archive

Archives Mensuelles: octobre 2014

arton261-190x181

Face au danger fasciste, la première cible à abattre c’est l’ETAT

Dans les années trente, c’est la manifestation d’une masse enragée d’individus que la crise a désavantagé et maltraité qui a soutenu le fascisme.

La haute bourgeoisie se méfiait de ces masses incultes aux idées bornées et grégaires incapables de comprendre les « valeurs » nobles et raffinées de la véritable élite. C’est ce qu’affirmaient des intellectuels tels que l’écrivain Stépahn Sweig ou l’espagnol Ortega Y Gasset.

Le fascisme est arrivé d’en bas. C’est un surgissement du même type qui se développe aujourd’hui.

C’est la conséquence de la crise qui fait dégringoler de l’échelle sociale, des millions d’individus.

La hausse de la productivité du fait de l’automatisation croissante des tâches, la banalisation des savoir-faire techniques (ou existence d’alternatives meilleures marché à l’étranger), détruit le salariat.

Le capital ne peut aujourd’hui salarier qu’avec d’énormes difficultés.

La robotisation dans les usines, une deuxième vague liée à l’informatisation, la troisième vague liée aux nouveaux modes de commercialisation qui est en cours, les automates de ventes, aujourd’hui, Internet et la digitalisation des services transforment la distribution en une activité essentiellement logistique.

De plus, c’est en grande partie un type d’emploi fortement féminisé qui subit de plein fouet ces transformations, c’est en partie ce que retrace l’inflexion du taux d’activité, la montée du temps partiel et du taux de chômage des femmes. Ce deuxième revenu était la condition indispensable au passage dans la classe moyenne pour nombre de foyers, sa réduction ou sa possible disparition est une épée de Damoclès pour nombre de ménages.

Dans le même temps, les études n’offrent plus un accès garanti à un meilleur revenu. Les études se banalisent, il y a aujourd’hui pléthore d’étudiants ayant plusieurs années d’études universitaires qui subissent une triple pression. Pression liée à la concurrence entre étudiants, pression liée à la concurrence avec des pays émergents qui offrent le même niveau de qualification à des prix moindres, pression liée à l’apparition d’algorithmes sophistiqués qui permettent l’informatisation de fonctions autrefois dévolues à l’encadrement et aux agents de maîtrise.

Cette situation se traduit par une dégradation lente de la situation. Les enfants des classes moyennes n’arrivent plus à franchir le pas vers le niveau supérieur ni même à se maintenir au même niveau, les salaires à l’embauche et les perspectives de carrières ne sont plus à la hauteur des attentes suscitées.

Alors cette classe en panne d’ascenseur social, attisé par d’habiles démagogues, désigne les responsables : les politiciens pourris, les étrangers, les rouges fauteurs de troubles.

Comme ils ne voient pas les causes de la crise, ils ne font que constater avec juste raison, l’approfondissement de la crise du capitalisme et la montée d’une idéologie fascisante et des comportements qui en découlent.

Ils ne savent pas pourquoi cette crise engendre précisément cette idéologie car ce serait remettre en cause l’idéologie de l’Etat et de la Nation qu’ils ont eux-mêmes répandue, et continue à répandre.

L’idée de Nation nourrit celle de l’Etat tout puissant

fascicule-ou-livret-de-propagande-etat-francais-au-seuil-de-la-vie-nouvelle-1941-

Depuis trois siècles les idéologues bourgeois affirment l’idée de la Nation comme une communauté d’individus qui s’associent volontairement par le moyen de l’Etat alors qu’elle n’est qu’une communauté imaginée (1). En réalité c’est la division des intérêts privés et concurrents ainsi que les antagonismes de classe qui dominent.

Deux types d’idéologies existent pour justifier la Nation :

  • celle de la nation « ethnique » dite  naturelle »fondée sur le sang, la « race ».
  • celle de la nation « citoyenne » (association construite sur l’histoire, la volonté, le projet commun). En termes juridiques : le droit du sang et le droit du sol.

L’Etat n’unit les individus que parce qu’il les domine et les contraint.

Ceux-ci sont enrôlés dans le « patriotisme » dans une lutte et la guerre contre les autres au profit des dominants que l’Etat organise et impose.

L’Etat-providence a fait long feu.

La bourgeoisie leur a fait croire pendant longtemps que l’Etat existait pour leur bien-être,

En réalité il ne grossit, envahit jusqu’à la vie privée des gens, que pour faire croître la puissance du capital dit national.

Les velléités d’indépendance des Etats les plus petits sont liées à la nécessité de livrer aux plus puissants (aux plus offrants) les ressources du pays afin d’en tirer quelques miettes.

Comme l’impérialisme est le moyen que se donne les Etats du Centre pour accroître les débouchés, de développer les approvisionnements au détriment des Etats de la périphérie (2) ce sont les tendances totalitaires inhérentes à l’accumulation du capital qui prennent la forme du fascisme.

Une Europe fascisante

Avec le rejet de l’élite bourgeoise traditionnelle (le malheureux Hollande et sa bande d’acolytes font les frais des dernières consultations électorales) et de l’alternance droite-gauche, on exige un « grand coup de balai » et que s’en aillent de la tête de l’Etat tous ces incapables…

Le Pen s’appuie sur ce ramassis de mécontents, pleins de peurs (de la crise, des immigrés, des voleurs, des révolutionnaires, des homosexuels…) qui s’imaginent que c’est simplement parce que l’Etat est aux mains de politiciens immoraux et corrompus qui défendent la finance mondiale et la bureaucratie européenne que cet Etat les abandonne et ne les défend pas.

Il leur faut donc partir en guerre contre tous ces « apatrides », cosmopolites et étrangers envahissants qui profitent de vos acquis sociaux. Plus la société se désagrège (ce qui est toujours le cas en temps de crise) et plus l’imaginaire réside dans la Nation (son capital national) et de son bras armé : l’Etat.

Un Etat puissant est capable d’unir le peuple pour le bien commun, au lieu de la dispute actuelle. Il développe l’ordre et l’efficacité au lieu de la gabegie, l’honnêteté au lieu des turpitudes, la volonté au lieu de l’abandon et la puissance au lieu de l’impuissance, la victoire au lieu des défaites.

La croissance des partis fascistes en Europe montre bien que l’expérience de la seconde guerre mondiale n’avait pas détruit l’idéologie illusoire et catastrophique du fascisme. L’appel de le Pen au protectionnisme est un des aspects de cette idéologie réactionnaire (au sens propre puisque le capitalisme actuel tire l’essentiel de sa survie de la mondialisation).

L’idéologie destructrice de Le Pen

Le FN cherche à conquérir une base populaire élargie. IL continue à stigmatiser les immigrés au nom de la défense de la laïcité, ce qui le rend plus progressiste.

images-1

Il présente son ultranationalisme comme le moyen du progrès social et une critique des gros capitalistes mondialisés. Il évoque une éventuelle nationalisation des entreprises « stratégiques », il parle de moduler le taux de l’impôt sur les sociétés suivant la destination des bénéfices, il propose de fusionner la CSG avec l’impôt sur le revenu afin de la rendre proportionnelle à ceux-ci.

Le vieil ennemi est toujours l’Allemagne accusée de dominer l’Europe. Le FN propose de sortir de l’euro pour y échapper et dénonce bruyamment les politiciens de « l’UMPS » qui se partagent le gâteau de l’Etat en alternance.

Tout cela est un discours populaire semblable à celui des fascistes italiens et allemands avant de tourner casaque une fois au pouvoir.

Or ce type de discours est encore plus irrationnel aujourd’hui du fait de la situation bien différente du capitalisme entièrement mondialisé où les entreprises françaises ne sont que des maillons étroitement spécialisées d’une chaîne de valorisation mondiale où 1/3 environ de la consommation provient de l’extérieur.

Le programme du FN et ses répercussions s’il était appliqué

Il conduirait à une aggravation considérable de la crise et de la misère des masses. Ainsi, Mme Le Pen prévoit elle-même que le seul retour au franc entraînerait une dévaluation de 25% (un minimum en fait) par rapport à l’euro et donc une hausse de 25% des prix des produits devant être importés (ce qui constituerait une facture d’environ 672 milliards d’euros, 1/3 du PIB, dont 46 milliards rien que pour l’énergie).

images-11

Les exportations censées être favorisées par cette dévaluation, ne combleraient pas ce trou puisqu’elles seraient au contraire freinées par des mesures protectionnistes de rétorsion.

Le capital financier imposerait toujours sa force en faisant exploser les taux d’intérêts de la dette maintenant libellée en franc, devenu pour lui une monnaie de singe.

Le service de cette dette immense deviendrait le fardeau encore bien plus insupportable qu’aujourd’hui, d’où de violents conflits de tous ordres, internes s’il était question de le faire supporter par le peuple, et externes, l’ultranationalisme poussant toujours face aux problèmes à affronter l’étranger.

Le capitalisme, c’est TOUJOURS la GUERRE !

Et c’est toujours la BARBARIE !

Mais, même si le capital, aujourd’hui mondialisé (et non plus scindé comme autrefois en autant d’unités territoriales qu’il existaient de nations) a encore beaucoup moins d’intérêt au fascisme qu’il y a un siècle, même s’il ne contribuera pas dans la même mesure qu’alors à porter Mme Le Pen au pouvoir, il n’en n’est pas moins très possible que se produise une évolution du totalitarisme d’apparence démocratique vers une forme exacerbée, d’un totalitarisme de type fasciste.

Il n’est que le résultat du mouvement de production capitaliste et des rapports sociaux qui en découlent.

 Le mouvement communiste détruira les rapports capitalistes privés d’appropriation

FTP-MOI marche antif 9 mai

La destruction de l’Etat par les forces révolutionnaire est la première étape d’un long processus d’appropriation social de toutes les conditions de la production de la vie des individus.

Elles utiliseront bien sûr ce que le capitalisme a légué, son potentiel mais détruiront en même temps les simples relations égoïstes liées à l’argent, à la concurrence et tout ce qui peut porter atteinte à l’équilibre naturel car notre Terre est en danger du fait de la production capitaliste.

Le communisme n’est pas l’envers du capitalisme (comme le suggère les membres du PCF et du FG voire de l’extrême gauche) car l’endroit et l’envers sont les deux faces d’une même chose.

Il est construction d’un tout autre système de besoins, d’activités, de comportements, d’échanges, fondé sur des rapports sociaux d’appropriation des conditions de leurs vies par les individus et pouvant alors s’associer vraiment.

Avant de pouvoir démolir les fondations, il faut le faire des superstructures. Dans le capitalisme la superstructure c’est l’Etat.

Les prolétaires ont pour objectif stratégique premier de le détruire pour pouvoir se doter eux-mêmes des pouvoirs qui leur permettent d’abolir le capital.

Il s’agira pour cela de bien tracer une ligne de démarcation entre ceux qui veulent aménager le capitalisme et ceux qui veulent le combattre pour l’abolir.

Comme il n’y a plus d’espoir aujourd’hui d’améliorer quoi que ce soit de la vie des prolétaires, que l’illusion réformiste se désagrège, la voie est libre pour ceux qui se tourneront vers une lutte frontale avec le pouvoir bourgeois et le renverser.

Nous y contribuerons pour notre part au sein du mouvement communiste qui se cherche encore une stratégie véritablement révolutionnaire.

Le bureau de l’Association des Amis du Manifeste                                                             septembre 2014

 

  1. « Pris individuellement, le bourgeois lutte contre les autres, mais en tant que classe, les bourgeois ont un intérêt commun, et cette solidarité, que l’on voit se tourner au-dedans contre le prolétariat, se tourne au-dehors contre les bourgeois des autres nations . C’est ce que les bourgeois appelle la nationalité. » (Karl Marx, « A propos du système national de l’économie politique de F.List, éd. Pléiade…), Le prolétaire se donne aussi cette nationalité quand il croît que plus son capital prospère et plus il en aura des miettes.

  1. C’est l ‘éclatement des Etats centralisateurs en une myriade de petits Etats (cf les derniers en date : l’Ecosse et la Catalogne) tous mis en concurrence qui devient nécessaire au capital pour exploiter toujours plus les prolétaires et accroître la concurrence entre eux avec les risques de guerres et les nouvelles destructions que cette lutte entre capitalistes entraîne.

Publicités

images-19

L’évolution de la démocratie bourgeoise vers des formes de plus en plus totalitaires

Pierre Lehoux (d’après l’ouvrage de Tom Thomas « Etatisme ou libéralisme, c’est toujours le capitalisme »)


Ce n’est donc pas seulement l’évolution d’une forme du pouvoir politique vers une autonomie de plus en plus grande, une puissance de plus en plus affirmée et élargie de soi-disant représentants, pour la plupart non-élus, sur les représentés. Ce n’est pas seulement non plus que le pouvoir séduit et corrompt ses détenteurs au point qu’ils n’auraient que le but de l’agrandir tous les jours.

C’est le mouvement historique de l’accumulation du capital et de l’accroissement des contradictions qu’il engendre, des difficultés qu’il doit surmonter pour se reproduire qui lui donne sa forme totalitaire à l’Etat contemporain.

C’est un produit nécessaire du développement du capitalisme.

Mais il revient aux communistes d’expliquer pourquoi ce totalitarisme est aussi facilement toléré, voire réclamé, par une partie importante de la population (y compris dans le cas de sa forme extrême la plus brutale, le fascisme).

L’Etat bureaucratique bourgeois  

L’Etat est un énorme édifice administratif bureaucratique doublé d’une oligarchie politique professionnalisée, institutionnalisée, carriériste.

Le bureaucrate applique aveuglément le règlement particulier dont il a la charge, ce qui lui donne une autorité sur « l’usager » dont il use souvent sans ménagement.

Il vit dans le respect craintif et courtisan de la hiérarchie, et son ambition est d’en gravir le plus d’échelons possible.

La bureaucratie a ses statuts, ses propres règles et rites. Chaque fonction de l’Etat a sa bureaucratie, qui jalouse souvent les autres et qui protège ses accès. Chaque rouage n’a qu’une fonction limitée, toujours la même, qu’il exécute mécaniquement, inexorablement, et qui est commandée par le rouage précédent tandis qu’elle commande le mouvement du rouage suivant. « La bureaucratie tient en sa possession l’essence de l’Etat…: c’est sa propriété privée… l’autorité est le principe de son savoir, l’idolâtrie de l’autorité, sa conviction… Quant à l’individu bureaucrate, il fait du but de l’Etat son but privé: c’est la curée des postes supérieurs, le carriérisme ». (K.Marx – Critique du Droit politique Hégélien)

Et bien sûr, la bureaucratie comme la caste politicienne ont chacune un intérêt général: se reproduire, prospérer, gagner le plus d’argent et de privilèges.

Ces hauts fonctionnaires, politiciens, dirigeants syndicaux, journalistes, sont les fonctionnaires du capital aux côtés des managers et autres puissances intellectuelles. C’est dire qu’ils maîtrisent collectivement les conditions de la production et de la vie sociale, donc qu’ils sont copropriétaires de ces conditions. Évidemment, ces puissances dirigeantes variées se servent d’abord copieusement, comme tout maître des conditions de la production dont le travail, bien que rarement pénible, mérite une rémunération d’autant plus élevée qu’il est du côté du capital. En tant que chef de ces copropriétaires, l’Etat fournit cette rémunération en pompant une part, énorme, du produit du travail social par l’impôt.

Puis il sert ses fonctionnaires et collaborateurs en fonction de leurs places ; ensuite il sert les diverses clientèles qui forment ses appuis dans la société (de sorte que, comme le remarquait déjà Marx à propos de Badinguet, l’Etat doit d’abord « voler toute la France » pour pouvoir les entretenir).

Marx disait déjà en 1852 de la bourgeoisie que c’est dans l’Etat « qu’elle case son excédent de population et complète sous forme de traitements ce qu’elle ne peut empocher sous forme de profits, d’intérêts de rentes et d’honoraires ».

Les politiciens et hauts fonctionnaires tirent de leur place dans les appareils d’Etat, par des moyens avoués ou secrets, légaux ou illégaux, peu importe, puisque de toute façon il n’y a rien d’illégal dans la spéculation, ni rien d’équitable dans le légal qui ne fait jamais que traduire les rapports réels entre les maîtres des conditions de la production de la vie et les dépossédés.

Évidemment, il y a de la concurrence et des conflits entre les propriétaires des différents organes, rouages, qui composent la machinerie globale de l’Etat.

Chacun cherche à utiliser la fraction de pouvoir qu’il détient pour s’assurer du plus d’influence et de revenus possibles.

De sorte, par exemple, que le patron de presse ou l’universitaire montreront leur force, c’est-à-dire le prix qu’ils en attendent, en critiquant quelque peu leurs collègues politiciens, ce qui leur est nécessaire d’ailleurs pour s’assurer d’une influence sur les masses sans laquelle ils seraient inutiles, ne pourraient remplir leur fonction.

De même pour le dirigeant syndical, ou de tel parti de gauche, qui devra protester fortement en paroles et s’assurer de l’obtention de quelques miettes pour sa clientèle afin de cultiver cette influence qui est sa force et son utilité pour la bourgeoisie, et qu’il monnayera contre un poste lucratif.

Et ainsi de suite, tous concurrents et cultivant une certaine critique, mais superficielle, plus verbale et démagogique que réelle.

Ils rejoignent la classe des « capitalistes actifs » qui sont capitalistes non pas du fait d’une propriété juridique et financière sur les conditions de la production, mais d’une place dans la division du travail et des revenus liée à leur capacité, leur pouvoir de les faire fonctionner, de faire produire la plus-value et de reproduire le système.

D’ailleurs, les uns et les autres passent du côté de l’Etat au côté du « privé », et réciproquement, souvent et aisément parce qu’il s’agit d’une même division du travail, exigeant les mêmes hommes qui y exercent le même type de fonctions, et que de cette façon le corps des fonctionnaires du capital s’homogénéise plus facilement.

Il suffit de voir combien sont nombreux les dirigeants des grandes entreprises à être passés par les cabinets ministériels ou la haute fonction publique et inversement; tous issus des mêmes moules universitaires, leurs va et vient du public au privé, et inversement, démontrent parfaitement l’unicité de la classe dirigeante des « puissances intellectuelles » au-delà de leur concurrence pour les postes, que leurs fonctions s’exercent dans le privé ou dans le public.

La caste politicienne et celle de la haute fonction publique forment ainsi une des fractions dirigeantes de la bourgeoisie, mais la fraction la plus parasitaire.

Lorsque l’Etat, en association avec les principaux responsables capitalistes dans les entreprises et la finance, est responsable de tout, c’est que ceux « d’en bas », selon l’expression d’un ancien premier ministre, ne le sont de rien. Les voilà devenant pour beaucoup, et de plus en plus avec la précarité et le chômage croissant, pauvres et « assistés », dépendant pour leur survie de subsides de l’Etat qui tendent à baisser avec la crise tout en représentant une part de plus en plus grande de leurs très maigres revenus.

images-14

L’idéologie du Front National est celle de l’Etat bourgeois

Devant ces cataclysmes dont il ne serait en rien responsable, l’Etat cherche à se montrer comme leur protecteur.

Ces « assistés » sont selon lui des victimes, mais aussi souvent, toujours selon lui, des profiteurs dont les vraies victimes sont victimes par ce qu’ils prendraient dans le pot qui leur est réservé.

Compatissant, il va aider les uns au nom de la solidarité nationale, et pourchasser les autres, qui d’ailleurs sont en général selon lui des non-nationaux.

Les « vraies » victimes auraient ainsi beaucoup d’ennemis, désignés parmi « ceux d’en bas » où grouillent, selon les médias, les voleurs, les dealers, les violeurs, les violents, etc.

Pour elles, l’Etat doit donc prioriser la Sécurité.

Le prolétaire précaire qui se tape un boulot de merde pour trois fois rien n’est pas une victime, pas un exploité.

Au contraire, il a la chance d’avoir un emploi.

N’importe lequel, peu importe, c’est une denrée si rare de nos jours! Et si des travailleurs se tuent vraiment au travail, sombrent dans la maladie, la dépression, sont emportés par quelques médicaments pourris agréés par des médecins achetés, ils ne sont eux aussi que des victimes de quelques mauvais patrons, un cas évidemment très exceptionnel, qui ne manqueront pas d’être sévèrement punis par une retraite dorée doublée de stock options!

L’Assisté et la Victime sont des figures bien commodes pour l’Etat: des individus isolés et infantilisés qui sont supposés se contenter de sa compassion. L’Etat les plaint, l’Etat les aide un peu, l’Etat leur promet des policiers en pagaille, mais, gronde-t-il paternel, ils ont en échange des devoirs: dire merci et aimer leur bienfaiteur, l’Etat, rester raisonnables, calmes, résignés, ne pas demander plus, faire beaucoup d’efforts pour trouver un travail qui n’existe pas, ce qui n’empêche pas l’Etat de leur dire que s’ils n’ont rien trouvé c’est de leur faute et de leur couper les vivres – on leur ôtera même le peu qu’ils ont.

Voilà où en arrive aujourd’hui bien souvent le rapport Etat-prolétaires dans les pays développés (ailleurs, on ne parle même pas d’aide, on meurt) quand le capital y arrive au stade sénile de son âge. Ces assistés-victimes ne sont que des zombis, du moins pour ceux qui subissent ce statut sans rébellion.

Plus généralement, il faut constater que l’Etat participe pleinement à ce processus de dépossession qui fonde et accompagne le développement historique du capitalisme. C’est un procès qui a son centre dans le rapport de production, le perfectionnement constant de la machinerie réduisant le travail prolétaire à des gestes simples, répétitifs, en en faisant un simple auxiliaire de cette mécanique qui le domine. Et qui finit même par l’expulser plus ou moins totalement hors du travail. Il s’étend nécessairement à tous les domaines de la vie.

Ainsi, le prolétaire est dépossédé de ses liens avec la nature parce que le capital l’a parqué en ville et a ruiné la nature; il est dépossédé de la ville que des spécialistes ont faite sans lui tandis que des bureaucrates lui montrent où et comment il doit se loger; il est dépossédé de l’éducation scolaire de ses enfants sur le contenu et la forme de laquelle il n’a aucune prise. Et ainsi de suite.

Il est dépossédé dans le travail (quand il en a) et hors du travail. D’ailleurs, l’individu ne peut pas être à la fois un homme cultivé, possesseur de riches qualités et développant des activités enrichissantes dans son temps libre, et soumis passivement à une activité sans aucun attrait, monotone, sans contenu positif, sans qualité autre que physique quand il travaille.

Or cette soumission passive est indispensable au capital. L’Etat y contribue en parachevant et renforçant la dépossession du prolétaire hors du travail aussi: il fait tout ce qu’il peut pour y promouvoir la passivité par la bêtise (voir par exemple la télévision, les loisirs, la presse, etc.).

Il en tire prétexte pour se justifier comme le pouvoir de « ceux qui savent » vis-à-vis de ceux qui « ne savent pas ». Évidemment, cette dépossession doit être aussi soumission, ce à quoi l’Etat s’emploie par l’assistanat, l’idéologie et, surtout, la police.

Finalement, c’est comme si, en s’occupant de tout à sa façon, l’Etat absorbait en quelque sorte la société civile, la vidait à son profit des activités qui étaient les siennes pour en faire des activités de l’Etat, tandis qu’il contribue parallèlement à faire des individus du peuple des êtres appauvris en tout, non des acteurs de leur vie et de la société mais des consommateurs et des spectateurs manipulés.

Par cette tendance à une sorte d’absorption de la société civile par l’état, on pourrait imaginer qu’il serait ainsi possible de résoudre dans le tout de l’Etat totalitaire sa séparation d’avec elle. L’unité des individus y serait ainsi réalisée et non plus représentée fictivement.

C’est ce qu’a prétendu pouvoir faire le fascisme: rassembler les individus et corporations en faisceaux, rassembler ces faisceaux en un tout jusqu’au sommet de l’Etat.

Mais ce tout est purement théorique, décrété. On ne réalise pas la communauté des individus parce qu’on les décrète unis dans l’Etat (qui se confond avec la Nation), membres de l’Etat sans intermédiaires les représentant.

Car cela ne supprime évidemment en rien les contradictions et antagonismes inhérents au capitalisme qui séparent les individus et les divisent dans la réalité des rapports sociaux de production et d’appropriation.

L’Etat qui prétend être fait de tous, s’occuper de tout, pourvoir à tout, faire le bonheur de tous, doit impérativement pour justifier son échec inévitable en rendre responsables d’autres que lui, que ces membres qui soi-disant sont lui, par exemple, les communistes, les étrangers, les musulmans et les juifs, et bien d’autres ennemis encore. Et l’on sait comment tout cela se termine!

images-18

Les raisons de la montée du fascisme en France

Comment se fait-il que des millions de gens, et notamment dans les couches populaires, croient à la capacité de l’Etat à leur assurer de bonnes conditions de travail et de vie, pourvu qu’il soit gouverné par des gens compétents, intègres et dévoués à l’intérêt général?

Des gens aptes à faire du capitalisme le système rationnel, efficace, vertueux qu’il devrait soi-disant être: celui d’une « économie » au service des hommes, du partage équitable des richesses, de leur bien-être, de leur enrichissement matériel et intellectuel, des équilibres écologiques, etc.

Les philosophes des Lumières, comme Rousseau, ont posé les bases d’un contrat social pour s’associer en Nation, représentée par l’Etat, et cette association aurait été le moyen de civiliser les individus.

Cette association, concrètement, n’est pas leur association mais l’Etat, porteur d’un intérêt général extérieur à cet intérêt privé, et donc effectivement lui-même à ce titre instance extérieure à ces individus.

Voilà que la puissance de cet individu n’existe que par le moyen de l’Etat qui, en tant que représentant du général, s’impose évidemment au particulier.

La loi refléterait l’intérêt de l’individu à s’associer, à être partie prenante du « contrat social » qu’elle formalise et auquel il participe comme citoyen.

Et en même temps, il serait sujet soumis à cette loi, qui représente un intérêt général différent du sien, et contraint par elle.

Ce serait donc parce que la soumission est consentie qu’on l’appelle liberté. Liberté n’est alors que le choix d’une servitude volontaire, comme le disait déjà La Boétie.

S’il y a Etat, c’est qu’ils ne sont pas ainsi unis, mais dissociés dans les séparations de la propriété privée et les antagonismes de classe. C’est parce que ces individus là sont incapables de s’associer par eux-mêmes, qu’il ne peut pas y avoir à la fois propriété privée et maîtrise des conditions de la vie qui sont sociales.

Ce ne sont ni le retour à la terre, ni le « small is beautiful », ni le refus de l’industrialisation et du machinisme, qui sont la solution à l’antagonisme social/privé que manifeste l’Etat.

Ce fut l’échec des éléments isolés qui en soixante-huit ont cru au retour à la terre comme moyen de combattre l’industrialisation et le machinisme.

Le « citoyen » est l’habit que doit revêtir l’individu pour participer à l’association.

Il n’existe que de façon fort éphémère dans l’isoloir, juste le temps de se dessaisir de son pouvoir en désignant ceux qui ensuite, le plus souvent, le fouleront aux pieds.

Après avoir vécu par le vote quelques secondes sur la scène politique, le citoyen redevient individu renvoyé à sa vie courante, et ces spécialistes décident seuls à sa place.

Ainsi est formalisé, en quelques secondes, le mythe que la volonté de l’Etat est la synthèse des volontés individuelles dans leur parfaite égalité citoyenne et qu’il agit selon elles.

Le mythe de l’Etat comme représentant l’intérêt général de tous les individus est d’abord fondé sur l’élection.

Il est conforté par l’idéologie de la Nation comme communauté spéciale de tous les citoyens égaux et patriotes (sur cette base, le caractère communautaire de la Nation est évidemment illusoire). L’élection désigne à la majorité ceux qui dirigent l’Etat.

Mais majorité comme minorité, tous les citoyens sont censés pouvoir contrôler l’Etat, et en changer les dirigeants s’ils déçoivent leurs attentes. Cette « alternance » contribue à faire croire que tous les choix politiques et sociaux, même révolutionnaires, seraient possibles par l’élection.

C’est que l’Etat est perçu comme un outil, un appareil technique, neutre (la bureaucratie) dont les élus pourraient se servir à leur guise (c’est ce que l’idéologie appelle « la neutralité de l’Etat »). Ce mythe se renforce de ce que tout un chacun peut être membre de l’Etat par concours (sélection prétendument égalitaire des compétences, bien qu’en fait les hauts fonctionnaires et membres des cabinets ministériels soient sélectionnés selon de tout autres critères), ou par l’élection où tout un chacun peut aussi se présenter. Il se renforce encore par le fait que les bourgeois sont parfois soumis à des lois et obligations qui ne leur conviennent pas tout à fait et contre lesquelles ils vitupèrent bruyamment.

Il arrive même parfois que la bourgeoisie doive céder les places dirigeantes dans l’Etat à des individus représentant d’autres couches sociales et ayant la réputation d’opposants plus ou moins farouches aux « riches ».

Ce renouvellement du personnel politique fût, par exemple, le cas du nazisme en Allemagne. En France, il y eut aussi des ministres issus du PCF, des gouvernements nationalisant à tout va (Mitterrand en 1981).

Pour chacun, l’Etat devient le dépositaire de sa volonté et de sa puissance sociale. Pour chacun en contrepartie, il doit satisfaire ses intérêts, jusqu’à être le moyen produisant les conditions de sa vie, d’une bonne vie. Mais que l’Etat puisse servir également chacun supposerait que ces intérêts privés soient les mêmes pour chacun, alors qu’au contraire, dans la propriété, chacun est pour soi, en concurrence avec l’autre, et qu’avec les développements du capitalisme, l’antagonisme des classes caractérise de plus en plus la société.

D’ailleurs, si les intérêts privés coïncidaient harmonieusement, il n’y aurait pas besoin d’Etat pour les faire au mieux cohabiter tant bien que mal dans un autre intérêt, le général.

L’Etat compris comme le dépositaire de la puissance de chacun finit par représenter une sorte de deus ex-machina, un fétiche tout puissant.

Plus l’Etat est fort veut dire exactement et conjointement plus l’individu est faible (et alors il en résulte toujours l’argument cynique pour justifier l’Etat qui est de dire qu’il est plus utile aux faibles mis en situation de ne plus dépendre que de lui, alors qu’il dépendrait démocratiquement d’eux, qu’aux forts dont la brutale puissance serait ainsi bridée, que c’est la loi qui protège et libère les faibles, etc.).

Poussée au bout de sa logique, cette conception mène au fascisme.

Pour Mussolini, l’Etat est fait de tous et pour tous: « Tout pour l’Etat, rien hors de l’Etat, rien contre l’Etat ».

Bases matérielles de l’Etat bourgeois

On sait que Marx a découvert que les rapports de production marchands et capitalistes n’apparaissent « à la surface » du monde visible que comme des rapports entre choses: les marchandises, l’argent qui les représentent. Ils sont déterminées par leurs rapports d’échange (les « lois du marché »), par les mouvements de hausse ou de baisse des formes qui les représentent, tels que prix, salaires, profits, taux d’intérêt, monnaies, etc.

Ainsi, ce sont les mouvements et rapports entre ces choses, et non les rapports de propriété et de travail entre les hommes qui les produisent, qui déterminent enrichissement ou misère, emploi ou chômage, crise ou croissance. Le comble de la supercherie est atteint lorsqu’on imagine, à la vue de l’intérêt, que l’argent produit de l’argent, de la richesse.

Cependant, si on croit que le capital ce n’est que des choses et non un rapport social, et que l’économie, la production des conditions de la vie, sont ainsi déterminées par ce qui semble n’être que des choses, alors aussi, comme des choses, on peut les compter, les manipuler, avoir prise sur elles (décider par exemple du niveau des taux d’intérêt, des salaires, de l’émission monétaire, etc.), on croit aussi que l’Etat peut faire tout cela et dominer l’économie à sa guise.

On croit d’autant plus à ce pouvoir de l’Etat qu’avec le capitalisme moderne toute la richesse apparaît comme le produit d’un travail collectif, dans lequel les sciences et leurs applications technologiques jouent de plus en plus le rôle principal.

Plus que jamais le procès de production semble purement technique, le capital réduit à l’argent apporté pour acheter les facteurs de la production, une chose extérieure à ce procès soi-disant purement technique.

Les méfaits de ce capital-argent sont alors expliqués par les comportements égoïstes et trop avides des possesseurs de cette chose, les financiers, facilement ciblés parce que séparés maintenant formellement eux aussi du procès de production (avant, le patron cumulait les deux fonctions de prêteur d’argent et de capitaliste actif).

On efface alors complètement l’essentiel:

– Le procès d’extorsion de la plus-value dans la production, la division du travail intellectuels/exécutants, c’est-à-dire le rapport d’exploitation dans son effectuation concrète.

– L’exploitation (le surtravail) est alors réduite à l’intérêt (ou dividende) que reçoivent les possesseurs d’argent.

– La critique du capitalisme contemporain est alors à son tour réduite à celle des montants trop élevés de ces rémunérations financières (c’est le discours de la gauche de la gauche).

Ce n’est plus une critique du capital comme rapport social de production et d’appropriation, mais seulement de certaines de ses « exagérations » et « abus » les plus visibles, notamment le gonflement pharaonique de la masse des capitaux financiers et donc de leur rémunération.

Effectivement, si la production n’est ainsi comprise que comme un processus technique, et le capital que comme argent, alors il n’y a qu’à la débarrasser de ce capital financier qui la domine et la parasite pour qu’elle puisse répondre aux besoins du peuple et que ses fruits puissent être équitablement partagés entre tous. L’Etat n’a qu’à voter «   l’euthanasie du rentier », taxer copieusement le financier, et il pourra dans le même mouvement réaliser ce partage en faveur des salariés.

L’Etat pourrait commander au procès de production et d’échange des marchandises (appelé « l’économie » par les idéologues pour qui le capital n’est que l’argent) ainsi qu’à la répartition des richesses, à sa guise, alors même qu’il n’existe que comme puissance chargée de reproduire le capital, c’est-à-dire sa valorisation et accumulation (appelée croissance par les mêmes idéologues).

Ainsi, les conceptions du capital comme simple chose, l’argent, et de la production comme science et technique, qui ignorent la situation réelle des individus agissant, leurs rapports concrets dans la production, les conditions qui constituent leur vie réelle et décident de leurs comportements, tout cela alimente et développe la croyance dans la toute puissance de l’Etat.

Nombre d’individus qui en ont été dépouillés imaginent effectivement n’avoir plus que l’Etat comme moyen pour eux, et estiment naturellement que l’Etat est plus que jamais responsable de leur bien être, de leur vie, et de toute la société.

images-4

Plus l’Etat est totalitaire, plus il semble indispensable.

Il ne semble pas seulement, il l’est dans l’immédiateté des problèmes de l’instant. Il l’est pour le système capitaliste et pour les hommes qui y vivent.

Du moins tant que ceux qui sont dépouillés, voyant l’impuissance de l’Etat à satisfaire leurs besoins, ne s’organisent pas par eux-mêmes pour abolir cet Etat jusque dans ses fondements, les rapports d’appropriation qui le produisent.

Ces hommes voient que sans cesse des mouvements, des transformations, des crises adviennent sans qu’ils n’y soient pour rien. Ils en attribuent le pire au capital financier, le reste aux soi-disant nécessités techniques et scientifiques, ou aux soi-disant lois économiques, et ils se tournent vers l’Etat comme la puissance chargée de les faire vivre et les sauver.

Si d’un côté, comme nous l’avons vu, l’individu dépouillé attend tout de l’Etat, de l’autre, par conséquent, l’Etat étant à ses yeux le responsable de tout, il peut aussi devenir la cible de sa colère et de sa lutte.

En effet, si l’Etat peut suppléer les capitalistes privés dans certaines tâches et par là aider le capital en général, il ne s’agit là, en quelque sorte, que d’un transfert de compétences qui ne peut nullement supprimer les contradictions fondamentales du système, ni ses malfaisances, ni ses horreurs, ni ses faillites permanentes.

Donc, deux voies s’offrent aux individus :

– Soit ils réclament le renforcement de l’Etat – et c’est alors une tentative menant à la catastrophe de crises récurrentes de plus en plus violentes, du totalitarisme exacerbé et des guerres

– Soit la destruction de cet Etat, et c’est le premier pas, la première condition pour abattre le capitalisme et construire une véritable association directe, mieux une communauté des individus.

Éliminer le premier choix, c’est comprendre l’impuissance congénitale de l’Etat à commander au capitalisme d’essayer d’être « humain », et l’impérieuse obligation où il est au contraire, dans la crise, de commander au peuple de se serrer encore plus la ceinture, et d’être encore plus écrasé sous les diverses formes de domination du capital et de son Etat.

Ainsi l’Etat peut retarder ou accélérer le cours des affaires, mais il est impuissant à empêcher l’évolution historique du capital vers son âge sénile. Il ne peut que l’accélérer s’il soutient habilement son accumulation, ou aggraver la situation s’il se trompe lors d’une crise.

Aujourd’hui, la réforme proposée aux prolétaires, c’est mieux vaut avoir un plus mauvais emploi qu’avant plutôt que pas d’emploi du tout (c’est-à-dire plutôt que le capital ne puisse plus vous employer faute de profits suffisants).

Ignorant la situation réelle actuelle du capital quant aux possibilités de sa valorisation, nombre d’idéologues, économistes, politiciens, universitaires, proposent cependant de renforcer le rôle déjà considérable de l’Etat afin qu’il ait plus de puissance pour aider le capital à retrouver le chemin de la croissance, fournir des emplois, élever le niveau de vie du peuple ou à tout le moins le maintenir.

images-16

La fausse solution du protectionnisme

Le protectionnisme ne change rien au rapport d’exploitation du prolétaire par les propriétaires et possesseurs des moyens de production. Il reste le rapport salarial, le salaire, prix de la force de travail, ne pouvant être amélioré que par la lutte (efficace surtout lorsqu’il y a plein emploi).

Le plein emploi ne sera pas mieux approché par le protectionnisme. Bien au contraire. Car celui des uns entraîne celui des autres, la diminution des importations s’accompagne donc de celle des exportations, et cela provoquerait partout une gigantesque contraction des affaires qui décuplerait le chômage.

À cette contraction s’ajouterait inéluctablement une forte augmentation des prix des nombreuses marchandises importées (il y en aura toujours beaucoup), et par contrecoup de toutes les autres. Cette élévation des prix serait un facteur de dégradation de la rentabilité du capital, donc de la croissance, en même temps que les salariés verraient leur pouvoir d’achat amoindri.

Les protectionnistes veulent aussi sortir de l’euro afin que l’Etat soit maître de la monnaie. Cela disent-ils dans le but qu’il puisse la dévaluer à sa guise. Manœuvre qui est censée stimuler les exportations et renchérir les importations. Comme les importations couvrent une part très importante des besoins, on ne voit pas comment cela ferait baisser les prix (pensons au pétrole ou au gaz par exemple) et favoriserait les exportations.

Mais surtout, la dévaluation, c’est aggraver l’inflation monétaire, donc ruiner le crédit, augmenter les taux d’intérêts, ce qui, comme nous l’avons déjà remarqué, constitue dans la situation actuelle du capitalisme un puissant facteur de ralentissement rapide de la croissance, d’autant plus qu’elle entraîne la baisse du pouvoir d’achat des salariés. C’est d’ailleurs ce qui est déjà en train de se passer aujourd’hui, sans qu’il ait été besoin de sortir de l’euro.

Mais ce protectionnisme n’est pas réactionnaire que parce qu’il bloquerait la croissance déjà faible du capital. Il l’est aussi, et c’est plus catastrophique encore, parce qu’en faisant des Autres (l’Europe, la Chine, etc.) des responsables de la misère du peuple, il en exonère donc le capital en tant que rapport de production, et exacerbe un nationalisme qui aboutit à lier le prolétaire à « son » capital contre ces Autres.

Il est grotesque de prétendre utiliser l’Etat comme l’instrument qui pourrait réaliser le bien du peuple contre le capital parce qu’il serait, ou pourrait être, le pouvoir du peuple, alors qu’il est la manifestation même que le peuple n’a pas le pouvoir, qu’il est un instrument qui l’en dépossède.

D’ailleurs, dans la situation de crise profonde et chronique où est aujourd’hui le capitalisme parvenu à son âge sénile, l’Etat doit nécessairement exercer sa puissance de façon de plus en plus violente, « sécuritaire » et despotique à l’encontre du peuple.

Plus généralement, toutes les institutions supranationales (tels le FMI, la Banque Mondiale, l’ONU, l’OTAN, les G 8, 12, 20, le Tribunal International, etc.) ont ce rôle de constituer des instances hors de toute contrainte démocratique, devant exercer les fonctions étatiques au niveau mondial, rendues nécessaires par la mondialisation du capitalisme lui-même.

Mais cette mondialisation ne supprime pas la concurrence entre capitaux, soutenus eux-mêmes par des Etats particuliers. Cette concurrence s’accroît même avec la crise. D’où la relative faiblesse de ces institutions chargées de gérer « l’ordre » capitaliste mondial, mais dont la mission est minée par des intérêts nationaux qui restent les déterminants essentiels.

C’est pourquoi les Etats nationaux conservent une place décisive dans le procès de la mondialisation capitaliste (soutien financier, diplomatique, militaire à « ses » capitalistes).

Il est facile aux étatistes, aux fascistes du Front National, de critiquer l’affaiblissement de l’Etat national par ces instances supranationales en prétendant que c’est par elles que le peuple aurait perdu tout pouvoir sur sa vie puisqu’elles ne sont pas, le moins du monde, élues.

Mais, nous l’avons vu, il a déjà perdu ce pouvoir depuis longtemps dans la domination du capital sur sa vie (plus même, ce sont les rapports sociaux formant le capital qui déterminent l’individu contemporain), et dans la domination de l’Etat national.

Revenir à l’état antérieur de l’Etat national, à un Etat encore plus nationaliste et protectionniste qu’il ne l’est, serait la pire chose qu’on puisse opposer à la mondialisation capitaliste. Car nous l’avons vu, l’étatisme, le protectionnisme, le nationalisme, ont les mêmes racines idéologiques et ce sont là des germes du fascisme.

 

 


 

1291127549_TL-HIS-capitalisme copie_zoom

LA CRISE ÉCONOMIQUE DÉMYSTIFIÉE (2)

Publié le 8 octobre 2014 par Robert Bibeau

Le paradoxe du mode de production capitaliste tient au fait qu’en poursuivant farouchement sa mission première il s’en éloigne inexorablement.  Ce système économique et social, parvenu au terme de ses contradictions est amené à détruire ce qu’il a permis de construire afin de retrouver son cycle de valorisation, de reproduction et d’accumulation du capital. Le malheur, c’est que pour y parvenir il doit aussi détruire des millions de vies ouvrières. C’est la vocation historique de la classe prolétarienne de l’en empêcher et de construire un monde nouveau, un nouveau mode de production.  La première partie de ce texte a paru sur le webmagazine LES 7 DU QUÉBEC http://www.les7duquebec.com/7-au-front/contradictions-dans-la-reproduction-du-capital-1/

Le paradoxe du mode de production capitaliste

Le paradoxe fondamental tient au fait que l’économie « souffre » d’une sous-consommation relative. Il y a capacité de produire de plus en plus de marchandises (biens et services), en variétés et en quantités illimitées, avec de moins en moins de force de travail par unité produite. Plus le système capitaliste produit massivement et à bon compte, plus il a des difficultés à tout vendre, bien que les besoins les plus élémentaires de milliards d’êtres humains ne soient jamais satisfaits. C’est que le but de la production capitaliste n’est pas de satisfaire les besoins des humains, mais de satisfaire les besoins des actionnaires. Les êtres humains pauvres ou semi-pauvres, salariés, n’ont pas assez d’argent pour acheter, consommer et concrétiser la plus-value et le profit. Pire, à ce premier paradoxe s’ajoute un second à savoir que le capitaliste dans sa quête de profits maximums est amené à réduire les coûts salariaux, mais paradoxalement moins le produit coûte cher en salaire, et moins il est profitable pour le capitaliste, application mécanique de la loi de la hausse de la composition organique du capital, avec pour corollaire, la baisse tendancielle du taux de profit (Cc/Cv). Bref, le capitaliste ne trouve aucun avantage à produire davantage. C’est ici que l’apparition du capital financier et boursier – fusion du capital industriel productif et du capital bancaire parasitaire est apparue comme la panacée permettant aux capitalistes financiers – aux rentiers – aux créanciers – de poursuivre leur accaparement du capital, leur accumulation futile et stérile puisque ne reposant sur aucune valeur mercantile réelle et utile jusqu’à l’éclatement de la bulle spéculative. Du capital bancaire et boursier non adossé à des valeurs tangibles et concrètes n’a pas de véritable valeur. Ce n’est qu’un immense nuage spéculatif (160 000 milliards de produits dérivés dit-on dans le New York Times) qui n’est que valeur de pacotille que l’on a vu s’évaporer lors du dernier krach boursier et que l’on verra bientôt se transformer en fumée lors du prochain krach financier (11).

La contradiction inextinguible

On le constate, il ne s’agit pas de disproportions quantitatives entre branches de production différentes dues à l’aveuglement anarchique des producteurs privés ou publics (corporations étatiques capitalistes comprises). Ce n’est pas non plus qu’il se produit trop de valeurs d’usage, puisque l’ensemble des besoins sociaux n’est jamais satisfait. C’est que le système produit trop de valeurs d’usage dans un système économico-social qui ne les reconnaît que comme valeurs d’échange marchand. Le système produit trop de marchandises sous forme de valeurs d’échange, c’est à dire des marchandises prétendant se vendre à un prix réalisant une plus-value. C’est cette plus-value qui, se posant en capital additionnel (virtuel), forme le nœud du paradoxe entre surproduction et sous-consommation spécifique au capitalisme. Envisagez ici que la vente et la consommation des marchandises, sous leurs différentes formes (biens et services) n’est que la façon pour les capitalistes de récupérer l’entière valeur marchande des produits, portion travail (salaire) et portion surtravail (plus-value).

La contradiction fondamentale du mode de production capitaliste repose sur l’inadéquation des rapports sociaux de production (privé, bourgeois) et du développement de la force de travail et des forces productives (collectives). Une vérité fondamentale révélée par Marx et que les économistes pseudo marxistes ont totalement oublié, nié ou travestis, préférant stigmatiser l’iniquité dans la répartition de la richesse qui n’est qu’une conséquence de la précédente. Pour résoudre l’injuste distribution des ressources, il faut d’abord résoudre l’injuste appropriation des moyens de les produire. Il faut mettre fin à l’exploitation privée du travail. Il faut cesser l’appropriation du surtravail et l’expropriation privées de la plus-value. Il faut abolir le salariat, la plus-value et le profit, et abolir l’État qui a pour mission de maintenir autoritairement en place cette superstructure catastrophique (12).

Rouages

Trop de moyens de production à exploiter

On introduit ici dans l’analyse des crises une détermination concrète supplémentaire et fondamentale par rapport au schéma le plus abstrait de l’échange marchand, M-A-M (Marchandise-Argent-Marchandise), auquel nous en étions restés précédemment. C’est celle de l’échange pour l’argent, A-M-A, qui devient nécessairement échange pour l’accroissement de l’argent, A-M-A’ (sinon autant ne pas risquer A dans des investissements périlleux), via le commerce mercantile d’abord ; puis dans le mode de production capitaliste par le moyen de l’extorsion de travail non payé (le surtravail et la plus-value), différence entre la quantité de travail social fournie par l’ouvrier et celle dont il reçoit l’équivalent sous forme de salaire. Cette plus-value apparaît concrètement, on le sait, sous les formes du profit. Et le taux de profit, ou le taux d’exploitation, rapport de la plus-value au capital engagé (noté Pl/C), s’établit comme « la force motrice de la production capitaliste et on n’y produit que ce qui peut être produit avec profit. » Tout ceci est assez connu (quoique travesti et mésinterprété par les économistes pseudo-marxistes). Il en ressort évidemment que si le profit s’effondre la production aussi. La crise apparaît dès lors toujours comme effondrement de la production et du profit, ce qui est la même chose s’agissant d’une production de (pour le) profit (13).

Marx résume très bien la relativité du phénomène : « On ne produit pas trop de subsistances proportionnellement à la population existante. Au contraire. On en produit trop peu pour satisfaire décemment et humainement la masse de la population. Mais on produit périodiquement trop de moyens de travail et de subsistances pour pouvoir les faire fonctionner comme moyens d’exploitation des ouvriers à un certain taux de profit…» (14) Ainsi, dans le phénomène de sous-consommation, ou de surproduction, la mystification consiste à éluder cet objectif de la production capitaliste : le profit. On occulte alors que la surproduction est uniquement celle de marchandises (valeur d’échange) qui ne peuvent pas être vendues avec profit maximum, réalisant ainsi une plus-value maximale, étant donné la quantité de travail non payé qu’elles contiennent. Sous le mode de production capitaliste, on préférera détruire les marchandises plutôt que de les donner, car alors on épuise le marché.

Attention cependant, dans une société capitaliste, nationaliser une entreprise, ou une banque ne constitue pas une socialisation des moyens de production, d’échanges et de communication. Il s’agit tout au plus d’une prise en charge étatique d’un canard boiteux capitaliste, ou la prise en charge d’une mission de reproduction de la force de travail destinée au capital.

Impossible de reproduire sans détruire du capital

La disproportion entre production et consommation sociale se résume ainsi : l’unité inévitable production-consommation ne peut se réaliser sous le capitalisme que dans la détermination ultime de ce système, soit la profitabilité privée. Production et consommation sont les deux faces de la même médaille que l’on appelle le procès de valorisation-reproduction du capital. Mais si on considère qu’il s’agit non pas de production en général, mais de production de plus-value, laquelle est accaparée par le capital privé et vient s’ajouter au capital initial, reproduit pour s’incorporer à un nouveau cycle de valorisation-reproduction-accumulation. On constate que ce procès n’est pas destiné à la consommation en soi, pour satisfaire les besoins des êtres humains, mais qu’il  est procès de reproduction sociale élargie, tout comme l’animal humain n’accumule pas pour le plaisir d’accumuler, mais il produit et accumule des biens de consommation afin d’assurer sa reproduction élargie (sa descendance, assurance de sa pérennité sociale). Le mode de production capitaliste, en tant qu’organisme vivant, n’est pas différent. Il tente de se reproduire pour sa postérité. Le problème est que par sa nature (génétique pourrait-on dire par analogie) le mode de production capitaliste privé a atteint son seuil « d’incompétence », son seuil d’incapacité, où il ne peut se reproduire sans s’autodétruire, sans détruire du salariat et du capital. C’est cette impérative nécessité de détruire du salariat et du prolétariat qui poussera la classe ouvrière à la révolte contre le patronat – contre le capitalisme – même s’il n’y paraît pas pour le moment.

images-9

La tâche des communistes authentiques sera alors de faire en sorte que cette révolte ne soit pas une révolte pour des « réformes », ou un « Printemps arabe » pour la forme, mais devienne une révolution sociale fondamentale. C’est la reproduction organique élargie qui est le principe qui engendre l’accumulation du capital, sa valorisation et sa reproduction, qui est nécessairement accroissement conjoint de la production et de la consommation. Mais pas au même rythme et c’est là une contradiction systémique. Car ce mouvement inexorable d’accumulation pour la reproduction capitaliste fonde les mécanismes généraux qui amènent effectivement à une surproduction de marchandises, de moyens de production, brefs, de capital sous différentes formes, en même temps qu’à une sous-consommation relative, à une paupérisation relative (pouvant se transformer en misère absolue) des masses ouvrières, puis populaires. Mais dans ce rapport de force entre travail et capital c’est la classe ouvrière qui, par sa position objective comme enjeu central de la contradiction fondamentale, détient le destin de mettre fin à ce nœud gordien.

C’est de reproduction élargie et non d’accumulation que nous discutons ici. La preuve en est qu’au milieu du présent approfondissement de la crise systémique impérialiste, l’accumulation du capital va bon train et les fortunes des milliardaires s’accroissent et se concentrent chaque jour avec entrain dans un petit nombre de mains. Le hiatus dans ce processus est que la reproduction élargie ne se produit pas. Il y a accumulation sans reproduction. Le capital financier qui s’accumule entre si peu de mains est de l’argent de pacotille n’ayant jamais fructifié et ne s’étant  jamais reproduit de manière élargie – par le procès de reproduction de la plus-value. L’amas de papiers actions – le tas de fausses monnaies – l’amoncellement de valeurs évanescentes – de produits dérivés – disparaîtra parce qu’il n’a jamais été fructifié par le travail salarié, seule source de richesse socialisée.

La concurrence les enrégimente  

À ce stade de l’exposé, nous voyons déjà que la possibilité concrète de la crise de surproduction est induite par cette nécessité où se situe chaque capitaliste individuellement, non seulement de limiter la quantité salariale de ses employés, et donc la consommation ouvrière globale, autant qu’il le peut, afin de produire le maximum de plus-value pour lui-même, en comparaison de ses concurrents chinois, indiens, brésiliens ou russes. Le capitaliste individuel est tenu de convertir cette plus-value en moyens de production supplémentaires (pour une reproduction élargie) plutôt que de la consommer en solitaire. S’il ne travaille pas à faire exister le capital en le reproduisant (ce n’est pas l’accumulation qui donne vie au capital, mais sa reproduction), la concurrence viendra le rappeler à ses devoirs sociaux en l’éliminant comme agent économique. Faute d’élargir sans cesse sa production, de gagner en productivité en investissant dans les technologies de pointe, d’atteindre les meilleurs rendements, il disparaîtra sous les coups de ses concurrents. Le capital qu’il représente ira s’investir ailleurs dans de meilleures conditions et pour de meilleurs rendements. Ou alors il sera dévalorisé et racheté à bas prix par des concurrents plus puissants, ou encore il sera carrément éliminé. C’est pourquoi l’analyse des rapports concrets entre production et consommation doit faire intervenir la concurrence qui oblige chaque capitaliste à développer au maximum ses forces productives et à réduire au maximum sa masse salariale, ce qui à terme lui sera fatal. Ce faisant,  chaque capitaliste participe activement au drame du capital social, général, puisqu’il consacre ses efforts à diminuer sans cesse la part du travail vivant, la masse salariale, relativement à celle consacrée au capital mort, au capital constant, dans le procès de reproduction du capital qu’il administre. Il voudrait bien que les autres ne l’imitent pas pour que leurs ouvriers continuent de consommer. Mais peine perdue, ils doivent tous agir de la sorte, et le gendarme concurrence le leur rappelle de façon pertinente.

Des hausses de productivité pour spolier les salariés

La diminution de la part relative du produit social qui est consacrée aux salaires nécessaires (Cv) contre celle qui est attribuée au capital constant (investissement et amortissement) est une observation que ressassent les économistes de la gauche bourgeoise pour critiquer le néolibéralisme (expression vaseuse pour ne pas condamner le capitalisme, mais seulement sa mauvaise gestion par l’État des riches que l’altermondialiste aimerait administrer pour leurs bénéfices). Mais il est pourtant évident, néolibéralisme ou pas, que plus croît la part du capital constant (Cc) dans la valeur produite, plus doit augmenter aussi la part du produit qui lui revient, pour le renouveler comme pour maintenir le taux de profit. Ce que Marx avait noté : « Avec le progrès de la productivité du travail social, accompagné qu’il est d’un accroissement du capital constant, une partie relativement toujours plus grande du produit annuel du travail échoira aussi au capital en tant que tel et par là même la propriété du capital (indépendamment du revenu) augmentera constamment et la proportion de la valeur créée par l’ouvrier individuel et même la classe ouvrière diminuera de plus en plus par rapport au produit de leur travail passé qui leur fait face en tant que capital » (15).

images-8

C’est là une tendance qui se manifeste avec constance. La recherche permanente de gains de productivité s’accompagne évidemment d’un accroissement plus rapide du capital constant (machineries et moyens de production) et de la consommation de matières premières que du capital variable (salaire). Il n’y a donc rien qui puisse être considéré comme anormal, sous le système capitaliste du moins, dans le fait qu’en France « la part des salaires dans la richesse nationale a chuté de 76,6% en 1980 à 68% aujourd’hui ». Aux États-Unis, elle est passée de 54% du PIB en 1968 à 43% en 2012 (16).

La guerre de classes trahie

Mais ce constat n’est que la manifestation d’une croissance des forces productives plus rapide que celle de la masse salariale. Le capitalisme, par la course de chaque capitaliste aux gains de productivité et à l’augmentation de la production en vue de maximiser ses profits induit une tendance au développement illimité de la production face à un accroissement limité, voire même à un rétrécissement de la consommation finale, et donc, également par contrecoup de la consommation de moyens de production. Ceux-ci se trouvent périodiquement inemployés, dévalorisés en tant que capital, et même envoyés massivement à la casse lors des crises (où il y a destruction brutale de moyens en état de fonctionnement, ce qui est différent d’un renouvellement progressif dû à l’usure). La destruction massive, la plus brutale survenant pendant les guerres que l’Occident repousse vers l’Orient, l’Afrique, le Proche-Orient, mais qui de temps en temps s’invite en Ukraine, dans le Caucase, dans les rues des mégalopoles occidentales, à Fergusson ou dans la banlieue parisienne (17).

Ces guerres urbaines ne sont pas des affrontements interraciaux, interethniques, interlinguistiques, intercommunautaires, mais véritablement des confrontations interclasses entre riches (par police interposée) et travailleurs ; entre le capital (par l’État interposé) et le travail, que la bourgeoisie et ses affidés de la gauche bourgeoise tentent de présenter comme des batailles au sein des classes  laborieuses. D’où cette observation de Marx : « La raison ultime de toute véritable crise demeure toujours la pauvreté et la limitation de la consommation des masses, en face de la tendance de la production capitaliste à développer les forces productives comme si elles n’avaient pour limite que la capacité de consommation absolue de la société » (18).

« Ce passage a été mille fois cité par tous ceux qui voulaient s’autoriser de Marx pour expliquer la crise par la seule avidité de capitalistes refusant d’augmenter les salaires pour relancer la consommation, l’investissement et l’emploi. C’est toujours la même ineptie qui prétend isoler la sous-consommation, du rapport dans lequel elle se trouve avec le mode de production. Marx avait d’ailleurs déjà répondu clairement à ce genre de « marxistes » que c’est une tautologie que de dire que les marchandises se vendraient mieux s’il y avait plus d’acheteurs capables de les payer. Il ajoutait qu’il est d’autant plus stupide de prétendre que « cet inconvénient (le manque d’acheteurs) serait pallié dès que s’accroîtrait son (la classe ouvrière) salaire qu’il suffit de remarquer que les crises sont chaque fois préparées justement par une période de hausse générale des salaires… Du point de vue de ces chevaliers qui rompent des lances en faveur du « simple » (!) bon sens, cette période devrait au contraire éloigner la crise… la production capitaliste implique des conditions qui n’ont rien à voir avec la bonne ou mauvaise volonté » (19).

Du rapport dialectique entre surproduction et sous consommation  

Répétons que pour Marx la limitation de la consommation n’est pas le motif ultime de la crise relative à la tendance illimitée du capitalisme au développement des forces productives, finalement inemployées. Que cette raison ultime de la crise tient à ce développement paradoxal des forces productives fondé sur la production de plus-value. Ce développement anarchique se heurte de façon contradictoire au moyen même qu’il utilise pour en produire toujours davantage. Prenons par exemple les gains de productivité obtenus par le remplacement du travail vivant (Cv) par du travail mort (Cc), de la machinerie de plus en plus automatique, performante, automatisée et  sophistiquée. Bref, le terme, « raison ultime » renvoie ici aussi bien à la surproduction de moyens de production qu’à cette sous-consommation finale qui l’accompagne invariablement. Il renvoie donc au rapport d’appropriation de la plus-value, au mode de reproduction du capital, de chaque capital privé particulier, comme course à la reproduction-accumulation que ce rapport implique. Le scandale du capitalisme à son stade impérialiste réside dans cette sous-consommation parce que, contrairement aux modes de production antérieurs, elle n’a strictement rien de « naturel » ni d’inévitable.

Elle n’est pas une limite imposée par les forces de la nature ou par les forces productives à l’homme condamné à la simplicité volontaire ou involontaire. Cette limite est au contraire forgée et sociale. À contrario, cette contradiction croit avec la production des richesses et avec la facilité à accumuler cette richesse sans parvenir à la reproduire, ce qui rompt le cycle de valorisation-reproduction-accumulation sociale du capital. C’est la raison pour laquelle nous disons que les rapports sociaux de production ne parviennent plus à « contenir », c’est-à-dire à faire fructifier et faire croître les forces productives. C’est le mode de production capitaliste et l’esclavage salarié qui sont alors condamnés puisqu’ils ne parviennent plus à faire ce pour quoi ils ont été édifiés au siècle dernier en remplacement du mode de production féodal et du servage. Ainsi, la condamnation pratique qu’appelle la crise de sous-reproduction du capital est bien celle de la sous-consommation de biens et de services, parce qu’elle est purement artificielle (sociale), et non pas celle du développement limité des forces productives qui grâce aux progrès scientifiques et technologiques pourraient être démultipliées.

Bien que relative à la surproduction, c’est la sous-consommation qui condamne le capitalisme à sa destruction en alimentant la lutte de classe du prolétariat, le fossoyeur du salariat, du moment qu’il perçoit que ce système économique ne lui permet plus de se reproduire en tant que classe sociale. Nous y reviendrons. Tandis que le développement des forces productives, de la science et des  technologies, est le côté positif du capitalisme, une condition potentiellement réalisée pour abolir la sous-consommation (la pénurie), c’est-à-dire en fait pour abolir le rapport d’appropriation privée qui est à la racine de la contradiction insoluble entre forces productives et rapports sociaux de production. Ce n’est pas en s’opposant à la consommation, à la mondialisation, à la globalisation, à l’internationalisation du processus de production que nous trouverons la solution à la contradiction du capitalisme, mais en s’opposant à  l’expropriation de la plus-value, à la privatisation du fruit de la productivité accrue, et à la destruction des moyens de production (20).

La solution de la contradiction antagoniste
Ceci signifie que la classe ouvrière se mettra un jour en marche pour l’insurrection. Elle sera motivée par le désir de préserver les conditions de reproduction de son esclavage salariée. Ce sera l’ultime lutte de la classe ouvrière « en soi », gréviste et instinctive pourrait-on dire, pour son autoreproduction en tant que classe sociale. Le passage à la phase révolutionnaire du processus de changement radical de la trame sociale  consistera pour la classe ouvrière à conscientiser que l’ancien système économique ne peut pas être sauvé, le retour vers le passé est trépassé, et un nouveau mode de production socialisée est exigé, et il est de sa vocation de classe « pour soi » de l’édifier mettant fin, une fois pour toutes, à la succession des sociétés de classes.
 

À LIRE EN COMPLÉMENT POUR QUI VEUT APPRENDRE L’ÉCONOMIE : http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782924312520  

  1. http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/croissance-ou-austerite-aurions-nous-le-choix/
  2. Le Capital. I, 1, p. 609.
  3. Tom Thomas (2012) La Crise. Laquelle ? Et après ?   http://www.demystification.fr/blog/la-crise-laquelle-et-apres/
  4. Tom Thomas (2012) La Crise. Laquelle ? Et après ?   http://www.demystification.fr/blog/la-crise-laquelle-et-apres/
  5. K. Marx. Le Capital. I, 1, p. 591. Marx observe à ce propos que cela montre bien que non seulement seul le travail ouvrier produit la plus-value, mais aussi conserve au capital constant sa valeur. Le capitaliste doit au travail vivant « la conservation de la valeur actuelle de son capital… Des interruptions violentes, telles que les crises, le forcent brutalement à s’en apercevoir. » (Le Capital, I, 1, p.205.)
  6. K. Marx. Le Capital. I, 1, p. 630.
  7. Tom Thomas (2012) La crise. Laquelle ? Et après ? http://www.demystification.fr/blog/la-crise-laquelle-et-apres/
  8. Tom Thomas (2012) La crise. Laquelle ? Et après ? http://www.demystification.fr/blog/la-crise-laquelle-et-apres/
  9. R. Bibeau (2014) La spéculation boursière approfondit la crise financière. http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/la-speculation-boursiere-entraine-la-crise-financiere/
  10. R. Bibeau. (2014) Pour en finir avec Piketty et ses hérésies. http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/pour-en-finir-avec-piketty-et-ses-heresies/ et, L’économiste marxiste et le chef d’État normal (!) http://www.les7duquebec.com/7-au-front/leconomiste-marxiste-et-le-chef-detat-normal/
  11. K. Marx. Le Capital. III, 1, p.271. Éditions Sociales. Paris.  Tom Thomas (2012) Tom Thomas (2012) La crise. Laquelle ? Et après ? http://www.demystification.fr/blog/la-crise-laquelle-et-apres/
  12. K. Marx. Le Capital. III, 1, p.270. Éditions Sociales. Paris.
  13. K. Marx. TPV II, p.494. Éditons Sociales. Paris.
  14. Le Monde 17.06.03. La «richesse nationale» est mesurée par le PIB, ce qui est très approximatif, mais ne sera pas discuté dans cet ouvrage. Aussi  R. Bibeau (27.08.2014) Crise économique et austérité. Comment faire face?  http://www.les7duquebec.com/
  15. K. Marx. Le Capital. III, 2, p.145, Éditions Sociales. Paris.
  16. K. Marx. Le Capital. II, 2, p.63. Aussi,  Tom Thomas (2012) La crise. Laquelle ? Et après ? http://www.demystification.fr/blog/la-crise-laquelle-et-apres/
  17. http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/la-face-cachee-de-la-repression-aux-usa/
  18. K. Marx. Le Capital. III, 2, p.145, Éditions Sociales. Paris.
  19. K. Marx. Le Capital. II, 2, p.63. Aussi,  Tom Thomas (2012) La crise. Laquelle ? Et après ? http://www.demystification.fr/blog/la-crise-laquelle-et-apres/
  20. R. Bibeau (2014) La mondialisation néolibérale qu’est-ce que c’est ? et R. Bibeau (28.08.2014) La quintessence de la mondialisation néolibérale. http://www.les7duquebec.com/

 

timthumb.php

 

LA CRISE ÉCONOMIQUE SYSTÉMIQUE EXPLIQUÉE

Publié le 1 octobre 2014 par robertbibeau

http://www.les7duquebec.com/7-au-front/contradictions-dans-la-reproduction-du-capital-1/

    Après lecture de ce texte, vous connaîtrez les causes de la crise économique systémique du capitalisme et les raisons pour lesquelles cette crise ne peut être résorbée, ni le capitalisme réformé. Vous saurez pourquoi il n’y a que deux choix, soit la crise, la guerre et la barbarie, face à une seule alternative, l’économie socialiste planifiée et la paix.

Comment le capital se reproduit-il ?

Le capital pour devenir du Capital (C) doit d’abord devenir de la marchandise (monnayable). Étant devenue marchandise (M), il sera commercialisé et une fois vendu il redeviendra argent (A), mais pas encore du capital. Il redeviendra Capital quand cet argent servira à acheter des moyens de production (Cc) et des forces productives (payer des salariés ou Cv) et ainsi redevenir du capital productif (C), prêt à s’engrosser de plus-value (pv) source de toutes les richesses en système capitaliste. Ainsi se poursuit le cycle du capital qui assure l’accumulation  – l’accumulation n’étant qu’un moment dans le cycle continuel de reproduction du Capital – dont la fonction souveraine est de se reproduire en plus grand, de façon élargie. Cependant, pour se reproduire en plus abondant le Capital doit passer entre les mains des ouvriers qui seuls peuvent y injecter leur labeur, la précieuse plus-value – c’est-à-dire du surtravail non payé – source unique de capital revivifié.

La crise systémique du capitalisme

Quand s’enraye ce cycle de reproduction élargie du Capital productif, le Capital devient improductif, autant dire qu’il devient du capital mort et inutile. Il n’est plus du Capital en fait, au sens marxiste du terme, car il ne sert plus à produire de la plus-value et donc à se reproduire en plus grand (C -» C’). Ce qui enraye ce mécanisme de reproduction élargie – ce mécanisme de reproduction du capital – c’est la surproduction (relative) des marchandises. En effet, le mode de production capitaliste est le premier mode de production dans l’histoire à produire trop de moyens de production (de forces de travail et de forces productives) par rapport à ses capacités de «contenir, gérer et générer» – faire fructifier – ces moyens de production.

Crise de surproduction capitaliste

Comment une telle «surproduction» est-elle possible au milieu de la famine ? C’est que in fine, le modus operandi  de ce mode de production et d’échanges n’est pas de produire de la richesse, des biens et des services, à distribuer parmi la population en aisance ou en indigence  (dépendant du continent). La finalité du capitalisme est de produire et de reproduire du capital par le moyen de l’exploitation de la force de travail et l’expropriation de la plus-value. Pour arriver à ses fins, de reproduction élargie, le mode de production capitaliste, un peu comme un immense organisme vivant, a «imaginé» produire de la valeur d’échange monnayable à partir de la valorisation de la valeur d’usage (donner de la valeur marchande à une matière première n’ayant pas à l’origine de valeur d’usage. Exemple, de la roche de fer qui une fois ouvrée devient l’ossature d’acier d’une automobile). Pour que l’opération soit profitable, qu’elle ne se résume pas à échanger un euro français contre un dollar américain, une marchandise au prix d’un euro doit coûter un certain prix en dessous du prix initial. L’autre partie de la valeur produite par le travail salarié (seule et unique source de valeur marchande) sera expropriée par le propriétaire privé des moyens de production.

images-2

La plus-value source des profits

Cette portion de la valeur créée par le travail s’appelle la plus-value d’où émarge l’ensemble des profits déclinés sous différentes appellations telles que profits industriels, dividendes, rentes et bénéfices commerciaux. Tant que ce processus de création de valeurs d’échange  [de plus-value, de capital à réinvestir, en capital constant (Cc ou moyens de production) et en capital variable (Cv ou salaire, ou temps de travail nécessaire) pour faire produire une nouvelle plus-value aux travailleurs salariés exproprier] le système capitaliste est en santé et fonctionne normalement. Le système économique reproduit le Capital en plus abondant ce  qui est sa finalité. On dit alors qu’il y a accumulation du capital dans les mains des capitalistes qui poursuivent leur quête incessante de nouveaux profits [de nouvelles richesses, de nouvelles valeurs marchandes, de nouvelles puissances].   Le profit c’est l’appât   Le profit constitue l’appât (du gain) sur lequel s’appuie idéologiquement ce mode de production et les rapports de production qu’il génère. Le problème économique (la crise) surgit au moment où ce processus de reproduction élargie du Capital s’enraye. Enrayer signifie ici que la classe des capitalistes, dont c’est la mission d’accumuler et surtout de faire fructifier (valoriser) le capital n’y parvient plus. La classe capitaliste a beau imaginer des subterfuges, des arnaques financières, la création de produits boursiers dérivés sulfureux, le Capital productif ne se reproduit plus et en lieu et place c’est de l’argent fictif – des papiers de changes – des chiffres virtuels dans un chiffrier électronique d’entreprises financières – qui s’accumulent dans les livres de comptabilité et les portefeuilles de dividendes des rentiers jusqu’au jour de l’éclatement de la bulle financière qui explose  et affiche soudainement la vacuité de cette activité de thésaurisation  de valeur-action virtuelle et irréelle, c’est-à-dire de papiers et actifs utopiques adossés à aucune valeur réelle tangible et «marchandisable».   Attention, vous devez bien comprendre que ce ne sont pas les marchandises, ni la richesse, ni les biens, ni les services, que les capitalistes, en tant que classe sociale, cherchent à accumuler et à reproduire. C’est le Capital productif, unique source de plus-value, et finalement de profits, que la classe capitaliste cherche à accumuler non pas du tout pour le thésauriser, mais pour le réinvestir en capital vivant = en capital variable = et en capital constant = mort = et ainsi lui faire accomplir un nouveau cycle de reproduction élargie.

À chaque cycle de rotation du Capital, davantage il y a de capital vivant (salaire ou Cv) mis à contribution et moins il y a de capital mort (capital constant ou Cc), ou de moyens de production déjà capitalisés et déjà additionnés dans la comptabilité  globale mondiale, plus il y a valorisation et donc profitabilité de l’opération de production. En d’autres termes, plus il y a production de plus-value plus il y a valorisation et reproduction du capital.   On dit qu’il y a surproduction quand dans le cadre du mode de production capitaliste l’opération d’investissement – de valorisation – du capital n’en vaut plus la peine. C’est-à-dire quand le fait de placer son argent en nouveaux moyens de production (usines, énergie, matières premières) et en force de travail (salaires) ne procure aucun profit ou procure un profit moindre par rapport à d’autres formes de placements-investissements. Les économistes en herbe qui subodorent à propos du dilemme «investissement et croissance versus austérité et décroissance» attestent simplement qu’ils ne connaissent rien à l’économie capitaliste. L’option investissement et croissance n’est pas offerte.

La monnaie – l’argent

Ainsi, la monnaie, à l’origine un simple moyen d’échange facilitant le commerce des marchandises et la comptabilisation des investissements et des profits, s’est métamorphosé en capital financier, source utopique de profits virtuels alambiqués à partir de papiers de commerce – d’actifs – sans valeur marchande. Nous reviendrons sur  l’argent entremetteur que les capitalistes en déroutent ont transformé en talisman dans leur fuite en avant face à la crise économique systémique du capitalisme. L’argent, ce «Dieu» mythique, est lui-même marchandise abstraite et universelle. L’argent n’est Capital que s’il se convertit en marchandises concrètes, telles que machines, matières premières, énergie, forces de travail, dans un procès de valorisation et de reproduction élargie géniteur de plus-value.

Le commerce et l’échange comme révélateur de la crise

La probabilité d’une crise économique que nous savons exister dans la forme élémentaire de l’échange simple se retrouve «contenue dans le mouvement du capital, pour autant qu’il est aussi marchandise et rien d’autre que marchandise» disait Marx (1). Car le mouvement de l’argent-capital est fait d’échanges de marchandises, transformées en  argent. Il est évident que les échanges doivent équilibrer les achats et les ventes pour pouvoir s’effectuer sans ambages. Les déficits de la balance commerciale annuelle de nombreux pays sont l’assurance d’une crise économique profonde et irrésoluble. Chaque échange est donc un moment de possibles perturbations, un «saut périlleux» comme l’écrit Tom Thomas (2).

Plus se complexifie la division du travail dans l’usine et dans l’économie en général et plus se multiplient les diverses branches spécialisées de la production industrielle anarchique, et plus se segmentent le processus de production, réparti entre les différentes unités de production éparpillées dans plusieurs pays, et plus s’accroît la masse et la diversité des produits, et plus se multiplient aussi les possibilités de disproportions dans les volumes de marchandises produits offerts et les volumes demandés – entre l’offre soldée et la demande solvable – et plus se multiplie les variations de prix que cela entraîne, ou que les variations de la valeur de l’argent (devises) entraînent également, d’un pays d’exportation à un pays d’importation. Cet écart dans la valeur des différentes monnaies étant un révélateur du déséquilibre des échanges de marchandises dont nous parlions précédemment. Ce n’est pas la monnaie qui entraîne les écarts et les déséquilibres des balances commerciales. La valeur de la monnaie ne fait qu’enregistrer et révéler ces écarts.

« Pour faciliter l’exposé de ces possibles perturbations, nous distinguerons les disproportions entre les  branches de production, et celles dues à une surproduction de biens destinés à la consommation finale (ou, autre façon de le dire, due à la sous-consommation de la population laborieuse). Il ne faut pas oublier que le commerce international concerne autant les échanges entre entreprises de production que l’approvisionnement de la consommation finale » (3).

Disproportions entre branches de production

Ces disproportions entre branches de production consistent en goulots d’étranglement dans une branche d’activités dont les produits sont nécessaires à d’autres branches. Le prix de ceux-ci s’élève. La production des branches est freinée par la pénurie des intrants nécessaires. Il y a double dévalorisation du capital ; 1) par la diminution de la plus-value du fait du renchérissement des intrants c’est-à-dire du capital constant par rapport aux salaires ; 2) et par l’inutilisation de plus en plus grande, quantité de capital fixe (machinerie et installations diverses) du fait de la pénurie d’intrants (matières premières, produits semi-finis, énergie) et de la nécessité de hausser la productivité du travail. L’ensemble de ce processus produit une hausse de la composition organique du capital dont la conséquence inéluctable est la baisse des taux de profits moyens par secteur industriel et par zone géographique de production.   Du capital inemployé ne produit évidemment pas de plus-value, ce n’est plus du Capital, c’est une déprédation du capital. « Dans la mesure où le procès de reproduction s’arrête, le procès de travail se ralentit ou est, par endroits, complètement paralysé, c’est du capital réel qui est détruit. Le travail qui n’est pas exploité est autant dire de la production perdue. Des matières premières qui restent inemployées ne sont pas du capital. Des bâtiments qu’on n’occupe pas, tout comme des machines et  des marchandises qui pourrissent dans les entrepôts, tout cela c’est de la destruction de capital » (4).

Sous-capacités de consommation d’un côté est toujours surcapacités de production de l’autre. L’ensemble produit non seulement une sous-utilisation des machines, mais crée aussi des stocks de marchandises invendues, des forces de travail inutilisées et licenciées, une baisse de la consommation et une baisse de l’investissement, et in fine des entreprises en faillites. Ces réactions en chaîne sont bien connues et peuvent transformer une perturbation localisée en une crise généralisée et systémique.   Mais pourquoi chaque branche industrielle ne produit-elle pas exactement selon les besoins des autres ? Pourquoi la société ne peut-elle répartir « comme selon un plan ses moyens de production et ses forces productives, selon le degré et dans la mesure qu’il faut pour satisfaire ses divers besoins, de sorte qu’échoit à chaque sphère de la production la quote-part du capital social requise pour satisfaire le besoin auquel cette sphère correspond ? » demande Marx.   Nous connaissons la réponse, qui peut se formuler par la question suivante : « Comment, sur la base de la production capitaliste où chacun travaille pour soi (…) la péréquation et la cohérence nécessaire des diverses sphères de la production, la mesure et la proportion entre elles, pourraient-elles se faire autrement que par la constante abolition d’une constante disharmonie ? » (5) En réalité, « les péréquations sont toutes fortuites », et s’opère de manière anarchique, par la confrontation de l’offre et de la demande, directement sous la loi du marché capitaliste, ce qui oblige à ajuster les quantités et les prix à la demande constatée toujours après coup. L’aveuglement des choix privés est corrigé et éclairé par cette confrontation bancale dans un immense charivari économique que les banquiers et les barons de l’industrie ne contrôlent absolument pas. Cette péréquation arrive toujours trop tard, après qu’ils aient été effectués dans  l’immense carnaval de la concurrence qui entraîne un règlement violent des disproportions : destructions de capitaux dans une branche et transfert de capitaux dans une autre plus rentable. Chômage ici et pénurie de main d’œuvre là-bas.

images-5

Le déséquilibre de l’offre et de la demande révèle l’inadéquation du système

La permanence de ces ajustements que ce mouvement des capitaux est censé réaliser « présuppose aussi la permanente disproportion qu’il doit égaliser en permanence, souvent violemment » par des crises, du chômage, l’inflation des prix et l’érosion du pouvoir d’achat, que le bourgeois présente comme inéluctables et dont il subit les effets lui aussi. « Ce phénomène de « l’anarchie de la production » comme conséquence de la propriété privée des moyens de production et cause des crises a fait l’objet de très nombreuses analyses de la part de spécialistes ahuris. Nous verrons que les disproportions que génère le capital, et qui aboutissent à des crises de plus en plus violentes, ne se réduisent pas, loin de là, à des problèmes d’équilibres quantitatifs de productions entre les diverses sphères de l’activité économique. Nous verrons aussi que ce ne sont pas ces disproportions quantitatives en tant que telles qui sont le fait le plus important, mais les dévalorisations de capitaux, la tendance générale à la baisse du taux de profit à laquelle elle concoure. Ce qui est posé ici à ce stade encore général de l’analyse des crises, c’est que le capital ne se développe qu’à travers des destructions, des dévalorisations permanentes, qui sont pour lui le moyen de donner une cohérence sociale à la productivité privée.   La crise est le moment paroxystique de ce mouvement chaotique. C’est le moment de l’unité quand l’anarchie à son comble est devenue un obstacle à la survie. L’anarchie capitaliste apparaît toujours comme disproportions. Mais celles-ci se manifestent évidemment sous des formes différentes au fur et à mesure du développement (valorisation) du capital et de ses transformations. Par exemple, elles se manifestent comme pénuries de marchandises dans telle ou telle sphère d’activité et de surproduction dans d’autres au stade de la petite ou moyenne production éparpillée du capitalisme ascendant. Mais elle se manifestera comme excédent généralisé de forces productives et de capital financier, une surproduction généralisée de capital sous toutes ses formes, au stade contemporain du capital concentré, hyperproductif et mondialisé [au stade de l’impérialisme décadent NDLR]» (6).

Taxer comme façon de redistribuer la richesse qui tend à s’accumuler

Une surproduction n’est que l’envers d’une sous-consommation. C’est la deuxième forme de disproportion que nous allons examiner. Il ne s’agit pas que d’un problème d’équilibres pouvant relever d’une planification rationnelle de l’économie. Ces disproportions manifestent une contradiction inhérente au mode de production capitaliste entre le développement des forces productives et la paupérisation relative de la population salariée à l’exception d’une couche de privilégiée (moins de 1% de la population totale).   Ceci signifie comme vous le verrez bientôt qu’il est totalement futile d’intervenir pour intervertir le processus d’accumulation concentrique des fortunes entre les mains d’une minorité afin de tenter de redistribuer la richesse avec équité. Amorcer un tel procédé amènerait la destruction du capitalisme et jamais les capitalistes au pouvoir ne laisseront leurs laquais politiciens les assassiner. Seule une révolution sociale retirant le pouvoir politique et le monopole de la violence légale à l’État bourgeois pourra permettre d’exproprier les moyens de production, d’échange et de communication.

Disproportion entre production et consommation

« La production peut se diviser arbitrairement en deux grandes branches : la production des moyens de production (secteur I) et celle des biens de consommation (secteur II). Mais c’est évidemment cette consommation finale, donc essentiellement celle des masses populaires qui détermine en dernière instance l’équilibre de l’ensemble, la production du secteur I ne pouvant pas trouver sa finalité en lui-même » (7). En effet, c’est au moment où la marchandise (comprenant les biens et les  services) est achetée qu’elle transforme les salaires et les revenus des particuliers en argent pouvant redevenir du capital productif selon le procédé que nous avons explicité ci-haut. On constate que le capital développe davantage la production générale (secteur I) que la consommation finale (secteur II). Les hurlements des capitalistes à propos de leurs difficultés à écouler leurs produits, les usines fermées bien qu’en bon état de fonctionnement, et les stocks de marchandises invendues, détruites ou bradées font foi de cette évidence.   La sous-consommation est une explication de la crise souvent invoquée.

Notamment par les keynésiens qui en concluent qu’il suffirait d’augmenter les dépenses publiques et les salaires pour que la consommation augmente et la production par la suite. Ainsi convergeraient harmonieusement les intérêts bien compris du capital et du travail salarié grâce à l’accroissement de la dette et de la masse monétaire en circulation ! Quarante années d’endettement souverain démentiel n’auront pas suffi à mettre fin à ce refrain. Seuls les réformistes propagent encore ce fumage à l’effet que l’endettement collectif et individuel est une solution à la crise économique systémique.   Avant le mode de production capitaliste, il n’y avait pas, en dehors des périodes de guerres, de destructions massives des moyens de production, de forces  productives (des travailleurs) et des marchandises. Il y avait des moyens de production trop frustes, une production trop faible et trop sensible au moindre aléa climatique, d’où la pauvreté et de fréquentes famines. Cette pénurie n’était pas créée par le système social, il l’aggravait seulement par les prélèvements des classes sociales supérieures

                                                                                                                             à suivre….