de la résistance antifasciste en langues étrangères. Permettre une prise de conscience internationale sur le combat des forces antifascistes en Ukraine. Diffuser une information précise sur la répression et les assassinats d’activistes.
  7. Tenir un registre des crimes et des violations des droits humains commis par le gouvernement de Kiev et les unités d’ultra-droite sous son contrôle.
  8. Faire le lien entre les forces de gauche en Ukraine et tout autour de la planète.
  9. Assurer l’évacuation des camarades ukrainiens qui risquent persécutions ou violences là où ils vivent et travaillent.

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Nous, les représentants du Centre de soutien aux antifascistes d’Ukraine, faisons appel à l’aide de tous les mouvements et de toutes les organisations progressistes comme des activistes individuels. TOUTE AIDE, même la plus modeste, sera appréciée dans toute sa valeur par les exilés antifascistes ukrainiens.

http://www.workers.org/articles/2014/08/04/anti-fascist-center-launched-ukraine/


Le courant trotskyste de la Riposte, qui pratique l' »entrisme ouvert » au sein du PCF, a récemment publié un texte dans lequel nous retrouvons largement nos analyses : Thèses sur l’Ukraine

Preuve qu’au-delà des petites chapelles idéologiques, la CONCEPTION CORRECTE DU MONDE se cristallise petit à petit sous l’effet des forces de l’histoire !

Lire aussi (à titre informatif) le Manifeste du Front populaire de libération de l’Ukraine qui donne une petite idée du niveau idéologique « moyen » de l’insurrection dans le Sud-Est ukrainien.

On notera que :

1.     Il est sans doute permis de déplorer qu’une organisation marxiste révolutionnaire comme Borotba ait signé cet appel aux côtés de forces aux noms aussi peu engageants que « Garde slave », qui fleurent bon l’ultra-nationalisme russo-orthodoxe « cosaque » et « blanc », CEPENDANT

2.     Il est difficile de se poser en petit juge de ce genre de choses lorsque l’on ne se trouve pas et que l’on a même pas (à vrai dire) dans son champ du concevable la situation que connaissent actuellement ces militant-e-s : à quand remonte la dernière fois qu’en Hexagone, une quarantaine de personnes identifiées comme « rouges » ont été (de ce seul fait) brûlées vives dans un immeuble par des fascistes ? Depuis quand est-on arrêté (puis bien entendu sauvagement brutalisé en détention) pour des simples publications sur Internet ? Quand donc des déluges de bombes se sont-ils abattus, faisant des milliers de mort-e-s civil-e-s, sur une région ouvrière refusant d’être « restructurée » (un peu comme la Lorraine des années 1980) ? Pour se permettre de donner des leçons il faudrait déjà, pour commencer, avoir vécu ne serait-ce qu’un quart du dixième de cela ; et également admettre au préalable le principe absolu que des personnes progressistes ou révolutionnaires ont le DROIT de résister à un gouvernement tel que celui de Kiev (pour le moment et sans doute par tactique politique, les forces de « Nouvelle-Russie » mêlent allègrement imagerie soviétique et nationaliste russe et ne s’attaquent pas aux « rouges ») – cf. l’excellent article du Comité Anti-Impérialiste au sujet de la Palestine.

3.     Dans un tel contexte, des forces réactionnaires comme les « cosaques », « eurasistes » ou « national-bolchéviks » et autres « panslavistes » deviennent de fait des « forces grises » intermédiaires, au même titre que les forces islamistes en Palestine : ce ne sont pas des « amis pour la vie », il faut garder sa méfiance (si une vraie question mérite d’être posée, c’est celle-là), mais elles ne sont pas pour le moment l’ennemi à combattre en priorité et peuvent même, dans certaines de leurs actions, servir objectivement le Peuple et les idées justes. Pour illustrer cela on signalera par exemple qu’à Zaporozhye, où elle est basée, la « Garde slave » a participé en février à la protection de la statue de Lénine – symbole que les nationalistes fascistes de Maïdan cherchaient à abattre avant de passer physiquement aux communistes eux-mêmes.

4.      Dans un tel contexte comme en Palestine, cf. là encore l’article du Comité Anti-Impérialiste, « les idées qu’ont en tête ceux qui résistent ne constituent pas la question principale. Ce qui compte c’est ce qu’ils font. Ce qui compte, c’est leur lutte objective. C’est le point de vue du matérialisme historique comme l’a magnifiquement montré Engels dans La guerre des paysans en Allemagne. Il faut participer à cette lutte objective pour influencer le combat dans un sens progressiste ou révolutionnaire. C’est là une des grandes leçons du marxisme »… Borotba ne fait donc qu’appliquer un principe marxiste élémentaire – avec quel succès, cela seul l’avenir le dira. De fait, le texte de la déclaration est très « réformiste radical » et montre bien que ce qui est déterminant c’est la pression des masses, de leurs aspirations, et ce que telle ou telle force est OBLIGÉE de dire et faire face à cela bien plus que ce qu’elle est et pense dans son programme politique organique (il semblerait en fait que les principaux auteurs du texte soient les camarades de Borotba, la question qui se pose alors étant la sincérité des autres signataires, dont il est toujours permis de douter).

 
 

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PALESTINE(S)

 

Comment et pourquoi un fait-divers en Cisjordanie a déclenché une guerre à GAZA

 

Comme communistes, notre soutien à la PALESTINE n’est ni humanitaire, ni communautaire, c’est un soutien à la lutte du peuple Palestinien contre un colonialisme venu d’Europe.

Ce qui fonde notre positionnement est une analyse de la situation historique, qu’il est bon de rappeler :

« L’établissement des juifs en Palestine est entériné par le ministre Britannique BALFOUR qui déclare, en 1917, son pays favorable à la création d’un foyer national pour le peuple juif en Palestine.

Le sionisme plutôt socialisant dans ses débuts va très vite s’agréger des courants juifs religieux. Dans son projet de colonisation, il n’a que peu d’équivalents modernes, puisqu’il s’agit d’une colonisation de peuplement par l’expulsion des populations présentes, légitimée par le concept religieux de peuple élu de Dieu. On retrouve ces mythes fondateurs dans les courants chrétiens protestants dont les colons ont créé les Etats-Unis, l’Afrique du Sud et l’Australie… Cela nous permet d’entrevoir plusieurs évolutions possibles quant au devenir de la population palestinienne, l’extermination, les réserves d’indiens, l’APARTHEID ou l’apprentissage de la vie ensemble. »  (plaquette de l’association Nanterre-Palestine.2004-2005)

« Dès son origine, le sionisme est une idéologie colonialiste occidentale qui prône le développement d’une colonisation de peuplement en faveur des juifs d’Europe en ralliant certains courants religieux du judaïsme et en s’associant aux projets de l’impérialisme occidental au Moyen-Orient. Il n’a pu s’implanter durablement en Palestine que par l’utilisation permanente de la force armée soutenue financièrement et matériellement par les puissances occidentales. Le projet impérialo-sioniste vise à l’expulsion complète du peuple autochtone, le peuple palestinien, et à dominer les peuples de la région.

 

Très tôt, les Palestiniens se sont opposés à ces projets en résistant à l’occupation britannique et aux colons sionistes. Malgré cette résistance, le peuple palestinien subit en 1948 l’occupation d’une partie de la Palestine avec la création de l’Etat d’Israël et l’expulsion de sa terre (la Nakba, catastrophe en arabe). Puis, en 1967, Israël poursuit son expansion par l’occupation de la Cisjordanie, la Bande de Gaza, Jérusalem Est, le Golan syrien et le Sinaï égyptien. Depuis sa création, le mouvement sioniste, soutenu par les puissances impérialistes et avec la complicité, entre autres des régimes arabes inféodés, n’a jamais cessé de poursuivre son projet colonial. Un projet que le peuple palestinien combat depuis lors. » (Charte du Mouvement de soutien à la résistance populaire palestinienne-MSRPP 2005)

Notre soutien n’est pas une génération spontanée, il se fonde aussi sur l’histoire et les principes du mouvement communiste et notamment de l’Internationale Communiste (IC).

« Se rendant fort bien compte que dans diverses conditions historiques les éléments les plus variés peuvent être les porte-parole de l’autonomie politique, l’Internationale Communiste soutient tout mouvement national-révolutionnaire dirigé contre l’impérialisme. Toutefois, elle ne perd pas de vue en même temps que, seule, une ligne révolutionnaire conséquente, basée sur la participation des grandes masses à la lutte active et la rupture sans réserve avec tous les partisans de la collaboration avec l’impérialisme peut amener les masses opprimées à la victoire. La liaison qui existe entre la bourgeoisie indigène et les éléments féodalo-réactionnaires permet aux impérialistes de tirer largement parti de l’anarchie féodale, de la rivalité qui règne entre les divers clans et tribus, de l’antagonisme entre la ville et les campagnes, de la lutte entre castes et sectes nationalo-religieuses pour désorganiser le mouvement populaire (Chine, Perse, Kurdistan, Mésopotamie). » (IV° Congrès -Internationale Communiste – Thèses générales sur la question d’Orient)

Cette analyse nous différencie de certains courants de l’ultra-gauche qui nient  la nécessité et l’intérêt des luttes de libérations nationales en oppositions avec les thèses de l’IC sur ces questions. Ils ont beau jeu car une partie de l’extrême gauche a semé la confusion en soutenant sans principe toutes les insurrections nationalistes comme autant ferments révolutionnaires. Les uns comme les autres n’ont pas compris les résolutions de l’IC qui concernaient l’émancipation des peuples colonisés par les puissances impérialistes grandes et petites.

Par exemple: il était juste politiquement de soutenir les luttes de libération nationale Algérienne ou Vietnamienne (qui s’exercent contre une puissance coloniale) mais c’est faire le jeu de la réaction que de soutenir tel ou tel nationalisme des Balkans au prétexte qu’il aurait été opprimé par l’état Yougoslave centralisateur. Ces nationalismes là sont attisés par les rivalités entre les puissances impérialistes qui ne cherchent qu’à démanteler des états selon leurs intérêts propres. Dans ce cas comme dans le conflit Ukrainien nous devons soutenir les mouvements qui prônent le vivre ensemble contre l’épuration ethnique ou religieuse. Notre priorité sera aux mouvements qui lient leur démarche à l’émancipation sociale.

Sur le conflit en Palestine, il ne faut pas perdre de vue que l’état sioniste est une création ex-nihilo de l’impérialiste occidental dont il est une tête de pont au Proche-Orient. Israël est la dernière colonie du XXe Siècle, et ce sont les sionistes et leurs alliés qui en camouflent la réalité derrière l’idée d’un affrontement de deux nationalismes (Juifs vs Arabes) ou de deux religions (Juifs vs Musulmans). Leurs arguments ne tiennent pas longtemps à l’examen, même s’ils sont répétés à l’infini. Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler qu’il y a des arabes musulmans, mais aussi juifs et chrétiens (et que les musulmans les plus nombreux ne sont pas arabes), qu’à l’origine juifs et arabes sont des peuples sémites, pourquoi alors créer un concept d’antisémitisme qui ne s’applique qu’à l’un… ?

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Les populations autochtones de Palestine, se sont opposées à l’arrivée massive de colons européens. Elles l’ont d’abord fait, dans des mouvements populaires, sous la tutelle des états arabes voisin, Egypte, Irak, Syrie, Jordanie, jusqu’aux défaites de 1948 et surtout de 1967 (rappelons que jusqu’en 1967, GAZA est territoire égyptien comme Jérusalem et la Cisjordanie territoires Jordanien). L’émergence d’un mouvement national de libération Palestinien autonome date du début des années 60.

Dans sa première phase de lutte internationale contre les intérêts sionistes (détournements d’avions, prise d’otages, attentats…), il contribue à faire connaître internationalement les revendications du peuple palestinien : un état sur le territoire de la Palestine historique et le retour des réfugiés. Il est un mouvement de l’extérieur, issu des camps de réfugiés qui devra aussi faire face à la répression féroce en Jordanie (septembre noir) et à la guerre civile au LIBAN.

La seconde phase d’expansion de la résistance palestinienne est le mouvement populaire de désobéissance et de mobilisation des territoires occupés : 1er Intifada. La résistance des pierres contre les armes qui discrédite l’armée d’occupation qui n’était pas préparée à ce type d’affrontement. C’est un mouvement de la jeunesse palestinienne qui échappe au contrôle de la direction et des cadres de l’OLP, mais auquel se rallie l’ensemble de la société palestinienne des territoires occupés.

Jusqu’à l’émergence de la 1ère Intifada, Israël a favorisé le développement de l’Islam caritatif et normatif contre les mouvements nationalistes palestiniens de l’OLP. Au tournant de la 1ère Intifada, les Frères Musulmans ont pris en route le bus de la résistance en créant Le Mouvement de la Résistance Islamique dont l’acronyme est HAMAS.

Le HAMAS est une émanation politico-militaire des « Frères Musulmans » de GAZA (historiquement liés à l’Egypte). Les Frères Musulmans n’ont pas de vision ou de projet national, c’est un mouvement de réislamisation de la société d’abord dans le « monde arabe » puis dans l’immigration. Ils souhaitent influencer les politiques nationales dans l’orientation de leur projet socio-religieux, mais ils ne revendiquent ni l’état islamique ni le Califat. C’est un courant moralisateur et réactionnaire qui représente les intérêts de la petite et moyenne bourgeoisie marchande.

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L’OLP (dont le HAMAS n’est pas membre) a abandonné progressivement la lutte armée (y compris les mvts marxistes FPLP, FDLP…(voir l’interview de Carlos u) pour la négociation (OSLO..), avec une illusion d’état Palestinien dirigé par l’Autorité Palestinienne (AP).

Ce que l’on nome 2ème Intifada naît en 2000 après l’échec patent d’OSLO, l’état palestinien qui devait voir le jour en 1999, puis en 2000 est repoussé aux calendes grecques. Dans les territoires occupés, les actions des différents groupes armés sont destinées à faire pression sur l’occupant comme sur les négociateurs.

Israël se fait fort de déclarer qu’ARAFAT est le principal obstacle à la paix. Celui-ci décédera d’ailleurs opportunément.

Depuis la normalisation, c’est l’AP (dirigée par l ‘équipe des négociateurs palestiniens d’OSLO) qui administre et fait la police dans les territoires pour le compte d’Israël avec des financements EU et US, c’est du pain béni et une économie substantielle pour l’occupant. L’AP a ainsi réprimé d’abord les résistants des Mvts de l’OLP qui ne voulaient pas déposer les armes avant de s’en prendre aux islamistes.

Lorsque que HAMAS a remporté les élections de 2006 (vote populaire en réaction à la corruption de l’AP), son projet étaient de participer (sur des ministères à visée sociétale: éducation, santé…)  à un gouvernement d’union avec l’OLP, mais le Fatah vexé de sa défaite et sous influence US a refusé toute alliance et préparé avec l’aide occidentale un coup d’état pour se maintenir au pouvoir. Avec le succès que l’on sait à GAZA.

C’est ce qui a fixé la division palestinienne en deux territoires, GAZA et CISJORDANIE selon un processus déjà identifié et décrit par L’IC : « …La liaison qui existe entre la bourgeoisie indigène et les éléments féodalo-réactionnaires permet aux impérialistes de tirer largement parti de l’anarchie féodale, de la rivalité qui règne entre les divers clans et tribus, de l’antagonisme entre la ville et les campagnes, de la lutte entre castes et sectes nationalo-religieuses pour désorganiser le mouvement populaire… »

Si OSLO a consacré la division du mouvement national palestinien, la brèche idéologique n’est pas moindre. En effet, depuis OSLO, il n’est plus question que des territoires occupés par Israël après la guerre de 1967, dont une partie, laissée libre de colonisation, pourrait constituer l’état (le bantoustan) palestinien. Des revendications historiques, il ne reste plus qu’une fiction d’état sur des confettis de territoires.

Si HAMAS et Jihad Islamique sont actuellement les Mvts de résistance armées les plus importants, l’AP n’est pas parvenue à éradiquer totalement la résistance armée au sein des Mvts de l’OLP (même si leur influence est faible aujourd’hui. voir l’interview de Carlos 1). L’AP n’est pas parvenue non plus, malgré son zèle, à pacifier et sécuriser son territoire. Ainsi lorsque trois jeunes colons auto-stoppeurs sont assassinés par un groupe mystérieux, il n’est pas question pour l’occupant de s’en prendre au partenaire l’AP, il est bien plus rentable d’en rendre le HAMAS responsable et d’en cibler le nid à GAZA, d’autant plus que ce mouvement avait dangereusement renforcé ses infrastructures et son armement.

L’offensive sur GAZA n’a pas provoqué une insurrection en CISJORDANIE (donc pas de 3ème Intifada), tout au plus quelques manifestations de soutien que l’AP a d’abord voulu interdire avant de les organiser et de les encadrer laissant ainsi la répression aux bons soins de l’occupant. Force est de constater que les palestiniens de CISJORDANIE qui ne subissent pas le blocus sont plus soucieux de leurs préoccupations de vie quotidienne, comme d’un nouveau consumérisme lié à la fin du RAMADAN plutôt que de mobilisations. De ce point de vue, la normalisation d’OSLO dûment mise en place par l’AP a sans doute éteint la flamme de la résistance pour un certain temps.

Comme on le voit, l’opposition Résistance armée / AP négociation cogestion avec l’occupant est aussi  le clivage que l’on retrouve dans le Mvt de solidarité en France. C’est le clivage manif autorisée : « paix en Palestine » (comme en leur temps, jouant sur l’affectif, les  « paix en Algérie » ou « Paix au Vietnam » du PCF qui soutenait aussi l’oeuvre coloniale française)- manif interdite : »soutien à la résistance », sur ses mots d’ordre historiques, fût-elle aujourd’hui Islamiste.

L’interdiction de certaines manifestations parisiennes et sans précédent récent, c’est la marque d’une inflexion de plus en plus philo sioniste de la politique gouvernementale dans une pleine continuité depuis Sarkozy jusqu’à Hollande.

C’est la marque distincte de l’impossibilité de réinterroger la légitimité historique du projet sioniste et donc de restreindre la question palestinienne à la Cisjordanie et à Gaza en occultant la réalité de la grande majorité des palestiniens qui vivent en dehors de ces deux enclaves.

Voilà où sont les clivages politiques, comme communistes nous soutenons la résistance à la colonisation et la lutte de libération nationale du peuple palestinien colonisé selon ses propres mots d’ordre:

  • Un état sur le territoire de la Palestine historique avec Jérusalem pour capitale
  • Le Droit au retour de tous les réfugiés
  • La libération de tous les prisonniers

Comme le déclarait l’IC « .. seule, une ligne révolutionnaire conséquente, basée sur la participation des grandes masses à la lutte active et la rupture sans réserve avec tous les partisans de la collaboration avec l’impérialisme peut amener les masses opprimées à la victoire… »

Pour sa part le HAMAS a fait valoir ses revendications transitoires pour GAZA :

  • Fin de l’agression contre le peuple palestinien ».
  • Levée complète du blocus de Gaza, en place depuis 2006. (blocus israélien, mais aussi égyptien, occidental…)
  • Ouverture du poste frontière de Rafah avec l’Egypte.
  • Liberté de mouvement pour les Gazaouites à la frontière avec Israël.
  • Suppression de la « zone tampon » interdite aux habitants de Gaza.
  • Libération de prisonniers (ceux qui avaient été dans un premier temps libérés en échange du soldat israélien Gilad Shalit en 2011).
  • Extension de la zone maritime de pêche jusqu’à 12 milles marins des côtes de Gaza.

Elles sont des revendications populaires, concrètes, propres à entraîner l’adhésion du plus grand nombre, mais elles ont aussi dans la lutte un caractère éducatif et politique sur au moins deux points : le blocus israélien qui est aussi un blocus égyptien et surtout un blocus international qui ne peut tenir que par l’implication active du camp impérialiste occidental (Au regard du droit international, le blocus de Gaza constitue une forme de punition collective, pour avoir voté HAMAS, et il est donc illégal d’après le droit international). Le second point est beaucoup plus édifiant, il s’agit de l’extension de la zone maritime de pêche jusqu’à 12 milles marins. Il s’agit aussi de contrer une mesure de punition collective, puisque cette zone a été restreinte par l’occupant en 2006 et 2009. Mais la revendication des 12 milles marins a une autre signification nationale puisqu’elle est la définition des eaux territoriales d’un état.

Or au large de Gaza se trouvent des gisements de gaz, qui pourrait faire  de ce « territoire prison » un nouveau Koweït, c’est le sens de la revendication du HAMAS concernant les eaux territoriales, la levée du blocus et in fine l’autonomie du territoire.

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Comme Israël est en quasi complète dépendance énergétique et doit importer pétrole et gaz, on comprend que l’occupant convoite ces réserves au large de Gaza. Cette donnée explique sans doute « Comment et pourquoi un fait-divers en Cisjordanie a déclenché une guerre à GAZA »

 

Jean-Michel NICOLAS

26 août 2014

 

1)  http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=8795

 

Voir aussi : chez nous :

http://rcpc.over-blog.com/article-palestine-soutenir-ou-pas-le-hamas-113812362.html

et un excellent article de Servir le Peuple :

http://servirlepeuple.over-blog.com/article-horreur-enfer-et-damnation-pour-les-a-a-a-12-124459724.html