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Archives Mensuelles: février 2015

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Ecole de la République ou Ecole capitaliste

« Assurer l’égalité des chances ??? ou assurer le système capitaliste par la reproduction de ses élites »

Dans la réalité, pourtant, l’enseignement français contredit en tout point l’idéologie dominante. Le système ne répond qu’à une seule logique: dégager une élite, utile à la nation.

Aux « âmes bien nées », petits cracks forts en maths issus des milieux favorisés, les classes prépa et le bicorne.

Aux « ratés », les sales notes, les collèges sinistrés et les voies de garage.

Aux autres, enfin – l’immense majorité des élèves – une scolarité au déroulement aléatoire, soumise à l’écoute et au savoir-faire fluctuants du personnel enseignant qui, souvent, ne s’adresse vraiment qu’aux têtes de classe.

Les parents? Ils tâtonnent, s’inquiètent pour l’avenir de leur progéniture, et rêvent pour elle (quand ils le peuvent) du meilleur.

Sans en être toujours conscients, ils se soumettent à l’injonction tacite du système: viser l’excellence académique, rien qu’elle.

Le système éducatif sert à trier les meilleurs.

Celui qui n’est pas « assez bon » en maths, en français ou en histoire ira dans l’enseignement professionnel ou technologique, alors qu’il peut avoir d’autres talents qui méritent d’être pris en compte, un très bon niveau sportif, un don pour la musique…

Celui qui a réussi à passer dans la voie générale, mais qui n’est pas doué en maths, préparera un bac ES (économie et social) et diminuera ses chances d’intégrer une classe préparatoire, etc. Tout le monde a ce schéma dans la tête: les parents et les enseignants.

D’un côté les grandes écoles, riches et dotées d’excellents professeurs, avec leurs classes préparatoires elles scolarisent 75 000 élèves – soit 3,50% des étudiants – et, de l’autre, l’université où sont accueillis plus de 2 millions d’étudiants, n’a pas d’argent et ne peut pas pratiquer de sélection à l’entrée. (sauf en augmentant les frais d’inscription)

Du coup, près de 40% des étudiants ne terminent jamais leur DEUG: un gâchis terrible!

Aujourd’hui, 62% des jeunes d’une classe d’âge décrochent un bac.

Ce système éducatif est fait pour les 30% d’enfants qui marchent droit, et qui peuvent ensuite espérer gravir les échelons de l’excellence.

A côté de ceux-là, 65 000 jeunes sortent de l’école sans aucun diplôme.

Près de 20% des élèves de sixième ne savent pas lire un texte simple ou faire une opération facile de calcul.

Et seulement 33% des jeunes d’une génération obtiennent un bac général (par opposition à un bac technique ou un bac pro. ?.).

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Crise oblige, les grandes écoles sont devenues beaucoup plus sélectives. Alors que le nombre d’élèves scolarisés a explosé ces deux dernières décennies, les effectifs des quatre écoles phares de notre système éducatif – l’ENA (école nationale de l’administration), Polytechnique, HEC et Normale sup – ont proportionnellement peu augmenté.

A Polytechnique, le nombre d’étudiants français admis en première année est passé de 230, il y a vingt ans, à 400 aujourd’hui. Et ne parlons pas de la mixité sociale! Le taux des jeunes issus de milieux populaires était, dans les années 1950, de 30% à Polytechnique, à l’ENA, à Normale supérieure et à Centrale.

Dans les dernières statistiques, datant de 1995, ces élèves n’étaient que 9%, et leur nombre ne cesse de diminuer. En revanche, 83% des admis à l’ENA et 86% de ceux d’HEC sont enfants de cadres, d’enseignants ou de professions libérales. C’est de la reproduction sociale pure et simple.

Tout le monde paie pour ces « gosses de riches ».
Un élève préparationnaire coûte 15 000 € par an au contribuable. Un étudiant à l’ENA 83 300 €

Un étudiant de l’université,10 700 € seulement.

Polytechnique (école militaire) est l’exemple même de la grande école où les élèves, sont payés (700 €/mois) pour étudier,comme ceux de Normale Sup (1350€/mois) ou de l’ENA (1300€/mois)

Aujourd’hui, 65% de ces gosses de riches partent travailler dans le privé, où on leur offre des ponts d’or. L’ENA connaît la même évolution.

Les prolétaires financent par leurs impôts leurs études ( la formation d’un énarque coûte 250 000€ aux contribuables)

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Les 15 premiers sortis de l’ENA choisissent l’un des grands corps de l’Etat (Inspection des finances, Conseil d’Etat ou Cour des comptes). Plus tard ils pourront passer de l’Etat au privé suivant les besoins pour valoriser tel ou tel secteur que l’Etat doit financer et puis y retourner pour occuper des sièges de ministre ou de président…

Emmanuel MACRON nous donne une bonne illustration de ce système : papa médecin professeur de Neurologie, maman médecin conseil à la Sécurité Sociale, études au Lycée Henri IV, Bac S, Institut d’Etude Politique de Paris, ENA, Inspection Générales des Finances, Banquier chez Rothschild & Cie, puis associé dans le même établissement financier, Secrétaire Général Adjoint de l’Elysée et enfin Ministre de l’Economie…

Le diplômé d’une grande école possède une rente à vie!

En 1996, 50% des dirigeants des 200 plus grandes entreprises françaises ont été formés dans ces Grandes Ecoles, ils constituent un lobby puissant. et sont interchangeable à la tête de l’Etat ou des Grandes Entreprises

L’Etat est bien indispensable à la bourgeoisie (c’est son parti unique, son poste de commandement), ses fonctionnaires les plus hauts placés se servent au passage des faveurs de toutes sortes). L’appareil d’état permet à la bourgeoisie de reproduire cette société de classe, avec la division sociale du travail entre ceux qui sont propriétaires des moyens de productions des richesses et ceux qui en sont dépossédés.

Mais du fait de la crise systémique qui caractérise le capitalisme sénile, chaque nation (chaque Etat), est en proie à des difficultés énormes pour relancer la valorisation du capital et n’a d’autre choix que de vampiriser, jusqu’à ce que mort s’en suive, le prolétaire.

D’où l’engagement des principaux Etats pour sauver le système financier et pour fournir au capital la plus-value qu’il réclame. Comme chaque capital particulier peine à réaliser un taux de profit suffisant, l’Etat se comporte comme « le » capitaliste, « le » fournisseur de plus-value. Pour cela il fait appel à des serviteurs les plus compétents et les plus dévoués au Capital ceux formés (formater) à grands prix dans les grandes écoles de la république.

Mais cette intervention renforcée de l’Etat dans la production de plus-value n’est qu’une solution à court terme. Elle ne peut résoudre le problème de la suraccumulation de capital et de la sous consommation des masses qui est la cause de la crise.

Car en devenant « le capitaliste », l’Etat organise la baisse du niveau de vie prolétaire, s’attaque aux acquis sociaux et les prive de l’accès à la maîtrise des conditions de la production de leur vie, donc aux sciences et à la culture.

Il camoufle cette activité derrière l’idéologie de l’intérêt général dont il se prétend le représentant mais au passage il devient « la » cible de choix pour les révoltes et les révolutions à venir.

Dans les sociétés hautement mécanisées les prolétaires ne produisent plus assez de plus-value qui nourrit la bourgeoisie. Dès lors cette dernière ne peut plus les employer ni les nourrir. Mais c’est parce que la cause ultime de leur malheur qui engendre ce processus est dans le rapport d’appropriation privée des moyens de production !

La bourgeoisie ne peut plus « régner », suivant l’expression de Marx dans « le Manifeste du Parti Communiste » même si elle conserve sa couronne dans l’exercice d’un pouvoir d’Etat de plus en plus omniprésent. Alors pour éviter d’être écrasés par le capital, les prolétaires n’auront d’autre choix que de s’emparer des leviers pour produire autrement, en devenant par des luttes sans concessions avec les propriétaires que sont les puissances intellectuelles, propriétaires de toutes les conditions de la production.

Ils devront agir pour priver la bourgeoisie de l’accès à la cabine de pilotage, par une révolution politique destinée à mette fin à l’Etat bourgeois.

Le mot d’ordre n’est donc pas « croissance à tout prix » ou « étatisation renforcée » au prix d’une dictature renforcée. Il est :

« Partage du travail contraint et partage des richesses selon les besoins » car il ne s’agit pas d’arranger les contradictions de classes il s’agit de les supprimer ! Il ne s’agit pas d’améliorer la société existante mais d’en fonder une nouvelle.

Pierre Lehoux

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