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Archives Mensuelles: décembre 2013

RSA 4MANDELA, Il a mené la lutte de libération nationale mais le pouvoir économique est resté blanc.

Les louanges de l’ensemble de la classe politique pour le décès de Nelson Mandela forment un beau florilège de faux culs.

Deux souvenirs me reviennent.

Dans la seconde moitié des années 70, j’ai vu passer sur « ma machine » des brochures techniques de matériel d’une entreprise nationale d’électronique d’armements, elle étaient rédigées en Africaaner, preuve s’il en est que le gouvernement GISCARD-CHIRAC de l’époque était loin de faire pression sur le régime raciste Sud-Africain.

En 1988, nous étions nombreux aux obsèques à Paris de DULCIE EVONNE SEPTEMBER représentante de l’ANC en France assassinée par les tueurs de l’apartheid pendant la période d’association MITTERRAND-CHIRAC. Elle enquêtait sur un trafic d’armes entre la France et l’Afrique du Sud. Les tueurs du régime de Prétoria ne furent jamais inquiétés, ils furent même probablement assistés par les services secrets français.

Ils ont alors beau jeu, ces mêmes et leur affidés actuels de verser des larmes de crocodile sur la dépouille de MANDELA !

J.M.N

Nous vous proposons ci dessous une analyse de marxistes australiens publiée en français par le site belge « AVANTI ».

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Les deux visages de Nelson Mandela   Tom Bramble    8 décembre 2013

http://www.avanti4.be/analyses/article/les-deux-visages-de-nelson-mandela

RSA 2

La mort de Nelson Mandela vient de mettre un terme à l’existence d’un homme qui personnifiait la résistance héroïque à l’apartheid, une lutte à laquelle qui a consacré toute sa vie, même lorsque cela signifiait pour lui un immense coût personnel. Cependant, Mandela a été aussi le sauveur du capitalisme sud-africain, condamnant ainsi tant de ses compatriotes à continuer de subir de terribles difficultés, même après la destruction du régime de l’apartheid. Sa grande popularité en Afrique du Sud, du plus pauvre jusqu’à l’ultra-riche, ne peut être comprise sans prendre en compte ces deux faits.

Mandela a été aimé par les masses en raison de son immense dévouement et de son sacrifice pour la cause, incarné par les 27 années qu’il a passées dans les horribles prisons du régime, 27 longues années durant lesquelles il est devenu un vieil homme. Pendant les 18 premières années de son emprisonnement, Mandela a été détenu sur l’île de Robben au large de Cape town, coupé de tout ce qu’il avait connu. Sa première cellule était un cachot humide de 2,4 sur 2,1 mètres avec seulement un tapis de paille pour dormir.

Il a été empêché d’assister aux funérailles de sa mère et de son premier fils. Il n’a été autorisé à recevoir que de rares et brèves visites de ses filles et de sa femme Winnie, elle même souvent emprisonnée, battue et bannie pour son activisme politique. Pendant la première décennie, il ne lui était permis de recevoir qu’une seule lettre tous les six mois. Les prisonniers ne pouvaient avoir accès aux journaux et il leur était interdit de parler les uns aux autres pendant qu’ils mangeaient ou qu’ils accomplissaient leur travail pénitentiaire.

La vie en prison à Robben Island a pesé lourdement sur la santé de Mandela, ce qui a rendu sa longévité d’autant plus surprenante. À l’âge de 46 ans, il a été condamné aux travaux forcés dans la carrière de calcaire de l’île et, les lunettes de soleil lui étant refusées, l’éclat d’un soleil tapant dur a ruiné sa vue. Plusieurs années plus tard, à l’âge de 70 ans, après avoir été déplacé dans une autre prison au Cap, Mandela y a contracté la tuberculose.

Mandela aurait pu obtenir un adoucissement de ses conditions de détention en tournant le dos à la lutte et à ses camarades, en renonçant à la lutte armée, en coopérant avec le système d’apartheid, en rejoignant tous les autres dirigeants noirs qui avaient fait la paix avec l’apartheid pour 30 pièces d’argent. Mais Mandela a continué à suivre le chemin de la résistance pendant 40 ans et, avec d’autres militants de l’ANC, il a fait de Robben Island une université de la lutte, obligeant les autorités pénitentiaires à assouplir progressivement le régime sévère de détention.

RSA 6De l’action non violente à la lutte armée

Dans les années 1940, avant d’être jeté en prison, Nelson Mandela a été, avec une poignée d’autres, à la base de la relance du vieux Congrès National Africain (ANC), une organisation conservatrice qui défendait les intérêts des chefs tribaux. La vision de l’ANC n’allait pas plus loin que l’envoi d’appels infructueux à Londres pour obtenir réparation. Mandela et ses camarades l’ont transformée en une organisation de masse capable de mobiliser des milliers et, plus tard, des centaines de milliers de Sud-Africains dans un combat pour la liberté.

Mandela a joué un rôle dans la plupart des tournants de l’histoire moderne de l’ANC. Avec Walter Sisulu et Oliver Tambo, il a créé la Ligue de la Jeunesse de l’ANC en 1944, qui a débordé puis renversé l’ancienne direction, ouvrant la voie à une nouvelle génération de dirigeants plus militants. La répression par l’État de la journée de grève du 1er Mai 1950 – une action à laquelle Mandela s’était opposé mais qui a fait descendre dans les rues la moitié des travailleurs noirs de Johannesburg à l’appel du Parti communiste (SACP) – lui a montré l’ampleur de la brutalité de l’Etat en même temps qu’elle lui a fait prendre conscience que la classe ouvrière pouvait être mobilisée pour l’action politique et qu’il devait améliorer ses relations avec le SACP, qu’il avait auparavant combattu vigoureusement.

Mandela a été responsable en 1952 de la Campagne de Défiance, un mouvement de désobéissance non-violente de masse qui a permis de faire passer l’ANC de 20.000 à 100.000 membres. En 1955, il a convoqué le Congrès du Peuple, qui a élaboré la Charte de la Liberté, la déclaration redéfinissant les objectifs de l’ANC. L’année suivante, il a été arrêté avec la plupart des membres de la direction de l’ANC pour « haute trahison » contre l’État. Le procès qui a suivi a duré six ans. Mandela a été déclaré non coupable en 1961, mais il n’a pas fallu longtemps pour que les portes de la prison se referment en claquant sur lui.

Après le massacre de 69 manifestants dans les rues de Sharpeville en 1960, un événement qui a attiré l’attention du monde entier sur l’apartheid, Mandela a poursuivi ses plans pour créer une branche armée de l’ANC. En 1961, il a formé Umkhonto we Sizwe (MK) – la Lance de la Nation – afin de mener des actions de sabotage contre les infrastructures militaires et civiles en Afrique du Sud. En cas d’échec, Mandela et ses camarades avaient prévu d’intensifier les opérations et de passer à la guérilla.
Prenant de grands risques personnels, Mandela a coordonné la campagne de sabotage de la MK. Cependant, il a été rapidement repris par les autorités et, en 1964, condamné à la prison à vie, échappant de justesse à la peine de mort.

Bien qu’hostile à la gauche quand il était jeune – une conséquence de son origine sociale relativement privilégiée et de son adhésion initiale à un nationalisme africain étroit – Mandela a évolué dans les années 1950 jusqu’à former une alliance avec le SACP, dans les rangs desquels se trouvaient la plupart des syndicalistes et des militants anticapitalistes les plus engagés du pays. Cette alliance entre nationalistes africains et communistes devait étayer la trajectoire de l’ANC dans les décennies suivantes et expliquer sa capacité à gagner une audience massive parmi les Noirs.

La lutte des Noirs d’Afrique du Sud a été une inspiration pour des millions de Noirs à travers le monde dans la lutte pour leurs droits. Et pas seulement pour les Noirs. Pour plusieurs générations de militants de gauche, la lutte anti-apartheid a été, à côté de la lutte contre la guerre du Vietnam, l’un des principales pierres de touche pour toutes les personnes impliquées dans la résistance à l’injustice. L’image de Mandela languissant en prison a été un des éléments les plus importants de cette lutte, personnifiant les sacrifices de tant de Noirs anonymes souffrant eux aussi sous le joug de l’apartheid. Et quand Mandela a été libéré de prison en février 1990, l’événement a été marqué par des célébrations à travers le monde.

C’est le souvenir de la contribution de Nelson Mandela à cette lutte qui amène aujourd’hui tant de non-Blancs, et même de Blancs libéraux sud-africains, à exprimer leur douleur collective à l’annonce de son décès.

RSA 3Hypocrisie de l’Occident

Mais ce ne sont pas seulement les masses qui expriment leur chagrin à la mort de Mandela. Les chefs d’Etat occidentaux tentent de se surpasser les uns les autres dans leurs louanges au leader sud-africain. Le Premier ministre conservateur britannique David Cameron a appelé Mandela « un héros de notre temps » et a ordonné que le drapeau soit mis en berne au 10 Downing Street (l’adresse officielle du bureau du premier ministre – NdT).

Pour ceux et celles d’entre nous qui sont assez vieux pour se rappeler la grande époque de la lutte anti-apartheid, ces hymnes et ces concerts de louange ne sont rien d’autre qu’une mauvaise blague. Pendant que des Noirs étaient abattus dans les rues, pendus à des potences, emprisonnés par milliers, torturés dans les cellules de police, matraqués et asphyxiés par les gaz lacrymogènes lorsqu’ils protestaient dans les écoles, les universités, les usines et les mines, les gouvernements occidentaux se détournaient avec indifférence du combat des Sud-Africains pour la liberté et traitaient Mandela en paria.

C’est ainsi que lorsque celui-ci a fait une tournée en Europe au tout début des années 1960 à la recherche d’aide pour la cause anti-apartheid, les portes de presque tous les gouvernements lui ont été claquées au nez.

Dans les années 1980, tant le gouvernement Thatcher en Grande-Bretagne que l’administration Reagan aux États-Unis désignaient régulièrement l’ANC comme une organisation terroriste. Aux États-Unis, il a fallu attendre jusqu’en 2008, 18 ans après que Mandela ait été libéré de prison, pour que lui et l’ANC soient retirés de la « liste de surveillance » du terrorisme.

Thatcher et Reagan ne reculaient devant aucun éloge au régime de Pretoria considéré comme un allié fidèle de l’Occident. Le président Reagan a ainsi déclaré à la chaîne de télévision CBS en 1981 qu’il soutenait l’Afrique du Sud parce que « c’était un pays qui est resté à nos côtés dans toutes les guerres où nous avons combattu, un pays qui, stratégiquement, est essentiel pour le monde libre pour sa production de minéraux ».

Ces gouvernements défendaient avec acharnement les grands capitalistes occidentaux qui ont fait fortune grâce à l’exploitation d’une main d’œuvre noire à bon marché, un système dont la perpétuation était le but principal de l’apartheid. Shell, Goldfields Consolidated, Caltex, Mobil, Honeywell, IBM, Ford, GM, Westinghouse, Pilkington, BP, Blue Circle et Cadbury Schweppes – un véritable Who’s Who des Bourses de Londres et de New York – ont tous investi en Afrique du Sud dans les années ‘60, lorsque l’économie était en plein essor. Ils ont maintenu leurs investissements dans les années ‘70 alors même que la répression s’était fortement intensifiée. Bien d’autres détenaient des actions dans le conglomérat sud-africain Anglo-American, qui a réalisé ses énormes profits sur le dos cassé des mineurs sud-africains.

Dans les années 1980, une campagne soutenue en faveur du désinvestissement a forcé certaines grandes entreprises à se retirer, mais pas avant qu’elles aient sous-traité leurs produits à des entrepreneurs locaux. Et ce retrait ne s’est fait que lentement et seulement de manière inégale : à la fin de 1987, 410 entreprises européennes et nord-américaines avaient désinvesti d’Afrique du Sud mais 690 y étaient encore. En 1988, les entreprises américaines ont encore investi 1,3 milliards de dollars dans l’industrie sud-africaine et elles détenaient toujours pour 4 milliards de dollars d’investissements (soit 14% du total) dans l’industrie minière, un secteur crucial de l’économie sud-africaine. Les exportations américaines vers l’Afrique du Sud ont en fait augmenté de 40% entre 1985 et 1988. Tant qu’il y avait des profits à faire, les entreprises et les gouvernements occidentaux ont fermé les yeux sur l’oppression des Noirs sud-africains.

Les louanges actuellement déversées sur Mandela par ces parasites relèvent du stade le plus élevé de l’hypocrisie.

RSA 1Sauveur du capitalisme sud-africain

Qu’est-ce qui explique alors cette volte-face des dirigeants occidentaux ? Pourquoi Mandela a-t-il été transformé d’un terroriste et d’une marionnette des communistes en un saint laïque et un « Père de la Nation » dans le discours politique dominant ? Le rôle que Nelson Mandela a joué dans la transition pour sortir de l’apartheid au cours de la seconde moitié des années 1980 est central pour comprendre ce retournement.
L’Afrique du Sud de l’apartheid a été frappée par deux crises majeures dans les années 1980. Pendant de nombreuses années, l’apartheid avait été utile au capitalisme international parce qu’en réprimant sauvagement la classe ouvrière noire, il maintenait des salaires suffisamment bas pour rendre l’industrie minière sud-africaine rentable. Le capitalisme sud-africain a connu un grand essor dans les décennies d’après-guerre, la croissance atteignant un sommet de 8% dans la première moitié des années 1970. Par la suite, l’économie s’est effondrée et n’a jamais récupéré son lustre d’antan, son taux de croissance ralentissant jusqu’à un maigre 1,5%.

La crise économique a interagi avec l’explosion de l’insurrection populaire, commençant avec le soulèvement de Soweto en 1976 et culminant dans la vague nationale d’insurrections dans les townships en 1984-1986. Cette révolte a été liée à l’émergence d’un mouvement ouvrier noir qui s’est organisé dans de nouveaux syndicats largement non-raciaux. Débutant à Durban en 1973, mais n’atteignant sa pleine force que dans les années 1980, le syndicalisme a déferlé sur la classe ouvrière noire. En 1979, une grande partie de ces syndicats se sont organisés dans une nouvelle fédération syndicale, la FOSATU, dont beaucoup de dirigeants étaient des syndicalistes révolutionnaires qui voyaient dans l’action de masse de la classe ouvrière le moyen de briser l’apartheid. Le socialisme a étreint les masses syndiquées comme un nouvel évangile.

L’administration de PW Botha a d’abord répondu à la crise économique et au renouveau du militantisme par une combinaison de réformes partielles et de répression brutale. Botha espérait prolonger la vie de l’apartheid en intégrant les Indiens, les « métis » et une minorité de Noirs dans le système. Ce projet a échoué lamentablement quand l’ANC et ses alliés ont refusé de coopérer. En 1986, Botha a déclaré l’état d’urgence, ce qui était tout à la fois un nouveau tour de vis dans la répression étatique qu’un aveu d’échec. Rendus nerveux par « l’instabilité », les capitaux étrangers ont commencé à fuir le pays.

L’ANC ne pouvait plus être écrasé par la répression étatique. Même si l’ANC avait suivi plutôt que conduit la plupart des grands mouvements de masse de l’époque, comme le soulèvement de Soweto en 1976 et la création de syndicats indépendants, elle avait néanmoins réussi à atteindre une position hégémonique au sein du mouvement. Les courants rivaux, en particulier le mouvement de la Conscience noire et les syndicalistes révolutionnaires, n’avaient pas réussi à faire naître une alternative efficace, permettant ainsi à l’ANC de prendre l’initiative. Cela est apparu clairement en 1989 au troisième congrès du COSATU, la fédération syndicale unifiée qui avait pris la place de la FOSATU, lorsque la ligne politique de l’ANC s’est imposée.

Dans ce contexte, les patrons les plus clairvoyants d’Afrique du Sud et, avec eux, un nombre croissant de gouvernements étrangers et de milieux d’affaires, ont réalisé que l’ANC devait être invitée à table et non plus ignorée. Toutes les épithètes que les patrons avaient jetées à la tête de l’ANC ont été oubliées dès que ceux-ci ont réalisé que Mandela et l’ANC étaient les seules forces qui pourraient arrêter une révolution de la classe ouvrière noire.

Débutant en 1985 avec une réunion en Zambie entre les dirigeants de l’ANC en exil et des chefs d’entreprises sud-africains, le chemin vers un abandon négocié de la structure politique de l’apartheid s’est ainsi ouvert peu à peu. Les conditions de détention de Mandela ont été progressivement assouplies et, dès 1988, celui-ci s’entretenait régulièrement avec des délégations de ministres du Parti National (le parti conservateur blanc et raciste au pouvoir – NdT) alors même qu’il était toujours prisonnier du régime.

RSA 5Partage du pouvoir

L’éviction de Botha par FW de Klerk en août 1989 a marqué une nouvelle étape dans le projet de réforme. De Klerk était un pur produit du Parti National mais il s’était rendu compte que des concessions plus radicales étaient nécessaires. En février 1990, le nouveau président a libéré Mandela et tous les autres prisonniers politiques et levé l’interdiction de l’ANC et du SACP. Quatre ans plus tard, l’ANC a remporté une victoire écrasante lors des premières élections démocratiques du pays. Les structures politiques de l’apartheid ont été démantelées et la règle de la majorité noire a été confirmée.

C’est pendant cette période que Mandela est devenu le chouchou de l’Occident et qu’il a été salué comme un sauveur par ses anciens ennemis en Afrique du Sud. Mandela s’est engagé dans les premières négociations tout seul et sans concertation avec ses camarades de l’ANC. Il était le personnage principal capable de « vendre » les négociations à la place de la révolution auprès de la base de masse de l’ANC. Aux moments clés de la transition, c’est Mandela qui a détourné les masses du chemin insurrectionnel vers des arrêts de travail et des manifestations classiques et tenues sous contrôle. Mandela était devenu tellement important que le gouvernement a été terrifié quand il a contracté la tuberculose en 1988 – les dirigeants blancs craignant que, lui mort, rien ne permettrait plus d’empêcher la révolution.

La pré-condition la plus importante pour un règlement négocié était qu’on ne touche pas aux fortunes amassées par Anglo-American et les autres barons voleurs. Les nationalisations ont été retirées du programme de l’ANC et Mandela a réitéré à plusieurs reprises son engagement en faveur de l’entreprise privée, de l’investissement étranger et la « restructuration » de la fonction publique et des grandes industries d’Etat qui avaient été créés par le gouvernement du Parti National.

La direction de l’ANC a également décidé de laisser intactes les chaînes de commandement de l’armée sud-africaine et de la fonction publique et a accepté la formation d’un « gouvernement d’unité nationale » de transition d’une durée de cinq ans, qui devait assurer des postes ministériels importants aux politiciens du Parti National.
En août 1990, Mandela a ordonné la cessation de la lutte armée. Bien que cette décision ait pu être opportune compte tenu de l’inefficacité de cette méthode de lutte contre le plus puissant appareil militaire du continent, elle a surtout constitué une nouvelle marque de la volonté d’accommodement.

Certains partisans de l’ANC ont condamné ces mouvements comme étant une capitulation. Beaucoup étaient furieux de la décision de mettre fin à la lutte armée à un moment où le gouvernement lâchait encore des escadrons de la mort contre les militants de l’ANC à travers le pays. Ils s’en prirent à Mandela avec des pancartes « Mandela, donne-nous des armes » et « Tu agis comme un mouton alors que les gens meurent ».

Les conditions négociées par Mandela étaient, cependant, tout à fait compatibles avec sa politique de longue date. Il a toujours soutenu l’entreprise privée et la voie parlementaire ; sa principale objection était que les Noirs avaient été exclus de la participation à celles-ci. Lors du procès de Rivonia en 1964, Mandela a déclaré au tribunal : « L’ANC n’a jamais, à aucun moment de son histoire, préconisé un changement révolutionnaire dans la structure économique du pays, pas plus qu’elle n’a, pour autant que je m’en souvienne, jamais condamné la société capitaliste ».

L’engagement en faveur des nationalisations contenu dans la Charte de la Liberté de 1955 n’était qu’une concession d façade pour apaiser les délégués ouvriers au Congrès du Peuple où elle a été adoptée. Mandela ne l’a jamais conçu comme une question à traiter sérieusement.

Ni Mandela ni l’ANC ni même le SACP n’ont considéré que le socialisme était à l’ordre du jour en Afrique du Sud. Pour le Parti Communiste, c’était, au mieux, quelque chose qui attendait Afrique du Sud plusieurs décennies après que la prétendue « première étape » de la révolution – la « révolution démocratique nationale »- ait été achevée. Néanmoins, le SACP a été en mesure d’utiliser son autorité pour désamorcer l’opposition des travailleurs à l’accord pourri qui a été négocié en leur nom par Mandela et Joe Slovo, son vieux camarade au sein de la MK, et par ailleurs principal théoricien du Parti Communiste.

RSA 7L’ANC au pouvoir

Après les premières élections démocratiques en avril 1994, la classe ouvrière noire, qui avait lutté et souffert pour la cause du socialisme en Afrique du Sud, a été contrainte de boire un breuvage amer par l’ANC tandis que les sommités de la Bourse de Johannesburg, bientôt rejointes par un certain nombre de personnalités importantes de l’ANC, continuaient à lamper du champagne.

Dans leur gratitude, les patrons ont applaudi Mandela en tant que dirigeant d’une nouvelle « Nation Arc-en-Ciel » qui leur a permis de continuer à masser d’énormes profits sur le dos de la classe ouvrière et de déplacer leurs sièges sociaux à l’étranger tandis que les Noirs ont continué à subir une vie faite de logement dans des cabanes, de toilettes de fortune, d’absence d’eau courante, de coupures d’électricité, d’écoles de mauvaise qualité et sous-financées et de taux de chômage dépassant les 30%.

Deux ans après l’introduction d’un Programme de Reconstruction et de Développement aux objectifs pourtant très limités, le gouvernement de l’ANC a abandonné celui-ci en faveur d’un Programme pour la Croissance, l’Emploi et la Redistribution ouvertement néolibéral, tiré directement du livre de recettes de la Banque mondiale. En 1995, Mandela a reçu de nouveaux éloges de la part des irréductibles de l’ère de l’apartheid lorsqu’à l’occasion de la Coupe du Monde de rugby, il a revêtu le maillot de l’équipe de rugby des Springboks détestée des Noirs pour remettre le trophée au capitaine de l’équipe. Les citoyens riches de Sandton, une banlieue chic pratiquement entièrement blanche de Johannesburg, ont érigé une statue en son honneur dans leur centre commercial local.

C’est pourquoi la mort de Mandela est célébrée aujourd’hui non seulement par ceux qui rêvaient qu’il les mènerait à la liberté, mais aussi par les patrons dont il a sauvé la tête quand ils se sont retrouvés confrontés à une menace mortelle dans les années ‘80. Nous garderons de lui le souvenir à la fois d’un chef de la résistance mais aussi de quelqu’un qui a bel et bien possédé ses partisans lorsqu’il a détourné leur lutte dans une impasse capitaliste.

L’assassinat par la police de 44 mineurs du platine en grève à Marikana en août l’année dernière, dans des scènes qui rappelaient Sharpeville 50 ans plus tôt, démontre que la lutte pour une véritable libération de la classe travailleuse sud-africaine est encore devant nous. Elle devra se mener en opposition pas seulement à l’ANC, mais à l’ensemble du cadre de la politique nationaliste sur lesquels s’est fondée la vie de Mandela.

Tom Bramble est co-éditeur, avec Franco Barchiesi, d’un livre d’essais sur la classe ouvrière sud-africaine intitulé Rethinking the Labour Movement in the “New South Africa” (Repenser le mouvement syndical dans la “Nouvelle Afrique du Sud“), qui a été publié par Ashgate (Aldershot) en 2003.

Article publié le 6 décembre sur le site www.redflag.org de l’organisation socialiste révolutionnaire australienne Socialist Alternative.

Traduction en français et titre pour Avanti4.be : Jean Peltier.

Les dessins qui illustrent cet article sont tirés de la revue humoristique sud-africaine BITTERKOMIX

 

images-1Les manifestations contre la crise qui se développent actuellement dans notre pays ont un caractère interclassiste, elles dénoncent un capitalisme voisin qui serait déloyal, fustigent l’état ou font appel à lui pour être mieux protégé. La classe ouvrière est à l’œuvre dans ces mobilisations où elle peut échanger, se regrouper et éviter l’isolement des luttes perdues d’avance contre les fermetures et les plans sociaux mais son autonomie reste limitée. Le caractère interclassiste du mouvement social breton a fait dire à certain par une « analyse » trop rapide ou par calcul qu’il était réactionnaire qu’en est-il exactement ?

Le marxisme nous apprend à analyser les phénomènes pour ce qu’ils sont et non pas pour ce que nous voudrions qu’ils soient (l’analyse concrète de la situation concrète).

Les camarades de l’Organisation Communiste Future Rouge qui se sont récemment associés au PCMF donnent sur leur site une lecture réaliste de la situation.

 

J.M.N

 

http://futur-rouge.overblog.com/2013/11/ce-que-nous-enseigne-la-lutte-des-classes-en-bretagne.html

 

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Ce que nous enseigne la lutte de classe en Bretagne.

 

L’état actuel de la lutte de classe en Bretagne nous apporte en même temps que son lot de contradictions, des éléments importants pour savoir comment se positionner et surtout comment agir en tant que militants communistes.

L’appel à la manifestation de Quimper a semé le flou chez beaucoup d’entre nous par son interclassisme et la division qu’elle a amené chez les syndicats. Ces événements nous forcent à bien analyser les contradictions au sein du peuple et les contradictions entre nous et nos ennemis comme deux choses bien distinctes. Il est manifeste que des organisations patronales telles que L’Institut de Locarn, Produit en Bretagne, la FDSEA et des élus bourgeois de Bretagne sont à la manœuvre. Il est également inquiétant de voir comment nos ennemi-e-s de classe utilisent avec efficacité le mouvement de masse pour défendre leurs intérêts. Mais il nous faut éviter les analyses et les conclusions simplistes et nous mettre à l’épreuve des faits.

 

L’anarchie de la production est responsable de la situation bretonne

 

La Bretagne connaît une grave crise qui s’inscrit dans la crise du capitalisme qui ronge l’état français, et ce d’autant plus de part les spécificités que les inégalités de développement ont inscrit dans le tissu économique de Bretagne. L’économie bretonne est dominée par l’agriculture et l’élevage autour desquels se développe une mono-industrie dont les breton-ne-s subissent les conséquences en termes de pollution. Il n’est pas étonnant, dans ce contexte, de voir se dessiner un semblant d’intérêts immédiats communs entre différentes classes aux intérêts contradictoires dans leur essence, antagoniques pour d’autres. Ouvriers et ouvrières de l’agro-alimentaire, paysan-ne-s, éleveurs, transporteurs etc. étant tous liés par un même secteur d’activité .

 

Cet interclassisme est aussi la marque de l’anarchie de la production capitaliste qui entraîne une destruction toujours plus grande de forces productives. L’anarchie de la production plonge de larges masses de la population vers un avenir incertain, parmi lesquels des éléments petits bourgeois ; petits producteurs, commerçants qui ont tous et toutes à craindre dans leur activité économique, l’impact des destructions d’emplois du secteur industriel. L’écotaxe que les patrons ont su mettre au premier plan de la mobilisation grâce à leurs capitaux et à l’appui des médias n’est certainement pas le cœur de la lutte des nombreux bretons et bretonnes qui se sont rassemblés à Quimper ce jour là.

 

Réduire l’acharnement et le sabotage par les masses des portiques écotaxe à une question d’ « esclaves se battant pour les intérêts de leurs maitres » (dixit Mélenchon) serait une grave erreur. Évidemment, les masses ne se battent pas pour les beaux yeux de leurs patron-ne-s. Mais la réalité d’une société ou règne la propriété privée des moyens de production est que ceux-ci tiennent leur vie entre leurs mains. Car les travailleurs et travailleuses qui craignent pour leurs emplois, inquiet-e-s pour les lendemains, savent comment les patron-ne-s répondent à la taxe, comment ils répondent à la baisse de leur taux de profit ; en taillant dans les effectifs. C’est par ce même procédé du chantage à l’emploi de la peur de manquer que les patron-ne-s des enseignes commerciales de Castorama et autres, ont poussé leurs salarié-e-s à porter la pathétique campagne du « Yes Week-end » et à les dresser contre les syndicats. Les travailleurs et travailleuses se battent pour leurs intérêts immédiats, mais aussi pour leur avenir, pour « vivre et travailler en Bretagne » comme ils le revendiquent eux-mêmes. Si nous voulons accomplir ce pourquoi nous luttons, si nous avons la ferme intention de servir le peuple ; alors ce qu’il faut traiter ici, c’est la question du système capitaliste dans son ensemble, ses contradictions comme autant de sources de souffrances pour le peuple.

 

Pour l’instant, le gouvernement bourgeois va renvoyer les exploité-e-s à ses éventuels « plans » et promesses pour calmer tout le monde en espérant que l’étincelle ne mette pas le feu à toute la plaine. Mais rien ne va changer pour les masses sous le régime capitaliste. Éduquer les masses à comprendre cette réalité est une de nos taches.

Lorsque les « expert-e-s » bourgeois-e-s des médias nous expliquent que le poulet français n’est pas assez compétitif par rapport au poulet brésilien, que les entreprises industrielles n’ont pas fait les investissements nécessaires pour résister à la concurrence allemande, ce sont bien là pour nous des problèmes de bourgeois-e-s  ! Aucune subvention aux agriculteurs de la part de l’U.E, aucune aide de l’Etat aux entreprises ne supprimeront la concurrence mondiale. Croire à ces belles promesses serait aussi absurde que de penser que les gouvernants puissent faire disparaître le Brésil ou l’Allemagne de la planète ! C’est donc les fondements de ce système destructeur de nos vies qu’il faut pointer du doigt : l’anarchie de la production, la concurrence, la propriété privée des moyens de production et d’échanges, ainsi que les conséquences qu’ils ont sur nos vies.

 

Porter, dans le chaos, une position prolétarienne

 

La CGT a avancé la défense de l’indépendance des travailleurs pour refuser de participer à la manifestation de Quimper. Or, la CGT n’est pas non plus indépendante d’un point de vue de classe. En effet, le fait d’être organisé-e-s entre travailleurs et travailleuses ne suffit pas à garantir l’indépendance de classe. L’indépendance de classe, c’est une question idéologique, c’est prendre le point de vue des intérêts du prolétariat et rompre avec celui de la bourgeoisie. Or, des mots d’ordre de « défense de l’emploi industriel », de « réindustrialisation », sans parler du « pour le progrès social », des meetings communs avec des patrons pour « trouver des solutions à la crise », des commissions tripartites état, patrons et syndicalistes dans des bassins industriels en voie d’être sinistrés (Lacq), ce ne sont pas des manifestations d’indépendance de classe.

 

À Quimper comme à Carhaix, il n’était pas d’un camp autonome du prolétariat. En effet, l’indépendance de classe ne se résout que par la construction d’une organisation politique défendant fermement une position de classe. Sans lui, les syndicats sont laissés sous la domination idéologique de la bourgeoisie, de même que les masses prolétariennes, forcées par la dureté de la vie de répondre à leurs intérêts immédiats, ne peuvent être amenées à la conscience de leurs intérêts véritables. Seul le parti du prolétariat, un parti communiste révolutionnaire qui se bat pour le renversement de l’état bourgeois et pour la socialisation des moyens de production peut emmener les masses à ce niveau de conscience. Cela dit, les masses prolétariennes révoltées défendent cent fois mieux leur indépendance en refusant le parcours de manifestation prévu et lorsqu’elles s’en prennent aux bâtiments gouvernementaux que lors des manifs économistes plan-plan dans lesquels la CGT et autres les enferment.

 

Pour nous, les militant-e-s progressistes, syndicaux, communistes qui ont été présent-e-s à Quimper ont eu raison d’être à cette manif. Personne n’ignorait que les paysan-ne-s et les prolétaires viendraient en découdre. Et là ou les masses s’insurgent, les communistes doivent répondre présent-e-s.

 

Si la CGT pointe du doigt, outre la présence d’organisations patronales, celle de groupes d’extrême droite, n’avait elle pas la capacité à faire reculer les fascistes ? L’importance du Parti se fait d’autant plus sentir que les bourgeois-e-s polluent les consciences des masses à l’aide de tous leurs partis pourris. Nous-mêmes ne pourrions abandonner les masses, rester là à contempler une lutte. Nous ne pouvons pas laisser les fachos tenter de se frayer un chemin dans les luttes de masses. Mieux vaut lancer les révolutionnaires dans le chaos de la lutte que les laisser végéter dans l’impuissance, à l’écart des masses par souci de préserver l’« indépendance » des travailleurs. Il n’existe pas de mouvement prolétarien pur, et c’est à nous de savoir construire l’unité autour du prolétariat.

 

Participer activement aux luttes des masses, isoler et dénoncer les élus bourgeois et les patrons, chasser les groupes d’extrême-droite et encourager la violence révolutionnaire du prolétariat, des petit-e-s paysan-ne-s et éleveurs, expliquer les véritables causes des souffrances du peuple, les éclairer sur la nature de classe de ce Gouvernement et dégager des perspectives de lutte, voilà ce qu’un Parti permettrait.

 

Notre rôle est de faire émerger, au milieu de ce mouvement, la position du prolétariat. Cette position est que les patron-ne-s n’ont pas attendu l’écotaxe pour licencier, qu’il faut refuser de marcher derrière celles et ceux qui vous licencieront plus tard, mais au contraire lutter et s’organiser pour défendre ses intérêts de travailleurs et travailleuses, en toute indépendance de classe. S’organiser en tant que prolétaire, c’est ne plus avoir sa vie entre les mains du patron, c’est se doter des moyens de résister et de vaincre.

 

La position du prolétariat est la seule conséquente, car le prolétariat est la classe qui a totalement intérêt à la destruction du système capitaliste, et qui, au cœur de la production est celle qui est le plus à même de développer le rapport de force avec la bourgeoisie. Le prolétariat est donc à même d’entraîner les autres classes derrière lui. L’interclassisme de ce mouvement, c’est le reflet de la faiblesse politique du prolétariat, c’est le reflet de nos faiblesses.

 

Un frémissement dans la classe ouvrière

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Nous nous moquons des manifestations policées, « dans le calme », et qui faisaient dire à Sarkozy : « Aujourd’hui quand il y a une manifestation en France, personne ne s’en aperçoit. ». La déclaration commune signée CGT, Solidaires et FSU explique que « les actions violentes surmédiatisées ne relèvent pas d’un mouvement social des salariés ». Toujours ce rejet de la violence légitime des exploité-e-s, omniprésent chez « partenaires sociaux » de l’Etat bourgeois . Les prolétaires sont révolté-e-s et personne pour transformer leur combativité spontanée en organisation révolutionnaire. Nous soutenons les appels à créer « les syndicats et les organisations de la société civile à créer des comités locaux de lutte et de défense des salariés menacés de licenciements partout en Bretagne. »

 

Les unions locales CGT, Sud, combatives, comme par exemple celles du Nord Pas de Calais doivent se sentir confortées dans leur volonté de combattre par ce qui se passe en Bretagne. Là bas aussi le terrain est fertile pour la lutte et l’alliance entre ouvrier-e-s et paysan-ne-s ne doit pas être prise à la légère. La situation d’éternel-le-s endetté-e-s des agriculteurs et agricultrices, les contradictions qui les opposent aux patrons de la grande distribution et leur capacité de mobilisation font d’eux de précieux alliés du prolétariat. Tout-e-s les paysan-ne-s ne sont pas dans la même situation économique. Alors que les paysan-ne-s riches reçoivent moult subventions, les plus pauvres s’endettent de jours en jours.

Les ouvriers et ouvrières de Tilly-Sabco en défonçant le portique de la sous-préfecture de Morlaix, ceux et celles de l’imprimerie VG Goossens à Marcq-en-Baroeul en piégeant leur usine avec des bombonnes de gaz, témoignent d’une radicalité qu’il serait regrettable de ne pas montrer en exemple (une « indépendance »d’action dont devrait s’inspirer la direction de la CGT).

 

Nous autres, maoïstes révolutionnaires devons apprendre dans la lutte et ne pas avoir peur du chaos. Nous devons renforcer notre travail dans les syndicats et dans les luttes populaires, parvenir à l’unification des révolutionnaires dans le Parti dont la classe ouvrière à besoin. Nous devons porter partout où sont les masses la position du prolétariat. Ce n’est qu’ainsi qu’il sera possible d’influencer les masses prolétariennes aux idées communistes, de les guider à « monter à l’assaut du ciel ! »

 

Que vive la lutte du peuple breton !

Que sa révolte s’étende partout dans l’état français et ses colonies !

 

PCMF / OCFR