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Archives Mensuelles: août 2013

 

egypte4Coup d’état militaire en Egypte ?

Il y a bien eu un coup d’état militaire en Egypte le 3 juillet dernier. Cette nouvelle ne constitue pas un bouleversement en soi car les militaires n’ont jamais véritablement quitté le pouvoir, ils se sont juste effacés un temps pour mieux reprendre la main quand l’occasion se présenterait. Et l’occasion est venue.

Comme nous le disions dans un article précédent : Les « révolutions » arabes, basées sur des revendications légitimes des peuples (amélioration de leur situation économique, accès au travail, libertés démocratiques…), avaient tout d’abord pris l’impérialisme occidental au dépourvu. Celui-ci s’est vite ressaisi en négociant un compromis avec les branches locales des Frères Musulmans qui constituent l’aile la plus réactionnaire de la bourgeoisie compradore de ces  pays… »

L’armée égyptienne dirige le pays depuis 60 ans, elle s’est construit un empire économique en s’appuyant classiquement sur un complexe militaro-industriel (armements, munitions, avions, blindés…) qui en fait un important exportateur d’armes. Elle a aussi largement diversifié ses activités en devenant un important propriétaire foncier, gérant des hôtels des complexes sportifs ou touristiques, elle produit des denrées alimentaires des biens de consommation courante, mais aussi de l’acier, des produits chimiques, des matériaux de construction….Elle est à la tête d’un vaste réseau d’entreprises qui représenterait selon certains analystes de 25 à 30% du PIB du pays.

L’armée détient aussi d’importantes participations dans le secteur « privé », tout cela étant en grande partie occulte, il est assez difficile d’avoir une idée précise de tout ce qu’elle contrôle réellement.

L’armée est plus qu’un état dans l’Etat, elle est l’Etat égyptien.

Lorsque le peuple égyptien est descendu dans la rue, pour exiger des changements, l’armée a été contrainte de lâcher du leste, elle n’a pas tardé à se débarrasser de MOUBARAK qui avait changé les règles du jeu en voulant imposer une succession-élection héréditaire, puis a mis à la retraite, la vielle garde de son état-major.

«  …En Egypte, l’armée, qui n’a jamais quitté le pouvoir et encore moins le pouvoir économique, a sous l’égide des Etats-Unis négocié un accord de partage du pouvoir avec Frères Musulmans. »

Les Frères Musulmans, dont la confrérie détient une autre part importante du pouvoir économique en Egypte, ont pris formellement la direction politique du pays après une courte transition du Conseil Suprême des Forces Armées vite discrédité par ses méthodes de répression.

La gestion des Frères Musulmans, qui prétendaient que « l’Islam est la solution » pour le développement, n’a en rien réglé les problèmes du pays qui s’est enfoncé encore plus dans la crise économique. À celle-ci s’est ajoutée une crise constitutionnelle, le président MORSI s’attribuant des pouvoirs exceptionnels et annonçant un référendum sur la constitution.

Ces circonstances ont amené une nouvelle irruption des masses dans les rues pour réclamer cette fois le départ de MORSI. Pour sauver la mise (les intérêts capitalistes en Egypte) l’armée a dû intervenir, ce qui lui a permis de reprendre la main avec la caution des partis bourgeois d’opposition, mais aussi l’assentiment parfois même enthousiaste des partis de collaboration de classe.

L’intervention de l’armée a dans un premier temps généré une situation de chaos, d’insécurité et de violences, propre à calmer les ardeurs des manifestants des deux bords. C’est sur ce type de terreau qu’un appareil de répression peut le mieux s’épanouir et en se targuant de restaurer la loi et l’ordre mener à bien une restructuration plus conforme aux exigences du FMI qu’aux aspirations démocratiques du peuple. Ainsi la répression qui a touché les militants islamistes s’est tout aussi abattue sur les ouvriers en grève comme les sidérurgistes à Suez.

Si l’islamisme politique a su s’organiser, il n’en va pas de même des ouvriers égyptiens qui  (comme nous !) pour le moment ne sont pas parvenu à s’organiser en parti de classe.

 

Jean-Michel NICOLAS

 

egypte1Mais l’impérialisme américain veille, à défaut d’Hollywood, Wall street aurait bien un scénario possible à proposer aux militaires égyptiens. C’est tout du moins ce que nous indique l’article ci-dessous publié sur  « leblogfinance.com » ; Un drôle d’anniversaire, s’il en faut, pour nous rappeler que le capitalisme est prêt à tout pour arriver à ses fins et qu’il se contrefout de la démocratie dont il se gargarise.

 

 

 

MORSI QUARANTE ANS APRES ALLENDE

 

http://www.leblogfinance.com/2013/08/egypte-quand-le-wall-street-journal-souhaitait-lemergence-dun-pinochet-remake-de-la-strategie-de-choc-des-chicago-boys.html

 

Quand le Wall Street Journal souhaitait l’émergence d’un Pinochet en Egypte

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Remake de la stratégie du choc des Chicago Boys

 

 

On ne pouvait trouver meilleur indice pour confirmer nos soupçons d’un lien éventuel entre la stratégie du choc menée par les Etats Unis au Chili par Pinochet et les évènements actuels en Egypte.

 

Comment ? via le Wall Street Journal lui-même. Lequel, en début juillet, affirmait ni plus ni moins qu’il fallait « un Pinochet en Egypte ».

 

Manière en quelque sorte d’indiquer que les théories des Chicago Boys et de Milton Friedman pourraient être appliquées à l’heure actuelle en Égypte, dans une stratégie du choc, laquelle permettant une meilleure acceptation de nouvelles règles économiques par les populations « choquées ».

 

En vue, au final, d’ouvrir la voie à un libéralisme accru, et à la privatisation des richesses du sol et sous-sol, voire off-shore, du pays. Et ce, alors même que d’immenses réserves gazières viennent récemment d’être découvertes au large de ses côtes, ressources sur lesquelles Chypre et Israël semblent vouloir afficher leur suprématie, au grand dam, des pays environnants tels que l’Egypte, le Liban, la Syrie et la Turquie.

 

En tout état de cause, rappelons que le 4 juillet dernier, le Wall Street Journal affichait en guise d’éditorial, non signé, que « les égyptiens seraient chanceux si leurs nouveaux généraux s’avéraient être de la trempe d’Augusto Pinochet au Chili, qui arriva au pouvoir en plein chaos mais engagea des réformateurs libéraux et instigua une transition démocratique. Si le général Abdel Fattah al-Sissi essaie de restaurer l’ordre de Moubarak, il souffrira au bout du compte du même destin que Morsi ».

 

Il est vrai qu’à la mort de Pinochet lui-même, en 2006, Forbes s’insurgeait contre la nécrologie du New York Times jugée trop sévère. Regrettant de devoir « vraiment chercher » dans l’article du New York Times « pour trouver un mot sur le fait que Pinochet a sauvé le Chili du chaos économique infligé par son prédécesseur socialiste, Salvador Allende ».

 

Lequel éditorial rappelait que le général Pinochet avait pris le pouvoir le 11 septembre 1973 lors d’un coup d’Etat sanglant qui a renversé le gouvernement marxiste du président Salvador Allende. Précisant qu’il avait « ensuite mené le pays dans une ère de croissance économique ».

 

Mentionnant tout de même au final que « sous sa présidence plus de trente deux mille personnes ont été exécutés ou ont disparu et des milliers d’autres ont été détenues, torturées ou exilées ».

 

Dans son ouvrage intitulé « la stratégie du choc, la montée d’un capitalisme du désastre », la journaliste canadienne Naomi Klein fournit quant à elle les éléments détaillés d’une enquête édifiante sur le dévoiement du capitalisme depuis plus de trente ans.  Naomi Klein remontant tout d’abord aux années 1950, période durant lesquelles, un universitaire américain de Chicago, Milton Friedman avait mis au point une doctrine économique reposant sur un capitalisme sans entrave, que l’Etat, les services publics et même la volonté politique ne pourraient freiner.

 

Cette doctrine ne pouvant néanmoins être mise en œuvre qu’à la « faveur d’un choc » émotionnel et brutal, volontaire ou non, frappant les peuples et offrant une voie royale pour l’émergence d’un libéralisme sauvage dans tous les sens du terme.

 

Milton Friedman devra ainsi attendre 1973 pour voir  sa doctrine confrontée avec la réalité économique et politique d’un pays en voie de développement, le Chili.

 

Rappelons que le 11 septembre 1973,  le général Augusto Pinochet  arrivait au pouvoir dans le pays, à l’issue d’un coup d’Etat militaire. Renversant alors la social démocratie du président élu démocratiquement, Salvador Allende.

 

Si certes le gouvernement déchu dérangeait quelque peu les intérêts de Washington, le coup d’Etat aura offert l’opportunité à une équipe de jeunes économistes sud-américains formés à l’école de Milton Friedman de s’implanter au plus haut sommet du pays.  Lesquels, surnommés les « Chicago Boys » mettaient alors les bouchées double pour appliquer leur nouveau credo néolibéral basé sur la privatisation, la déréglementation et la réduction des dépenses sociales.

 

Cette recette économique allait toutefois se trouver rapidement indigeste pour la population chilienne, entraînant des dégâts considérables pour l’économie du Chili, inflation des prix de presque quatre cent pour cent, flambée des prix des denrées alimentaires de base, privatisation des entreprises publiques au profit de multinationales souvent américaines, sans condition de réinvestissement dans le pays ni obligation d’embaucher de la main d’œuvre locale, explosion du chômage, délabrement des services comme la fourniture d’eau potable et d’électricité, mais également médecine et hôpitaux publics.

 

Le principe de base ? Le chaos économique et social résultant de l’application de la doctrine des « Chicago Boys » n’aurait jamais pu se faire sans le soutien d’un régime dictatorial, ce dernier faisant usage de ses moyens militaires et policiers sa force pour soumettre les citoyens à la nouvelle politique. Les syndicats et les mouvements de gauche étant réprimés férocement, leur opposition au diktat des conseillers économiques d’un nouveau genre leur ayant été fatale.

 

Milton Friedman nia quant à lui jusqu’au bout ses responsabilités dans la mise en place d’un Etat fasciste. Estimant parallèlement que Pinochet ne fut pas assez dur dans l’application de sa doctrine économique, ce dernier changeant de cap au final, le chaos économique menaçant son propre régime.

 

Par Elisabeth Studer                                                                                       Samedi 17 Août 2013