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Archives Mensuelles: juin 2013

phpcgcCqzDerrière le fascisme se cache le Capital !

La lutte antifasciste doit être révolutionnaire !

 

Tract de l’OCML Voie Prolétarienne diffusé à la manif Antifa du 23 juin 2013.

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Clément Méric, militant antifasciste, a été assassiné à Paris le 5 juin dernier. Cet assassinat s’ajoute à la longue liste des exactions racistes et homophobes de ces derniers mois : agressions d’homosexuels, de militants antifascistes, contre des immigrés, contre des passants dans la rue… A Argenteuil le 13 juin, une femme voilée a été agressée et a perdu son bébé. A Lyon, les actes de violence se comptent par dizaines.

 

Ces fachos qui tabassent les militants et terrorisent des quartiers entiers sont des criminels !

 

Nous devons nous en protéger et soutenir les militants antifascistes qui par leur travail de veille permettent d’en savoir plus sur eux et les combattent au quotidien.

 

Cependant, nous ne considérons pas que l’activité de ces groupes témoigne d’un« danger fasciste » en France aujourd’hui. Contrairement aux années 30, c’est sous la bannière de la « démocratie » (PS tout comme UMP) que la bourgeoisie met en place des mesures d’exception : lois d’exception anti-terroristes, criminalisation de l’action syndicale (le Ps a refusé l’amnistie), politique « d’immigration choisie », expulsion des camps de Roms…

 

Dans la lutte contre l’extrême-droite, il y a deux voies.

 

Nous refusons celle qui nous enchaîne aux exploiteurs, à la France impérialiste, à la bourgeoisie qui nous opprime. Le PS n’est pas notre allié dans la lutte contre le fascisme. Aujourd’hui nous ne demandons pas à l’Etat de dissoudre les groupes d’extrême-droite. L’interdiction de ces organisations ne les fera en rien disparaître, mais laisserait croire que l’Etat protègerait la société, alors que ces mesures d’interdictions se retourneront contre nous dès que nous serons trop bruyants. Nous rejetons également le « front républicain », qui ne sert qu’à nous forcer à nous allier avec les représentants politiques des exploiteurs. Face à la crise du capitalisme, la bourgeoisie n’a rien à offrir que plus de misère. Le maintien de son pouvoir passe par les divisions entre prolos, pour détourner la colère sociale. La haine et la concurrence dans une main, la répression dans l’autre ! Ceux qui attisent peurs et racisme, qui divisent à leur profit n’ont pas de leçon de morale à nous donner. Leurs politiques d’expulsions, leurs lois racistes, leur « patriotisme », de droite ou de gauche : qu’ils en fassent le bilan ! Leurs larmes de crocodiles à chaque succès électoral du FN depuis 30 ans : qu’ils en fassent le bilan ! L’appel à voter pour Chirac en 2002 ? Qu’ils en fassent le bilan !

 

Notre voie : la riposte ouvrière et populaire.

 

Dans un pays impérialiste comme la France, le prolétariat est multiculturel, c’est notre fierté et notre force, la base de l’unité internationale des travailleurs. Pour combattre l’extrême-droite, nous nous battons pour le droit de vote des étrangers, la régularisation des sans-papiers, un emploi et un toit pour tous. Pour combattre l’extrême-droite, il faut s’affronter au capitalisme. En construisant des collectifs de lutte dans les quartiers, dans les usines ! En construisant notre camp !

 

Les agissements criminels des groupes néo-nazis et fascistes se multiplient partout en Europe. La riposte est nécessairement internationale ! Partout en Europe, les antifascistes se sont levés pour dénoncer l’assassinat politique de Clément Méric.

 

Ensemble nous crions : La lutte antifasciste est internationale !

 

Ni oubli, ni pardon ! Ni olvido, ni perdon ! Never forgive, nerver forget ! Kein vergeben, kein vergessen !

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Produire Français peut-il protéger les travailleurs du chômage de masse?                        
Une partie de la bourgeoisie entonne le refrain nationaliste

Le « produisons français » du Front de Gauche

Avec l’aggravation de la crise, une partie de la bourgeoisie, en particulier Le Front de Gauche (organisation qui a sa représentativité notamment auprès des catégories sociales « protégées », sous statuts, agents des services publics, de l’État, etc.) tente de récupérer la colère d’ une partie des ouvriers licenciés en maniant un discours à la fois véhément mais profondément nationaliste, dont la teneur n’a rien à envier au plus acerbe des impérialismes français.

Ses déclarations flirtent sur une vague relativement proche de celle du Front National.

L’un glorifie la Patrie et la Race, l’autre l’Universalisme et la Puissance de la France. Dans les deux cas, la stratégie est simple : rallier la fierté nationale aux élections bourgeoisies.

Mais les travailleurs ne se battent pas, comme semble le penser Mélenchon, unis sous la bannière d’une patrie (le « défendons l’industrie automobile française » du leader de la CGT face aux ouvriers licenciés de PSA).

Au contraire, la classe ouvrière est internationale et ne saurait s’arrêter à une définition nationaliste et patriotique. Qu’ils soient chinois, français, japonais, anglais, américains, africains, brésiliens, les travailleurs connaissent la même fatalité : l’exploitation à outrance. S’ils luttent avec autant de force et de détermination chez PSA ou chez GOOD YEAR c’est pour conserver leur emploi, leur seul moyen de subsistance.

Le Front de Gauche en appelle au protectionnisme national, au retrait de la France de l’UE et de l’Euro. Le front de Gauche se pose comme un mouvement chauviniste de gauche, qui n’a absolument rien compris à la mondialisation et tente de préserver les intérêts de certaines catégories sociales plus précisément françaises. Mais il est euro centriste (tout comme la CGT adhérente à la Confédération Européenne des Syndicats).

Il propose ainsi un « protectionnisme européen » qui passerait par une « mise en place des visas sociaux et écologiques pour toute marchandise entrant dans l’Union (européenne) et l’instauration d’une souveraineté économique qui interdise les délocalisations dans tous les cas où cela aboutit à la perte d’un savoir-faire où à la destruction d’une zone de production« .

Il évoque également :

le « protectionnisme solidaire »,

le « Grand Marché Transatlantique ».

Voici ce qu’en dit Mélenchon sur son blog :

« La protection d’un marché intérieur, quelle que soit sa taille, bref, le protectionnisme qui fait hurler les libéraux, c’est possible. Et avec lui la relocalisation de l’activité. Les 20 et 21 décembre dernier, les pays membres du Mercosur étaient réunis à Montevideo. Le Mercosur est une sorte de marché commun en Amérique du sud. On y trouve le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay comme États membres à part entière. Et notamment le Venezuela, la Bolivie et l’Équateur comme États associés. Ces pays ont alors décidé de mettre en place des mesures protectionnistes aux frontières du Mercosur…Le Mercosur nous montre ainsi que de simples décisions politiques permettent de mettre fin à la folie du libre-échange afin de relancer les économies nationales, de lutter contre le chômage et de protéger l’environnement en relocalisant les productions. A l’exact opposé de ce que fait l’Union européenne… »

On sait que les idéologues du Front de Gauche, en particulier, font de l’État une mystification en prétendant qu’il représenterait l’intérêt général, qu’il représenterait la volonté des individus associés (les fameux « citoyens ») et aurait par là, en la réalisant, le pouvoir de mettre « l’économie » (entendez « la croissance », l’accumulation du capital) au service des hommes dans leur ensemble.

S’ils étaient au pouvoir, ils pourraient être à la fois d’habile gestionnaire appliquant en fin connaisseur les « lois » de « l’économie », qui sont justement celles qui justifient et organisent la domination sur les hommes des choses qu’ils ont produites.

Les idéologues et politiciens brandissent encore les mêmes propositions, pourtant mille fois expérimentées comme n’ayant en rien aboli la condition de prolétaire ni affaibli l’accumulation et la reproduction du capital. Elles tournent toujours autour des mêmes rodomontades: prendre aux riches, mais sans abolir la propriété bourgeoise des moyens de production ni la classe bourgeoise.

Or, l’État n’est certainement pas le moyen de diriger « l’économie » au « service des hommes » (car cela dépend d’une révolution des rapports sociaux). Il ne peut plus aujourd’hui, ou du moins de plus en plus difficilement, assurer la reproduction du capital et de la société capitaliste, bien que ce soit là sa fonction, sa raison d’être, et qu’il s’y emploie avec ardeur en usant de toutes les forces coercitives à sa disposition (dont le totalitarisme idéologique et médiatique), et qu’il doive sans cesse croître pour y parvenir encore.

L’intérêt général qu’organise l’État est celui du capitalde sa valorisation, parce que sa reproduction est la condition de celle de cette société dont cet État est à la fois le produit et l’organisateur.

D’habiles gestionnaires du Capital

Aujourd’hui, le capital n’a plus guère de miettes salariales à distribuer aux prolétaires, ni même à une large partie des couches moyennes. Il a certes accaparé énormément, mais il peine à mettre en valeur, comme capital, les richesses fabuleuses qu’il possède et qu’il entasse, consomme dans le luxe le plus débridé, gaspille dans les dépenses les plus improductives et inutiles, dissipe dans ses crises.

Sur le plan politique, c’est la fin du « réformisme » qui permettait de maintenir l’ordre social en attachant les travailleurs au système par le moyen d’une relative augmentation de leur niveau de vie.

La pauvreté n’était souvent, dans les pays capitalistes développés que relative à l’accaparement bourgeois. Elle devient aujourd’hui pour beaucoup absolue.

Nombre de précaires, chômeurs, Rmistes, SDF, qui en ont été dépouillés de tout, imaginent effectivement n’avoir plus que l’État comme moyen pour eux, et estiment naturellement que l’État est plus que jamais responsable de leur bien être, de leur vie, et de toute la société. Et c’est vrai!

L’État est effectivement indispensable à la vie et à la reproduction de cette société là.

Par exemple pour l’entretien de la force de travail, et pour toute une série d’autres nécessités qui apparaissent comme « services publics », « aides à l’emploi » et à la croissance, etc. Parce que ces interventions sont nécessaires dans la société bourgeoise, y satisfont certains des besoins qu’elle engendre, on croit qu’elles sont nécessaires à la vie en général.

Parce que l’État moderne fait toutes ces choses que le « privé » ne veut pas ou ne peut pas faire, on croit que seul l’État peut, et à jamais, les faire, et que par là il est le garant du progrès de la civilisation.

Parce que l’État distribue toutes sortes d’allocations, s’occupe de la santé, des retraites, du droit du travail, etc., cela accrédite l’idée qu’il est au dessus des classes (d’autant plus que les lois sociales apparaissent comme des « conquêtes ouvrières » du fait des luttes sociales souvent dures qu’elles impliquent à cause de la résistance que les capitalistes y opposent), qu’il est l’État qui obligera « l’économie à être au service de l’Homme ».

Ainsi, plus l’État est totalitaire, plus il semble indispensable. Il ne semble pas seulement, il l’est dans l’immédiateté des problèmes de l’instant. Il l’est pour le système capitaliste et pour les hommes qui y vivent. Du moins tant que ceux qui sont dépouillés de leur puissance sociale, voyant l’impuissance de l’État à satisfaire leurs besoins, ne s’organisent pas par eux-mêmes pour abolir cet État jusque dans ses fondements, les rapports d’appropriation qui le produisent.

Ces hommes voient que sans cesse des mouvements, des transformations, des crises adviennent sans qu’ils n’y soient pour rien. Ils en attribuent le pire au capital financier, le reste aux soi-disant nécessités techniques et scientifiques, ou aux soi-disant lois économiques, et ils se tournent vers l’État comme la puissance chargée de les faire vivre et les sauver. Il y a sans cesse toutes sortes de bouleversements qu’ils subissent, et toutes les forces obscures de ce monde, aussi mystérieux pour eux que l’était le monde primitif pour les premiers hommes, qui les provoquent, c’est au grand fétiche* État, révéré lors des cérémonies rituelles sous les masques Nation, Droits de l’Homme, Intérêt Général, Citoyen, Démocratie, à les dominer, à les dompter.

Voilà pourquoi le Front de Gauche peut rassembler des milliers de personnes devant l’impuissance de l’État à répondre à leurs besoins.

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Ils réclament plus d’État !

 

Voici ce que prêchait le principal orateur du Front de Gauche, Mélenchon devant les milliers de personnes venus l’écouter le 6 mai dernier :

« […] nous créerons des pôles publics de l’industrie à l’échelle territoriale. Ceux-ci rassembleront les partenaires publics et privés de ces territoires et travailleront en liaison avec des forums citoyens des sciences et de la technologie ou d’autres instances de recherche en permettant l’embauche dans ces pôles de titulaires du titre de docteur et en faisant reconnaître ce titre dans les conventions collectives.

Les aides aux entreprises seront soumises à des règles strictes.

Le pôle financier public fournira un crédit bonifié aux entreprises pour l’emploi, la formation, la recherche et le développement sur critère d’utilité sociale et environnementale des investissements et de la production.

Nous soutiendrons les politiques d’investissements des entreprises vers les innovations industrielles aux productions utiles. Nous favoriserons la relocalisation des activités et les circuits courts de distribution.

Nous renforcerons la présence de l’État dans le capital d’entreprises stratégiques pour leur sauvegarde et leur développement.

Le soutien de l’État et des pouvoirs publics aux PME-PMI, lesquelles sont aujourd’hui les plus créatrices d’emploi, sera renforcé.

Nous réaffirmons l’exigence de la maîtrise publique, sociale et démocratique du secteur de l’énergie, seule garante de la transparence, de l’indépendance, de l’expertise et de la qualité des installations et des exploitations. Nous créerons un pôle 100 % public de l’énergie comprenant EDF, GDF, Areva et Total renationalisé. Nous agirons parallèlement pour la création d’un tel pôle public au plan européen.

Nous abrogerons les lois de libéralisation de l’énergie. »

Il est facile aux étatistes de critiquer l’affaiblissement de l’État national par ces instances supranationales en prétendant que c’est par elles que le peuple aurait perdu tout pouvoir sur sa vie puisqu’elles ne sont pas, le moins du monde, élues.

Mais, nous l’avons vu, il a déjà perdu ce pouvoir depuis longtemps dans la domination du capital sur sa vie (plus même, ce sont les rapports sociaux formant le capital qui déterminent l’individu contemporain), et dans la domination de l’État national.

Revenir à l’état antérieur de l’État national, à un État encore plus nationaliste et protectionniste qu’il ne l’est, serait la pire chose qu’on puisse opposer à la mondialisation capitaliste. Car l’étatisme, le protectionnisme, le nationalisme, ont les mêmes racines idéologiques dans les fétichismes de l’État et de la marchandise : ce sont là des germes du fascisme.

 

Mais « l’État démocratique », est déjà totalitaire. Il intervient de tous côtés, et ses interventions se résument en quatre points:

– le renforcement de la répression policière, juridique, et de la dictature bourgeoise en général dans tous les domaines de l’idéologie (médias, enseignement, culture);

– l’augmentation de l’intensité du travail et de l’allongement de sa durée (sources de plus-value absolue), par la flexibilité accrue des horaires et des postes, la flexibilité des contrats de travail (développement énorme du travail précaire, intérim, CDD, etc.), la chasse aux moindres temps morts, le recul de l’âge de la retraite;

– la recherche d’économies dans les éléments de la production qui s’échangent contre le capital constant, par exemple abaissement du coût des matières premières, abaissement du coût des immobilisations (qui sont des temps de non valorisation) par l’utilisation la plus intensive possible des machines (travail en 3 x 8), les « stocks zéro » et les « flux tendus »;

– la recherche frénétique de la diminution des coûts salariaux, notamment les « charges sociales ». Dans ce domaine, comme dans celui de l’aggravation des conditions de travail en général, l’arme principale du capital est le chômage.

 

Non seulement la crise l’accentue naturellement, mais le capital a utilisé la mondialisation pour accroître « l’armée de réserve » des prolétaires.

C’est sur cette mondialisation, dite « libérale », qu’il est intéressant de s’arrêter un moment. Elle est présentée par les experts bourgeois de gauche pour être, conjointement avec l’hégémonie d’un capital financier débridé, la cause de la crise. Ils se trompent, prenant comme toujours les effets pour la cause. Car en réalité, elle en est bien plutôt une conséquence, un palliatif. Elle a été ce moyen essentiel qui a permis que la crise soit restée jusqu’à ce jour relativement modérée dans ses effets, que l’accumulation du capital et la production aient pu continuer à croître au cours de ces trente dernières années au lieu de sombrer dans une brutale récession. Grâce à elle, le capital a pu obtenir des résultats importants en ce qui concerne les trois derniers points du résumé ci-dessus (tandis qu’elle implique d’ajouter l’accentuation des guerres impérialistes néocoloniales au premier).

Cette mondialisation dite « libérale » n’est nullement originale en elle-même, mais par son ampleur, par l’amplitude extraordinaire qu’elle a donnée à l’expansion planétaire du mode de production capitaliste, à l’élargissement des bases de l’accumulation du capital, étendues en une trentaine d’années à des milliards d’individus restés encore paysans à l’époque de la mondialisation coloniale.

Et ce sont les limites qu’elle rencontre, les contradictions qu’elle génère, les luttes complexes qui en découlent, qui vont déterminer ce que produira la crise actuelle: un nouveau cycle d’accumulation capitaliste à l’échelle mondiale, ou un cycle de révolutions anéantissant ce mode de production devenu absolument catastrophique.

 

Le nationalisme est donc une des conséquences les plus erronées et les plus dangereuses du rapport capitaliste que « d’accoutumer le travailleur à voir sa seule chance de salut dans l’enrichissement de son Maître » (K. Marx, Le Capital)Et donc à non seulement l’accepter mais même, trop souvent, à y contribuer en soutenant ses guerres commerciales et militaires, prolongements naturels de la concurrence.

Cette idéologie d’unité nationale patriotique est très soigneusement cultivée par l’éducation et tout l’appareil intellectuel de la bourgeoisie, et exacerbée par une propagande chauvine de tous les instants, en tous lieux et à tous propos, comme antidote à la lutte des classes et comme soutien à la lutte d’une bourgeoisie contre d’autres pour le partage de la plus-value mondiale.

En réalité, la concurrence entre les travailleurs n’est qu’une forme de celle existant entre les capitaux pour accaparer le maximum de cette plus-value.

Et en jouant le jeu du soutien à « leur » capital, ils contribuent en fait à une aggravation de leur exploitation. En effet, le capital le plus prospère, celui qui survit dans la crise, est celui qui fait le plus de profit, qui exploite le « mieux » les ouvriers qu’il emploie.

 

Si, dans la concurrence, il n’y a aucune autre liberté pour le prolétaire que de se soumettre à un capital pour espérer en recevoir des miettes, il n’y en a pas non plus pour le capitaliste lui-même. Car il ne peut l’être qu’en étant le meilleur exploiteur du travail d’autrui, le meilleur filou, le plus cynique « gagneur », quel qu’en soit le prix en matière de dégâts humains, de gaspillages, de pollutions, etc. La concurrence entre eux ne fait que distinguer ceux qui sont les meilleurs dans ces comportements, les meilleurs agents de la valorisation des portions de capital dont ils ont la gestion. Eux aussi dans la concurrence exécutent les lois du capital, telles qu’elles leur apparaissent à la superficie et qu’ils les comprennent, superficiellement, sans la moindre idée de leurs fondements. Marx stigmatisait à juste titre ces agents comme n’étant que « des fonctionnaires du capital ».

 

La concurrence, baptisée libéralisme par les idéologues, n’est en rien synonyme de plus haut développement des hommes, de la liberté individuelle et de la créativité comme ils le chantent.

Vue comme manifestation de la liberté créatrice de chacun, elle est exactement l’inverse : la totale sujétion de l’individualité aux choses (argent, prix, salaire, profit, etc.) qui, bien que représentant le travail social, s’en sont détachées, au point que leurs rapports, leurs mouvements, déterminent les comportements individuels et les personnalités de chacun. La puissance sociale que les individus ont perdue dans les séparations de la propriété privée (des individus privés) se retrouve face à eux comme puissance des choses sur eux.

Ainsi, prétendre réaliser la liberté de l’individu par et dans la concurrence, par le biais de laquelle s’imposent en fait tous les fétichismes*, la domination sur les hommes de choses qu’ils ont eux-mêmes inventées et produites, cela est un comble du fétichisme*. Mais de même que les dieux, pures idées créées par les hommes, deviennent par le biais de la religion, une force réelle, terrestre, matérielle, déterminant des sociétés et leurs individus, de même les fétichismes* engendrés par les rapports sociaux capitalistes deviennent, développés en philosophie, littérature, histoire, éducation, « lois » économiques et juridiques, une force réelle et, avec des institutions comme l’État qu’ils contribuent à mystifier, structurent la société, participent pleinement à sa sacralisation et sa reproduction.

                          

 

Protectionnisme ou libéralisme c’est toujours le capitalisme

 

Des tendances protectionnistes se développent toujours avec les crises modernes, car il est évidemment facile à des capitalistes en difficulté qui produisent leurs marchandises sur le territoire national d’en rendre responsable la concurrence, pour eux toujours « déloyale », de pays étrangers qu’ils accusent de pratiquer un dumping salarial, fiscal, écologique, monétaire, et de produire ce faisant à des coûts inférieurs.

Les prolétaires, qui du fait de leur insertion dans le rapport salarial sont placés ainsi par le capital dans un rapport de concurrence avec ceux de ces pays « low cost », leur emboîtent souvent le pas. Cela d’autant plus aujourd’hui que la mondialisation dans sa phase actuelle a provoqué force délocalisations de travail ouvrier le plus déqualifié, ce qui a considérablement renforcé, surtout dans cette catégorie des prolétaires très touchée par le chômage, la sensibilité aux sirènes protectionnistes et nationalistes.

 

Leur insertion dans le rapport salarial s’affirme alors comme la vieille idée que plus la concurrence avec les ouvriers étrangers est limitée, et mieux ils vendent leur force de travail. Que plus la concurrence des capitaux est faible, mieux le capital qui les emploie se portera, ce dont ils pensent qu’ils pourront bénéficier, ne serait-ce qu’un peu. C’est l’idéologie du « plus le festin du maître est plantureux, plus abondantes seront les miettes dont l’esclave est nourri », dans laquelle le prolétaire ne se vit que comme agent du capital, dépendant de lui, et sous cet aspect, souhaitant alors sa prospérité, quitte à en exiger une part plus importante. Idéologie qu’approuve la bourgeoisie qui renchérit qu’il faut bien qu’il y ait des riches pour nourrir les pauvres!

 

Il est bien sûr nombre de politiciens qui flattent toutes ces demandes d’origine diverses réclamant un État plus fort qui saurait les protéger de la concurrence étrangère. Tout ce qui renforce l’État renforce aussi leur pouvoir, et cette perspective les ravit. Ils font alors chorus pour dénoncer les politiques dites « libérales » comme la cause de tous les maux dont souffre le peuple.

Elles auraient fait abandonner à l’État son rôle de défenseur du fameux et fumeux intérêt général, le mettant au seul service des financiers mondialisés, lesquels, mauvais patriotes, ne songent égoïstement et cupidement qu’à gagner le plus d’argent possible, sans souci de créer des emplois et des richesses dans la mère patrie pour le bien-être du peuple.

Gagner le plus d’argent possible, il n’y a là pourtant rien que le comportement général des individus du monde marchand et capitaliste, et surtout de tout fonctionnaire du capital, qu’il soit privé ou public, libéral ou protectionniste.

Mais l’idéologue étatiste va décréter que seul le capital public, ou dominé par l’État, est bon, que seul le protectionnisme peut permettre de résister à la concurrence étrangère et aux multinationales cosmopolites sans patrie, que seul un tel État dirigiste et protectionniste peut résister à « la dictature des marchés » (car il n’est pas question pour cet idéologue de parler de dictature du capital puisqu’il ne sait pas ce qu’il est, le réduisant à « l’argent roi »).

 

L’impuissance de l’État, quel qu’en soit le gouvernement, à dominer la finance est bien réelle. Il peut bien renforcer le protectionnisme (qui est déjà bien présent dans le monde sous de multiples formes), mais cela ne fera qu’aggraver la crise et ne permettra nullement que le sort des prolétaires soit amélioré, bien au contraire. En effet:

– Le protectionnisme ne change rien au rapport d’exploitation du prolétaire par les propriétaires et possesseurs des moyens de production. Il reste le rapport salarial, le salaire, prix de la force de travail, ne pouvant être amélioré que par la lutte (efficace surtout lorsqu’il y a plein emploi).

– Le plein emploi ne sera pas mieux approché par le protectionnisme. Bien au contraire. Car celui des uns entraîne celui des autres, la diminution des importations s’accompagne donc de celle des exportations, et cela provoquerait partout une gigantesque contraction des affaires qui décuplerait le chômage.

– A cette contraction s’ajouterait inéluctablement une forte augmentation des prix des nombreuses marchandises importées (il y en aura toujours beaucoup), et par contrecoup de toutes les autres. Cette élévation des prix serait un facteur de dégradation de la rentabilité du capital, donc de la croissance, en même temps que les salariés verraient leur pouvoir d’achat amoindri.

 

                                         

Les protectionnistes veulent aussi sortir de l’euro afin que l’État soit maître de la monnaie.Cela disent-ils dans le but qu’il puisse la dévaluer à sa guise.

Manœuvre qui est censée stimuler les exportations et renchérir les importations. Comme les importations couvrent une part très importante des besoins, on ne voit pas comment cela ferait baisser les prix (pensons au pétrole ou au gaz par exemple) et favoriserait les exportations. Mais surtout, la dévaluation, c’est aggraver l’inflation monétaire, donc ruiner le crédit, augmenter les taux d’intérêts, ce qui constitue dans la situation actuelle du capitalisme un puissant facteur de ralentissement rapide de la croissance, d’autant plus qu’elle entraîne la baisse du pouvoir d’achat des salariés. C’est d’ailleurs ce qui est déjà en train de se passer aujourd’hui, sans qu’il ait été besoin de sortir de l’euro.

 

Bref, par le protectionnisme, l’État ne dirige rien d’autre que la pose d’entraves bureaucratiques au développement du capital (la bureaucratie étant le moyen de la volonté de l’État, laquelle se prétend celle du peuple).

Il ne fait rien d’autre qu’aggraver la situation générale du capitalisme, et tout particulièrement celle des prolétaires, en prétendant vouloir un capitalisme sans la finance, ou une finance qui ne se soucie pas de gagner le maximum d’argent mais d’être patriotique, enfermé dans ses étroites frontières nationales. Ce n’est pas que le protectionnisme soit toujours inefficace. Il fut utile aux nations naissantes gagnant leur indépendance contre l’impérialisme. Il fut et sera utile aux peuples entreprenant de sortir du monde capitaliste après qu’une révolution politique ait brisé l’État bourgeois.

Mais il est néfaste pour tous les pays capitalistes où ce mode de production est déjà développé, et qui dépendent donc de ses exigences, de ses lois. Aujourd’hui plus que jamais, la dépendance de ce capitalisme au crédit et à la division du travail appelée mondialisation implique que le protectionnisme est rétrograde, réactionnaire au sens propre.

 

Mais ce protectionnisme n’est pas réactionnaire que parce qu’il bloquerait la croissance déjà faible du capital. Il l’est aussi, et c’est plus catastrophique encore, parce qu’en faisant des Autres (l’Europe, la Chine, etc.) des responsables de la misère du peuple, il en exonère donc le capital en tant que rapport de production, et exacerbe un nationalisme qui aboutit à lier le prolétaire à « son » capital contre ces Autres.

D’ailleurs, de la stigmatisation des Autres à celle des Étrangers, puis des Immigrés, il n’y a pas loin (et les faits historiques comme contemporains l’ont souvent montré).

Il est donc vain d’en appeler à une transformation démocratique des formes de l’État comme solution aux maux contemporains, sans poser la question de ces conditions d’un authentique pouvoir populaire, qui sont dans la maîtrise concrète par les individus des moyens de leur vie, de leurs rapports, de leur communauté (et la conquête de cette maîtrise est tout l’objet du procès révolutionnaire de transition au communisme). C’est pourtant la marotte favorite des étatistes qui ne cessent d’inventer des formules nouvelles pour, soi-disant, proposer « plus de démocratie », une « démocratie authentique » (mais, en réalité, se propulser au pouvoir et goûter à ses délices).

Dans ce domaine, un comble de la phraséologie creuse a été atteint par la formule « démocratie participative ».

En ajoutant « participatif » à « pouvoir du peuple », le politicien démontre que la démocratie, qu’il se propose bien sûr d’améliorer par la « participation » (vieille lune bourgeoise s’il en est, dite aussi « de la troisième voie » ni capitaliste, ni communiste, que de vouloir faire « participer » le prolétaire à la reproduction de la société capitaliste!), n’est qu’un pouvoir d’État sur la masse des individus.

 

Bref, il est tout à fait impossible à l’État de « restituer au corps social » la puissance dont il le dépossède de par sa nature et ses fonctions mêmes. Ce serait se détruire lui-même, et la société capitaliste avec lui.

 

Il faut réaffirmer que chaque fois que l’État grossit, chaque fois le travailleur est dépouillé davantage, davantage réduit à un assisté, sinon bien nourri du moins bien tenu en laisse.

Chaque fois que l’État prétend se charger de « créer du lien social », suivant l’expression à la mode chez les sociologues, c’est que ce lien a disparu dans les rapports concrets entre les individus (et ils ne peuvent le recréer que par la lutte collective, non dans l’aliénation de l’assistanat étatique suppléant la charité religieuse).

L’existence de l’État et l’existence de l’esclavage sont indissociables » disait Marx dès 1844. Il y a tout autant, sinon plus, de raisons aujourd’hui de le dire.

Les étatistes de gauche font sonner à tout instant leur « drelin-drelin » démocratique, « participatif », « citoyen », une « 6ème République » tout aussi bourgeoise que la 5ème.

Or, tous ceux qui ont l’expérience d’une activité militante, associative ou autre, ont pu constater combien l’Élu, surtout quand il a sans cesse le mot concertation à la bouche, se moquait du Citoyen, confirmant que ce dernier n’est plus rien dès qu’il a déposé son bulletin dans l’urne. Et ceux là vérifient ce trait d’humour de Woody Allen: « La démocratie c’est cause toujours, la dictature c’est ferme ta gueule ».

 

Quand les prolétaires luttent en tant que classe, ce n’est pas pour donner procuration à l’État de s’approprier le pouvoir de décider et d’exécuter, sans contrôle permanent. C’est pour décider eux-mêmes et contrôler eux-mêmes l’exécution de leurs décisions.

« Le parti de la subversion devient parti révolutionnaire en faisant surgir un adversaire compact, puissant » (K. Marx).

Cet adversaire, c’est l’État, l’organisateur de la reproduction des rapports de classe capitalistes et la bourgeoisie faite classe.

Renverser l’État, c’est seulement la première étape nécessaire de la révolution sociale.

« Changer la vie » exige beaucoup plus, exige de changer les conditions de la production de la vie, « l’ensemble des activités qui en est le fondement ».

Dans la révolution, le plus important est que le prolétariat apprenne à agir lui-même comme puissance et à « poser son intérêt propre comme l’intérêt universel ».

 

Pierre Lehoux – mai 2013

 

phppeyT21Printemps des Peuples:          Y aura t’il un Printemps TURC ?

 

Le soulèvement d’Istanbul, le côté pile de la lutte anticapitaliste

 

Nous relayons un article sur les manifestations de la place Taskim, publié sur le site Counterpunch.

Source originale en anglais : http://www.counterpunch.org/2013/06/05/istanbul-uprising/

Source traduction française: Investig’Action

 

 

Il semblait que le monde était entré dans l’âge des émeutes contre l’austérité. Et puis vint Istanbul. Qu’il n’y ait pas de méprise, Istanbul ne peut pas être confondue avec Athènes, Barcelone, Lisbonne ou New York. Ce qui se passe en Turquie est le côté pile de la lutte anticapitaliste. C’est un soulèvement contre le développement. C’est une bataille de la rue pour des villes qui appartiennent aux gens et pas au capital. C’est une résistance contre un régime autoritaire enhardi par un boom économique.

 

Ce qui se déroule sous nos yeux dans les rues d’Istanbul est la convergence entre d’une part, une petite, mais croissante gauche anti-capitaliste qui a organisé diverses campagnes à caractère social ces dernières années, et d’autre part une large part de la population urbaine loyale aux idées kémalistes de modernisme, sécularisme et nationalisme. Cela étant dit, la situation en Turquie est extrêmement complexe et nécessite une compréhension de nombreuses situations politiques différentes qui ont été développées durant la dernière décennie.

 

Taksim

Comme beaucoup le savent déjà, l’origine du soulèvement actuel prend sa source dans la proposition de développement d’un parc près de la place Taksim, au cœur d’Istanbul. Le développement du parc de Gezi est seulement une partie d’un important projet de rénovation urbaine que le premier ministre truc, Recep Tayyip Erdogan, a prévu tant pour la ville que pour le pays tout entier. Il inclut des schémas de gentrification pour les quartiers les plus pauvres des villes comme Tarlabasi, la construction d’un troisième pont pour relier les deux continents qu’Istanbul couvre et même un énorme projet pour ouvrir un troisième canal reliant la Mer noire à la mer Marmara, afin de faciliter le passage de bateaux containers. Ce plan a été dénommé le « projet fou » d’Erdogan.

 

Le quartier de Taksim est l’endroit où un grand nombre de projets de développement urbain se développent et où il existe une riche tradition de rébellion et de protestation. Pour placer les événements dans leur contexte, il est utile d’examiner l’importance de la place Taksim comme point de rébellion et de convergence.

 

Le 1er mai 1977, un demi-million d’ouvriers et de révolutionnaires affluèrent vers la place Taksim pour l’une des manifestations les plus épiques jamais connues à ce jour. Cette manifestation survint six ans après le sanglant coup d’État au cours duquel trois étudiants turcs révolutionnaires, accusés d’être des ennemis de l’État, furent pendus par un tribunal militaire. Leur mémoire immortalisée, la gauche turque s’est relevée durant les années 70, de l’endroit même où les révolutionnaires avaient été exécutés. Elle l’a fait avec force, et se multipliant en nombre. Durant cette année de manifestations, 34 personnes furent tuées sur la place. Certains furent abattus par ce qu’on pense être des tireurs paramilitaires qui étaient placés sur les toits. D’autres furent abattus dans la panique qui suivit.

 

En plus d’être la porte d’entrée sur Beyoglu, la partie culturelle la plus dynamique d’Istanbul, avec sans doute plus de bars et de café au mètre carré que n’importe quelle autre ville d’Europe, la place Taksim porte aussi ce souvenir tragique et particulier depuis le massacre de 1977.

 

À chaque premier mai, les émeutes qui ont pris place durant les sept dernières années se sont toutes centrées autour de manifestants essayant de rejoindre la place Taksim. Le premier de ces affrontements s’est produit en 2007, lorsque la gauche turque a voulu célébrer le trentième anniversaire du massacre. L’État l’en a empêché et des militants d’extrême gauche ont répliqué dans les rues avec des cocktails Molotov et des pierres. La situation est restée la même jusqu’il y a deux ans, en 2011, lorsque le gouvernement a finalement reconnu son erreur et a autorisé la gauche à disposer de la place pour ce jour.

 

Mais les choses ont évolué depuis deux ans et le gouvernement AKP d’Erdogan a décidé d’introduire un plan important de rénovation urbaine pour Istanbul qui incluait aussi une révision de la place. Prétextant transformer la place en zone piétonnière, le gouvernement d’Erdogan (qui a aussi en charge la municipalité d’Istanbul) a adopté des plans, sans consulter les habitants, pour démanteler des larges parts de Taksim et y construire à la place divers centres commerciaux et autres projets pour les riches. La bataille pour tenir des manifestations sur la place Taksim le 1er mai a donc pris fin cette année alors que le gouvernement a décidé d’utiliser la rénovation de la place comme un prétexte pour empêcher les manifestations qui devaient avoir lieu.

 

Le parc de Gezi est le point de mire de la rébellion. Sa démolition a été prévue pour construire à la place la réplique d’une caserne militaire de l’ère ottomane, Topçu Kışlası, qui sera surtout utilisée à des fins commerciales. Ce n’est pas une coïncidence pour le gouvernement AKP et ses racines islamiques : ces casernes étaient à l’origine le lieu d’un important soulèvement islamique en 1909. Ceci se rajoute à la décision d’appeler le troisième pont du nom du sultan Yavuz Selim, tristement célèbre pour avoir assassiné en masse la population alévie d’Anatolie.

 

Ceux qui ont défendu le parc de Gezi y sont depuis longtemps. En plus de grands syndicats, beaucoup de participants viennent d’une relativement nouvelle gauche indépendante, avec des générations plus jeunes embrassant des tendances écologiques plus antiautoritaires qui mettent l’accent sur des activismes du genre « droit à la ville ». Elles convergent toutes sous la bannière de la plate-forme Taksim Solidarity dont le principal cheval de bataille est d’empêcher la transformation de la ville en un terrain de jeu capitaliste encore plus élaboré, construit en lieu et place des espaces publics. Ce n’était pas leur première campagne contre la rénovation urbaine. Il y a deux mois, des affrontements ont éclaté entre des cinéastes et la police qui a déployé les gaz et les canons à eau. Les cinéastes essayaient de sauver un célèbre cinéma turc, Emek, condamné à devenir lui aussi un énième centre commercial.

 

Il est important de noter que certains des protagonistes qui sont impliqués dans la bataille pour le parc de Gezi sont aussi derrière les manifestations de solidarité avec les immigrés et des actions telles qu’offrir des repas aux immigrés ou organiser des manifestations devant les centres de détentions d’immigrés à Istanbul.

 

La bataille pour sauver le parc de Gezi n’était pas portée à la conscience du public turc jusqu’à ce que la police organise des raids deux matins d’affilée les 29 et 30 mai. L’outrage de la brutalité policière a été l’étincelle qui a embrasé le pays tout entier et qui a transformé la bataille en une rébellion nationale contre l’actuel gouvernement.

Néolibéralisme islamique

 

L’AKP, le parti au pouvoir, devrait être observé à la lumière du paysage géopolitique du Moyen-Orient qui est en pleine mutation. Il a des racines fortes dans l’islam politique et perpétue la tradition d’autres partis politiques issus des années 90 qui avaient été réprimés par l’armée, parfois alors qu’ils étaient au pouvoir. En fait, Erdogan lui-même a d’abord été emprisonné pour avoir incité publiquement à une « sédition islamique ». L’aspiration avouée d’Erdogan et de ses cadres est le « projet néoottoman » qui tend à faire de la Turquie la principale puissance économique et politique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Les coups de force politique d’Erdogan en Syrie et en Libye doivent être contextualisés avec ces aspirations.

 

À la différence de l’Union européenne et des États occidentaux, la Turquie a connu ces dernières années un important boom économique (avec une croissance annuelle de presque 10 %). Bien que le déficit commercial et le taux réel de chômage soient élevés, bien que ce qui restait dans les mains publiques soit bradé au travers de privatisations massives, la crise est contenue en Turquie et le gouvernement actuel a le vent en poupe sur ce plan. C’est ce qui fait de la révolte d’Istanbul une révolte à part. C’est une révolte contre le développement du boom économique, contre les projets destructeurs de rénovation urbaine et l’hyper modernisation des villes. Le soulèvement d’Istanbul illustre le pôle opposé dans la lutte permanente contre le capitalisme, et complète les combats menés contre l’austérité ces dernières années.

 

La Turquie a été l’une des premières cibles de la restructuration néolibérale des années 80, durant laquelle le premier ministre Turgut Özal a facilité des privatisations massives portant sur ses usines, ses mines et de manière générale, sur toutes les infrastructures du pays. Le gouvernement AKP, et Erdogan en particulier, a réussi à faire entrer ce régime néolibéral dans le 21e siècle, recouvert d’un populisme islamique. De plus, sur le marché mondial, il a réussi à promouvoir en tant que forces néolibérales les entreprises qui avaient une base islamique. Ceci peut être notamment observé dans le nord de l’Iraq où la majeure source de capitaux est en réalité turque. Nous devrions nous rappeler que le modèle turc a été proposé par les puissances occidentales comme une issue possible pour les soulèvements qui ont marqué les printemps arabes. Grâce aux combats menés ces derniers jours dans les rues de Turquie, ce modèle de néolibéralisme islamique est maintenant remis sérieusement en question.

 

Erdogan et la lutte kurde

 

Les aspirations d’Erdogan n’ont pas totalement été épargnées par la contestation. Il y a eu des menaces variées contre son régime, notamment de la part d’un cadre de généraux et d’intellectuels qui se voient comme des défenseurs de la Turquie en tant qu’État-nation séculaire. Ils ont envoyé à Erdogan plusieurs signaux d’avertissement ces dernières années. La contre-réaction d’Erdogan la plus significative est survenue lorsqu’il a lancé une opération policière dans plusieurs villes contre une douzaine de membres de l’armée, d’intellectuels et de figures publiques alléguant qu’elles préparaient un coup d’État. Ces opérations de police ont débouché sur des affaires criminelles connues sous le nom d’Ergenekon qui sont toujours en cours. Il est impératif de réaliser tout l’impact de ces arrestations et des procédures judiciaires qui ont suivi. Il s’est produit quelque chose sans précédent dans cette nation qui a connu des coups d’État militaires successifs : les arrestations et les procès d’officiers militaires de haut rang et d’autres personnes ont rencontré des ralliements et des manifestations autour de la Turquie alors que des foules immenses qui se sont trouvées mêlées à la montée de l’AKP ont défendu l’élite de l’ancienne garde séculaire. Ces arrestations et ces emprisonnements expliquent aussi pourquoi il n’y a toujours pas eu de réponse de l’armée turque à la situation actuelle, alors qu’elle est traditionnellement un acteur majeur dans la politique turque.

 

La prolifération du sentiment nationaliste turc dans l’actuel soulèvement est une conséquence directe d’événements menés ces dernières années. Les partis de centre gauche nationalistes avaient organisé des « flag-demos » ou des « Rassemblements pour la république » contre l’actuel gouvernement AKP. À ce moment précis de la rébellion, nous sommes donc témoins de l’opportunisme de ces forces politiques qui essaient d’influencer ce qui apparait de loin comme un véritable soulèvement populaire.

 

N’importe quelle analyse de l’actuel soulèvement turc doit prendre en considération la relation avec le mouvement kurde de libération. Le point central des politiques turques ces dernières années a été indubitablement la guérilla kurde pour l’autonomie lancée par le PKK en 1978. Au cours des derniers mois, Erdoğgan a effectivement négocié un accord de paix avec le chef du PKK, Abdullah Öcalan, qui a croupi dans une île-prison turque depuis 1999. Erdogan tente de se positionner comme le leader qui a résolu le problème le plus urgent dans le pays. Ça ne lui a pas seulement fourni une carte blanche pour les politiques turques (son régime a brutalement oppressé et emprisonné de nombreux gauchistes et autres figures de l’opposition ces dernières années), mais ça l’a aussi amené à se présenter comme un pacificateur entre deux ethnies. La convergence récemment redynamisée entre une large part de la gauche turque et le mouvement kurde est devenue plus fragile du fait de l’accord conclu par Erdogan. Les gens se demandent toutefois quelle part joue le processus de paix dans ses desseins néoottomans.

 

C’est sans doute l’une des principales questions du moment : comment le mouvement dans les rues va-t-il se figer et quel type de relations aura-t-il avec la lutte kurde ? La grande majorité de ceux qui ont initié l’occupation du parc de Gezi et qui ont combattu la vision d’Erdogan sur le développement d’Istanbul sont en totale solidarité avec le peuple kurde. Mais pour les masses qui ont inondé les rues avec des drapeaux turcs, c’est une autre histoire. Au mieux, elles critiquent le fait qu’Erdogan utilise le processus de paix pour renforcer son emprise. Au pire, ce sont des gros racistes qui voient les Kurdes comme des terroristes. Malgré le danger, les récents développements dans la rue sont prometteurs. Des gens rapportent avoir été les témoins de déploiement de drapeaux mêlant l’étendard turc et le portrait d’Ocalan ou de l’imbrication de chants qui d’un côté souligne la fraternité entre les différentes ethnies et de l’autre célèbre l’identité nationale turque.

L’insidieux conservatisme social

 

Le soulèvement contre Erdogan est nourri par un insidieux conservatisme social poussé par l’AKP en vue de cultiver sa base. Ces politiques conservatrices se sont manifestées dans différents domaines : accès coupés à des cliniques d’avortement, contrôle plus strict sur Internet et les communications, restrictions et taxes sur la consommation d’alcool et amplification des vacances islamiques parrainées par l’État. Ces mesures politiques ont rencontré des manifestations soutenues par des milliers de participants qui ont défilé dans les mêmes rues que celles où se concentre l’actuelle rébellion. Elles ont précédé le mécontentement actuel.

 

Le style personnel d’Erdogan en tant que premier ministre est un facteur majeur qui influence la colère viscérale observée dans les rues. Dans presque tous ses discours publics, que ce soit dans un rassemblement politique ou lors d’une interview télé, Erdogan attaque, menace et se montre condescendant envers tous les segments sociaux-politiques, excepté le sien. Cela va de l’insulte flagrante au renvoi proféré avec le ton énervé d’un chien enragé de la politique. Ces dernières déclarations durant le soulèvement étaient exemplaires et n’ont fait que jeter de l’huile sur le feu alors qu’il désignait de manière arrogante les personnes descendues dans la rue comme « une poignée de pillards et d’extrémistes ».

 

Le lien crucial entre la politique culturelle conservatrice de l’AKP et sa politique économique néolibérale doit être révélé. De cette manière, la classe moyenne kémaliste qui a massivement participé au soulèvement réalisera qu’elle ne peut pas repousser le conservatisme culturel sans se confronter aux politiques économiques. Si elle réussit, elle pourra être ralliée par les classes plus pauvres qui sont actuellement enclines à soutenir l’AKP sur sa base culturelle.

 

Le premier jour de ce soulèvement populaire a été totalement spontané et hors du contrôle de n’importe quel parti politique. Toutes les contradictions, par exemple celle entre la gauche radicale et les nationalistes turques, ont été momentanément mises de côté pour combattre la police et construire des barricades qui permettraient de tenir les places et les boulevards d’Istanbul. Ce qui reste à voir, c’est si oui ou non c’est grands espaces publics tels que le parc de Gezi ou la place Taksim seront le théâtre où les contradictions entreront dans un dialogue révolutionnaire pour donner naissance à un mouvement que nul ne pourra arrêter en Turquie.

 

Ali Bektas

 

php4pjiHESYRIE: Progresser dans la compréhension des lignes de confrontations inter impérialistes (VI)

 

LA SYRIE ET LES LUTTES INTER-IMPÉRIALISTES

Retrouvez un texte d’analyse publié sur le site du PCI: http://www.international-communist-party.org/Francais/Actualit/13_Syrie.htm

 

La guerre civile syrienne qui a débuté en mars 2011 après la répression féroce de manifestations anti-régime dans le contexte des mouvements d’Afrique du nord, a déjà fait 100.000 morts, quatre millions de déplacés dans le pays, un million et demi de réfugiés en Turquie, Liban, Jordanie, Irak. Les puissances occidentales, faire valoir de la « moralité » des conflits, ne semblent guère pressées d’en arrêter les massacres et de répondre aux appels désespérés d’une population prise en otage, que nous transmettent quotidiennement nos médias « démocratiques ».

Le clan alawite de Bachar El Assad au pouvoir, soutenu par le pouvoir chiite iranien et le Hezbollah (chiite) libanais subit et mène une guerre d’usure contre les troupes rebelles dispersées dans le pays. Les rebelles se dispersent en groupes hétérogènes, rassemblant des déserteurs de l’armée du régime, des citoyens syriens et des activistes islamistes venus d’ailleurs ; regroupements hétéroclites et aclassistes, leurs intérêts ne peuvent être par conséquent que divergents. Ces groupes rassemblés sous le titre d’Armée syrienne Libre en août 2011sont aidés par la Turquie, les pays du Golfe dont le Qatar et l’Arabie Saoudite, pour ce qui concerne les rebelles islamistes sunnites, qui sont en fait des djihadistes salafistes (1), mais l’armement fourni au compte-goutte par les pays « amis » ne leur permet de réaliser qu’une guerre de guérilla sans fin avec le régime de Bachar. Un Conseil National Syrien, tenu principalement par les Frères musulmans, et pour cela financé par le Qatar, a été créé à Istanbul dès septembre 2011 sous l’égide de la Turquie et des pays occidentaux, dont les USA et la France, cette dernière jouant le rôle de petit nain de la diplomatie internationale ; mais ce Conseil peine à être considéré comme un gouvernement en exil en raison de nombreuses divergences en son sein et des différents avec les groupes armés.

Les événements de ces derniers mois semblent se précipiter, et des informations qui ne sont pas toujours vérifiables arrivent de toutes parts. Le Hezbollah libanais qui jusqu’alors se faisait discret, a envoyé du renfort à son parrain syrien. C’est à travers la Syrie qu’arrivent les armes et l’argent en provenance de l’Iran. L’armée syrienne de Bachar avec l’aide des ce renfort, après un siège de deux semaines, aurait repris le contrôle de la région de Qoussair, près de la frontière libanaise, tenue par les rebelles depuis 18 mois, rétablissant ainsi la liaison avec la plaine libanaise de la Bekaa et donc avec Beyrouth, située à 100 km de Damas par la route. Des informations provenant de diverses sources nous apprennent que la Jordanie, jusqu’ici très prudente, s’est affichée comme une plate-forme de soutien aux rebelles, acquis pour la plupart aux frères musulmans, avec des camps d’entraînement, et que son roi aurait mis à la disposition d’Israël deux couloirs aériens pour ses drones, tandis que des troupes US, anglaises et françaises stationnent dans le pays. Les caisses vides de Jordanie et sa dépendance financière vis à vis de l’Arabie Saoudite et des USA, y sont certainement pour quelque chose, car le roi met son trône en danger ! Il serait en effet confronté à l’opposition véhémente d’une partie de la bourgeoisie jordaniennes et d’une partie de la population. Des députés, des syndicalistes auraient manifesté leur opposition à toute attaque contre la Syrie, et des manifestations auraient éclatés à Amman et dans d’autres villes du pays pour protester contre la présence de forces américains. Des drapeaux américains auraient été brûlés et des tribus jordaniennes, traditionnels soutien du régime, auraient menacés de s’en prendre aux GI’s. Sous la pression, le gouvernement jordanien aurait dû démentir début mai, toute velléité d’intervention contre la Syrie et toute utilisation du pays comme base d’opérations !

Un article du journal de droite « Le Figaro » paru sur son site et signé d’un journaliste qui connaît bien la région, puisqu’il a été enlevé et détenu pendant quatre mois en Irak en 2004, affirmait le 27 mai que les forces spéciales françaises se préparaient en Jordanie en vue d’une éventuelle intervention en Syrie avec deux compagnies de combat et des militaires du 13ème régiment de dragons parachutistes. Les articles du Monde de ces derniers jours mettent en avant des preuves de l’utilisation d’armes chimiques par le pouvoir syrien, préparant ainsi « l’opinion » à une possible intervention de troupes françaises ! On connaît la chanson : quand les journaux de gauche comme de droite se font les chantres de leur bourgeoisie et de leurs ambitions impérialistes, ils sont prêt à faire feu de tout bois. Et avec les antécédents de simulacres inventés pour justifier l’intervention en Irak par les anglo-américains, on devine que derrière ces simagrées se cachent seulement des manœuvres guerrières et diplomatiques et que de gros intérêts sont en jeux. Le revirement diplomatique français et les clowneries pitoyables du ministre des affaires étrangères Laurent Fabius, qui exigeait avant toute négociation le départ de Bachar El Assad, est déjà oublié puisqu’il s’agit de prendre le train en marche. Les États-Unis ont décidé avec leur « alter-ego », la Russie, d’une conférence internationale de la paix, d’un Genève 2, succédant au Genève 1 de juin 2012 qui avait réuni les 5 membres du Conseil de Sécurité de l’ONU (USA, Chine, Russie, France, Grande Bretagne), la Ligue arabe, la Turquie et la Grande Bretagne. En plus de Bachar, la Russie veut imposer l’Iran comme partenaire des négociations ! Les discussions à Genève ont démarré le 5 juin entre l’ONU, la Ligue arabe, les USA et la Russie, pour décider des participants. Afin de participer à ce marchandage, fin mai, les 27 membres de l’Union européenne, pressés par la France et la Grande Bretagne, pris de court et pour tenter de peser dans les prochaines négociations, décidaient à Bruxelles de lever l’embargo sur les armes pour les rebelles syriens mais seulement à partir du premier août ! Le gaz sarin et surtout les armes conventionnelles pourront ainsi faire encore de nombreuses victimes avant que la paix ne survienne. Mais de quel type de paix s’agit-il vraiment ? Et à quel type de guerre avons-nous affaire ?

L’analyse rapide et ahistorique de nos propagandistes bourgeois conclut le plus souvent à un conflit régional entre la puissance iranienne en concurrence depuis des siècles avec les pays arabes et à ce jour avec ceux du Golfe, Arabie Saoudite et Qatar en tête, afin de parvenir au contrôle du Moyen-Orient, voire même pour les plus pointus à une guerre entre l’Iran soutenu par la Russie de Poutine et le monstre américain, et au pire, pour les plus ignorants, à une guerre de religion islamique entre les traditionnels ennemis sunnite et chiite. Les marxistes, pour qui l’histoire de l’humanité comporte un développement, une direction et un déterminisme, font une lecture bien différente, et détecte dans le conflit syrien, survenu à la suite de tant d’autres conflits dans le monde, la patte énorme du capitalisme parvenu depuis plus d’un siècle au stade de l’impérialisme. Les conflits qui agitent les petites nations, même si elles représentent des puissances régionales ne sont que l’expression de tensions pour la répartition des richesses de la planète entre les grands impérialismes dont la force militaire et diplomatique s’exprime au travers de leur production économique et de leurs masses gigantesques de profit extorqué au prolétariat mondial.

En effet les bourgeoisies des USA, de la Chine et pour une moindre part de la Russie s’affrontent en Syrie pour la maîtrise du marché mondial et des zones géostratégiques qui contrôlent les voies commerciales et l’approvisionnement en matières premières, indispensables à l’accumulation du capital. Aussi approvisionnent-elles en armes les différents protagonistes et coalitions qui soutiennent leur camp impérialiste, tout en déployant leur diplomatie secrète et internationale : ONU, OTAN, Union Européenne Les deux grands mastodontes du siècle, les USA et la Chine, sont à l’œuvre pour discuter d’un nouveau partage du Moyen-Orient. La Syrie est désormais la proie de la lutte entre les deux plus grands impérialisme mondiaux, l’impérialisme Nord-Américain et l’impérialisme chinois qui apparaît lié à celui russe dans la question du Moyen-Orient, et qui tout comme l’allié soviétique fournit des armes à l’Iran.

Dans cet inextricable conflit syrien où s’affrontent à l’évidence les États-Unis et la Russie, il ne faut pas oublier la Chine que nos médias et politiciens passent étrangement sous silence. Les USA sont encore l’impérialisme dominant mais la Chine les talonne comme une locomotive lancée à toute vitesse. La Chine s’apprête à détrôner les USA en matière de commerce mondial, exprimant par là sa puissance industrielle montante et l’accumulation forcenée du capital qui ne pourra que déboucher dans une gigantesque crise de surproduction, bien pire que celle de 1929. En 2012, pour la première fois la Chine a pratiquement rattrapé le volume commercial des États-Unis – 3867 milliards de dollars contre 3882 (2) – et s’apprête à les dépasser. Un économiste de Goldman Sachs cité par l’agence Bloomberg déclare ainsi « A ce rythme, beaucoup de pays européens vont davantage faire du commerce avec la Chine qu’avec d’autres partenaires européens d’ici la fin de cette décennie ». Adieu l’Union Européenne ! La chasse aux sources d’énergie s’accélère. Pékin est devenu le premier importateur de pétrole au monde – les USA le furent dès 1975 – en décembre 2012 avec deux fournisseurs principaux, la Russie et l’Iran (où s’approvisionne aussi une puissance asiatique montante, l’Inde) : 5,98 millions de barils par jour importées par les USA contre 6,12 pour la Chine.

Les USA de plus profitent de leur production en pétrole de schiste, réduisant leur dépendance vis à vis de l’ OPEP et des prévisions font de ce pays en 2020 le premier producteur de pétrole de la planète, dépassant l’Arabie Saoudite. L’Asie (la Chine et l’Inde) devraient absorber 90 % des exportations du Moyen-Orient d’ici 2035. Cependant dans leur prévisions, tous oublient la formidable crise de surproduction qui aura frappé tous ces pays, bien avant cette date ! L’Arabie Saoudite demeure le premier producteur et exportateur mondial de pétrole brut avec 11,6 millions de barils par jour produit (trois fois plus que l’ Iran) et 8,6 exportés ; en 2012 16 % de son pétrole exporté étaient destinés aux USA ( soit 13 % des importations pétrolières de ce pays dont le principal fournisseur reste un pays tout proche, le Canada !). La Russie, qui alimente en bonne partie les pays européens, et la Chine en pleine expansion, ne lâcheront pas la mer Caspienne et l’oléoduc Iran-Irak-Syrie-Méditerranée. La Chine a commencé à marquer sa présence sur les principales routes maritimes, chasse gardé des USA ; les entreprises chinoises ont investi des milliards de dollars dans des pays producteurs de pétrole comme le Soudan, l’Angola, l’Irak. La marine américaine va réduire le nombre de ses portes avions opérant dans le détroit d’ Ormuz, endroit clé du marché pétrolier mondial qui relie le Golfe persique et les grands consommateurs mondiaux, afin de mieux se positionner dans l’océan indien et l’océan pacifique.

En 2010, le Turkménistan, situé sur le bord Est de la mer Caspienne, a confié la totalité de ses exportations de gaz à la Chine, la Russie et l’Iran. Ce pays n’a aucun besoin urgent des pipelines dont les États-Unis et l’Union Européenne ont fait la promotion. Le pipeline turkmène-iranien de 182 km démarre modestement avec le pompage de 8 milliards de mètre cubes (Mm3) de gaz turkmène. Mais sa capacité annuelle est de 20 Mm3 ; cela répondrait aux besoins énergétiques de la région iranienne de la Caspienne et permettrait ainsi à l’Iran de libérer pour l’exportation sa propre production de gaz dans ses champs gaziers méridionaux. L’intérêt mutuel est parfait : Achgabat obtient un marché garanti auprès de son voisin ; le nord de l’Iran peut consommer sans crainte de pénuries hivernales ; Téhéran peut générer plus de surplus pour l’exportation ; le Turkménistan peut rechercher des routes de transit vers le marché mondial via l’Iran.

Il s’agit donc bien d’un nouveau schéma de coopération énergétique Russie-Chine-Iran-Turkménistan – la Russie, l’Iran, et le Turkménistan détenant respectivement la première, deuxième et quatrième place pour les réserves mondiales de gaz –, qui se passe des Majors pétrolières. Et la Chine est le futur plus gros consommateur mondial. L’impérialisme US va donc devoir revoir sa copie stratégique afin de négocier avec la Chine un nouveau partage de la planète ! Et à Genève 2, c’est bien de cela dont il s’agit, et pas d’un sauvetage humanitaire de la population syrienne !

Dans cet affrontement au Moyen-Orient et avec les bruits de bottes en mer de Chine, où l’impérialisme chinois montre des dents de plus en plus longues, l’on assiste aux prolégomènes de de la future 3ème guerre mondiale.

Si le prolétariat ne profite pas de l’opportunité que va lui offrir la crise historique de surproduction en cours de préparation pour renverser la bourgeoisie et abolir les rapports de production capitalistes, les deux blocs impérialistes, poussés par la crise, entraîneront le monde dans une troisième guerre mondiale, seule solution pour permettre au capitalisme de recommencer un siècle d’accumulation.

 

1. Les groupes djihadistes se réclament du salafisme, qui a pour origine l’islam pratiqué en Arabie Saoudite. Ces groupes que l’on retrouve au Sahel et en Afrique méridionales, sont financés principalement par le Quatar et l’Arabie Saoudite. C’est le cas notamment dans les pays du Maghreb et au Sahel et notamment en Somalie. Mais d’autres États impérialistes financent et manipulent ces groupes, voire même des puissances régionales comme l’Algérie.

2. Source OMC, mai 2013 Par volume en valeur on entend la somme des importations et des exportations.