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Archives Mensuelles: août 2015

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L’extrême gauche, la gauche de la gauche ou la gauche radicale a encore une fois mangé son chapeau, ce qui nous démontre qu’elle ne peut être la solution. Le capitalisme ne peut pas être humanisé ou régulé car il n’est pas un monde de bisounours.

La question n’est pas et n’a jamais été: sortir de l’€uro ou sortir de l’UE, ce qu’ils n’ont même pas essayé de faire, mais bien sortir par l’expropriation et la destruction de l’Etat du mode de production capitaliste.

C’est ce que nous rappelle « zones-subversives » dans son éditorial du N° 20


 

Editorial n° 20                     Publié le 1er Août 2015

http://www.zones-subversives.com/2015/07/en-grece-les-masques-tombent-le-gouvernement-de-syriza-renonce-a-toutes-ses-promesses-electorales-pour-reprendre-une-politique-d-aus

L’extrême gauche du capital, en Grèce comme ailleurs, devient la meilleure alliée du patronat contre les classes populaires.

En Grèce, la mascarade gauchiste s’est rapidement effondrée. Le gouvernement de Syriza renonce à toutes ses promesses électorales pour reprendre une politique d’austérité (diminution des retraites, des salaires, des aides sociales…). Les gauchistes, qui ont toujours soutenu le nouveau pouvoir jusqu’à présent, reprennent leur vieille logorrhée : renoncements, capitulation, trahison.

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Il semble important de porter un autre regard sur la situation en Grèce. Tous les militants, journalistes et intellectuels adoptent la même posture. Ils se vivent en conseiller du prince et délivrent de savantes instructions pour mieux gouverner. Il semble plus important de dresser le bilan des illusions gauchistes et de s’appuyer sur cette séquence médiatique pour affirmer un point de vue politique, et non moral : l’extrême gauche mène à l’impasse.

Le gouvernement de Syriza pensait pouvoir gentiment négocier avec les dirigeants de France et d’Allemagne. Ils voient l’Union Européenne comme un espace de discussion démocratique entre gens de bonne compagnie. Celui qui avance les arguments les plus rationnels doit alors emporter la décision. Les économistes marxistes de Syriza, tous universitaires, proposent la meilleure politique économique pour relancer le capitalisme en Grèce et en Europe. Seulement voilà, la politique n’est pas un colloque universitaire. C’est un rapport de force.

Ensuite, même si les bureaucrates de Syriza parviennent à gagner leur bras de fer, ils s’engouffrent dans une même impasse. La social-démocratie et les leviers de politiques économiques chers aux keynésiens semblent en ruine. Les contraintes administratives ne permettent plus de mener des politiques de dépenses publiques. La situation ressemble furieusement à la formule de Rosa Luxemburg : « Socialisme ou barbarie ». Le compromis et la négociation deviennent impossibles. Seul un affrontement brutal entre les capitalistes et les classes populaires devient crédible. La solution n’est évidemment pas la sortie de l’euro, avancée par les économistes atterrants à la Lordon, mais une sortie du capitalisme.

Toute l’extrême gauche a soutenu Syriza (Front de gauche et NPA en France….., Podemos en Espagne). Cette extrême gauche n’est qu’une gauche du capital. Cette gauche réellement à gauche ne regroupe que des larbins du patronat. Ils veulent aménager le capitalisme pour défendre leurs intérêts de classe. Les dirigeants de ces partis appartiennent tous à la petite bourgeoisie intellectuelle et sont dans leur immense majorité des universitaires. Cette classe sociale s’appuie sur les partis d’extrême gauche pour prendre le pouvoir. Et le garder avec acharnement. Il n’y a aucune illusion à avoir sur ces partis.

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Au contraire, toute cette extrême gauche doit être considérée comme un ennemi de classe. Plus populaire que les autres partis, Syriza peut mener des politiques d’austérité sans susciter autant de mécontentements que les méchants libéraux et les vilains fascistes. L’extrême gauche se révèle donc la meilleure alliée du patronat. Et les anarchistes courent à leur remorque. Ils ne cessent de s’inféoder à cette extrême gauche dans des collectifs bidons (notamment pour combattre une supposée menace fasciste). Les anarchistes ne font qu’entretenir les illusions des gauchistes. En Grèce, même le snobisme moral du refus de voter est laissé à l’abandon pour s’aligner sur cette extrême gauche du capital.

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Vous critiquez, vous critiquez, mais qu’est-ce que vous proposez ? Il faut répondre à cette injonction surtout destinée à faire taire toute critique. Aucun programme, aucun parti, aucun plan ne semble crédible. En revanche, il est possible de s’appuyer sur les luttes sociales. En Grèce, il existe des quartiers. La radicalisation et la coordination des luttes permettent d’ouvrir de réelles possibilités nouvelles. Mais les assemblées restent encore sous l’emprise de l’extrême gauche et des anarcho-gauchistes. Il semble important de créer une véritable solidarité de classe entre travailleurs, chômeurs, précaires. Au-delà des catégories administratives, nous sommes tous des exploités. Les luttes ne doivent plus se contenter de jouer les aiguillons d’un gouvernement de gauche. Les assemblées doivent détruire l’Etat pour inventer une nouvelle forme d’organisation, sans hiérarchie ni exploitation.

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La situation de la Grèce est un laboratoire de recherche pour le capitalisme en crise    Pierre Lehoux – 10 juillet 2015

 L’Union européenne est un instrument des impérialismes français et allemands pour dominer les pays d’Europe centrale et du Sud. La menace de sortie de l’Euro brandie par le gouvernement grec est un prétexte de plus pour mettre sous perfusion l’économie grec.

Si la crise apparaît sous la forme financière, forme la plus répandue du capitalisme contemporain, sa substance et ses racines résident au cœur des mécanismes de production, et plus spécifiquement dans la crise du profit qui s’exprime dans la baisse tendancielle du taux de profit ; cette baisse tendancielle, Marx l’analyse ainsi :

« A tous points de vue, c’est la loi la plus importante de l’économie moderne. En outre, elle est essentielle à la compréhension des rapports les plus complexes. ». (Karl Marx, Fondements de la critique de l’économie politique, éd. Anthropos, 1969, tome II, p. 275)

La situation de la Grèce permet de mieux comprendre la crise dans son ensemble

 D’une manière générale, avec la crise, les lois du marché agissent aveuglément dans ce sens.

Le capital constant (usines et moyens de production) est dévalorisé. Des entreprises en difficulté peuvent être rachetées à bas prix. Les prix des matières premières s’écroulent. Les salaires sont laminés sous la pression d’un chômage massif. Il y a là des facteurs favorables à un redressement du taux de profit.

Néanmoins, ils sont limités car, en même temps que ces phénomènes se produisent, la composition organique (1) reste élevée puisque l’importance du capital fixe reste prépondérante, que la consommation diminue en même temps que la quantité de travail vivant utilisée.

Une forte destruction de capitaux, marquée par des dettes non remboursées, des faillites, des fermetures d’usines, est évidemment beaucoup plus efficace pour relever le taux de profit. Du côté financier d’abord, où les centaines de milliards de dollars de capitaux fictifs qui s’évaporent favorisent un redressement du taux de profit moyen. L’effondrement des cours boursiers induit d’ailleurs une amélioration des rendements financiers car les ratios bénéfices/prix des actions montent malgré la baisse des bénéfices (2). Il constitue ainsi en lui-même une contre-tendance.

Du côté du capital matérialisé ensuite, la destruction d’une masse importante d’entreprises élimine les moins performantes, ce qui tend aussi à élever le taux de profit moyen et à diminuer la suraccumulation relative à ce taux de profit.

Cependant, toutes ces évolutions ne changent rien à la structure même des rapports de production dont la crise a montré qu’ils ne permettaient plus la poursuite du procès de valorisation et de reproduction du capital, notamment la poursuite de gains de productivité suffisamment générateurs de plus-value supplémentaire. A supposer même – supposition toute théorique – que ces évolutions permettent une reprise de ce procès, ce serait tout à fait éphémère puisque les mêmes causes produiraient immédiatement les mêmes effets.

Le carburant nécessaire et essentiel de la reproduction du capital est toujours la croissance de la production de plus-value. Or ceci passe, pas uniquement mais fondamentalement, par l’accroissement du taux de plus-value, ou taux d’exploitation (pl/Cv).

Accroître ce taux est un problème qui, avec la crise, concerne d’autant plus chaque capital qu’il s’agit de ne pas être celui qui sera éliminé mais, au contraire, d’être celui qui sera le moins dévalorisé, celui qui conservera la meilleure capacité à se reproduire. Ce problème concerne aussi les Etats. Ceux-ci doivent en effet reproduire les sociétés qu’ils organisent et donc chercher à y maintenir les capitaux, les emplois, les centres financiers où refluent les profits des multinationales. La crise aiguise ainsi les rivalités en même temps qu’elle favorise une concentration accrue de capitaux.

Et pour gagner cette bataille – du moins tant qu’elle ne tourne pas au seul affrontement militaire – la priorité est d’augmenter le taux d’exploitation, de modifier les rapports de production précédents devenus obsolètes. Le rôle de l’Etat est alors essentiel car il n’y a que lui qui peut avoir la force de peut-être réussir à imposer aux prolétaires les changements qui aggraveront considérablement leur situation puisqu’il s’agit d’obtenir une forte extorsion de plus-value supplémentaire.

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Pour y parvenir, l’Etat devra abandonner ses derniers oripeaux démocratiques, se faire ouvertement policier et totalitaire. Ce processus est déjà partout en cours. L’Etat devra aussi jouer de son hégémonie pour essayer de souder le peuple derrière lui dans les batailles et guerres qui se multiplieront entre blocs rivaux pour la domination et l’accaparement des richesses mondiales. Le référendum grec est de ce point de vue une réponse du capital grec aux capitaux concurrents.

Pour ce faire, il s’emploiera à faire apparaître la concurrence entre capitaux comme une concurrence entre peuples, ce que la bourgeoisie a déjà réussi à faire mainte fois dans l’histoire. Ces guerres impérialistes seront et sont déjà présentées comme une mission civilisatrice imposant « les droits de l’homme » et la démocratie et extirpant le terrorisme.

L’étatisme est le plus grand danger qui risque d’obscurcir la conscience ouvrière dans les luttes décisives qu’elle aura à mener au cours des prochaines années. C’est pourquoi, il convient de s’y attaquer en priorité en montrant où mènent toutes les positions qui préconisent de renforcer le rôle de l’Etat, inclusion faite des positions dites de gauche qui ne se distinguent en cela de la droite qu’en lui reprochant de ne pas le faire assez.

La faillite de la Grèce n’est en rien une menace pour l’impérialisme. Elle n’est que l’expression d’un moment ou la crise du système se renforce et où les Etats du Centre impérialiste accroissent la concurrence entre les peuples dominés. La Grèce est un bon laboratoire pour tenter de freiner la baisse du taux de profit.

Les effets des interventions des Etats pour sauver le système financier

Les interventions de l’Europe pour sauver le système financier entraîne une énorme création monétaire pour subventionner les banques et autres entreprises en déroute, au moyen d’un gonflement tout aussi énorme des dettes publiques et de l’absorption par la banque centrale d’un monceau de créances « toxiques » et de titres de la dette de l’Etat (la dette a atteint le taux mirobolant de 175 % du PIB).

Aujourd’hui, l’économie stagne, les recettes fiscales sont au plus bas, la production et l’emploi sont déprimés, et les entreprises manquent de capitaux.

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L’impact humanitaire a été colossal : 40 % des enfants grecs vivent dans la pauvreté, la mortalité infantile monte en flèche et le chômage touche près de 50 % des jeunes.

La contraction des salaires, réduction des dépenses publiques, coupe des retraites, privatisations et dérégulations, et augmentation des impôts entraînent une baisse de la consommation et de l’activité, et une hausse du chômage. Mais cela ne suffira pas vu l’ampleur pharaonique de la dette publique et le ralentissement de l’activité qui ne sera pas résorbé pour autant.

L’Etat grec devra recourir à de nouvelles émissions monétaires ; le remboursement de ses dettes se fera donc en monnaie dévalorisée, ce qui s’apparente à un moratoire.

D’ailleurs, rien ne dit qu’il ne décrétera pas ouvertement un tel moratoire. Il y rajoutera aussi évidemment, comme il a déjà commencé à le faire à grande échelle, une réduction drastique des dépenses publiques dans les domaines de la santé, de l’éducation, des aides sociales, etc. Il continuera à augmenter les dépenses policières et les aides à la valorisation des capitaux. Il le fera notamment en accentuant la diminution des charges sociales payées par les entreprises. Cette méthode d’abaissement des coûts salariaux systématiquement utilisée depuis les gouvernements de gauche des années 80 semble inéluctable, quels que soient les gouvernements.

Pour le moment, cette inflation monétaire ne se traduit pas en hausse importante des prix des biens de consommation. Au niveau européen, les liquidités fournies par la Banque Centrale :

– servent à effacer les dettes privées, ce qui réduit d’autant la masse monétaire, ou

– sont thésaurisées en attente de la fin de la crise, ou encore

– se placent en titres des dettes des Etats considérés comme les plus sûrs, les USA au premier chef, mais aussi l’Europe et le Japon.

Tout cela a pour effet de gonfler une nouvelle bulle financière. Celle-ci éclatera immanquablement. ne serait-ce que parce que les prix de ces titres s’effondreront avec la hausse des taux d’intérêts des nouvelles émissions. Cette hausse adviendra quand les prêteurs rechigneront à continuer à les acheter, lorsqu’ils réaliseront qu’ils seront remboursés en monnaie de singe du fait de la masse qui en a été émise.

La mondialisation a d’ailleurs permis jusqu’ici de contenir la hausse des prix nominaux des biens de consommation dans des limites basses en renforçant la pression à la baisse des coûts salariaux. La crise, avec le bradage des marchandises dans le climat de concurrence exacerbée qu’elle induit dans un premier temps, renforce cette tendance immédiate au ralentissement de la hausse des prix jusqu’à même produire une baisse (déflation).

Mais depuis quelques années, les nombreux programmes d’ajustement infligés à la Grèce et consorts n’ont conduit qu’à l’instauration d’une Grande Dépression comparable à celle qu’a dû traverser l’Europe entre 1929 et 1933.

Mais cette situation pourrait évoluer au cours de la crise sous l’influence de divers facteurs tels que, par exemple:

– l’affaiblissement de la concurrence due à la diminution de la production du fait de la faillite de nombreuses entreprises et à l’accentuation de la concentration oligopolistique;

– la résistance ouvrière à de plus fortes baisses de salaires, y compris dans les pays émergents;

– l’élévation des barrières protectionnistes;

– l’augmentation des dépenses militaires;

– les dévalorisations monétaires massives et généralisées que nous avons évoquées ci-dessus

C’est bien parce que le capitalisme moderne nécessite un système de crédit ultradéveloppé, donc une monnaie stable, conservant la valeur, que le « monétarisme » et la soi-disant indépendance des banques centrales se sont imposés comme une nécessité après les années 70 de forte inflation.

En réalité, le procès de valorisation du capital n’est pas fondé sur la monnaie, bien qu’elle lui soit évidemment nécessaire et que son rôle s’accroît avec l’importance qu’y prend le crédit pour qui la stabilité monétaire est une exigence. Il est fondé sur l’augmentation de la masse de valeur produite générant toujours plus de plus-value. On en revient à ce constat que la crise n’est pas financière, que le sauvetage du système financier, pour nécessaire et urgent qu’il soit pour le capital, ne résout pas pour autant le problème de fond que la crise révèle.

Non seulement le système financier ne fait que fournir par le crédit une dose de dopant supplémentaire au capital, mais en augmentant la dette publique, il en fait payer l’énorme prix aux couches populaires.

Pour que le capital puisse relever son taux de profit moyen et reprendre son procès de valorisation et d’accumulation, deux conditions complémentaires doivent essentiellement être réunies au-delà du maintien à flot du système financier: première condition, détruire une grande masse de capitaux, non seulement sous leurs formes financières mais aussi sous leurs formes matérialisées, pour en réduire « l’excédent » et aussi pour pouvoir reconstruire un système de production qui permette, deuxième condition, d’augmenter le taux d’exploitation pl/Cv (réduire la composition organique du capital n’est, aujourd’hui, qu’une possibilité au mieux mineure).

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La transformation des rapports de production, le cœur de la lutte des classes. 

Quant aux effets « bénéfiques » de la mondialisation, ils s’épuisent également. La poursuite des baisses des coûts de production se heurte à des salaires déjà extrêmement bas et à des révoltes contre la misère, contre l’impérialisme, et contre les graves dégâts écologiques que la bourgeoisie doit prendre en compte, au moins dans la mesure où elle peut en être elle-même victime tant qu’elle vit sur la même planète que les prolétaires.

Ce sombre tableau ne signifie pas pour autant que le capitalisme va s’effondrer tout seul. Il montre seulement que les moyens mis en œuvre jusqu’ici ne suffisent pas à relancer la valorisation du capital de manière assez vigoureuse. D’où l’engagement des principaux Etats pour sauver le système financier à coups de milliers de milliards de dollars et pour fournir au capital la plus-value qu’il réclame.

Mais si la crise ne se résout que par des destructions, pourquoi ne pas choisir de détruire le capitalisme?

On le peut, et il le faut car c’est le seul « humanisme » vrai aujourd’hui. Il faut alors comprendre que ce qui pousse le capital à devoir détruire tant de richesses et tant d’individus contient aussi les conditions de la destruction du capital, de l’abolition de l’appropriation privée des moyens de production.

Cette crise révèle combien ces conditions sont mûres.

Il revient aux communistes de travailler à le faire voir le mieux possible afin de montrer que ce qui conduit aux pires catastrophes dans le cadre d’un capitalisme « rénové », peut conduire à une communauté d’individus libres dans un système où les prolétaires prendraient le pouvoir et s’émanciperaient de l’exploitation et de la domination bourgeoises.

Pierre Lehoux – 10 juillet 2015

 
  • La composition organique du capital est le rapport entre le capital constant (les moyens de production) et le capital variable (le travail productif de plus value) investi dans le circuit du capital.
  • Les Bourses de Hong Kong, Shangai et Tokyo s’affichaient en forte baisse mercredi, plombée par la chute des marchés chinois et les négociations entre la Grèce et ses créanciers. La Bourse de Shanghai a dévissé de près de 6% mercredi en clôture, dans un climat de panique générale en dépit de nouvelles mesures d’urgence des autorités et de la suspension des échanges sur quelque 1300 titres des marchés chinois.Même si la crise grecque n’arrange pas les choses, la raison principale de la correction des bourses continentales chinoises est à chercher localement: la Bourse de Shanghai avait gonflé de 150% en douze mois, se déconnectant de l’économie réelle. Après un an d’emballement financé en grande partie par des emprunts, le marché boursier chinois a abandonné plus de 30% en trois semaines, voyant s’envoler plus de 3200 milliards de dollars (3027 milliards de francs) en valeur, selon une estimation de l’agence Bloomberg. Soit une douzaine de fois le PIB de la Grèce l’an dernier.

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La récente et nouvelle crise des prix de la production agricole française est là pour nous rappeler qu’en un siècle nous sommes passés d’une agriculture paysanne parfois de subsistance à une agriculture industrielle et productiviste. L’agriculteur qui ravitaillait les villes et nourrissait le pays est devenu un agro-buisnesman qui agit à l’export sur un marché mondialisé. Il est maintenant, qu’il le veuille ou non, un maillon de la chaîne agroalimentaire où sévissent, les semenciers et fournisseur d’intrants de produits phytosanitaires ou vétérinaires, les traders de matières premières agricoles, les industriels de la transformation et les géants de la distribution, chacun essayant au mieux de valoriser son propre capital. Dans un secteur de plus en plus concurrentiel les plus petits producteurs, les moins perspicaces, voient leurs efforts réduits à néant avec des investissements : un capital qui ne se valorise plus et les conduit irrémédiablement à la faillite.

Ce process de production calqué du capitalisme industriel conduit à la standardisation des produits. La production de masse à toujours plus bas coût, au prétexte de nourrir l’humanité, génère des denrées de médiocres qualités produites sans considération des dommages collatéraux : pollution, épuisement des terres, ruine des petits producteurs, crises sanitaires…destructions de stocks alimentaires, ceux là même qui pourraient nourrir la partie toujours affamée de l’humanité, qui n’a pas les ressources pour acheter ces marchandises.

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Conscience politique et consommation

Être communiste c’est d’abord avoir une conscience politique, c’est savoir au plus profond de soi que le système économique qui nous régit est une machine à exploiter les masses au profit de la bourgeoisie. C’est comprendre que le capitalisme est incapable de se reproduire sans occasionner destructions et misère et qu’il est impératif de le détruire avant qu’il ne nous détruise. C’est aussi ne se faire aucune illusion sur les possibilités de réforme et d’amélioration dudit système, on ne soigne pas un cancer avec des pansements.

Face à un système conçu pour enrichir et permettre à la classe dominante de se maintenir au pouvoir, nous sommes lucides. Nous savons d’expérience que celle-ci ne recule devant rien pour accroître sa richesse et son pouvoir : pillage des ressources naturelles, délocalisations, chômage, surexploitation, guerres… En fin de compte, cette classe dirigeante, minorité de profiteurs, ne nous offre comme modèle de société qu’un chaos dédié à la surconsommation et au chacun pour soi. Dans ce monde sauvagement concurrentiel dominé par les transnationales, où les Etats sont asservis aux besoins des entreprises, la seule logique est de gagner, et de gagner toujours plus (profession de foi élevée en slogan de campagne présidentielle par Nicolas Sarkozy, « travailler plus pour gagner plus »). Et à tous les étages, de la multinationale jusqu’à l’individu. Avec une telle logique vénale, avec une telle philosophie de la vie, quelle place pour les considérations humaines ou écologiques ? Aucune. Les pratiques et dégâts de l’agriculture intensive par exemple, partie visible de l’iceberg, sont là pour nous le rappeler : utilisation massive de pesticides occasionnant la disparition des pollinisateurs et des maladies graves chez les humains, utilisation tout aussi massive des hormones de croissances et des antibiotiques dans l’élevage ayant également de lourdes conséquences sur la santé humaine et sur l’environnement, culture et vente des OGM sans précautions aucune, etc. Au bout de la chaîne, la société de consommation affiche le résultat de son programme : épidémies mondiales d’obésité et de maladies liées à l’alimentation, diabètes, cancers, ostéoporoses, maladies cardio-vasculaires, et comme on le suspecte, peut-être maladie d’Alzheimer. On est bien loin de l’american way of life et bien proche de l’american way of death.

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L’augmentation de fréquence de toutes ces maladies est provoquée par les variations néfastes des facteurs environnementaux. L’alimentation est la première variable environnementale et donc la première cause de ces épidémies. On mange mal et en trop grande quantité, abreuvés par la pub, manipulés par les stratégies commerciales et les études scientifiques biaisées. Et pour se faire on détériore la planète.

Pendant ce temps, ailleurs, d’autres meurent de faim.

La liste des scandales qui viennent éclabousser et décrédibiliser l’industrie alimentaire et l’agriculture intensive n’en finit pas de se rallonger : vache folle, volailles à la dioxine, grippe aviaire, lait maternisé à la mélamine en Chine, viande chevaline Spanghero vendue pour du bœuf, etc. Sans oublier ce qui se suspecte sans qu’il n’y ait encore de preuves flagrantes, l’effet nocif (allergène, cancérigène, neurotoxique) de beaucoup de substances additives ou de certains OGM.

La conscience de plus en plus développée chez les « consommateurs » (terme cher à la terminologie politique capitaliste) des dangers potentiels liés à ce qu’ils mangent et de la dégradation de notre planète entraîne des changements de comportements. Le succès grandissant de la filière bio en est un effet. Ainsi face à des dangers sanitaires concrets de plus en plus de gens se tournent vers l’agriculture raisonnée ou biologique ou vers le commerce équitable (la France est devenue en 2014 le troisième pays producteur européen de bio(1)). Les AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) sont en plein essor. Et de plus en plus de particuliers se remettent à produire eux-mêmes une partie de leur alimentation dans leurs jardins ou sur des lopins collectifs.

Il y a donc une réaction d’une partie de la population aux niveaux national et international qui s’accompagne d’une modification, à une échelle encore modeste, mais grandissante, des comportements sociaux et alimentaires.

Une prise de conscience écologiste des méfaits du capitalisme sur l’alimentation, ou plus exactement des méfaits de l’alimentation industrielle. Une précision qui s’impose car remettre en cause une industrie n’est pas remettre en cause le système économique qui fait qu’elle fonctionne ainsi.

Prise de conscience ne veut pas dire conscience politique ! Prendre la mesure d’un problème grave ne signifie pas trouver d’où provient ce problème. Il y a un effort à faire entre voir et comprendre, entre comprendre et agir. Il faut relier la conséquence, ici l’effet délétère des industries alimentaires et chimiques et de l’agriculture intensive sur la santé et la Terre, à la cause qui en est responsable : le fonctionnement même de l’économie inféodé à la recherche du profit maximal, encore et toujours.

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Et cette cause n’est pas accidentelle ou isolée, réduite à quelques entreprises, elle est globale, induite dans le fonctionnement fondamental de l’économie de marché. Elle est le moyen qu’utilisent les puissants de ce monde pour extorquer la valeur nécessaire à leur maintien et leur reconduction.

On décèle ici les limites de l’écologie politique qui a pour ambition une société basée sur le respect de la nature, de la biodiversité et de l’homme. Belle ambition, mais qui montre immédiatement ses limites quand il est question de voir comment. La contribution des verts souvent apportée en tant que parti de gauche à l’exercice du pouvoir décrédibilise son propos. Un capitalisme propre respectueux de la nature et des peuples, ça n’existe que dans les fantasmes bourgeois. On ne changera pas de société en contribuant à la maintenir, on ne sauvera pas la planète par la limitation des comportements destructeurs, on sauvera la planète et on se sauvera, en changeant radicalement de comportement et de manière de fonctionner. On pourra nous rétorquer qu’il vaut mieux faire un peu au gouvernement, agir et ralentir la catastrophe maintenant, par des mesures et des lois, plutôt que de lutter pour un changement révolutionnaire incertain dans un avenir totalement opaque. Malheureusement ce raisonnement et cette volonté de panser les plaies d’un système pourrissant ne conduit qu’au maintien de celui-ci, et par voie de conséquence, à l’aggravement de la maladie incurable qu’on essaye de soigner. Le remède devient pire que le mal. Non il ne faut pas gouverner avec les propagateurs de malheurs, mais au contraire tout faire pour les empêcher de gouverner et de nuire.

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Ce qui différencie un communiste d’un écologiste c’est qu’il sait que tous ces scandales alimentaires cités plus haut ne sont pas des accidents ou des épiphénomènes mais bien le résultat de pratiques courantes et d’une logique de marché. Et qu’il est illusoire de croire que l’on pourra mettre en place tous les garde-fous que l’on peut imaginer et légiférer pour le bien commun, la machine capitaliste continuera à s’emballer et à agir contre le bien commun et pour des intérêts particuliers. Elle continuera à réfléchir en termes de rentabilité plutôt que de santé. L’Europe a d’ailleurs été conçue pour offrir aux grands groupes industriels un cadre législatif allégé qui vient remplacer les législations nationales plus contraignantes.

Ce n’est pas consommer bio ou raisonné et créer des réseaux de distribution parallèles qui sauvera l’humanité et la nature, mais bien l’arrêt d’une logique économique destructrice et meurtrière.

Le capitalisme est trop adaptatif pour ne pas encaisser les effets des changements de comportements sociaux et alimentaires. Le bio ça marche ? Parfait, les rayons des hypermarchés gonflent et se remplissent de produits aux étiquettes vertes et les labels se multiplient : on appelle cela le Greenwashing, en français l’éco blanchiment. Les normes sont confectionnées aux petits oignons pour l’industrie. L’Europe adapte à la hausse les seuils de tolérance des OGM et pesticides dans les produits bios pour ouvrir le marché aux industriels. Et preuve que ce nouveau marché est déjà conquis et assimilé, l’évolution de l’agriculture biologique européenne se trouve étroitement liée aux politiques de soutien des États. Les analyses montrent très clairement la corrélation entre la mise en place d’aides financières et le développement des reconversions (2).

Les défenseurs du capitalisme auront beau dire que les problèmes découlent de comportements délictuels, de brebis galeuses, ils convainquent de moins en moins. Il est bien commode de décharger sur les épaules de crapules prises les mains dans le sac les maux d’une économie tenue par des crapules qui encourage continuellement la recherche de combines pour accroître les bénéfices.

Pour les défenseurs du capitalisme ou les naïfs, ses défaillances sont toujours dues à des facteurs humains, à des Madoff, des Kerviel et autres, non au système. On peut leur donner en partie raison, il y a toujours des hommes derrière ! Tout est dirigé et maintenu par des hommes. Car le capitalisme n’est pas une entité abstraite insaisissable, une machine extérieure qui régirait les rapports de production et d’échange indépendamment de tout décisionnaire. Il est le nom que l’on donne à ces rapports de production et d’échange, eux-mêmes contrôlés par la classe dirigeante.

En transformant ces rapports radicalement, en détruisant les rouages étatiques, en abolissant la propriété privée des moyens de production, en chassant les profiteurs et les exploiteurs, en faisant disparaître les classes sociales, on abattra le capitalisme.

Comme nous l’avons évoqué la Terre va mal et se dégrade, la biodiversité s’effondre, les épidémies explosent, la santé mondiale se dégrade. La visibilité des dégâts provoqués par le fonctionnement de nos sociétés est criante et alarmante. La prise de conscience des catastrophes en cours est une première étape qui a mené à des changements croissants de comportements à la base, chez les individus, à une adaptation en somme.

Mais ne soyons pas dupes, ces changements de comportements ne changeront pas les règles. Et si le consommateur croit en la vertu de l’action individuelle, c’est qu’il est empoisonné par l’idéologie dominante et les vieilles antiennes (il faut d’abord changer l’homme pour changer la société).

Il y a un grand saut encore à faire entre prise de conscience et conscience politique.

Un saut que beaucoup de « consommateurs » ne feront jamais. Et pour cause… Consommateur n’est pas une classe sociale mais un ensemble. L’ensemble de tous les êtres humains, du petit artisan au grand patron, de l’enfant au vieillard.

La terre va mal et se dégrade, oui, mais que faire ? Armés de notre conscience politique de classe nous ne pouvons dans l’état actuel de nos forces qu’agir pour propager notre vision des choses. Et avertir que si nous ne transformons pas radicalement notre façon de vivre, si nous n’abattons pas le capitalisme, nous sommes perdus. En attendant, nous qui sommes victimes et qui comprenons, rien ne nous empêche de tout faire pour nous mettre nous-mêmes à l’abri avec nos proches, en nous alimentant mieux, en privilégiant le bio et le commerce de proximité, en limitant notre impact sur la nature. Mais là encore, se sauver n’est pas donné à tout le monde, le bio étant en moyenne deux à trois fois plus cher que la nourriture conventionnelle, il apparaît comme un marché privilégié destiné avant tout à une clientèle aisée. De celle par exemple qui, par ses choix politiques, souhaite maintenir le capitalisme sur ses rails. Et qui donc par ses actes détruit la planète, empoisonne les pauvres mais compte bien se mettre à l’abri individuellement. Comme si l’on pouvait survivre quand tout s’écroule…

                                                                        D.B et J-M.A       Juillet 2015

Regroupement Communiste bénéficie dulabel


Avec 4 % de ses surfaces agricoles et 1,1 million d’hectares cultivés en bio, la France a dépassé l’Allemagne et affiche la troisième surface bio d’Europe, derrière l’Espagne et l’Italie. Malgré la crise et les prix généralement plus élevés des produits issus de l’agriculture biologique, le marché a atteint 5 milliards d’euros en 2014, en hausse de 10 % sur l’année. (Source de l’Agence Bio présentant l’état des lieux du bio à la veille du Salon de l’agriculture 2015.)

La production en bio a doublé en cinq ans (de 2007 à 2012). En 2014, plus de 2 000 producteurs se sont nouvellement engagés en agriculture biologique, principalement en cultures maraîchères et fruitières, grandes cultures et élevages bovins (lait et viande). Surtout, l’Hexagone fournit désormais 75 % des produits consommés en France : ainsi 10 % du lait acheté en France est bio. (lemonde.fr, 18/02/15)