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Archives Mensuelles: mars 2014

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Nous vous proposons de larges extraits du dernier livre de Tom Thomas : La montée des extrêmes – De la crise économique à la crise politique.

  Editions Jubarte (distribution : Le Point du Jour -58, rue Gay Lussac-75005 PARIS)

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La gauche « extrême » et la crise.

Le Front de Gauche (FG) est typique de ces partis qui, en Europe notamment, tentent à la faveur de la crise de revivifier la vieille idéologie réformiste-étatiste et ses programmes dits « de gauche », qui faisaient autrefois la fortune des partis dits « communistes », de type stalinien.

On sait que la gauche a souvent fortement contribué, y compris par la répression  la plus brutale quand elle gouvernait (par exemple, le PCF dans la période 1945-1947) à maintenir les revendications et luttes prolétariennes dans le cadre borné des rapports sociaux capitalistes, et des conditions  qui en découlent  pour la reproduction du capital (notamment celle qui implique que le prolétaire le reste).

Aujourd’hui le FG (en ses deux composantes, le PCF et le Parti de Gauche) se fait le continuateur de cette vieille tendance historique du mouvement prolétaire (en sa majorité du moins). Il affirme un diagnostic profondément erroné de la crise contemporaine pour en déduire des propositions tout aussi erronées, qui sont celles qu’a toujours portées cette tendance.1

Erreur de diagnostic. La cause de la crise ne serait pas dans la dégradation ample et rapide des conditions de la valorisation du capital, mais seulement dans les excès d’une finance2 débridée, qui affaiblit par son exubérance le « bon » capital productif en accaparant les profits qui, ainsi ne sont ni réinvestis en nouveaux moyens de production, ni distribués en salaires afin d’augmenter la consommation. Ce qui serait l’explication de la panne de la croissance et de l’emploi.

Erreur sur la solution. Vu le diagnostic, elle apparaît évidemment toute simple ? Bon dieu ! mais c’est bien sûr : « prendre aux riches » actionnaires pour faire à leur place ce qu’ils devraient faire en tant que capitalistes,  donc soucieux avant tout de l’accumulation du capital (de la croissance), à savoir investir pour produire plus, et augmenter les salaires pour qu’une consommation accrue stimule cette production accrue. En même temps  il faudra instaurer un fort protectionnisme  pour que ce ne soient pas les importations  de pays « low costs » (pardon, adeptes du dumping social et écologique) qui nourrissent  cette hausse de la consommation. Et pourquoi les capitalistes ne voient-ils pas qu’ainsi la crise serait résolue, le capitalisme serait sauvé, et eux avec ?

Ce serait parce que les financiers « dominateurs » n’auraient chacun que des intérêts égoïstes et de court terme, j’amasse de l’argent et après moi le déluge ! De la fantastique crise de la valorisation du capital, il n’est ici pas question !

Erreur aussi sur le moyen de cette politique de vases communicants (je prends aux riches  pour investir à leur place et donner aux pauvres) que serait l’Etat gouverné par le FG. Ce qui revient a demander à l’organe suprême du capitalisme d’abolir les tares inhérentes à ce système, par exemple la fraude et l’évasion fiscales, ainsi que les conditions de son fonctionnement, par exemple en ruinant le crédit, si essentiel aujourd’hui à la reproduction du capital par l’abolition des dettes qualifiées pour l’occasion « d’illégitimes ». Et pourquoi pas aussi les profits ? Comme toujours le petit bourgeois prétend que l’Etat du capital fasse un tri entre un « bon » et un « mauvais » capital.

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Erreur enfin sur le résultat de cette politique en ce qui concerne les prolétaires : elle n’est qu’un miroir aux alouettes, de vaines promesses de politiciens chevronnés qui les condamneraient en réalité, s’ils arrivaient au pouvoir, à une existence encore plus misérable au lieu de l’avenir meilleur annoncé.

Rappelons brièvement les caractéristiques essentielles de cet ensemble d’erreurs.

Ces idéologues et politiciens de gauche qui résument la crise à la domination et aux abus du capital financier devraient se rappeler ce sage conseil  de Vauvenargues : « Avant d’attaquer un abus, il faut voir si on peut en ruiner les fondements ». S’ils les connaissaient, alors ils sauraient aussi, comme le résume l’analyse de la situation du capitalisme contemporain, que la caractéristique historique particulière de la crise actuelle est qu’elle n’est pas surmontable dans le cadre des rapports sociaux qui sont le capital et le capitalisme. La fameuse croissance (Valorisation-accumulation du capital) ne peut être trouvée(sinon très épisodiquement et faiblement) , ni par le moyen d’une augmentation de l’extraction de la plus value sous sa forme absolue, comme le tentent actuellement les bourgeoisies avec acharnement, et encore moins par celle de la plus value sous sa forme relative, dont les conditions se sont considérablement et définitivement dégradées au fil des trente dernières années (ce qui d’ailleurs a été la cause profonde de la crise)

Ils sont encore plus superficiels quand ils mettent la dégradation de la situation des travailleurs sur le dos de « licenciements boursiers », ou autres manœuvres des capitalistes pour maximiser leurs profits. Il n’y a pas besoin que les patrons soient des méchants, des « voyous » selon une formule très à la mode à gauche, pour que la nécessité d’avoir à obtenir un taux de profit maximum – autrement dit les contraintes de la compétitivité – s’impose à eux.

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Certes, l’Etat peut décider de « prendre aux riches ». Certes il ne pourra pas rembourser la dette publique, et devra l’effacer d’une manière ou d’une autre (défaut, inflation) et cela quelque soit le parti au pouvoir. Certes, il peut étatiser davantage l’économie, décider d’investissements via, par exemple, une grande banque d’Etat 3 (ce qui se fait d’ailleurs déjà en partie). Certes, il peut décider d’augmenter les salaires, les ressources des hôpitaux, de l’enseignement, et autres « services publics ». Le programme du FG pour les élections de 2012 est ainsi une vaste énumération d’augmentation massive des dépenses de l’Etat (non chiffrées d’ailleurs) et de nouveaux impôts et taxe sur le capital et les capitalistes (non chiffrés également). Production, consommation, emplois, niveau de vie des travailleurs, seraient ainsi accrus par ce système néokeynésien de vases communicants.

C’est oublier qu’en système capitaliste, étatisé ou pas, la production est d’abord déterminée par les exigences de la valorisation du capital, par le taux de profit. Or l’analyse montre que le capital est aujourd’hui dans une situation où les conditions de cette valorisation sont définitivement dégradées. Que l’augmentation de l’extraction de la plus value sous sa forme relative, la seule qui puisse permettre, pendant un temps, une augmentation de la production et de la consommation, est quasiment bloquée.

Bef, dès lors qu’on a compris les causes profondes de la crise actuelle, on sait que le programme du FG de relance étatique de l’accumulation du capital est illusoire. D’ailleurs ce serait en réalité prendre aux riches, moins pour améliorer le sort des masses populaires que pour payer une bureaucratie d’Etat décuplée (ce qui n’est pas peu dire vu ce qu’elle pèse déjà) et les gaspillages insensés qu’elle engendrerait inéluctablement, comme les expériences historiques l’ont amplement démontré. La répartition des richesses dépend toujours, d’une façon ou d’une autre, de celle de la propriété et de la possession des moyens qui sont nécessaires pour les produire. Et que ceux qui en sont les titulaires soient l’Etat, ou nommés par lui, ne fait pas qu’ils ne soient pas moins accapareurs  que les maîtres privés 4. Le même rapport de domination et d’appropriation entre les maîtres des conditions de la production et ceux qui en sont dépossédés ( qui définit le capital) subsiste, que ces maîtres soient de l’Etat ou n’en soient pas.

Le programme du FG n’est pas qu’illusoire, il est dangereux. Notamment en ce qu’il contient un renforcement des mesures protectionnistes, et, plus généralement, une forte propension au nationalisme.  Ainsi, par exemple, le Fg critique les grands patrons, non pas d’être les fonctionnaires zélés du capital, mais d’avoir « perdu de vue l’intérêt national, l’intérêt de notre patrie républicaine, l’intérêt de notre souveraineté technique » 5. Outre que l’intérêt national n’a jamais été, au premier chef, qu’une justification de l’intérêt des capitalistes, et que de ce fait les prolétaires n’ont pas de patrie, le FG se fait l’émule du FN en demandant aux capitalistes d’être de bons patriotes, ce qui ne changerait pas le sort des prolétaires, bien au contraire, ni même n’améliorerait la situation  du capitalisme, bien au contraire également. En cultivant, comme le FN, même si c’est avec moins de fougue et plus de précautions oratoires, la tare nationaliste que la crise exacerbe, le FG alimente la xénophobie qui prospère sur ce sinistre terreau.

De la même façon, les grandes proclamations de guerre contre la domination de la finance mondialisée aboutiraient, si elles étaient transformées en actes, à une catastrophe pour la croissance du capital « français » tant espérée par le FG. Car, comme Marx d’ailleurs l’avait déjà observé 6 , plus la dette de l’Etat est importante, et elle est aujourd’hui pharaonique, et plus la vie de l’Etat dépend du crédit, donc des financiers (étrangers à plus de 60% pour la dette française) auquel il doit emprunter. Pour se sortir des griffes  des financiers, il n’y a pas  d’autre moyen que de sortir du capitalisme, mais cela le FG ne l’envisage  pas une seconde. D’ailleurs ses maîtres à penser ne savent même pas ce qu’est le capital ! Ils sont en particulier, totalement imprégnés  à leur insu de ces fétichismes de la marchandise et de l’Etat qui fondent leur idéologie et leur programme politico-économique (…)

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(…) La seule possibilité aujourd’hui de sortir de la crise du capitalisme étant de sortir du capitalisme, c’est évidemment tout autre chose que de changer quelques-uns des individus  qui gèrent l’Etat et les entreprises.

Quand le Titanic coule, bien que réputé aussi insubmersible que le capitalisme, ce n’est pas changer les officiers qui sauvera les passagers. (…)

Le front de Gauche propose lui une sorte de capitalisme d’Etat qu’il présente comme un capitalisme sans capitalistes, ou à tout le moins si fortement tenus en laisse et taxés par l’Etat que ce serait tout comme. En fait le capitaliste serait l’Etat ou des dirigeants prétendant ne pas être des capitalistes, ou si peu, si modérément, si soucieux du bien général ! Ainsi le rapport de domination, et donc d’appropriation, capitaliste subsisterait, mais miracle sans ses conséquences.(…)

Déjà, un peu partout dans le monde, des manifestations massives, des émeutes récurrentes montrent  que les peuples mettent en cause les pouvoirs en place. (…) Passer au stade supérieur d’une lutte contre l’Etat, pour le détruire, est aussi un développement des luttes pour des revendications sociales, pour des besoins dont les prolétaires se rendront compte qu’ils ne pourront les satisfaire que par eux-mêmes, qu’en se dotant de leur propre puissance politique, médiatique, armée. De toutes les diverses classes  ou couches sociales qui se mettent aujourd’hui en mouvement, seuls les prolétaires n’ont aucun intérêt à vouloir la survie du capitalisme, qui signifierait aujourd’hui pour eux tous ou presque, une absolue paupérisation. (…)

 
1 Ce qui est aussi le cas de certains groupes trotskystes
2 Tous les maux d’aujourd’hui « trouvent leur commune origine dans la caractéristique essentielle de notre époque : la domination sans partage du capital financier sur le monde » (brochure programme du FG, 2012, p.7. Quant à la domination sans partage du capital tout court (dont le capital financier n’est qu’une forme particulière, aussi hypertrophié soit-il), elle n’existe pas pour le FG ! Pas plus que son état sénile qui caractérise cette crise ! Cette conception extrêmement superficielle de la cause « des maux d’aujourd’hui » était déjà celle de ceux que Marx appelait au XIXe siècle, « les socialistes vulgaires » quand il écrivait que, sous sa forme financière, le capital est «  la cible la plus proche d’une critique superficielle (…) il offre la cible la plus facile pour les socialistes vulgaires ( …) Le socialisme qui s’en prend au capital porteur d’intérêts comme la ‘’forme de base’’ du capital, n’est donc pas seulement enfoncé lui-même jusqu’aux oreilles dans la vision bourgeoise (…) il n’est lui-même, au plan théorique, qu’un symptôme du développement capitaliste » (cf.TPV 3,p.552-553).
3 Ce qui implique une sorte de planification. Observons à ce sujet qu’une partie du mouvement fasciste des années 30, le courant dit Planiste (représenté par le Belge  De Man), proposait un projet du même genre, considérant que seuls l’Etat et ses experts  technocrates pouvaient gérer l’économie tant elle était une mécanique compliquée. Cela au moyen d’un Plan à l’élaboration et l’exécution duquel participeraient  syndicats de travailleurs  et patronaux formant corporations « ni communistes ni capitalistes », strictement « professionnelles ». A la base  de telles illusions on retrouve  toujours e fétichisme de la marchandise qui fait considérer l’économie comme une mécanique, que l’Etat pourrait donc gérer à sa guise, comme un ingénieur une machine.
4 « La bureaucratie tient en sa possession l’essence de l’Etat (…) c’est sa propriété privée (…) l’autorité est le principe de son savoir, l’idolâtrie de l’autorité, sa conviction (…) Quant à l’individu bureaucrate, il fait du but de l’Etat son but privé : c’est  la curée des postes supérieurs, le carriérisme. » K.Marx, Critique du droit politique Hégélien ; Pléiade III, Œuvres philosophiques, p. 921-922
5 Interview de M. Mélenchon publiée dans METRO du 03/05/2013
6 Cf.L’idéologie allemande, éditions sociales , p.73
 
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images-1L’UKRAINE en proie aux contradictions inter-impérialistes

Pendant des siècles, l’Ukraine est aux confins des royaumes de Pologne de Lituanie et de Russie, c’est une zone aux frontières mouvantes.

Soumise aux invasions Tartaro-mongoles, ses territoires seront alternativement sous la domination de ses puissants voisins. Ainsi Kiev est polonaise jusqu’à la fin du 17ème siècle.

Outre des ukrainiens, le pays compte une importante minorité de russe et de biélorusse, mais aussi des moldaves, des roumains, des polonais, des bulgares, des hongrois, des grecs et des tartars. A noter également que l’Ouest du pays a connu un schisme religieux (Uniate), s’étant séparé de l’église orthodoxe pour se rapprocher des catholiques (que sont les voisins polonais).

Le retournement au profit de la Russie des cosaques, peuples nomades installés sur ce territoire entre polonais et russes, est déterminant pour le passage des territoires sous domination de la Russie Tsariste.

De 1815 à 1914, soit presque un siècle, la Russie Tsariste s’étend jusqu’à Varsovie (Pologne)

La configuration actuelle de l’Ukraine est le fait de la reconquête soviétique et des frontières de 1945. (Yalta en Crimée)

En 1954, c’est Khrouchtchev (d’origine ukrainienne) qui va donner à l’Ukraine la Crimée jusqu’alors rattachée à la RSS de Russie. La Crimée sera à ce jour une république autonome de l’Ukraine.

Pour nous Communistes, l’Ukraine ravive quelques souvenirs :

–       Ceux de la révolution de 1905, avec la mutinerie du Potemkine et la fusillade de l’escalier Richelieu à Odessa ; immortalisés par le film d’Eisenstein.

–       Ceux de la controverse dans le parti Bolchevick à propos de la « Paix » de Brest-Litvosk qui allait livrer l’Ukraine à l’Allemagne, puis à l’invasion polonaise soutenue par Petlioura.

–       Ceux de la guerre contre les blancs et les troupes impérialistes qui assiégeaient la jeune Russie Bolchevick.

–       Ceux des marins du corps expéditionnaire français, les « Mutins de la Mer Noire » qui refusèrent, en vrai internationalistes de tirer sur leurs camarades russes.

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Nous relayons un article de RESPUBLICA qui nous a été signalé par une camarade, cet article à le mérite de poser les bonnes questions ce qui n’est pas très fréquent à la gauche de la gauche.

L’article est suivi de notre commentaire.

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Venezuela, Ukraine, Russie et ailleurs : vers une intensification de la confrontation inter-impérialiste ?

Permalien vers cet article                                                                                              Lundi 3 mars 2014

Par Évariste       Pour réagir aux articles écrire à evariste@gaucherepublicaine.org

 

Vous avez vu les 20h de TF1,de France 2, lu la presse dominante, écouté les grandes radios. Vous savez donc qu’en Ukraine, les gentils démocrates pro-occidentaux ont gagné et que les méchants totalitaires corrompus qui regardent vers l’Est sont défaits.
Vous savez aussi qu’au Venezuela, les gentils aspirants à la liberté, manifestent dans le calme et la dignité et que le pouvoir sanguinaire des bolivariens entrave ces promenades « bisounours ». Je vois d’ici certains lecteurs de ReSpublica faire la fine bouche en disant :- « On nous a déjà fait le coup en Libye, la situation actuelle étant aujourd’hui pire que sous Khadafi avec la charia, la régression du droit des femmes, la guerre civile des milices d’extrêmes droites, la régression des droits,le pouvoir d’achat en berne, il n’y a que les multinationales de l’énergie qui sont contentes, etc. »
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« On nous a fait le coup en Syrie où la force militaire dominante anti-Assad est aujourd’hui formé par l’extrême droite islamiste dans ses différentes composantes, largement soutenue par les alliés des néolibéraux, l’Arabie saoudite et la Turquie. »
Et ces lecteurs ont bien raison : au delà de l’idéologie universaliste, qui oppose les bons du camp occidental aux méchants anti-démocrates de l’Est, la réalité du rapport de forces géopolitique renvoie à des rivalités économiques.

Nous sommes dans une intensification de la guerre inter-impérialiste

Une contradiction fondamentale du mode de production capitaliste est, qu’il ne peut se développer que dans un cadre social spécifique, l’État-nation, mais qu’il doit en sortir, poussé par la loi de l’accumulation capitaliste, à la recherche de débouchés et d’argent frais. Le capitalisme a vocation à être impérialiste, d’où les inéluctables rapports de forces entre nations, qui ne sont que des rapports de compétitivité entre capitalismes, c’est-à-dire de capacités d’exploitation.

La géopolitique gère ces rapports, selon une idéologie propre à chaque camp.
Ainsi, l’impérialisme occidental (piloté par les EU qui ont fini par enrôler, après la Grande-Bretagne via la finance, l’UE via son impuissance) tente d’endiguer la Russie et la Chine au nom de l’idéologie des droits de l’homme. Il le fait au nom de l’idéologie des droits de l’homme, mais partout où cet impérialisme passe (Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, etc.) il fait le lit des forces les plus obscurantistes et intégristes au point de faire s’allier des ennemis de toujours (Iran-Irak par exemple). Cela ne vient-il pas de la contradiction fondamentale du mode de production capitaliste ? Ce dernier ne peut se développer que dans un cadre social spécifique, l’État-nation, mais doit en sortir (pour cause de recherche de débouchés, de baisse tendancielle du taux de profit et le besoin d’argent frais) et devenir impérialiste, d’où la géopolitique pour rendre compte des rapports de forces entre nations, c’est-à-dire des rapports de compétitivité entre capitalismes, c’est-à-dire entre capacités d’exploitation.

La réalité géopolitique est que nous vivons en direct le passage de témoin entre les EU et la Chine, comme les anciens ont vécu celui entre le Royaume-Uni et les EU dans la période fin du XIXe-première-moitié du XXe. La Russie apparaît dans le jeu comme l’équivalent de l’Allemagne d’alors, à la différence que l’Allemagne était une puissance industrielle montante, tandis que la Russie d’aujourd’hui est une puissance rentière, assise sur sa richesse gazière et pétrolière.
Quelques exemples sous nos yeux

Ainsi, en Europe, dans la guerre civile qui se passe en Bosnie-Herzégovine, la seule chose qui fait consensus est que plus personne ne veut des accords communautaristes pro-intégristes de Dayton imposés par les forces néolibérales occidentales, accords aujourd’hui pointés comme étant l’une des causes majeures de la guerre civile. La Bosnie, c’est un système de type libanais au plein cœur de l’Europe. On ne peut pas faire plus éloigné de la République sociale que ce système usine à gaz antidémocratique. C’est le produit du traitement impérialiste de dépeçage de l’ex-Yougoslavie.

De même, au Venezuela, nous sommes confrontés à une stratégie de la tension en vue d’un coup d’État pro-américain. Lisez cet article de Maurice Lemoine, il le montre très bien.  Mais, cette tentative de déstabilisation s’appuie sur des difficultés économiques sérieuses.
Le système bolivarien basé sur la rente énergétique n’a pas réussi à empêcher la croissance de l’écart des taux de change officiel et officieux de la monnaie bolivarienne. Cet écart a progressé fortement de 2010 à aujourd’hui. Aujourd’hui le ratio est de 9 pour 1 ce qui n’est pas rien. Bien évidemment, cela participe à l’enrichissement d’une petite minorité de Vénézuéliens et une part de plus en plus importante de l’économie se développe en fonction de cet écart. Par exemple, la grande compagnie pétrolière vénézuélienne PDVSA doit vendre ses devises issues des recettes au taux officiel mais doit payer ses fournisseurs au taux officieux ! D’où la nécessité de subventionner cette grande entreprise. Le gouvernement souhaite donc entrer dans un processus de taux de change unique mais qui sera au début situé entre les deux anciens taux officiel et officieux. Cela demande un pilotage fin et précis par la Banque centrale, une aide monétaire aux plus défavorisés à cause de la hausse des  prix qui s’en suivra.
 Mais ce n’est pas suffisant.
D’aucuns proposent de passer d’une économie de rente énergétique à une économie basée sur une plus forte redistribution (le Venezuela est un des pays à fiscalité faible), d’aller plus vite dans une politique industrielle plus développée, plus diversifiée, plus haute en gamme et sans doute d’avoir une politique économique et financière visant à transformer les excès de liquidités en une épargne à long terme, sans compter la nécessité d’augmenter encore la qualité de l’enseignement, notamment des filières scientifiques et techniques. Ces propositions, quoique nécessaires, sont au mieux la copie déformée de la thèse des industries industrialisantes de Gérard Destanne de Bernis qui sous-estime la logique effrénée d’un capitalisme qui n’a pas d’autre solution que d’intensifier ses politiques d’austérité et renforcer ses menées impérialistes.Il y a donc loin de la coupe aux lèvres mais le combat continue.
En Ukraine, la situation est d’une grande gravité. D’abord la corruption endémique est généralisée tant du côté de l’ex-président Victor Yanoukovitch déchu que de l’ancienne première ministre Youla Timochenko, libérée de prison il y a quelques jours. Dans son indice de perception de la corruption, l’ONG Transparency International classe l’Ukraine au 144e rang sur 175 ce qui était déjà le cas avant l’arrestation de l’ex-première ministre Youla Timochenko qui a été présentée par les médias néolibéraux comme la coqueluche de Maïdan.

Les populations du Sud (la Crimée) majoritairement russophones vivent pour beaucoup dans une économie marquée par la présence massive de la flotte russe. Les populations de l’Est vivent beaucoup du commerce avec la Russie d’autant que ce commerce a bondi depuis 2009, même si la balance commerciale est défavorable aux Ukrainiens.
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Tandis que les populations du Nord-ouest et de la région de Kiev sont tournés vers les économies de l’UE.
Les besoins financiers à court terme de l’Ukraine (sans compter les investissements nécessaires) se chiffrent à plus de 27 milliards d’euros (35 milliards de dollars) pour les deux ans qui viennent dont plus de la moitié sont exigibles en 2014. Il va sans dire que la poursuite du prêt que la Russie avait consenti à l’Ukraine (reste environ 12 milliards de dollars) devient pour le moins hypothétique. Ce n’est pas le milliard de dollars promis par les EU et les 1,5 milliards promis par l’UE qui sont de nature à couvrir les besoins immédiats.
Reste le FMI, bien que sa doctrine reste la contrepartie d’une politique d’austérité en Ukraine. Notons que, officiellement, ce fut par refus de la contrepartie exigée par les Occidentaux (la politique d’austérité) que l’ancien président déchu n’avait pas signé le plan européen.
La dette de l’Ukraine n’est pas exorbitante (43 % du PIB) mais le pays est en récession avec un abaissement du PIB de plus de 2 % en 2013. Faible industrie bas de gamme et secteur agricole développé.
Notons de plus que l’Ukraine est le pays où circule via des oléoducs la grande majorité du gaz et du pétrole russe à destination de l’Europe de l’ouest mais aussi de l’Europe du sud.

Quant aux élites politiques nouvelles présentées par les médias occidentaux, en plus du nouveau pouvoir ukrainien d’Olexandre Tourtchinov et d’Arseni Iatseniouk, proche de l’ex-première ministre, notons l’ancien champion de boxe Vitali Klitschko, chef du parti ultra-libéral Udar et l’ultranationaliste nazi Oleh Tiahnybok de Svoboda.
Que du « beau monde » qui ne résoudra pas par un coup de baguette magique la crise actuelle. D’autant qu’étant « sûrs » du soutien de l’impérialisme occidental, ces hommes ont dès les premières mesures supprimé le russe comme langue officielle, une langue parlée par 60 % de la population. Et décidé dans la même lancée une discrimination contre les langues hongroise et roumaine. Le gouvernement roumain a déjà protesté. Le député Vadim Kolesnitchenko parle de discrimination linguistique. Il est facile de prouver que les habitants russophones d’Ukraine ne sont pas des immigrés, mais des autochtones. Rien de surprenant de voir les russophones d’Ukraine demander au grand frère russe une intervention. Mais même à Lviv, bastion pro-européen en Ukraine, les militants ont, par exemple, déclaré le 26 février « journée russophone » afin de montrer leur solidarité avec les habitants des régions de l’est et du sud de l’Ukraine, à majorité russophone. Le gouvernement vacille d’où la volonté de certains de rencontrer Poutine…
Il y a de la fébrilité dans l’action d’Olexandre Tourtchinov, le nouveau président favorable à l’impérialisme occidental. Quelques jours après la réaction musclée de l’impérialisme russe, il demande au Parlement de revenir sur ce vote et modifier la loi. Sans doute, l’impérialisme occidental a-t-il été surpris de la détermination du président russe qui a planifié son action de façon très professionnelle.
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Et si « l’ukrainisation » était une maladie contagieuse ?
Déjà, nous connaissons le cas de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie en Géorgie et du Haut-Karabakh en Azerbaïdjan.
En Moldavie, la Transnistrie, ou République moldave du Dniestr, a voté en 2006 à 97,1 % de voix en faveur du rattachement à la Russie.« Nous sommes prêts à doter la Transnistrie d’une large autonomie, sur le modèle catalan », a proposé le Premier ministre moldave Iurie Leanca.
Mais le 2 février 2014, la Gagaouzie a voté d’une même voix (à 98,7 %!) en faveur du rattachement à l’Union douanière (Russie, Biélorussie, Kazakhstan) initiée par la Russie. Un caillou dans le sabot pour des autorités moldaves engagées dans un rapprochement avec l’UE.

Tout cela pour dire que la géopolitique reprend ses droits. 
Au moment du déclin de l’hyperpuissance étatsunienne, de notre entrée dans un monde multipolaire et peut-être demain pourquoi pas « apolaire », tout se passe comme si les alliés impérialistes transatlantiques (États-Unis, Canada, Union européenne) avaient engagé une nouvelle politique d’endiguement (containment en anglais) contre la Russie en Europe et contre la Chine en Asie, avec des répercussions au Moyen Orient et en Afrique. Les conflits en Azerbaïdjan, en Ukraine, en Moldavie, en Géorgie, l’entrée rapide de la Bulgarie, de la Roumanie et des pays baltes dans l’Union européenne, ne sont-ils pas un sous-produit de cette nouvelle politique d’endiguement occidentale ?

La tentative du Partenariat transpacifique1 sur un projet de regroupement de 40 % du PIB mondial ne l’est-elle pas également ? Même si le TPP vient de reporter à 2015 la résolution des différends EU-Japon sur la taxation des produits agricoles importés par le Japon, idem pour l’automobile par les EU, voire des différends avec la Malaisie sur la défense par cette dernière des entreprises nationales ou encore sur la questions des brevets pharmaceutiques et des génériques pour l’accès aux médicaments pour les pays plus pauvres.

Tout ne s’explique pas par la géopolitique, mais rien ne peut s’expliquer sans elle. Il faudra sans doute à l’avenir s’intéresser plus à ces gigantesques batailles inter-impérialistes qui sont devant nous. La gauche de la gauche peut-elle devenir une gauche de gauche sans être claire sur ce sujet ? Il faut bien, à un moment, poser les questions qui fâchent…
Le TPP tente de regrouper douze pays: le Japon, l’Australie, le Brunei, le Canada, le Chili, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour, les États-Unis et le Vietnam []
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Notre commentaire; 
On ne peut qu’être d’accord avec votre analyse sur la confrontation entre blocs impérialistes. Les peuples du monde entier en font les frais. De 1945 à aujourd’hui, les différents conflits impérialistes mondiaux ont fait plus de morts, de blessés et d’orphelins que les deux guerres mondiales réunis.
Mais l’intensification des guerres est à mettre en relation avec l’aggravation de la crise du capitalisme, ses capacités de survie qui le conduisent à accroître partout les conditions d’exploitation.
 
Une des raisons de ces guerres nommées de « basse intensité » c’est que le capital a besoin d’États compradores, dociles et surtout les plus petits possibles de manière à accroître la concurrence entre ces Etats.
L’objectif premier est d’abaisser le coût du travail vivant, productif, au niveau le plus bas possible.
Pourquoi ?
La concurrence est l’aiguillon externe du capitalisme, qui lui permet d’augmenter la productivité qui est lui l’aiguillon interne de la production capitaliste.
« Produire pour produire » tel est le crédo capitaliste et rien ne peut s’y opposer si ce n’est le prolétariat uni qui, par nécessité, se rassemblera, se reconnaîtra en tant que classe sociale indépendante de la bourgeoisie afin de la combattre efficacement. « Produire pour le peuple » sera l’objectif du prolétariat pour en finir avec le gaspillage des richesses produites et surtout pour éliminer la propriété privée qui fonde le capital et donc les rapports de production qui en découlent et qui permettent à ce capital de se reproduire (les rapports de production sont uniquement basés sur la séparation entre les possesseurs des moyens de production -financiers compris- et les exploités, simples exécutants).
 
Mais pour le moment, nous n’assistons qu’au dépeçage des anciennes nations, devenues obsolètes pour maintenir le taux de profit (du moins tenter de le maintenir au niveau le plus élevé possible quand tous les facteurs de dévalorisation du capital sont supérieurs à ceux de sa valorisation).
Parmi ces facteurs de dévalorisation figure justement la productivité. Celle-ci n’a jamais été aussi élevée. La composition organique (CC/CV) est élevée. Moderniser coûte trop cher. Les investissements sont bloqués, l’argent se thésaurise ou tourne en rond dans la sphère financière, produisant au passage des krachs comme celui de 2008. Puis c’est le tour des États qui se trouvent en cessation de paiement.
Le recours au crédit, l’inondation de liquidités par les banques centrales produisent les mêmes effets :  un trop plein d’argent que ne eput se convertir dans la production en capital additionnel. C’est le blocage de l’accumulation.
 
Les États impérialistes tentent de relancer la spirale « vertueuse » qui a permis pendant les trente glorieuses d’accroître la productivité tout en augmentant les salaires mais à un rythme plus lent que cette dernière.
 
Aujourd’hui le procès de l’accumulation se heurte à l’impossibilité de diminuer davantage la masse salariale autrement dit de diminuer le temps de travail contraint car ce dernier est aussi du sur travail qui produit de la plus-value.
La productivité mine la production de plus-value donc annule les profits envisagés.
Le travail n’étant plus rentable on supprime ce travail (d’où l’aggravation du chômage et de la « fracture sociale » tant redoutée par la bourgeoisie qui ne peut même plus nourrir le prolétaire qui était sensé la nourrir !) et dans le même temps on abaisse le coût de celui qui reste.
Voilà pourquoi l’impérialisme pille sans vergogne les pays dominés, jusqu’à la destruction de la nature et des ressources de ces pays. Voilà pourquoi, sans une révolution pour y mettre un terme, l’espèce humaine est menacée de disparaître avec la planète toute entière.
 
Pierre Lehoux – secrétaire de l’Association des Amis du Manifeste.