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Archives Mensuelles: février 2017

Nous n'avons rien à attendre des élections.

Les crises répétées du mode de production capitaliste en relation avec la dévalorisation du capital et la baise du taux de profit ont conduit les gouvernements à mettre en place des remèdes pires que le mal.

Ces 10 dernières années nous avons subit des attaques sans précédent, maintien d'un chômage de masse, dérégulation du travail démantèlement de la protection sociale acquise de longue lutte.

La « classe » politique qui se partage le pouvoir est constituée de permanents bien rémunérés, issus des mêmes écoles et qui ont fait carrière dans les partis. Ils n'ont jamais travaillé dans l'économie réelle, ils ne connaissent pas le monde du travail que bien souvent ils méprisent. Ils sont déconnectés des réalités quotidiennes des hommes et des femmes qui font la richesse de ce pays.

Pour conserver leur poste et leurs prébendes ils se sont fait les garants du maintien de ce système qui leur assure une rente de situation. Ainsi quelques soient l'habillage de leurs propositions, ils n'ont a apporter comme solution que la régression sociale, plus de souffrances et de précarité.

Si l'on ne fait rien, si l'on se laisse faire, les 5 prochaines années seront bien pire que les précédentes sans avoir jamais rien régler.

Il est temps de prendre les choses en main.

Avril 2017, préparons le 1er tour social

C'est notre tour...et il n'est pas présidentiel

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VOUS POUVEZ SIGNER L'APPEL ICI :

https://www.change.org/p/le-22-avril-prenons-la-rue-pour-im…#PremierTourSocial #1erTourSocial #OnLacheRien #TouchePasAMaZEP #Bellaciao #22Avril #19Mars #7Mars

Vidéo meeting

En complément de l'article précédent, nous relayons un article de Gérard BAD paru sur le site Spartacus1918.

(http://spartacus1918.canalblog.com/archives/2017/01/28/34861825.html)

Sur le blog : SPARTACUS (http://spartacus1918.canalblog.com/)


Taux de profit, revenu universel et surnuméraire

Revenons sur la baisse du taux de profit.

 Baisse tendancielle du développement du Mode de Production Capitaliste (MPC). Le MPC depuis la création du crédit et de la Société Anonyme (SA) est devenu un capitalisme collectif. Ce qui a pour conséquence la mise en œuvre de capitaux de plus en plus considérables pour le développement du MPC et sa reproduction élargie. Il en résulte un accroissement tout aussi considérable de la masse de profit ; quant à l'accroissement du capital (sa reproduction élargie), il dépend à la fois du taux de profit et de sa masse (1).
 Sous le fouet permanent de la concurrence, tout capitaliste d'État ou privé et même monopoliste est contraint d’accroître la productivité. Cet accroissement de la productivité a pour résultat la diminution de valeur du capital existant et la réduction du capital variable (nombre de salariés) par rapport au capital constant ; ce qui a pour conséquences, d'une part de faire tomber le taux du profit, d'autre part d'en ralentir la chute.
 Autrement dit les capitalistes doivent faire des investissements de plus en plus importants, avec comme corollaire une diminution relative du capital variable (nombre de salariés) qui entraîne une chute du taux de plus-value. Mais cette chute sera compensée par la liquidation des concurrents la pléthore de capital qui selon Marx est dans l'impossibilité de compenser la baisse du taux de profit par sa masse (manque de crédit).

 Comment se rendre compte qu'il y a baisse du taux de profit ?

 Nous pouvons nous référer aux statistiques faites par les organismes capitalistes, ce que font régulièrement les intellectuels marxistes. Mais ce qui est plus intéressant ce sont les mesures que les capitalistes sont contraints de prendre pour contrecarrer cette chute du taux de profit. Ces mesures, ou contre tendances à la baisse du taux de profit, sont énumérées au chapitre XIV du tome III du Capital. elles sont au nombre de six : 1) l'accroissement de l'exploitation du travail. 2) La réduction du salaire au-dessous de la valeur de la force de travail. 3) La dépréciation des éléments du capital constant. 4) La surpopulation relative. 5) Le commerce international. 6) L'accroissement du capital par actions.
Toutes ces contre-tendances ont été mises en action depuis le retournement monétariste de 1979 visant à «euthanasier l'État providence». Le monétarisme voulait juguler l'inflation et permettre au capital de retrouver ses marges par des purges grandioses à l'échelle du monde. Elles sont toujours efficientes, reprenons les une à une.
Il ne semble pas nécessaire de traiter ici de «l'accroissement de l'exploitation du travail et la réduction du salaire au-dessous de la valeur de la force de travail» qui est si évidente que nous pouvons écrire sur le sujet chaque jour. Je vais donc concentrer mes critiques sur « la dépréciation des éléments du capital constant et la surpopulation relative ».

 La dépréciation des éléments du capital constant.

 Face à la baisse du taux de profit que certains sous estiment, nous voyons poindre de nouveaux entrepreneurs qui savent habilement utiliser les TIC et pénétrer comme une bombe à retardement dans le MPC, ces nouveaux capitalistes se sont les start-ups et l'ubérisation dont tout le monde connaît les péripéties. Seulement peu de «théoriciens» sont aujourd'hui en mesure de nous indiquer ce qui se passe derrière le rideau. Des transformations s'opèrent à une grande échelle au point que certains parlent ouvertement d'en finir avec le salariat, réduisant celui-ci à l'état d'auto entrepreneur misérable. Ces nouveaux capitalistes veulent s'émanciper d'une forte mise en capital constant et variable, comme le disait K. Marx «ramener au niveau le plus bas possible la valeur du capital constant utilisé » (2). Ils vont pour cela utiliser les niches offertes par les TIC pour se faire une place d'intermédiaires indispensables dans le système. Certes, le système en lui-même n'est pas nouveau on le connaît depuis les franchisés , et plus anciennement avec le système de vente comme Amway (3) et Tupperware. Ce qui change c'est la montée en charge de ce système qui se présente comme voulant libérer les individus du salariat, illustration : « la Loi travail en France ».
                                                                      precaires4
 Le rapport de Robert Badinter accolé à la loi travail insiste sur le fait que le salariat de la première révolution industrielle est en voie de disparition. Cela fait effectivement 40 ans que nous voyons se multiplier et démultiplier les contrats de travail en tout genre jusqu'au contrat de travail zéro heure. (4) Cette déstructuration du contrat de travail à temps plein n'est pas la fin du salariat, mais sa précarisation.

Le « cloud working ».

Chaque jour sur Internet un site offre des travaux à faire immédiatement à domicile par un «indépendant». Bien sûr, cela ne concerne que des tâches comme programmeur, rédacteur, traducteur, graphiste, etc. C’est une version des contrats déjà existants de chantier ou de projets non-salariés, c’est-à-dire sans aucune garantie sociale (en France, IBM s’est lancé en 2012 dans la pratique du cloud working sous le titre «Program Liquid» qui lui permettrait, en confiant des tâches à des sous-traitants sous statut d’autoentrepreneurs, de réduire ses effectifs mondiaux de 400 000 à 100 000 employés. Cette résurgence du travail à domicile est liée au développement de l’informatique individuelle (ce qui déplace la question du capital fixe) et a aussi des conséquences sociales.

 La surpopulation relative.

 Au niveau mondial, le taux d'emploi est passé de 77% en 1966 à 53,9% en 2015, malgré une hausse relative du nombre d'emplois (5).
 Il faut voir à ce sujet les données de la Banque mondiale, de l'OCDE (6). La population, en surnombre relatif, est contrainte pour survivre d'entrer dans ce que l'on appelle l'économie informelle. Cette économie frôle les 19% du PIB des 27 pays de l'Union européenne, ce qui n'est pas neutre et dans les pays dits « émergents » elle est de l'ordre de 50% et plus. L'objectif fiscal des États est de lutter contre ce phénomène en « légalisant » le travail illégal avec une faible fiscalité. Le résultat le plus marquant est l'Ubérisaton.

 Ubèrisation et la fin du salariat.

 Vous trouverez ci-dessous un extrait d'article qui me semble résumer le fond du problème, même s’il a tendance à sous-estimer l'auto-emploi tout en déclarant que ce phénomène concerne des millions d'emplois aux États-Unis. En France, il ne fait aucun doute que c'est l'État lui-même qui favorise ce type d'emploi notamment par la «Loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques», numéro 2015-990 du 6 août 2015 dite «Loi Macron» (7), mais aussi par de nouvelles mesures fiscales, comme notamment le statut fiscal de «Jeune Entreprise Innovante», créé en 2004 et enfin en 2016 la loi el Khomri.
 Cette dernière dite aussi loi travail vise à stopper le mouvement de requalification des travailleurs indépendants dès lors que le lien de subordination avec le donneur d'ordre était établi (8). Cette remise en cause des requalifications du travailleur le touche dès lors qu’il :
 1. Exerce une activité immatriculée au registre du commerce et des sociétés, au répertoire des métiers, au registre des agents commerciaux, à un registre des entreprises de transport ou auprès des unions de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales ;
2. définit librement ses horaires, ainsi que la durée et sa charge de travail ;
3. n’a pas de lien d’exclusivité entre la plateforme et le travailleur.
 «Plus intéressant est le démontage par Moody de l’illusion auto-entrepreneuriale, composante à la fois réelle et imaginaire de la précarisation. Celle-ci revêt des formes multiples : embauche par une agence d’intérim, contrat très bref, travail à la demande (on call, le prolétaire attendant d’être convoqué par téléphone), travail à temps partiel accepté faute de mieux, ou statut imposé d’autoentrepreneur, aux États-Unis, l’auto-emploi concerne des millions de prolétaires dans le bâtiment, les taxis et le camionnage, dont 150.000 driver-partners chez le fameux Uber » (9).
 On se tromperait pourtant en y voyant une forme privilégiée du travail de demain.
 « Pour un prix convenu, au volant de sa voiture, A reconduit B chez elle. B se fait ensuite payer par C pour lui couper les cheveux à domicile. Sur Internet, de retour chez lui, C prend sa leçon hebdomadaire de chinois avec A qui le règle en ligne. Cette somme permet à C de payer D pour élaguer sa haie. Chacun est à son tour vendeur et acheteur, mais de quoi ? Ni la voiture, ni les ciseaux, l’ordinateur ou la tronçonneuse n’ont été fabriqués dans un grenier ou un garage (sur un banal établi, ou grâce à une imprimante tridimensionnelle) par A, B, C et D. Ces objets sont sortis d’usines. »
 « On peut regretter l’évolution d’un monde où chacun achète et (se) vend, et juger lamentable que l’autostop d’antan revive comme pratique marchande. Mais le capitalisme excelle à faire commerce de tout, y compris du temps libre ou des aptitudes personnelles individuelles de vous et moi, et il est inévitable que des multinationales comme Uber en profitent pour gagner des milliards en jouant les intermédiaires (10).
 Il n’empêche, A, B, C et D n’ont fait que mettre entre eux en circulation des services monnayés, à partir d’objets préalablement manufacturés. L’ubérisation n’est pas l’avenir du monde ».
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 « Quant aux faits, les données réunies par Moody démentent la croyance en une progression de l’auto-emploi ou contrat entre un patron et un salarié formellement indépendant, mais obligé pour vivre de multiplier des boulots courts et mal payés. En réalité, depuis 1990, le nombre de personnes cumulant plusieurs emplois n’a guère augmenté aux États-Unis, et plus de la moitié d’entre elles ont un travail permanent en plus de l’emploi additionnel. L’emploi court et multiple concerne surtout des secteurs avec une longue tradition d’embauche saisonnière, dans des entreprises petites ou grandes, et des horaires tournant autour d’une trentaine d’heures hebdomadaires dans le commerce de détail, la santé, les loisirs… » (Extrait de Working class zero ? Sur la prétendue disparition des ouvriers étasuniens (11)).

 La cocréation un nouveau concept loin d'être neutre.

 Voici un extrait d’article qui résume les objectifs du concept de cocréation d’emploi. « Répondre plus rapidement à près de 1,3 million de questions de clients par an, c'est le défi de Voyages-sncf.com. Après avoir garanti la réponse d'un conseiller en moins de deux heures sur les réseaux sociaux, le site de réservation en ligne vise l'instantanéité. À cet effet, il a délégué la gestion d'une partie de son service consommateur à ses utilisateurs experts. Un pari gagnant : près de 400 clients se mobilisent volontairement et à titre gratuit pour répondre tous les jours aux voyageurs sur le chat communautaire. Cinq d'entre eux ont même intégré la « love team », une cellule de dix salariés chargés d'analyser les verbatims clients et d'améliorer l'expérience utilisateur du site. Cette initiative a valu à Valérie Darmaillacq, directrice performance et relation client de Voyages-sncf.com, le prix du directeur client de l'année 2015 ».
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 « PriceMinister, PMU, MAAF, Auchan, Darty, Adidas, Nike, AXA, Decathlon, Airbnb, Lego, mais aussi Alstom dans le BtoB, nombreuses sont les entreprises qui font appel à leurs clients. Pour les unes, il s'agit de gérer leur service après-vente, pour les autres de trouver de nouvelles idées de produits et services ou de les améliorer. La cocréation enrichit le spectre des compétences et des idées, soutient Lidia Boutaghane, consultante en stratégie client et markéting collaboratif pour Client au Coeur. Tout expert dans son domaine a tendance à se couper le champ des possibles, tandis qu'une personne qui n'est pas du métier s'autocensurera moins » (12).

 Ce n'est plus le salariat qu'il faut protéger, mais la personne!

 Le retour à l'idéologie « citoyenne » est récent et pas anodin, nous avons entendu parler de la place du citoyen dans l'entreprise , et ensuite par le truchement de la formation professionnelle d'un droit à la personne (le DIF) puis de la sécurité sociale professionnelle de la CGT (que Emmanuel Valls reprend à son compte) elle aussi attachée à la personne. Les coins pour faire exploser le salariat collectif étaient bien enfoncés, il s'agissait dorénavant de gérer la précarisation inévitable dans la société capitaliste.
 La Loi travail tout comme le rapport Badinter liquide les droits collectifs du travail (conventions collectives) au profit de la « personne », « On caractérisera le rapport comme une tentative pour en finir avec un « code du travail » spécifique et le remplacer par un mixte avec le Code civil, où les contrats commerciaux et les statuts d’indépendants sont mis sur le même plan que l’ex contrat de travail. La «personne» » remplace le salarié. Le salarié est traité comme l’indépendant. Uber peut s’y retrouver, Attali et Macron sont passés par là » (13).
 Il faut voir dans cette démarche juridique, une volonté de gérer un système où la précarité devient incontournable, la revendication d'un revenu de base attachée à la personne va dans ce sens. Ce n'est certes pas un hasard si dès son intronisation à la tête du Medef, Laurence Parisot a donné le ton de la nouvelle période qui s’ouvre ;
Le 3 septembre 2005, elle déclare sur France inter que «la précarité est une loi de la condition humaine».
 Dès 1995 une réunion de chefs d'État (14) se réunissait à San Francisco, pour annoncer au monde l'arrivée de la société 20/80, c'est à dire une société dans laquelle le travail de 20% de la population mondiale suffira pour soutenir l'appareil économique de la planète. Il restera alors 80% de la population qui s'avérera superflu, ou surnuméraires qu'il faudra «occuper». Z. Brezinski a proposé le « tittytainment », un mélange d’aliment physique et psychologique qui endormirait les masses et contrôlerait sa frustration et ses protestations prévisibles.
 Le revenu de base, (défendu par Benoît Hamon) va dans le sens de ce « tittytainment », la gestion citoyenne de la misère à grande échelle. Ceci devant logiquement s'accompagner, d'un nouveau code, non pas du travail, mais de l'individu en situation de précarité permanente. De plus, le précariat engendre fatalement une poussée de l'économie souterraine venant concurrencer l'économie légale et engendre d'importantes pertes fiscales pour les États (à ce sujet la récente obligation demandée par l'État français d'une carte d'identité pour le secteur du bâtiment (15).

 Pour conclure.

Le capitalisme étant basé sur l'accumulation de la richesse à un pôle et la pauvreté à l'autre, il serait pure illusion de croire que ce dernier va se priver de poursuivre l'exploitation de l'homme par l'homme et financer le droit à la paresse (16).
En la circonstance le « revenu universel » ou « de base » est une arnaque qui ne vise qu'à mutualiser la précarisation ambiante, un os que l'on jette au chien pour ne pas qu'il morde.
 Gérard Bad. (26 janvier 2017)

NOTES
(1) Le taux de profit est quelque peu différent du taux de plus-value, en ce que le taux de profit se rapporte au capital total ( capital constant + capital variable) alors que le taux de plus-value ne concerne que le capital variable (l' exploitation ouvrière).Voir a ce sujet le T III du capital chap.III relation entre le taux de profit et le taux de plus-value
(2) Tome III, chap.V, p,97, ed. Moscou
(3) Amway France est une filiale d’Amway Corporation qui appartient à la holding Alticor. Près de dix mille distributeurs (appelés Entrepreneurs indépendants Amway/EIA) vendent les produits Amway en France métropolitaine et dans les DOM.
(4) zéro heure. http://spartacus1918.canalblog.com/archives/2016/02/26/33428754.html
(5) Le taux d' emploi est passé de 77% en 1966 à 53,9% en 2015 http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/SP.POP.DPND?view=chart
(6) OCDE https://data.oecd.org/fr/emp/taux-d-emploi.htm#indicator-chart
(7) Loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_pour_la_croissance,_l%27activité_et_l%27égalité_des_chances_économiques
(8) De nombreux procès sont en cours, en France ou aux états-Unis visant la requalification.
(9) ???
(10) https://ddt21.noblogs.org/?page_id=1260#sdfootnote2sym
(11) Working class zero ? Sur la prétendue disparition des ouvriers étasuniens https://ddt21.noblogs.org/?page_id=1260
(12) Extrait de: Cocréation: quand le client fait votre travail!
(13) Gérard Filoche (2016) Analyse détaillée des 61 mesures du rapport Badinter. Url
(14) Mikhaïl Gorbatchev, George Bush, Margaret Thatcher, Vaclav Havel, Bill Gates, Ted Turner, etc..
(15) carte d'identité pour le secteur du bâtiment http://www.lemoniteur.fr/article/carte-d-identification-obligatoire-des-salaries-du-btp-c-est-parti-31444962
(16) Ici je fais référence au livre de Paul Lafargue « Le droit à la paresse » le droit à la paresse https://www.marxists.org/francais/lafargue/works/1880/00/lafargue_18800000.htm
Tableau 1. Parts de l’économie souterraine dans les PIB des pays de l’Union européenne en 2012 (En % du PIB)
Allemagne
13,3
Espagne
19,2
Italie
21,6
Portugal
19,4
Angleterre
10,1
Estonie
28,2
Lettonie
26,1
Rép.Tchèque
16,0
Autriche
7,6
Finlande
13,3
Lituanie
28,5
Roumanie
29,1
Belgique
16,8
France
10,8
Luxembourg
8,2
Slovénie
23,6
Bulgarie
31,9
Grèce
24,0
Malte
25,3
Slovaquie
15,5
Chypre
25,6
Hongrie
22,5
Pays-Bas
9,5
Suède
14,3
Danemark
13,4
Ireland
12,7
Pologne
24,4
UE27pays
18,4
Source : F. Schneider (2013)

usa6

Nous reproduisons ci-dessous un article du site Douter de Tout (ddt21) sur la réalité de la classe ouvrière aux Etats Unis

https://ddt21.noblogs.org/?page_id=1260


Working class zero ?  Sur la prétendue disparition des ouvriers étasuniens
« Économie de la connaissance », « société de services », monde « post-industriel », fin des grandes usines, travailleurs précarisés et divisés au point de ne plus pouvoir s’organiser ni lutter… : telle est l’image dominante de la situation actuelle des classes ouvrières en Europe, aux États-Unis et au Japon. Une récente étude du salariat étasunien modifie sensiblement ce tableau… tout en faisant aussi douter de certaines certitudes radicales.1

Paupérisation

Pour l’auteur, la précarité n’est qu’un aspect de la dégradation générale des conditions de travail et de vie de la majorité des salariés : baisse des salaires réels horaires et hebdomadaires, aujourd’hui inférieurs au niveau de 1972 ; impossibilité pour 30% des travailleurs de vivre sans recourir à des aides publiques ; déséquilibre du rapport profit/salaire, la part du capital dans le revenu national étant passée entre 1979 et 2010 de 18,8% à 26,2%. Ces faits sont bien connus, et déplorés par des gens de bonne volonté et des « économistes  atterrés » : nous n’y insisterons pas.

Uberisation ?

Plus intéressant est le démontage par Moody de l’illusion auto-entrepreneuriale, composante à la fois réelle et imaginaire de la précarisation. Celle-ci revêt des formes multiples : embauche par une agence d’intérim, contrat très bref, travail à la demande (on call, le prolétaire attendant d’être convoqué par téléphone), travail à temps partiel accepté faute de mieux, ou statut imposé d’auto-entrepreneur, Aux États-Unis, l’auto-emploi concerne des millions de prolétaires dans le bâtiment, les taxis et le camionnage, dont 150.000 driver-partners chez le fameux Uber.

On se tromperait pourtant en y voyant une forme privilégiée du travail de demain.

Pour un prix convenu, au volant de sa voiture, A reconduit B chez elle. B se fait ensuite payer par C pour lui couper les cheveux à domicile. Sur Internet, de retour chez lui, C prend sa leçon hebdomadaire de chinois avec A qui le règle en ligne. Cette somme permet à C de payer D pour élaguer sa haie. Chacun est à son tour vendeur et acheteur, mais de quoi ? Ni la voiture, ni les ciseaux, l’ordinateur ou la tronçonneuse n’ont été fabriqués dans un grenier ou un garage (sur un banal établi, ou grâce à une imprimante tridimensionnelle) par A, B, C et D. Ces objets sont sortis d’usines. On peut regretter l’évolution d’un monde où chacun achète et (se) vend, et juger lamentable que l’auto-stop d’antan revive comme pratique marchande. Mais le capitalisme excelle à faire commerce de tout, y compris du temps libre ou des aptitudes personnelles individuelles de vous et moi, et il est inévitable que des multinationales comme Uber en profitent pour gagner des milliards en jouant les intermédiaires.2 Il n’empêche, A, B, C et D n’ont fait que mettre entre eux en circulation des services monnayés, à partir d’objets préalablement manufacturés. L’ubérisation n’est pas l’avenir du monde.

Quant aux faits, les données réunies par Moody démentent la croyance en une progression de l’auto-emploi, contrat entre un patron et un salarié formellement indépendant, mais obligé pour vivre de multiplier des boulots courts et mal payés. En réalité, depuis 1990, le nombre de personnes cumulant plusieurs emplois n’a guère augmenté aux États-Unis, et plus de la moitié d’entre elles ont un travail permanent en plus de l’emploi additionnel. L’emploi court et multiple concerne surtout des secteurs avec une longue tradition d’embauche saisonnière, dans des entreprises petites ou grandes, et des horaires tournant autour d’une trentaine d’heures hebdomadaires dans le commerce de détail, la santé, les loisirs…

Mobilité et ancienneté

Le nombre de salariés en contrat court ou à temps partiel forcé est passé de 18,7 millions en 1995 à 21,6 millions en 2005, accroissement considérable en chiffres absolus mais minime rapporté à l’ensemble du salariat, leur proportion augmentant seulement de 15,2% à 15,5%. Cette croissance date d’ailleurs surtout des années 1980 et du début des années 1990, en raison des restructurations industrielles, de la numérisation, de la production dite allégée, du Just In Time, des flux tendus, etc.

En une trentaine d’années, globalement, la durée moyenne d’ancienneté dans un emploi a peu évolué. Entre 1979 et 2006, pour la tranche d’âge des 24-34 ans, elle a baissé de 3,8 ans à 3,5. Pour la tranche des 35-44 ans, de 7,1 ans à 6,6. Et pour les 45-54 ans, de 11,3 à 10,3 ans. L’existence de 22 millions de travailleurs en position vulnérable (c’est-à-dire plus vulnérable encore que les autres) fait pression à la baisse des rémunérations et à l’aggravation des conditions de travail sur l’ensemble des salariés, mais il est faux de croire que les prolétaires sont amenés à changer beaucoup plus d’emploi qu’autrefois : « en moyenne, plus longtemps on est dans le salariat, plus longtemps on reste dans le même emploi ».

Une grande puissance industrielle

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Alors que l’on ne cesse de souligner la désindustrialisation des pays occidentaux, Moody montre la transformation de la structure industrielle aux Etats-Unis. Certes, là où 27% des salariés du privé travaillaient en usine en 1980, ils ne sont que 11% en 2010. Mais pourquoi 5 millions d’emplois de ce type ont-ils disparu ? Et où ? Surtout dans les secteurs traditionnels comme l’acier et le textile. Seule une faible partie (20%) de ces 5 millions d’emplois détruits l’ont été par les importations venues de pays à bas salaires. Délocalisation et sous-traitance n’expliquent pas tout non plus. Dans les produits made in the USA, la part des composants fabriqués sur le sol étasunien (le « contenu intérieur » de ces produits) est estimée à 85-90%, proportion supérieure à celle relevée dans d’autres pays.3 Comme d’ailleurs le Japon, les Etats-Unis, qui restent une grande puissance manufacturière, disposent de fortes « chaînes de valeur internes » et font moins appel aux importations que des pays aux assises industrielles moins solides.

En termes réels, la production industrielle étasunienne a cru de 131% entre 1982 et 2007 (avant la crise de 2008), soit de 5% par an : une croissance ralentie comparée à celle des années 1960, cependant la différence est bien moindre qu’on l’imagine (les « Trente Glorieuses » s’enorgueillissaient d’une augmentation annuelle de 6%). Cette progression a été effectuée par une main d’œuvre nettement réduite, mais les pertes d’emploi ont surtout eu lieu pendant les quatre grandes récessions : moins 2,5 millions d’emplois lors de la crise de 1980-82, moins 725.000 lors de celle de 1990-92, moins 678.000 lors de celle de 2000-2003, et 2 millions de moins après 2008. Ce déclin a pour cause essentielle l’augmentation de la productivité, c’est-à-dire une intensification systématique de l’exploitation au travail. Une des nombreuses manifestations en est la réduction des temps de pause : dans les tâches routinières et les services, ils ont chuté en moins de trente ans de 13% de la journée à 8%.

Dans le même temps, la marchandisation accélérée du quotidien transforme la vie de famille et par elle l’ensemble de la reproduction sociale : tâches domestiques, soins de santé élémentaire et des personnes âgées, principalement effectués autrefois par des femmes non rémunérées, sont pris en charge par du personnel professionnel, le plus souvent féminin, de couleur ou immigré. De 1990 à 2010, 8 millions de femmes supplémentaires sont venues travailler dans ces métiers manuels, pénibles et mal payés. Cela coïncide avec une forte évolution dans la composition de classe : les « non-Blancs » (souvent appelés maintenant persons of colour), qui n’étaient que 15 à 16% dans la production, les transports et les services en 1981, y occupaient 40% des emplois en 2010. Evolution normale dans un pays où, si les « Blancs » restent encore majoritaires, les minorités (afro-américaine, hispanique, asiatique…) sont en proportion croissante dans la population.

Concentration du capital… et du travail

Il est fréquent de constater (ou de regretter) la fin des « forteresses ouvrières »en Occident, et de répéter qu’il n’y aurait désormais d’usines géantes qu’en Asie. La réalité est différente.

« Plus le capitalisme est développé, plus étendu le marché qui constitue le trajet de sa circulation, et il tend, parallèlement, à une extension spatiale du marché et à une abolition croissante de l’espace au moyen du temps […]».4 Ce que Marx notait en 1857-58 s’exprime dans l’obsession contemporaine du Just In Time. Mais, aussi liquide que soit l’argent, aussi « virtuel » que tout devienne et si fluide que se métamorphose la valeur, encore faut-il gérer des flux physiques matériels dont la circulation exige un immense et complexe système de transport, de stockage puis d’expédition. Aux Etats-Unis, la logistique emploie 3,5 millions de personnes, dont 85% dans des métropoles ou de grandes zones urbanisées, lieux dont il se répète que les ouvriers y seraient désormais rares. Les clusters (bases ou noyaux de réception, de préparation des commandes et de distribution) de Los Angeles, Chicago et New York-New Jersey regroupent chacun environ 100.000 salariés. UPS en emploie 20.000 à Louisville et FedEx 15.000 à Memphis.

Cette tendance n’étonnera que ceux qui croient à un capitalisme désormais composé de petites unités, l’usine cédant la place à l’atelier et la start up abritée dans un loft faisant office de moderne bureau d’études. Aux Etats-Unis, les dix principaux équipementiers automobiles détiennent un tiers du marché. Les quatre premières entreprises de conditionnement de viande contrôlent les trois quarts de la distribution. A eux deux, UPS et FedEx emploient 40% des camionneurs et livreurs express, et 80% du personnel des chemins de fer de fret travaillent pour cinq transporteurs. Quatre sociétés monopolisent 90% des communications. Les dix grandes compagnies aériennes en 2000 ne sont plus que quatre aujourd’hui. Les trois-quarts des hôpitaux privés appartiennent à de grands groupes. En 2009, les huit principales chaînes de distribution alimentaire contrôlaient près de la moitié du marché.

A la concentration du capital, correspond celle du travail. Si 80% des ouvriers américains sont dans des entreprises de moins de 500 salariés, le nombre de ceux employés dans des entreprises de plus de 500 et de plus de 1.000 est en augmentation. Mis à part la finance, les assurances et l’immobilier, entre 1986 et 2008, 8,2 millions de salariés supplémentaires ont été embauchés dans des entreprises de plus de 500 personnes, et 5,7 millions dans des entreprises de plus de 1.000. Dans le secteur social et médico-social, les sites (des hôpitaux surtout) comptant au moins 1.000 salariés emploient 4,4 millions de personnes.

Si l’on est loin des 90.000 personnes qui travaillaient pour Ford à Baton Rouge en 1930, et s’il serait absurde de nier les évolutions, non seulement le travail n’est pas en voie de disparition outre-Atlantique, mais sa concentration en des points névralgiques renouvellent ses moyens de résistance et de lutte.

Comme Marx à son époque, et même en pratiquant l’enquête ouvrière qu’il recommandait en 1880,5 nous sommes amenés à utiliser des statistiques reflétant la compréhension que les bourgeois peuvent avoir et veulent donner d’eux-mêmes. D’autre part, les données ici réunies ne concernent qu’un seul pays capitaliste (le plus puissant du monde à ce jour).6 Elles n’en sont pas moins éclairantes.

Mais d’abord, quel était le but de Kim Moody dans son analyse ?

Limite du labor writer

Si Moody tient à montrer la permanence de la classe ouvrière et de sa lutte, c’est qu’il cherche quelles ont été, sont et seront les conditions d’un « vrai » mouvement ouvrier, né de la base et restant sous son contrôle. Il croit en effet possible un syndicalisme « lutte de classes », dont les structures reflèteraient l’auto-organisation des travailleurs, sans bureaucratisation, sans que tôt ou tard la négociation collective institutionnalisée transforme prolétaires et bourgeois en « partenaires sociaux ». Son activité et ses écrits militent pour radicaliser les luttes revendicatives et, à défaut d’un Parti du Travail digne du nom, il apporte son soutien à des forces politiques progressistes. Ce qui ne l’empêche bien sûr pas d’envisager la suppression du rapport travail/capital : pour lui, elle viendra d’une montée en puissance des travailleurs face aux bourgeois, l’intensification des résistances finissant par basculer en renversement de la classe dominante, les prolétaires auto-organisés prenant collectivement le pouvoir pour mettre en place un travail associé géré en commun. Perspective très différente de celle exposée sur ce blog.

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L’ancien et le nouveau

Pour autant, les éléments exposés par Kim Moody invitent à revoir plusieurs certitudes.

En particulier, la tendance à expliquer la relative atonie des luttes de classe en Europe, aux Etats-Unis et au Japon (c’est-à-dire dans les métropoles industrielles ayant dominé le monde depuis plusieurs siècles) par les nouvelles conditions d’emploi et de travail faites aux prolétaires « occidentaux » depuis trente ou quarante ans. Le chômage durable disloquerait les solidarités des quartiers populaires et ouvriers. La précarité désocialiserait. L’obligation de changer fréquemment d’emploi, voire de cumuler deux boulots à la fois, handicaperait l’organisation et l’action collectives. Enfin, l’éclatement des usines automobiles, des grands centres de tri postal, des agglomérations minières, etc., empêcherait la concertation et la mobilisation.

Or, si « l’emploi à vie » (qui n’a jamais concerné qu’une minorité, surtout masculine) a disparu, il est faux que la rotation des emplois soit si forte qu’elle enlèverait quasiment les possibilités d’association et de cohésion.

De plus, si en Occident et au Japon le capitalisme a brisé la plupart des grandes concentrations ouvrières, et s’il est infiniment plus difficile de se concerter et de faire grève à quarante qu’à deux mille, il est inexact que tous les prolétaires étasuniens du 21e siècle travailleraient dans des « sites » à la fois petits en taille et géographiquement éloignés d’autres entreprises (et donc d’autres prolétaires avec qui entamer une action commune).

Quant à la précarité, fin 19e siècle, en Angleterre, ce sont des catégories que l’on appellerait aujourd’hui précaires, sans embauche ni horaires assurés, employées par des sous-traitants, souvent dans de petits ateliers, dont l’auto-organisation a fini par créer un « Nouveau Syndicalisme » pour défendre leurs intérêts négligés par les syndicats de métier. De nos jours non plus, la précarité n’est pas un obstacle infranchissable à la combativité du personnel de Wal-Mart, de la restauration rapide, de l’hôtellerie, de la livraison express, des centres d’appel, des entrepôts de distribution en ligne…

S’agissant du chômage de masse, dans les années trente, son ampleur aux Etats-Unis (jusqu’à 25% de la population active selon les chiffres officiels) n’a pas empêché les grèves avec occupations d’usine, l’affrontement avec les milices patronales, la mobilisation ouvrière aboutissant à fonder une puissante centrale syndicale de type nouveau, le CIO, organisant les non-qualifiés et les OS. Par conséquent, si depuis une trentaine d’années les luttes des prolétaires étasuniens, européens et japonais se limitent généralement à résister et prennent rarement l’offensive, le poids du chômage n’en est qu’en partie la cause.

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Le problème ne contient pas à lui seul la solution

Les données réunies par Moody présentent un autre intérêt. Une tentation fréquente de la pensée radicale actuelle consiste à remplacer un prolétariat ouvrier jugé terrassé ou défaillant par un « précariat » beaucoup plus large et surtout n’ayant quasiment plus rien à revendiquer dans le capitalisme, rien sauf sa destruction. Dans cette vision, ce que l’on prend pour une désintégration de la classe ouvrière (et du « mouvement ouvrier » qu’elle avait créé) est interprété positivement comme la condition indispensable, sinon suffisante, de la révolution. Privés de possibilité réformiste, des centaines de millions de précarisés sans présent ni avenir dans les pays comme les Etats-Unis (et à l’échelle planétaire quelques milliards de personnes qui ne sont pas salariables du tout) n’auraient plus d’autre perspective que de crever, de végéter, ou de tout remettre en cause, le travail autant que le capital.

Il est vrai que, des Etats-Unis à la Grèce, l’action revendicative n’obtient plus grand-chose, et même échoue souvent à préserver les acquis que les bourgeois avaient dû autrefois concéder. Mais de ce fait incontestable, il est faux de conclure que nous approcherions (enfin) du seuil historique où les prolétaires n’ayant plus rien à défendre seraient voués à attaquer un système qui les nie. L’expérience passée et présente atteste que, coincés le dos au mur, les prolétaires ont plus d’une façon de réagir : éventuellement tenter de révolutionner le monde, mais surtout résister quand c’est possible, ou se résigner, espérer en un parti qui promet des changements (il en existe), rejoindre un syndicat (il en reste), se replier sur une base régionale, ethnique ou religieuse, voter pour un candidat qui s’engage à défendre le « travail blanc », et si aujourd’hui les capacités de communauté de lutte ne manquent pas, les occasions d’auto-destruction molle ou dure non plus.

Malgré leurs défauts et leurs présupposés, des études comme celle de Kim Moody démontent l’illusion d’une époque contemporaine réduite à l’alternative entre « Tout ou rien ». Il n’y a pas décomposition capitaliste du travail, mais recomposition. Pas plus au 21e siècle qu’au 20e, le capitalisme ne résoudra la question sociale à la place des prolétaires.

G.D., décembre 2016

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NOTES :

1 Kim Moody, US Labor : What’s New, What’s Not ?, 2016. Kim Moody a participé à l’International Socialist Organisation, et fondé et longtemps animé la revue Labor Notes. Parmi ses livres : US Labor in Trouble & Transition, Verso, 2007.

2 Même l’espace resté vide dans une valise peut être vendu à un commerçant ou un particulier qui le remplira de marchandises destinées au pays d’arrivée. Un voyageur va quitter la Chine en avion pour le Congo. On lui demande : « David, combien te reste-t-il de kilos dans tes bagages ? […] 40 kilos, tu es sûr ? Tu ne veux pas me les vendre ? 14 dollars par kilo, d’accord ? » D. Van Reybrouck, Congo. Une Histoire, Actes-Sud, 2012, p. 702. Un excellent livre.

3 Selon le Ministère du Commerce américain, en 2014, « Le contenu interne [domestic content] se montait à 51 cents pour chaque dollar dépensé par les consommateurs et les entreprises dans l’achat de produits manufacturés. » Cette statistique indique une moyenne, la proportion variant fortement, de 79% pour les produits alimentaires à 7% pour le tabac. Chiffres sensiblement différents de ceux de Moody, mais qui en tout cas ne confirment pas l’idée d’un raz-de-marée désindustrialisateur. http://www.esa.doc.gov/sites/default/files/whatismadeinamerica_0.pdf

4 Marx, « Grundrisse », Œuvres, Gallimard, t. 2, 1968, p. 251.

5 https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1880-enquete-ouvriere-marx/

6 D’autres études compléteront ou infirmeront celles de Moody. En attendant, on peut lire son analyse sur l’Angleterre : https://rs21.org.uk/2015/02/10/precarious-work-compression-and-class-struggle-leaps/