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Suite de l’article du Collectif Lieux Communs


Que s’est-il pensé ?

Ce texte ne donne pas, volontairement, dans la nuance des termes pour nous qualifier, nous pré­férons nous auto qualifier d’Arabes, tout simplement, comme le font tous les Arabes, immigrés y compris, entre amis, dans la famille, entre inconnus etc… Enta ’arbi ?, T’es arabe ?, demande-t-on à l’inconnu(e), dès que des traits physiques ou des paroles révèlent nos origines, prélude à une certaine connivence à la fois bien réelle et complètement fantasmée. Depuis des décennies, la surenchère d’ouvrages de sociologie ou d’essais politiques jouant avec les termes pour nous (dis)qualifier n’ont eu pour effets que de faire diversion par rapport aux vraies questions qui se posent à nous, et dont nous prétendons poser ici quelques jalons. Ces bavardages de sociologues de salon, pour qui le qualificatif d’« Arabe » est quasiment et généralement perçu comme une in­sulte [ou plutôt une infirmité], ne nous aident en rien dans la réflexion sur l’immigration maghrébine, malgré toute l’urgence des problèmes qu’elle soulève et qu’il faudra bien un jour regarder d’un point de vue émancipateur. Arabe, donc. Le terme est aussi impropre que n’importe quel autre, et de multiples façons – d’abord parce que les descendants des arabes colonisant le Maghreb berbère sont rares… Mais il est aussi pertinent puisqu’il répond à la réalité telle que les gens la vivent, et à laquelle l’islamisme donne de plus en plus un seul, et unique, sens.

Les discours des extrêmes droites, nationales ou islamiques, qui nous voient comme des conqué­rants et des fanatiques en puissance, ou encore celui des régnants et des possédants, pour qui nous sommes une main-d’œuvre bon marché exploitable à loisir et manipulable à souhait en fonction des aléas diplomatiques et des nécessités économiques, sont connus et rodés. Un silence gêné entoure celui de l’extrême gauche qui nous voit comme des victimes, éventuellement révo­lutionnaires, et dans tous les cas comme faire-valoir de ses pseudo-généreux élans. Or, nous voir ainsi, c’est nous considérer d’abord comme des êtres humains totalement passifs, ballottés et dominés contre notre gré (même si évidemment, selon une vision bien rousseauiste, « c’est pour notre bien »), c’est nous voir ensuite comme les porteurs de la pureté populaire, éventuellement révolutionnaire, qui s’ignorent comme tels et qu’il suffit d’éclairer et de guider. Tous ces discours ont pour but de nous assujettir aux figures coloniales du « bon » ou du « mauvais sauvage » qu’en tant qu’ex-colonisés – et ex-colonisateurs ! – nous portons en nous.

En tant que militants de l’émancipation des individus et des peuples, mais aussi en tant qu’Arabes, nous nous sentons doublement insultés par ces discours et refusons de céder à la domination et à la manipulation, quelle qu’en soit l’origine.

Le déni de l’acculturation

Un autre mythe voudrait que tout immigré ait été arraché à sa terre natale par la force et la vio­lence. Or, hormis l’immigration musclée au lendemain de la Seconde guerre mondiale et le cas de réfugiés politiques – qui ne se soucient guère des dangers qui pèsent, ici aussi, sur nos libertés menacées – la quasi-totalité des immigrés arabes (ou pas, d’ailleurs) en France sont des gens appartenant aux classes moyennes, petites-bourgeoises et aisées de leur pays d’origine : ils ne sont ni paysans sans terre, ni ouvriers journaliers, ni chômeurs ruraux, ni persécutés. Et d’autre part ils sont venus de leur plein gré. C’est le cas depuis plus de quarante ans, et c’est le cas de nos parents ; ce qui les a poussés à quitter leur pays à la fin des années 1960 n’est ni la guerre, ni la famine, ni une catastrophe naturelle – à moins de considérer les jeunes indépendances de l’Afrique du Nord comme telle. Et c’est le cas le plus courant. Sans doute nous dira-t-on que l’im­migration est un des mécanismes du capitalisme – c’est bien ce dont nous voulons parler.

Que fuyaient donc nos parents quand ils ont quitté leur pays, souvent après les indépendances ? Pourquoi n’y sont-ils pas restés, en femmes et en hommes libres, pour bâtir une société libre ? Et pourquoi sont-ils venus en France, rallier le colonisateur vaincu ? Peut-être parce qu’ils avaient d’excellentes raisons de se méfier du rapport des Arabes au pouvoir politique, tant ce dernier est traditionnellement et historiquement marqué par l’atavisme autocratique ; peut-être aussi par désir de s’arracher à une domination familiale ou villageoise étouffante, ou encore parce que la France les fascinait, bien qu’ils eussent été dominés par cette dernière, etc. Les raisons sont multiples et plus ou moins avouables. Les poser et examiner calmement les réponses permet surtout d’attaquer un autre mythe fondateur, celui de la figure de l’immigré pantin manipulable et mesquin, misérable, baladé par les puissants, [mythe singulièrement relayé et porté à son paroxysme par les gauchistes et autres tiers-mondistes démagogiques depuis les années 80.]

Pas d’histoire, masque d’Occident

Ce mythe-là est coriace. Il est colportée à la fois par les visions racistes et victimaires (on va voir là encore comment ces deux visions se rejoignent en une seule) et relayé par une grande partie des intéressés eux-mêmes ; il consiste à faire porter l’échec des pays décolonisés entièrement au colonisateur. Notre propos n’est pas ici de faire le bilan des décolonisations et de la responsabilité première des peuples décolonisés dans l’échec de ces dernières. Mais il faut tout de même dénoncer les analyses belliqueuses, démagogiques et discriminatoires, qui imputent l’entière responsabilité de ces échecs aux Occidentaux. Ces positions sont non seulement fausses, mais aussi fondamentalement racistes anti-arabes, bien qu’elles soient trop souvent défendues par les maghrébins et les musulmans eux-mêmes. Elles confortent une idéologie selon laquelle il n’y au­rait qu’un peuple et un seul : ici, en l’occurrence, le peuple occidental, non seulement capable de faire son Histoire mais capable de faire et de défaire entièrement celle d’un autre – ici, le peuple arabe – réduit à l’impuissance politique par on ne sait quelle mystérieuse tare.

Ce genre d’idéologie porte un nom : c’est du racisme.

Ce type de positions est une insulte aux femmes arabes d’hier et aux luttes autonomes qu’elles ont menées pour leur libération, sur lesquelles nous nous appuyons aujourd’hui pour poursuivre ce combat. Car ces luttes féministes arabes, dont les prémisses remontent au tout début du XIXe siècle, sont le fruit d’influences littéraires occidentales et non de pressions – fait indéniable en ce qui concerne les pays du cœur arabo-musulman et relatif en ce qui concerne ceux du Maghreb. C’est oublier que ces femmes sont les seules des trois catégories de personnes discriminées par la Loi coranique à s’être libérées – pour une part – de leur statut d’infériorité, là où les esclaves et les non-musulmans doivent leur libération uniquement aux pressions européennes. C’est aussi miner, au passage, les luttes actuelles face à la détérioration du statut de la femme et des non-musul­mans. C’est enfin et surtout mépriser tout ceux qui ont lutté pour ces décolonisations, pour que leurs peuples prenne leur destinée en main, et tout ceux qui se lèvent et meurent actuellement en Syrie, ceux qui se battent aujourd’hui pour la défense de la laïcité en Tunisie et en Egypte, parfois au péril de leur vie et de celles de leurs proches, ou encore ceux qui se sont levés hier dans d’autres pays arabes pour faire tomber leurs dictateurs.

Cachez cet Arabe que je ne saurais voir

Est-ce par peur d’être déçus par les motivations de ceux que certains voudraient voir comme les nouveaux sujets révolutionnaires de l’Histoire que ces questions sont bannies au sein de toutes les organisations d’extrême gauche ? Pourtant, il vaut mieux le savoir, les immigrés arabes ne sont ni plus ni moins anticapitalistes que qui que ce soit. Ce qui les attire en France, c’est la liberté, et avant tout la liberté de consommer, de s’enrichir, voire d’entreprendre. Ils n’ont bien souvent aucun espoir de voir émerger celle-ci dans leur pays d’origine où le pouvoir est traditionnellement corrompu. La liberté de commercer et de consommer n’y est accessible qu’à une petite minorité du cénacle des dirigeants et de leurs affiliés, et cela est d’autant plus sensible en période de crise économique. La majeure partie, pour ne pas dire la quasi-totalité des immigrés arabes se fichent de défendre l’héritage en ruine des grandes luttes émancipatrices de l’Occident. De ce point de vue, ils ne se distinguent en rien de la majorité de la population française à laquelle ils sont parfaitement intégrés. La perspective d’une participation plus ou moins importante au festin ca­pitaliste que promettaient les Trente Glorieuses – et que met à mort la crise économique actuelle – motive en grande partie leur exil vers la France. Le confort matériel et la richesse technologique de l’Occident fascinent les maghrébins comme le reste de l’humanité qui en est privée.

Si les immigrés ont pu apprécier le climat de liberté et l’ambiance relativement égalitaire qui règne en France, provenant de sociétés traditionnelles à fort contrôle social, il semble que ce climat ne leur convient plus – et pour cause : il est moribond. L’Occident, de plus en plus avec le temps, n’invite les immigrés qu’à certaines formes d’intégrations économiques, auxquelles ceux-ci adhèrent avec plus ou moins de facilité en fonction de leurs origines.

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Portrait du néo-ex-colonisé

L’Arabe immigré moyen n’a aucun problème ni avec l’injustice sociale, ni avec l’autoritarisme, ni avec le sexisme du moment qu’il n’en est pas immédiatement victime. Ce sont là des lieux com­muns admis entre nous. Si vous lui dites que ce n’est pas juste qu’il y ait des pauvres et des riches sur terre, il vous dira « non, ce n’est pas juste mais, Allah ghélab – La volonté de Dieu est puis­sante –, ça a toujours été comme ça dans l’Histoire de l’humanité » ; si vous lui signalez que ce n’est pas juste qu’il y ait un chef auquel on doive se soumettre aveuglément, il vous répondra : « il en faut toujours un, sinon c’est la fitna (le chaos) » ; si vous lui dites que les ras marbouta, les têtes closes par un turban, qui pullulent dans nos quartiers, ici et au bled, sont porteuses de me­naces pour la liberté comme pour l’arabité de chacun, il répliquera : « oui, mais quand même, ce sont des musulmans, sans doute un peu égarés mais bon… Ce sont nos frères quand même, et ils ne font de mal à personne », etc. ; si vous lui faites part de votre inquiétude face à la montée du nombre de femmes et de fillettes voilées dans votre quartier, il vous dira : « c’est rien, ça… Quand même, c’est bien que des femmes choisissent la sûtra, la protection divine, dans ce pays de débauche », etc. Enfin, si vous lui dites que le port du voile et la lapidation à mort sont des archaïsmes inhumains, il le reconnaîtra peut-être du bout des lèvres et s’empressera alors de vous signaler que « la peine de mort existe aux Etats-Unis »… On voit là comment le pire de l’Occident est retenu et convoqué pour justifier l’injustifiable. L’Arabe moyen, musulman occidentalisé mais néanmoins semi-moderne, n’évoquera certainement pas alors les luttes qui sont venues à bout de cette même peine de mort, en France notamment, ni l’impossibilité de telles luttes, en Iran par exemple. Sauf évidemment si il a un intérêt immédiat ou différé à vous dire autre chose. Car, et c’est regrettable, l’opportuniste de Jacques Dutronc et le Tartuffe de Molière cohabitent bien souvent et sans difficulté majeure dans notre néo-ex-colonisé. Peut-être n’y a-t-il pas plus d’Arabe moyen que de Français moyen : mais ce qui est sûr, c’est qu’en France, les manifestations arabes contre l’intégrisme musulman sont extrêmement rares, [et le fait d’une petite élite [1]], contrairement aux manifestations françaises contre le Front National.

L’impasse stratégique

La combinaison des figures de l’opportuniste et du Tartuffe rend effective la participation, d’une part au manège bigot qui renforce l’islamisme, et d’autre part, aux rapports néo-coloniaux entre Etats occidentaux et pays sous perfusion économique, dont une bonne part des revenus provient de l’argent des immigrés, souvent durement gagné ici. Car celui qui émigre a l’injonction de réussir et, surtout, de montrer qu’il a réussi. Comment autrement justifier ce qui dans les cultures traditionnelles est quasiment sacrilège, à savoir l’éloignement volontaire du tissu familial et culturel d’origine ? Le choix de quitter la terre où sont enterrés ses ancêtres, le pays de son père, etc., est loin d’être anodin, pour un Arabe. L’installation pacifique de musulmans en terre non-musulmane n’a été possible et autorisée par les docteurs ottomans de la Loi islamique qu’à partir du début du XVIIIe siècle ; elle n’est effective et significative que depuis une soixantaine d’années environ. De plus, les familles traditionnelles dont nous sommes issues n’ont pas vécu de révolution culturelle débouchant sur une remise en cause du paternalisme, de l’autoritarisme et de la famille, comme celle de Mai 68 en France. Le choix de l’exode vers la France – ennemi d’hier – est donc loin d’être une simple affaire dans l’imaginaire arabe et, de ce fait, doit être justifié.

La ghorba, l’exil, pour être excusé doit conduire à la réussite sociale qui, en France, se veut axée principalement autour du mérite et de l’effort personnel ; dans nos pays d’origine, le rang et la fonction occupés étaient traditionnellement et sont encore trop souvent le fait de filiations et d’accointances avec la clique régnante. La réussite sociale en Occident passant par les canaux officiels du capitalisme (diplômes, formations, concours, entretiens, carrière, augmentation, etc…), d’ailleurs de plus en plus obstrués, demande de ce fait un effort singulier pour des individus qui y sont partiellement étrangers. Cette réussite doit se manifester notamment à travers l’importation de camelote occidentale, et de rêves de pays de Cocagne où koulchi lebes abdullah, tout va bien, Dieu merci, et en plus le petit va à la mosquée tous les vendredis, ma klatouch franza, ched fi di­nou, comme on dit, la France ne l’a pas mangé, il garde sa Foi, même si c’est souvent loin d’être le cas, pour le meilleur comme pour le pire. Et pour cause : celui qui vit son exil comme une trahison cherchera constamment à prouver à lui-même et aux autres qu’il est plus arabe que les Arabes restés au pays, ce qui se réduit aujourd’hui à être plus musulman que les musulmans du pays… Cet idéal difficilement accessible en terre infidèle doit bien entendu être constamment contreba­lancé par la volonté de devenir toujours plus prodigue qu’eux. Il en résulte une posture proprement intenable, à moins de jouer, au gré des circonstances et des intérêts, sur tous les tableaux. Cette stratégie fut particulièrement mise à jour lors des élections tunisiennes pour la Constituante d’octobre 2011.

Le fait que les Tunisiens vivant en France aient voté dans les mêmes proportions que les Tunisiens en Tunisie,pour le parti islamiste Ennhada [quatre sièges remportés sur les dix réservés à la France] interroge sur les intentions des premiers vis-à-vis de leur pays d’origine et de la France. Car le message induit est troublant : Il y a, d’une part, l’islamisme là-bas pour le supplément d’âme et surtout la bienveillance des islamistes et des chefs locaux – qui commencent à tenir des villages tunisiens sur le mode de la seigneurie féodale. Et il y a, d’autre part, la France, pour son confort, son argent et sa sécurité. Tant pis si le peuple tunisien souffre d’une application élargie de la Shari’a, nous, nous sommes en France à l’abri. Nos filles, qui étudient le management inter­national pour un jour travailler avec les Saoudiens peuvent le faire en toute sécurité ici, sans être physiquement menacées par ces groupes de salafistes violents qui font de plus en plus d’incur­sions et d’intimidation dans les universités, comme en Tunisie…

Là encore, cela porte un nom : c’est de l’opportunisme.

Les Arabes restés au pays ne sont pour la plupart pas dupes de ce manège ; certains le dénoncent même à demi-mot et sur le ton de la dérision. C’était le cas du « Mouvement des Cons », né d’une réaction des Tunisiens face au vote islamiste des Tounsi fi franza, tunisiens vivants en France : Cette provocation potache appelait alors sur Facebook les Français résidant en Tunisie à voter Le Pen ([ce que 240 d’entre eux firent lors des présidentielles de 2012 – reste à savoir s’ils sont d’origine française])… La démarche de ce groupe traduit, de façon cynique, les questions que beaucoup de citoyens des pays arabes se posent en silence vis-à-vis de la France : pourquoi laissez-vous des liberticides jouer avec vos libertés ? Ces libertés pour lesquelles vous comme nous nous sommes un jour battus ne seraient-elles plus bonnes ni pour nous Arabes ni pour vous Français ? Pourquoi ces gens là participent-ils à construire le chaos dans notre pays tout en étant à l’abri de celui-ci en France ? Pourquoi, enfin, acceptez-vous que des électeurs islamistes possèdent la nationalité française, quand ils en bafouent les principes de liberté et d’égalité ? Questions malheureusement que seule l’ex­trême droite pose en France, les exacerbe, les déforme, les isole et y apportant ses propres réponses, et c’est là tout le drame.

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Farces et douleurs en islam

Les mouvances et régimes politiques islamistes exhument la xénophobie qui sommeille en chacun de nous, Européens, Arabes, Africains, Asiatiques, Américains. L’islamisme permet aux sujets arabo-musulmans d’exprimer et de fonder leur rejet de la différence et leur sexisme. Il leur permet, d’une manière générale, d’affirmer leur prurit de domination et la désignation de boucs émissaires et d’ennemis, l’ennemi étant celui qui n’est pas musulman, celui qui n’est pas dans le droit chemin. Cela aussi porte un nom, c’est de la xénophobie, voire du racisme pur et simple comme celui qui s’exprime banalement vis-à-vis du kahlouch, le noir, d’autant plus si ce dernier ne reconnaît pas Mahomet. Oui, les Arabes peuvent être xénophobes et réactionnaires – et ils le sont dans leur écrasante majorité. Les gens de la gauche bien pensante comme radicale hurlent à le lire, quand les plus honnêtes d’entre nous l’admettent en riant sans grande difficulté, et surtout, mais plus rarement, n’en font pas une fatalité. Celui qui ne veut pas se plonger dans les livres d’histoire pour étayer cette évidence n’a qu’à interroger un Sénégalais immigré en Mauritanie, ou un chrétien nigérian chassé de son village par les massacres perpétrés actuellement par les pro-islamistes dans son pays, ou encore un ouvrier hindou ou un bouddhiste thaïlandais en Arabie saoudite, etc.

Refuser pour des raisons tactiques de voir la xénophobie arabe, c’est bien entendu l’encourager de façon pernicieuse ; cette attitude de déni semble être un des principaux ressorts du passage de la posture de victime, naturellement pure, innocente et flouée à celle de rebelle éternel, bourreau dangereux et potentiellement barbare.

Les autres franges immigrées (asiatiques ou européennes de l’Est, par exemple) ne resteront pas éternellement passives et confiantes en l’Etat, surtout si leur liberté de commercer est menacée par une poignée d’autres immigrés, qui jalousent leur réussite économique et se plaignent de n’être « plus chez nous » dans les quartiers jadis occupés majoritairement par des maghrébins. C’est notamment ce qu’on peut observer dans le quartier de Belleville à Paris, où les récentes tensions entre « jeunes racailles », notamment arabes et xénophobes, et travailleurs (notamment sans-papiers) Chinois et non moins xénophobes semblent annoncer un ras-le-bol réciproque dont on peut penser qu’il va se radicaliser et s’amplifier. Là encore, refuser d’admettre ce qui saute aux yeux, c’est laisser le soin à la droite de poser et de traiter le problème, voire le « ré­gler », encore une fois à sa manière, c’est-à-dire en l’hypertrophiant, le déformant, l’arrachant à son contexte pour en faire un élément de son idéologie xénophobe.

Double appartenance, double absence, double exclusion

Rares sont aujourd’hui les individus au sein de la société française capables de constance et d’honnêteté dans leurs relations, qu’elles soient amoureuses, amicales ou politiques. Le besoin vital de relations sociales nous amène cependant à construire des liens mutuels hypocrites et claniques : On lutte ici entre écologistes bobos pour des repas bio à la cantine, là entre musulmans pour des repas halal, là encore entre transsexuels pour réclamer l’invention d’un troi­sième sexe administratif, etc. Les croyances les plus délirantes deviennent alors indiscutables, et signent la mise à mort de la perspective d’une société cohérente et unie autour d’un projet qui dépasse les particularismes et pose l’égalité et la liberté comme principes fédérateurs de ses membres. Pris dans ce mouvement, les immigrés arabes jouent leur part de la partition. Au fond d’eux-mêmes, nombre d’entre eux sont peu convaincus de leur croyance religieuse, beaucoup savent qu’ils se racontent des histoires, en reprenant et en exacerbant la part la plus aliénante de leur culture d’origine : l’islam. Mais il semble extraordinairement difficile de se l’avouer et de l’avouer publiquement, en prenant le risque d’être banni de son clan et de vivre la peur d’être ren­voyé au vide d’une société occidentale qui survit et se ment à défaut de vivre et de s’inventer. Dans une France psychiquement et socialement ravagée, nombreux sont les Arabes qui délirent et fantasment autour de leurs origines, leur culture, qu’ils ne connaissent pas, ou mal, la plupart du temps. En guise d’antidépresseur – fourni entre autre par l’Arabie saoudite – ils se réfugient dans une pratique décérébrée, prosélyte, tartuffesque et tout sauf spirituelle de l’islam.

La maladie de l’identité arabe

Le commerçant bigot estampillé « halal », ignore sans doute que tout en affirmant sa bigoterie et son goût pour le marketing, il délaisse une part précieuse de son identité arabe, celle qui veut que l’aliment soit préparé avec soin, patience et amour car destiné à être partagé ; celle qui veut que le mets ingurgité soit un remède pour le corps comme pour l’âme ; celle qui veut surtout que, bien que commerçant, il reste attentif à la satisfaction du consommateur et ne pratique pas la ghadra, traîtrise à la limite de l’empoisonnement volontaire d’autrui. Et voilà nos rebeus moyens contents de produire et de consommer des denrées dont le goût et la qualité feraient hurler nos grand-mères, et d’oublier jusqu’à la recette des bricks et de la mouloukhia pour épouser celles de la plus commerciale pizza halal et du plus tendance encore sushi halal. L’intégration fonctionne à plein dès qu’il s’agit de business, tout en préservant son ticket pour le paradis musulman : c’est là tout l’art de l’islamo-opportunisme.

L’islamisme, en se déployant, emporte avec lui tous les comportements autrefois désintéressés et spontanés qui faisaient la richesse des relations sociales entre les Arabes et les autres et entre les Arabes eux-mêmes. L’auto-dérision, l’art du conflit, la franchise, etc, sont autant de comportements qui s’évanouissent au profit du calcul, de l’intérêt immédiat ou posthume et de l’hypocrisie. Une institutrice musulmane, tout en ajustant le voile qu’elle remet sur sa tête une fois sortie de l’école publique où elle enseigne, vous dira sans la moindre gêne que, pour ne pas vous avoir raccompagné en voiture aussi souvent qu’elle l’aurait pu, elle regrette d’avoir perdu « plein de hassanat », ces bonnes actions qui, cumulées, augmentent les chances d’accéder au paradis, celles qui s’exercent sur des supposés musulmans étant davantage « rémunérées ». Ce type de comportement tend à se normaliser chez les musulmans, qui ainsi enterrent chaque jour un peu plus la gratuité du geste solidaire et le souci de l’autre, dont nous pouvions nous enorgueillir ; mais aussi toutes les attitudes de frugalité et d’économie domestique basées sur la récupération et l’échange, au profit de débordements consuméristes, particulièrement visibles lors des retours au pays, et paroxystiques en période de ramadan. Ainsi disparaissent à vue d’œil de précieux leviers sur lesquels pouvait s’appuyer une écologie du quotidien – que certains appellent « dé­croissance » ou « simplicité volontaire », qui se cherche chez les Français et qui était naturelle et très présente, jusqu’à il y a peu, dans ces cultures traditionnelles. Là où l’islamisme apparaît, tout devient comptable, et plus rien n’est pris au sérieux dans ce processus, lent mais efficace, de déshumanisation des rapports entre les individus et entre ceux-ci et leur environnement.

Ainsi le musulman bigot profondément matérialiste endosse-t-il, sans difficulté aucune, la figure du petit boutiquier comptable, commerçant ici bas et avec l’au-delà, et dont les succès s’accom­modent toujours de quelques petits arrangements ici et là.

Le pacte victimaire

La chanson de Daniel Balavoine, L’Aziza, hymne antiraciste matraqué sur nos ondes au cours des années 1980, contient une phrase qui résume très bien la posture victimaire. Elle traduit la tentation qu’ont nombre d’Arabes – immigrés ou pas – d’épouser une figure, elle aussi admirée et haïe, celle du Juif. La chanson s’adresse à une « beurette » et lui signale : « Ton étoile jaune c’est ta peau / tu n’as pas le choix ». Il est étonnant que cette phrase odieuse n’ait pas donné lieu à un tonnerre de réactions des descendants de Juifs et de résistants morts dans les camps hitlériens. Car, l’air de rien et en musique, le génocide des Juifs est associé – et mis au même niveau – que les discriminations, les exclusions, et quelquefois les crimes, dont sont victimes les Arabes, comme l’est la majorité des franges de la population française, qu’elles soient immigrées, fé­minines, handicapées, âgées, jeune, ou tout simplement pauvres.

Mais, plus encore, la suite de la phrase introduit de façon très explicite l’idéologie victimaire dominante qui aboutit à la judiciarisation des rapports entre les individus et leur société vidée ainsi de ses citoyens responsables mais remplie de victimes qui exigent constamment réparation : « Ton étoile jaune… ne la porte pas comme on porte un fardeau / Ta force c’est ton droit. ». Le glissement s’opère d’immigré maghrébin à victime suprême, qui, en tant que telle, a tous les droits, le droit de faire et de dire n’importe quoi, en premier lieu, et surtout, celui de devenir à son tour, bien entendu, bourreau. Non, notre peau n’est pas une « étoile jaune », pas plus que notre gueule ou notre histoire ou quoi que ce soit d’autre et nous ne voulons être ni persécutés, ni persécuteurs. Et, oui, nous avons le choix de ce que nous voulons être : des individus émancipés, dignes et à la hauteur des enjeux de leur époque ; c’est-à-dire responsables, et n’attendant, de ce fait, rien des marchands de paradis terrestres ou virtuels.

La posture victimaire n’est pas une alternative à la posture islamiste : elle en est à la fois l’envers nécessaire et le complément organique. Les ressources pour s’extraire de ce faux dilemme existent autant qu’elles sont à créer. Il s’agit finalement de sortir de cette position infantile si bien décrite par le célèbre dicton de nos grand-mères, nal’eb oula nfassed, je joue ou je casse.

[1] C’est par exemple le cas de l’appel louable, minimal et discret « Des Tunisiens de l’étranger contre la violence des fanatiques religieux », de la fin avril 2012, disponible sur notre site.

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Nous relayons un article déjà ancien (2012) du Collectif Lieux Commun, mais tellement toujours d’actualité.


https://collectiflieuxcommuns.fr/?Nous-immigres-arabes-face-a-nos

Un an après les espoirs suscités par les soulèvements arabes, la carte d’un Maghreb islamiste se dessine sous nos yeux : à l’exception de l’Algérie, tous les gouvernements des pays d’Afrique du Nord ont à leurs têtes des formations islamistes. En France, parallèlement, la xénophobie ne cesse de sourdre, spectaculairement ou en sourdine. Il est grand temps que les immigrés arabes eux-mêmes prennent publiquement la parole, en tant que tels – ce texte veut en être une contribution.

Contre toutes les extrêmes droites

La percée de cette extrême droite musulmane s’inscrit dans un contexte de crise économique mondiale qui s’annonce durable, et dont l’une des conséquences politiques est le développement de toutes les extrêmes droites, concomitant à un accroissement prévisible des flux migratoires vers les pays occidentaux. La présence et l’extension en France de tendances et de forces isla­mistes laminent des décennies de cohabitation pacifique entre les populations européennes et les Arabes, dont la présence sur ce sol étranger n’est le fruit ni d’une conquête ni d’une domination – chose inédite, récente et donc fragile. Ces mouvances visibles ou sournoises n’ont aucune chance de s’imposer ici, mais leurs capacités de nuisance sont telles qu’elles pourront se féliciter d’avoir grandement contribué à la création d’un climat proprement belliqueux non seulement entre immigrés et xénophobes mais surtout entre les musulmans et tous les autres, français ou immigrés. Mais la critique de l’extrême droite musulmane est minée. Ceux qui affirment leur volonté de vivre dans une société libre, égalitaire et laïque, et donc de combattre toutes les réactions, sont systématiquement rappelés à leur passé colonial, à l’antiracisme culpabilisateur, et immédiatement suspectés d’alliances avec les tendances xénophobes franco-françaises. De leur côté, les Arabes émigrés semblent verrouillés, tantôt par une tolérance peureuse tantôt par un chantage aux origines, quant il ne s’agit pas de complaisance tactique. Les extrêmes droites, qu’elles soient religieuses ou nationalistes, se nourrissent ainsi mutuellement. La seule manière de les contrer est d’affirmer un positionnement clair et explicite face à la montée de la xénophobie mutuelle et des projets de dominations, d’où qu’ils viennent.

Ce texte invite donc les immigrés Arabes et leur descendants – dont nous sommes – à lutter contre l’islamisme, au nom de ce qui nous constitue autant qu’au nom de notre attachement aux valeurs laïques, et à lutter pour construire une société libre, égalitaire et émancipatrice. Cette lutte ne peut être menée qu’à condition d’adopter un regard juste et clairvoyant sur nous-mêmes, c’est-à-dire de rompre d’abord avec les postures victimaires, angéliques, ou tyranniques dans lesquelles nombre d’entre nous se complaisent. Pour ce faire, nous avons une précieuse singularité du fait de notre double culture, qui nous met en position de porter un double regard lucide, donc critique, sur les deux civilisations, occidentale et arabo-musulmane, et les sociétés particulières qui les portent. Cette opportunité ne semble que trop rarement saisie, sinon de manière opportuniste.

Ainsi, nos positions, et le projet de démocratie directe qu’elles soutiennent, nous amènent ici à rappeler d’une part quelques évidences sur le projet islamiste et son accueil en France – et d’autre part, à dénoncer les assignations identitaires colportées par des réactionnaires – et souvent auto-construites par les premiers intéressés – dont il s’agit de se défaire en posant un regard juste et intransigeant sur nous-mêmes, immigrés Arabes.

D’où parlons-nous ?

Nous tenons non pas à la liberté de spéculer, de produire et de consommer de la camelote, mais bien à la liberté de critiquer nos sociétés dans l’espoir de les transformer, et de prendre nous-mêmes en main nos vies et le sort de nos collectivités. Nous sommes pour l’appropriation mondiale de certaines valeurs dont la culture occidentale est porteuse. Certaines sont incarnées dans des institutions et ont un statut d’effectivité en France ; notamment les principes de laïcité et d’égalité, les droits des femmes, la liberté d’expression et de contestation. Nous souscrivons à ces valeurs, conquises et inachevées, que nous jugeons préférables à bien d’autres que porte l’Occident, notamment à celle de l’obsession économique et de la compétition qu’elle engendre entre les individus. Mais nous tenons également à un certain art de vivre maghrébin, que nous avons reçu en héritage et dans lequel nous puisons ce qui nous semble à même de combattre les aspects les plus aliénants de l’évolution des cultures occidentale et arabo-musulmane. Nous pensons que cet art de vivre est menacé non seulement par l’occidentalisation de la planète mais également par le développement de l’islamisme radical. Nous sommes donc pour la reprise cri­tique des valeurs et des pratiques que portent ces deux civilisations.

Ces positions ne sont pas abstraites : lorsqu’en France, on oublie les principes égalitaires et d’émancipation pour se réfugier dans le divertissement et le consumérisme, on peut difficilement reprocher aux immigrés installés en France de se mettre au diapason… Les immigrés arabes ne sont ni plus ni moins que les sociétés qui les habitent. Ils sont arabes et français et bien d’autres choses encore. Leurs situations ne les rendent donc pas plus à même de porter un quelconque projet de démocratie radicale que quiconque en France, mais ne les exonèrent pas plus des comptes qu’ils ont à rendre sur ce qu’ils font, ce qu’ils sont, ce qu’ils veulent. Notre démarche contraste donc d’avec l’ambiance actuelle, puisque ici comme ailleurs, l’heure est à la recherche de boucs émissaires pour en faire les responsables de nos maux et l’élection de grands ou petits sauveurs pour ne plus avoir à croire en nous-mêmes. Plus personne ne prend ses responsabilités dans notre histoire collective, familiale, nationale ou méditerranéenne, à l’heure où le développe­ment effectif du projet théocratique islamiste tend à ruiner tout effort de bâtir des sociétés vivables.

La fascisation de l’islam

Qu’appelons nous le projet islamiste ? C’est la mise en œuvre d’une société théocratique et dictatoriale, xénophobe et ségrégationniste, fondée sur des lois religieuses, donc indiscutables. C’est la volonté d’instituer des sociétés du même type que celles du moyen âge où se déploie l’Inquisition, ou encore celle de la Chine traditionnelle ou du Japon de l’aube de la modernité. C’est la vo­lonté de dominer le monde et de remplacer l’Occident, si haï car si admiré, dans ce rôle. [Il s’agit, comme le fit le nazisme auprès des Allemands, d’exacerber le ressentiment chez tous les musulmans et d’éveiller la nostalgie de l’empire, ici du Califat, thématiques abordées explicitement par les islamistes tunisiens depuis la campagne électorale d’octobre.] Ce projet s’appuie notamment sur la prégnance de normes religieuses dans les Constitutions de tous les pays musulmans – mis à part le Liban – qui, des plus laïcs et inspirés par l’Occident (Tunisie, Turquie, Algérie,…) aux plus islamistes (Barheïn, Qatar, Arabie Saoudite,…), ont toujours maintenu tout ou partie des lois fondées par l’islam dans leur législation. Ainsi, par exemple, dans tous les pays arabes, des lois interdisent à un non-musulman d’épouser une musulmane, sauf si l’homme se convertit à la foi de sa future épouse. Le débat sur la référence à l’origine judéo-chrétienne des Européens dans la Constitution européenne, quoi qu’on en pense, a pu se poser. Initier un tel débat au sein du monde arabo-musulman est tout simplement impossible encore à l’heure ac­tuelle : la question pour les Etats arabes, qu’ils soient progressistes ou islamistes radicaux, est réglée et depuis fort longtemps. La base de leur législation est la Shari’a, plus ou moins présente et appliquée en fonction des pays. Car, pour les musulmans, la religion et la « citoyenneté » sont confondues historiquement depuis la naissance de l’islam. C’est cette prégnance de l’islam et dans les lois et dans la vie civile que le projet islamiste veut radicaliser. Il entend pour cela raviver une division traditionnelle encore présente dans l’esprit de certains musulmans. Traditionnellement, ces derniers divisent le monde en trois zones : il y a d’abord Dar islam : Maison / Terre de l’islam, lieux où les musulmans sont dominants et où la société est entièrement régie par des lois isla­miques ; ensuite, Dar el daw’a : Maison / Terre de prédication, appelée aussi Dar solh, Terre où l’islam doit être restauré : pays non-musulmans dont la conquête se doit d’être subtile car limitée par des traités de paix provisoires et relatifs aux rapports de forces et aux enjeux divers en pré­sence. Et enfin, Dar arb, Maison / Terre de guerre, territoires non-musulmans à conquérir par la force et à soumettre, appelés aussi Dar el koufar, terre de mécréants. Ces deux derniers termes englobent bien entendu la France. Comment, dès lors, interpréter les récentes et généreuses propositions d’aides financières du Qatar pour la réhabilitation de certaines banlieues françaises où nous vivons et qui sont socialement et matériellement en ruine ; ou encore les non moins généreuses subventions des pays du Golfe à la vie associative « culturelle et cultuelle » en France ? Comment entendre les revendications des musulmans en France pour la prise en compte de leur religion dans l’arsenal juridique, les installations municipales, ou encore dans les pratiques médicales d’un pays pourtant laïc ?

Vouloir vraiment une société égalitaire, animée par des individus responsables d’eux-mêmes et de leur entourage, c’est refuser la ségrégation sociale et sexuelle, le féodalisme, le clanisme, le colo­nialisme et la domination des uns par les autres. C’est alors, aussi, voir dans l’émergence croissante de cette bigoterie revendicative une menace pour les acquis de siècles de luttes san­glantes pour la liberté des hommes et des femmes de ce pays et d’ailleurs. C’est enfin refuser cette réaction face au vide spirituel et social occidental contemporain, et la dénoncer publiquement comme telle. Nous ferions preuve de la même clairvoyance et intransigeance si l’idée venait à certains esprits malades et vindicatifs de se bricoler une identité nazie en remettant au goût du jour la mode vestimentaire des Skinheads dans nos rues.

Qui peut croire que les populations françaises, immigrées ou non, resteront tranquillement et éternellement passives face à l’indécence du déploiement du projet islamique en France et des comportements provocateurs et belliqueux qui en émanent ? A chaque aveuglement, il suffit à la droite et à l’extrême droite nationale d’évoquer ce qui se donne à voir de manière évidente pour l’exacerber et en faire un élément à charge.

Les prières de rue, nées il y a maintenant plus de dix ans aux pieds de la butte Montmartre – quartier historique baigné du sang de la lutte des Communards – n’ont provoqué aucune réaction, si ce n’est de l’extrême droite, qui voit là une occasion de grossir ses rangs. Pourquoi jamais aucun collectif d’immigrés arabes n’a manifesté contre ces prières et la construction de mosquées ? Pourquoi le comportement provocateur de certains des nôtres n’est-il jamais dénoncé massi­vement et publiquement par nous-mêmes ? En désertant ce terrain, nous donnons raison aux discours racistes, qui prennent prétexte de ce spectacle donné par la catégorie la plus fanatique, la plus bruyante et hystérique, et la moins représentative des musulmans en général. Déserter cet espace c’est également et de fait soutenir par son silence le projet islamiste.

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L’expression islamiste

Lorsque nous voulons discuter le fait de se revendiquer publiquement musulman aujourd’hui avec n’importe quel adepte de cette religion, nous entendons souvent l’objection : « Nous, nous voulons vivre notre islam tranquille. C’est notre religion. Pourquoi devrions-nous nous justifier tout le temps d’être musulmans ? ». Pourquoi, effectivement, celui qui se revendique de l’islam devraient-ils se distinguer publiquement de toutes les monstruosités qui se sont faites et se font continuellement en son nom ? Pourquoi, en effet, tandis que l’extrême droite cherche à l’amalgamer aux terrorismes et aux régimes théocratiques, devrait-il s’en distinguer ? Qui que l’on soit, si l’on se réclame de quelque chose, il faut en assumer l’histoire ancienne comme l’actualité brûlante : communistes, colonialistes, militaires, nazis ou islamistes doivent pouvoir répondre de leur engagement. Et ce d’autant plus lorsqu’il se donne à voir de façon explicite par la tenue vestimentaire ou le port d’un signe particuliers : déambuler en tenue de djihadiste ou en voile islamique n’a rien d’innocent aujourd’hui, et l’on se demande ce que seraient les réactions si d’aucuns se mettaient à arborer, en France même, un casque colonial ou un tee-shirt avec fran­cisque…

Car il ne s’agit pas, ainsi, de vivre « sa » religion « tranquille » : il s’agit de militer, qu’on le sache ou non, pour une forme d’islam très particulière, celle qui est entrée dans nos salons au début des années 1990 via les chaînes satellitaires du Golfe et notamment salafistes, celle qui pourchasse et souvent massacre non-croyants, non-musulmans, femmes, homosexuels, opposants politiques, journalistes, artistes et acteurs de la lutte pour la laïcité et la liberté de culte. C’est encourager l’affirmation de la discrimination sur la base du sexe et de la religion. Il s’agit de pratiquer « sa religion » non pas de façon intime, mais politique. Il s’agit d’adhérer à un projet de domination clair et récent, aux multiples visages, et qui ravage l’Égypte, l’Iran, l’Algérie, l’Afghanistan, etc., depuis plus de trente ans. Les immigrés qui le soutiennent, de quelque façon que ce soit, se mettent vis-à-vis de la population française dans la position suivante : l’argent que nous pouvons gagner et le confort matériel dont nous pouvons jouir ici nous intéressent ; Cependant, nous insultons publiquement et quotidiennement votre culture, et principalement toutes vos valeurs conquises par des siècles de luttes, la laïcité en premier lieu.

Ce type de posture porte un nom : c’est une attitude coloniale.

Comment les arabes ont découvert l’islamisme

En France, l’islamisme progresse. Un islamisme ordinaire, explicite ou insidieux. Il rencontre au pire la bienveillance, voire le soutien militant d’une partie d’entre nous, immigrés arabes, et au mieux l’indifférence et une tolérance peureuse. Car nombreux sont ceux d’entre nous qui ressentent un profond malaise face au déferlement de bigoterie islamique ; certains luttent quo­tidiennement dans leur famille, dans leur quartier, en refusant par exemple de faire le Ramadan, de porter le voile ou la barbichette, de se sentir menacés lorsqu’on abat Ben Laden ou qu’on interdit le port du voile dans les lieux publics mais, surtout, en refusant de céder à la réduction de leur identité arabe à l’islam. Cependant, cette opposition semble vouée à ne pas dépasser la résis­tance passive, c’est-à-dire individuelle et non organisée. En France, il semble très difficile pour les immigrés arabes de ne pas osciller, de ce point de vue, entre le mutisme et l’agressivité.

Nous venons de, et sommes liés à des sociétés où la sociabilité est encore une réalité très forte, où il est naturel par exemple de réprimander un enfants qui fait une bêtise dans la rue, même si cet enfant n’est pas le vôtre, où il est encore possible d’intervenir pacifiquement dans des situations de conflit dans la rue et de prévenir la violence des uns et des autres sans avoir recours à la police, où les déplacements de l’handicapé et du vieillard sont collectivement, spontanément et anonymement accompagnés, etc. Nous faisons régulièrement, dans nos voyages vers nos pays d’origine, l’expérience de sociétés encore socialement vivantes et nous en revenons d’autant plus atterrés par l’aspect humainement glacial de nos villes françaises, sans parler des campagnes moribondes. Partout le désert social français avance, chose à laquelle les immigrés provenant de cultures traditionnelles sont loin d’être insensibles. Petits, nous avons souvent été dérangés par la posture de nos parents, qui se réduisait alors à la fin des années 1960 à celle de l’immigré toléré sous condition de silence total. Nous vivions alors dans le bled el ness, le pays des gens, des autres ; trop bruyants dans nos jeux d’enfants, nos parents brandissaient la menace de la boulicia française qui allait venir nous chercher et nous renvoyer dans nos contrées. Enfermés dans cette posture, difficile d’envisager le combat militant… On remarquera toutefois que l’activisme pro-palestinien échappe curieusement à la règle.

Dans nos familles, la dimension religieuse était alors insignifiante, du moins jusqu’au début des années 1990 ; les doctrines islamistes propagées par les chaînes satellitaires saoudiennes furent précédées de peu par la diffusion sur le marché français de cassettes vidéo de propagande islamiste, notamment celles du Front Islamique du Salut (FIS), parti islamiste algérien. L’arrivée de ces chaînes déversant une propagande salafiste fut accueillie dans nos familles comme une invitation effective au fétichisme religieux archaïsant et à la rupture avec la société française en état de léthargie politique et culturelle. Nous avons, à ce moment-là, assisté avec douleur à la ruine de dizaines d’années de volonté de faire partie de ce pays, et pas uniquement d’un point de vue économique. Par un curieux retournement, et pour diverses raisons, cette position de soumis­sion et d’effacement laissa progressivement la place à une attitude religieuse offensive, fût-ce uniquement en privé dans un premier temps : Bled el ness, le pays des gens, devint petit à petit, et de plus en plus, bled el koufar, le pays des mécréants, à mesure que disparaissaient les espaces laïcs de socialisation. Mafich insanni, il n’y a pas de chaleur humaine, dit l’Arabe moyen en parlant de l’Occident, avant de se tourner naturellement vers les lieux de culte musulmans, qui promettent, et offrent, contacts humains, éducation stricte, principes moraux, échanges sociaux, etc. Le prix à payer de cet engagement du religieux dans le social est sciemment ignoré, ce prix étant la participation au projet islamiste et aux ravages qu’il opère sur les individus, et en premier lieu les femmes. Les mères musulmanes savent, ou ne savent peut être pas, ce qu’elles font lorsque, par exemple, elles choisissent de confier leurs enfants à la mosquée du quartier, une à deux après-midi par semaine, pour que ceux-ci y apprennent l’arabe coranique et chanter Allah akbar : elles confient cet apprentissage et leurs petites filles de cinq ans, faites femmes par le port du voile, à des individus qui pensent que la femme est mariable, et donc désirable à neuf ans. Dans une société d’individus responsables, on devrait interdire à ce type de personnes d’approcher un enfant ou un groupe d’enfants de près ou de loin. Le fait qu’il n’y ait aucune ré­action, ni des amis de l’enfance et des femmes, ni de ceux de la connaissance et de l’égalité, musulmans ou pas, face à l’obscénité d’une situation « pédagogique » aux conséquences lourdes quant à la relation aux hommes, à la loi et à la foi de ces enfants, donne une idée de l’état ravagé des forces émancipatrices dans ce pays.

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Les damnés de l’identitaire

Nous aimerions que se taisent une fois pour toute et définitivement les voix de ces chantres d’un islam pseudo-mystique et bobo et du narcissisme identitaire comme celles des Diam’s, Akhenaton, Kerry James et autres rappeurs opportunistes, qui s’attachent à dénoncer le racisme anti-immigrés, support infini de fantasmes, dénonciation qui a pour effet d’occulter leur xénophobie bien réelle, elle. Nous aimerions, surtout, entendre plus souvent et avec plus de force des voix combatives pour la liberté et l’égalité, comme celle du chanteur du groupe Zebda en concert, qui après avoir caressé son public immigré de la Goutte d’Or dans le sens du poil en lui servant la litanie de ses chants antiracistes, clôt son concert en invitant son auditoire à la vigilance et au combat « contre tous les intégrismes », au cœur du quartier qui a vu naître l’intégrisme musulman en France.

Bien que l’exercice de l’autocritique collective – vital pour qui veut ériger une société authenti­quement démocratique – se raréfie, il nous est encore possible de trouver des gens au sein de la société française avec lesquels nous pouvons la regarder sans fard. Nous pouvons assez facilement encore critiquer toutes les mouvances et expériences politiques de France et d’Occident en général – du moins en Occident… L’épisode colonial, par exemple, n’est aujourd’hui un « tabou » pour personne. Se livrer au même exercice collectif, et par essence démocratique, ap­pliqué cette fois à la société et à l’individu arabo-musulman nous est quasiment impossible sans rapidement verser dans l’auto-flagellation, l’auto-dénigrement ou au contraire l’hyper-idéalisation, que ce soit avec des Arabes ou des Français dits de souche, qu’ils soient politisés ou non. Il serait pourtant salutaire qu’enfin nous puissions regarder sérieusement et sans drame au­tant les sociétés dont nous sommes issus, que le phénomène d’émigration/immigration dont nous ne sommes pas moins issus, sans pour autant nous aveugler face aux tares de la sociétés française où nous vivons. Il ne s’agit pas de minimiser, snober ou idôlatrer les réussites sociales et politiques dont nous jouissons et auxquelles nous tenons, et pas plus de nier, exacerber, enjoliver ou déprécier la part de notre héritage arabe : il s’agit, encore une fois, de tenir ensemble un re­gard critique sans complaisance sur nos existences.

(…/…)

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Auto-entreprenariat : comment lutter contre le retour du travail à la tâche ?

Un nouvel article à verser au dossier du débat sur les nouvelles formes de travail et d’exploitation.

http://rrcaen.neowordpress.fr/2017/12/04/auto-entreprenariat-comment-lutter-contre-le-retour-du-travail-a-la-tache/

Montpellier Poing Info, le 8 novembre 2017.

  • Dans un contexte global de baisse générale des salaires et de précarisation constante des exploités, le statut d’auto-entrepreneur promet de s’étendre à de plus en plus de secteurs. Vendu comme un statut de travailleur « libre » et comme une alternative pour les millions de chômeurs et autres exploités « sans qualification », ce statut s’apparente plutôt au retour du travail à la tâche. Dans les pays anglo-saxons, certains secteurs ne fonctionnent d’ores et déjà que sur ce réservoir de salariés à bas coût. Sans arrêt-maladie ni congé payé, l’auto-entreprenariat va au-delà de ce qu’imposent les dernières lois travail.

  • Pour comprendre ce phénomène et réfléchir aux luttes à mener contre cette arnaque, une trentaine de personnes se sont réunies jeudi dernier au Barricade, à Montpellier, à l’initiative du collectif Working Class Hérault. Le Poing vous relate le contenu de ce débat introduit par deux camarades marseillais auto-entrepreneurs*. Extraits.

L’auto-entreprenariat est réservé aux secteurs peu rentables

Le trait marquant de l’auto-entreprenariat, c’est qu’il concerne des secteurs qui ne sont pas producteurs d’une grande plus-value. Les capitalistes « d’envergure » refusent d’investir dans ces secteurs peu rentables, et les délèguent bien volontiers à des sous-traitants. Au fond, l’auto-entreprenariat suit la même logique que les délocalisations : le capitaliste garde sous sa mainmise les secteurs rentables – il ne licencie pas les salariés d’une entreprise performante et ne la délocalise pas – mais il externalise la production des secteurs moins rentables, dans le but d’en extraire tout de même quelques miettes. Le capitaliste passe un « contrat » avec un auto-entrepreneur dans les secteurs où il estime que ça ne vaudrait pas le coup d’embaucher un salarié. La condition de ce « contrat », c’est que l’auto-entrepreneur « accepte » de ne pas être payé pour une partie du travail qu’il fait, et c’est ce qui permet au capitaliste de tirer de la plus-value. Le livreur de Deliveroo, par exemple, ne reçoit pas d’argent pour entretenir son vélo ni pour rester devant son application à attendre une course, alors que ce sont pourtant des tâches nécessaires à la réalisation d’une plus-value. En théorie, l’auto-entrepreneur est encore davantage exploité que le salarié car on ne le rémunère qu’à partir du moment où il est rentable, et on lui vole donc une part très importante de sa production.

Un régime peu concerné par la protection sociale

En terme marxiste, on distingue d’une part la production, ce qui produit de la valeur, et d’une autre part la reproduction, c’est-à-dire tous les aspects qui sont nécessaires pour rendre l’exploitation possible, et qui ne sont pas directement rentables : nourrir le travailleur, élever ses enfants et les former, fournir les moyens d’aller au travail, garantir des conditions de santé minimales, etc. Actuellement, le capitalisme délègue à l’État le financement de la reproduction de la force de travail du salarié sous forme de salaire indirect : ce sont les cotisations salariales et patronales, les allocations familiales, la sécurité sociale, etc. Mais l’auto-entrepreneur a beaucoup moins de droits que le salarié, son salaire indirect est extrêmement faible. La logique actuelle du capitalisme, c’est de faire assumer au travailleur la reproduction de sa force de travail, tout en continuant à lui extorquer sa production. C’est toujours la même histoire : avant, on parlait de la socialisation des charges et de la privatisation des profits et désormais, il s’agit carrément d’individualiser les charges.

Déjà un million d’auto-entrepreneurs en France

Au Royaume-Uni, 15% des travailleurs sont des auto-entrepreneurs, ce qui représente plus de 4 millions de personnes(1). En France, on a atteint le million d’auto-entrepreneurs(2). Donc ceux qui prétendent que ce statut est une mode qui passera se trompent lourdement. Il faut aussi prendre en compte les entreprises individuelles : aux États-Unis, 15 millions de personnes n’emploient qu’eux-même(3), le plus souvent à domicile, et en France, la moitié des entreprises sont composées d’une seule personne(4). L’auto-entrepreneuriat à la Deliveroo ou le petit patron qui n’embauche que lui même ne sont pas des capitalistes dans la mesure où ils ne font pas de bénéfice mais dégage juste un salaire, souvent de subsistance. Dans l’auto-entreprenariat de service, par exemple, il n’est pas possible de dépasser 32 600€ de chiffre d’affaires(5), sinon on rentre dans le cadre d’une entreprise classique et vous devez payer les charges normales. Si vous enlevez les 24% de charge qui sont tirées du fait de se salarier soi-même(6), il vous reste seulement 26 000€ déclarables sur l’année, ce qui veut dire que vous ne pouvez pas toucher plus de 2000€ par mois. Ce calcul ne prend pas en compte le travail au noir, et le fait que tous les auto-entrepreneurs ne sont pas les mêmes – 1/3 cumulent une activité salariale à côté(7) –, mais il permet tout de même de mieux cerner la réalité sociale de l’auto-entrepreneur, qui ne peut légalement pas accumuler du capital.

Un moyen pour exacerber la concurrence entre travailleurs

La raréfaction du travail accroît la mise en concurrence entre les travailleurs, et c’est sur ce terreau que les plateformes de type Deliveroo et Uber prolifèrent. La logique, c’est d’exacerber la concurrence entre les travailleurs plutôt que de répartir le travail. En Espagne, Deliveroo utilise les ambassadeurs Deliveroo, qui sont chargés de donner du travail à d’autres livreurs et en échange, ils sont les premiers à recevoir les horaires des plages horaires disponibles sur leurs smartphones, et ils peuvent donc se réserver les plus avantageuses. Le résultat, c’est la création d’un marché noir des heures d’inscriptions aux livraisons Deliveroo : concrètement, des livreurs payent d’autres livreurs pour avoir telle ou telle horaire. Si on va au bout de la démarche, ça donne les mises aux enchères d’emploi, comme cela a déjà lieu en Allemagne(8).

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Le retour du travail à la tâche : plus tu es productif, moins tu gagnes

Selon la théorie marxiste, cette mise en concurrence est d’autant plus problématique dans le cadre du travail à la tâche, c’est-à-dire d’un travail qui n’est pas rémunéré par heure, mais par la moyenne du temps de travail nécessaire à la production de telle marchandise ou à la réalisation de tel service. Ce n’est généralement pas le cas pour les auto-entrepreneurs qui travaillent en dehors de plateformes de type Uber ou Deliveroo. Admettons, par exemple, que les livreurs de Deliveroo mettent en moyenne une heure pour faire 5 livraisons. L’application va alors calculer la rémunération des livreurs sur cette base là : disons 10€ toutes les 5 livraisons. Le livreur est alors incité à faire davantage de livraisons en un minimum de temps pour gagner plus, et c’est effectivement ce qui va se produire dans un premier temps : le livreur qui aura réussi à faire 10 livraisons en une heure va, dans un premier temps, gagner le double, c’est-à-dire 20€ au lieu de 10€. Le problème, c’est que tous les livreurs vont faire le même calcul, ils vont tous essayer d’être le plus rapide possible, et ils vont donc faire baisser la moyenne du temps de travail nécessaire à une livraison. La moyenne de rémunération par livraison va donc être revue à la baisse par l’application : en l’occurrence, la nouvelle norme ne sera plus de 10€ toutes les 5 livraisons, mais toutes les 10 livraisons. Pour résumer, avec le travail à la tâche, plus tu es productif, moins tu gagnes. Dans la pratique, c’est moins évident, on ne sait pas vraiment selon quels critères les plateformes de type Deliveroo ou Uber décident de baisser une rémunération, ni comment le rapport de force influe dans la définition de cette rémunération. Et les plateformes de type Deliveroo appliquent la théorie du yield management, qui consiste à faire varier les prix des courses en temps réel pour maximiser les profits de la platerforme. L’opacité est donc totale.

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« Alors qu’est-ce que ça fait de travailler
dans une entreprise moderne de la nouvelle économie ? »

Quelles perspectives de luttes ?

Le statut d’auto-entrepreneur oblige à se poser la question des formes des lutte à adopter. À Paris, les livreurs de Deliveroo en lutte disaient : « notre usine, c’est la rue ». Le constat posé par ce slogan, c’est qu’à la différence du salarié, l’auto-entrepreneur, et notamment le livreur Deliveroo, n’a pas de patron auquel se confronter. On retrouve aussi ce problème chez les intérimaires : 1% d’entre eux seulement sont syndicalisés(9). On est forcément moins tenté de se mobiliser pour un travail qu’on ne gardera que quelques semaines, ou quelques jours. Et à quel niveau lutter : au niveau de l’entreprise dans laquelle on travaille, ou au niveau de la boite d’intérim ? Ces problématiques se posent aussi pour les auto-entrepreneurs : doit-on se retourner contre son client, ou contre la plateforme dans le cas d’Uber ou de Deliveroo ? Et comment lutter contre une application sur son smartphone ? Le syndicalisme classique se mobilise très peu pour améliorer les conditions de vie de ces travailleurs précaires, et la multiplication de statuts différents permet justement d’entretenir ce manque de solidarité. Et même quand il y a de la solidarité, la seule action envisagée par les syndicalistes « traditionnelles », c’est la lutte par délégation. L’idée générale, c’est de partir du principe que « font grève ceux qui peuvent faire grève », c’est-à-dire les salariés, et que ce serait donc à eux de se mobiliser pour défendre les plus précaires. Mais ça ne fonctionne pas, on ne peut pas se contenter de dire aux auto-entrepreneurs et aux intérimaires : « vous allez devoir comptez sur les autres ». Surtout que la revendication classique, c’est de réclamer la requalification des travailleurs précaires sous un statut de salarié, mais cette revendication a de moins en moins de sens dans un monde où le salariat décline.

Pour être en phase avec les enjeux actuels, il faut trouver des modes d’organisation et des pratiques qui peuvent être appropriés par les auto-entrepreneurs et d’une manière générale, par les travailleurs qui ne sont pas couverts par le statut syndical. Le sabotage peut être l’une des ces pratiques. On ne parle pas forcément de tout faire sauter, mais de planifier une action collective pour ralentir les cadences, arriver en retard, détériorer les marchandises produites ou les services rendus, etc. À la différence de beaucoup d’autres auto-entrepreneurs, les livreurs de Deliveroo se croisent, se connaissent et ont l’occasion de discuter entre eux. À Londres, Berlin, Paris, Lyon, Turin, Bordeaux, Marseille, Barcelone et dans d’autres villes d’Europe, des livreurs se sont battus pour arracher quelques améliorations : principalement un salaire fixe et une vraie prise en charge par les plateformes des frais matériel (vélo, smartphone, réparations, etc.). À Montpellier aussi, roulons sur ceux qui prétendent nous faire faire rouler pour kedal.

Notes et sources :
*Le Poing n’a pas relaté mot pour mot le contenu des différents intervenants mais s’est permis d’ajouter des informations, et d’en supprimer certaines, dans le but de faciliter la lecture.
(1) « Self-Employment in the UK », Evolution Money, lien.
(2) « 1,1 million d’auto-entrepreneurs en France ! », Les Echos Entrepreneurs, le 28 février 2017, lien.
(3) « Self-employment In The United States », U.S. Bureau of Labor Statistics, mars 2016, lien.
(4) « Définition express du statut de l’Entreprise Individuelle », Legal Start, lien.
(5) « Chiffre d’affaires en auto-entrepreneur : attention au piège ! », Auto Entrepreneurs, lien.
(6) « L’auto-entrepreneur », Régime social des indépendants, page 9, janvier 2013, lien.
(7) « Auto-Entrepreneur et salarié ? », Auto Entrepreneur, lien.
(8) « Des offres d’emploi mises aux enchères », Le Figaro, 17 janvier 2017, lien.
(9) « Quelle syndicalisation des travailleurs de l’intérim ? », Savoir-agir, 2010, lien.

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Ce centième anniversaire ne doit pas nous faire oublier que cette première révolution est restée inachevée et qu’elle a conduit à la restauration du capitalisme sur les territoires qu’elle avait administrés. Cette commémoration est l’occasion de revenir sur un certain nombre de mythes et de réalités qui furent ceux de la Russie Bolchévique puis de l’URSS.

Ce constat ne doit pas nous décourager, car les conditions d’aujourd’hui sont objectivement bien plus favorables  aux révolutions du 21 ème sicle et à la marche au communisme.                                                                                                                             JMN


L’échec des révolutions communistes du XXème siècle.

Reprise d’un article de JM NICOLAS 07/11/2012

À chaque stade de développement des forces productives correspondent certains rapports de production, nature du mode de propriété, répartition des instruments de production… Ces rapports de production déterminent une superstructure philosophique, économique et juridique, mise en place par la classe dominante, celle qui détient les moyens de production, pour légitimer sa domination.

À partir de la deuxième moitié du XIX ème siècle, le progrès technique a permis la mise en place de moyens de production collectifs rationalisés (les mines, les usines…) alors que la propriété de ces moyens de production est demeurée privée (le capitalisme). Selon Marx et Engels la prochaine étape historique doit être le renversement des rapports de production capitalistes et la destruction de la superstructure capitaliste : l’état. Ce renversement doit s’opérer par une révolution menée par le prolétariat (la classe qui n’a pour subsister que sa force de travail à vendre) qui devient la classe dominante en exerçant sa dictature sur la bourgeoisie (la classe capitaliste), c’est la phase du socialisme, comme première étape du communisme, la société sans classe. La poursuite du développement des forces productives a conduit également à une collectivisation par la classe capitaliste des moyens de production ; ainsi si la gauche française put vilipender les capitalistes des ‘‘200 familles’’, la classe des propriétaires du capital est maintenant une véritable société anonyme internationale à participation croisée dont la plupart des acteurs nous sont inconnus (le cas de la famille Peugeot est par exemple un anachronisme). Dans ce Monopoly mondial, les dirigeants de société, qui eux sont connus, ne sont que des gérants (les régisseurs) pour le compte des propriétaires collectifs.

Moyens de production collectifs, détenus en propriété privée collective par quelques centaines de milliers d’individus qui en exploitent plusieurs milliards, tout concours au passage à l’étape historique suivante, celle de la révolution menée par le prolétariat. Pour Marx et Engels la révolution menée par le prolétariat devait avoir lieu dans les pays où les forces productives étaient les plus développées où logiquement le prolétariat était le plus nombreux et aussi le plus éduqué (pour des impératifs de production, il est préférable de savoir lire, écrire, compter..). Soit à leur époque, comme jusqu’à la moitié du XXème siècle, l’Angleterre, la France, l’Allemagne, puis les Etats-Unis.

Les révolutions communistes du XXème Siècle n’ont pas suivi le scénario du matérialisme historique tel que l’avaient envisagé Marx et Engels.

Les révolutions communistes du XXème Siècle se sont déroulées dans des pays périphériques du capitalisme, des pays féodaux ou semi féodaux, en tout cas des pays arriérés où les forces productives étaient encore peu développées et le prolétariat faible voir inexistant. Elles ont pris des formes différentes selon les pays, les époques et les circonstances :

 Russie : révolution urbaine suite à des grèves et des manifestations ; prise du pouvoir par les armes par le parti Bolchevik.

 Albanie, Yougoslavie : guerre de libération nationale contre l’occupant Nazi, armée de partisans dirigée par un parti communiste, éviction de la résistance « nationaliste-royaliste »

 Chine : dans un contexte de guerre civile et d’occupation japonaise, guerre révolutionnaire prolongée, avec administration par les communistes des zones libérées en bases rouges, alliance puis affrontement avec le parti nationaliste Kuomintang.

 Cuba : création d’un foyer de guérilla (Foco) par des militants Cubains et des internationalistes sud américains selon la technique de la guerre révolutionnaire des campagnes vers les villes.

 Vietnam, Cambodge, Laos: guerre de libération nationale menée par les partis communistes contre l’intervention impérialiste US et les régimes à sa solde.

Les autres pays, qui ont appartenu un temps au ‘‘ camp socialiste’’, ne l’ont pas été suite à un processus révolutionnaire mais par l’intervention de l’armée rouge (Allemagne, Pologne, Hongrie, Tchécoslovaquie, Roumanie, Bulgarie) ou de l’APL Chinoise (Corée du Nord)

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La première révolution communiste : La Révolution RUSSE de 1917.

C’est celle qui nous intéresse particulièrement par sa primauté et les espoirs qu’elle a fait naître.

À la veille de la révolution, la Russie est un immense pays autocratique rural, qui connaît un développement tardif du capitalisme, essentiellement lié à des investissements massifs venus d’Europe occidentale. La classe ouvrière naissante, issue des campagnes, se retrouve souvent dans des usines géantes, elle est peu éduquée et sans tradition, elle reste très minoritaire dans le pays.

À la fin du XIXe siècle, les idées marxistes sont quasiment inexistantes en Russie, il n’y a ni syndicat, ni parti se revendiquant du marxisme, seuls quelques cercles d’intellectuels commencent à diffuser et commenter les ouvrages de Marx et Engels. C’est la fédération de ces cercles qui donnera naissance au POSDR (Parti Ouvrier Social Démocrate Russe : création formelle en 1898).

Le POSDR ne se structure véritablement qu’en 1903 lors de son 2ème congrès qui voit la séparation entre Mencheviks (Martov) et Bolcheviks (Lénine) sur les questions de l’organisation (la définition de qui est membre du parti). Sans rentrer dans les détails, on peut affirmer que ce tournant du siècle voit en Russie se développer une importante agitation urbaine contre le tsarisme :grèves, manifestations…

Le mythe du parti bolchevik, parti d’avant-garde, parti de révolutionnaires professionnels.

De l’opposition entre Mencheviks et Bolcheviks est née le mythe d’un parti bolchevik forgé dans l’acier, fort d’une ligne politique et marchant d’un même pas : rien n’est moins vrai. Quels sont les éléments qui réfutent ce bolchevisme mythique:

 Tout d’abord, si les divergences sont réelles, la séparation des deux tendances n’a pas lieu en 1903, mais bien plus tard, trois congrès plus tard. Il y eut même en 1906 un congrès dit « d’unification » sans véritable succès. Les bolcheviks ne se constitueront en parti autonome qu’en 1912

 Les frontières entre les deux groupes ne sont pas étanches, des militants passeront de l’un à l’autre (comme Rykov). Au cours de l’année 1917, les Bolcheviks ‘‘droitiers’’ rejoignent les Mencheviks, tandis que les Mencheviks de gauche font le chemin inverse. (c’est ainsi que le Comité inter-rayons dirigé par Trotski fusionne avec le Parti Bolchevik). Ces mouvements se poursuivront également après la révolution.

 Jusqu’à la veille de l’insurrection d’octobre, les principaux dirigeants bolcheviks sont en exil ou déportés : Lénine en Suisse ( retour avril 1917), Trotski, pas encore bolchevik, aux USA (retour en mai 1917), Zinoviev en Suisse (rentre avec Lénine), Radek en Suisse (rentre avec Lénine), Boukharine aux USA (retour en 1917), Chliapnikov en mission Europe puis aux USA (retour 1916), Staline, Kamenev, Sverdlov, Tomski déportés ( libérés en février 1917). Raisons pour lesquelles les congrès et conférences du POSDR, puis du Parti Bolchevik ont lieu hors de Russie.

 La presse et la propagande sont longtemps imprimées à l’étranger, le Parti de l’intérieur est souvent livré à lui-même, les communications sont difficiles, l’information et les consignes parviennent en retard, les dirigeants locaux doivent souvent improviser et d’une province russe à l’autre, les positions des Bolcheviks ne sont pas identiques. Lénine et Zinoviev se plaignent de ne plus avoir de nouvelles du Parti de l’intérieur pendant de longs mois.

 Si les militants et les cadres bolcheviks sont bien préparés à la lutte contre la répression et au travail clandestin, leur formation théorique et leur connaissance du marxisme est souvent rudimentaire. La première école de formation des cadres ne verra le jour qu’en juillet 1911 à Longjumeau (France), elle est créée par Lénine pour contrecarrer l’école de Capri fondé par Bogdanov (avec l’appui de Gorki).

 Lénine n’a pas toujours fait l’unanimité au sein du Parti, il a souvent dû ferrailler dur et à parfois été mis en minorité. En 1907, le désaccord est consommé avec Bogdanov, soutenu par la majorité du Parti, qui prône le boycott des institutions légales dans le journal Vperiod qu’il dirige (fraction Otzoviste). Bogdanov est alors, durant une brève période, le leader du mouvement bolchevik. En avril 1917, Lénine échoue à faire changer le nom du parti POSDR-bolchevik en Parti Communiste. En février 1918, en raison d’une forte opposition, Lénine peine à imposer au Comité Central une paix séparée avec l’Allemagne, la paix de Brest-Litovsk ne sera validée que par un vote au VIIème congrès du Parti en mars.

 Depuis le POSDR jusqu’au dans le Parti Communiste (Bolchevik) des tendances se sont toujours exprimées par de vifs débats dans le parti: Otzovistes, Opposition Ouvrière, Communistes de Gauche, Centralisme Démocratique, Opposition de Gauche …y compris publiquement (comme Zinoviev et Kamenev dénonçant dans la presse du parti le mot d’ordre d’insurrection avant que celle-ci ait lieu) et contre les décisions votées par les instances. Ce n’est qu’en 1921 (Xème congrès) que fut adopté, en même temps que la NEP, la résolution sur « l’unité du Parti » qui condamne le fonctionnement en fractions (tendances permanentes, maintenues entre 2 congrès, qui ont une organisation et une expression autonomes dans et hors du parti)

 En 1917 le parti Bolchevik compte 240 000 membres pour un pays de 184,6 millions d’habitants (0,13% de la population), c’est à la fois peu à l’échelle de la Russie et beaucoup pour un parti de ‘‘révolutionnaires professionnels’’ (comme si nous avions, en France, un parti communiste révolutionnaire de 78 000 militants).

Comme nous venons de le voir le Parti Bolchevik qui a fait la révolution, n’était pas le parti monolithique que l’on veut nous faire croire, celui-ci n’apparaîtra que plus tard En relation avec la situation Russe, mais aussi internationale, son fonctionnement et sa nature ont été transformés au milieu des années 20. En 1922, avec la montée des effectifs, c’est 97% de ses militants qui ont rejoint le parti après 1917 et la prise du pouvoir.

Quelles difficultés vont rencontrer les révolutionnaires russes pour conserver leur révolution.

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 Faire la guerre pour sauver le pays de l’agression impérialiste Avec la paix de Brest-Litovsk, la Russie se voit amputée d’une partie importante de son territoire, Etats Baltes, Pologne, une partie de l’Ukraine et de la Biélorussie. À la défaite de l’Allemagne, ces territoires ne retourneront pas dans le giron russe révolutionnaire, mais verront l’avènement de régimes nationalistes. L’armée rouge sera défaite par l’armée nationale polonaise. La Russie bolchevique subira l’échec de l’extension des insurrections révolutionnaires en Hongrie et en Allemagne (nous y reviendront). La Russie révolutionnaire subira un blocus économique de grande ampleur, elle connaîtra une intervention militaire des puissances impérialistes en soutien aux contre-révolutionnaires durant deux années de guerre supplémentaires.

 Survivre à l’échec de la révolution mondiale. Pour les bolcheviks, la Russie constituait le maillon faible des pays capitalistes, mais la vraie révolution devait venir des pays capitalistes avancés. Ceux-ci connurent, à partir de 1917, une recrudescence des grèves autour des conditions de travail et de l’approvisionnement, en France en Italie en Allemagne et en Angleterre. Ces mouvements allaient conserver un caractère revendicatif économique sauf en Allemagne et en Hongrie. Les espoirs Bolchevick étaient alors tournés vers cette Allemagne vaincue qui avait un prolétariat important, turbulent et organisé. Mais par manque de coordination, les différentes tentatives insurrectionnelles menées par les communistes allemands furent matées et conduisirent à l’échec global de la révolution en Allemagne. Les soviets de Hongrie isolés furent eux aussi vaincus, comme les tentatives qui eurent lieu en Autriche.

 Préserver la révolution, administrer le pays, développer les forces productives. Au nom d’un certain ‘‘réalisme’’ ces conditions sécuritaires difficiles conduiront à la suppression des conseils de soldats, au rétablissement des grades et au recours aux officiers tsaristes dans l’armée rouge (politique initiée toute autant par Lénine, Trotski que Staline). Pour faire face à une économie de pénurie, ce même réalisme enfantera la NEP avec un retour au secteur économique privé. Il y a un glissement progressif des positions depuis ‘‘ Tout le pouvoir aux Soviets’’ à ‘‘dans notre République des Soviets, le régime social est fondé sur la collaboration de deux classes : les ouvriers et les paysans, collaboration à laquelle sont également admis aujourd’hui, à de certaines conditions, les « nepmans », c’est-à-dire la bourgeoisie.’’ (Lénine). Au nom du réalisme économique et de l’efficacité, il faut abandonner le contrôle ouvrier sur la production au profit d’un corps spécialisé d’employés ( Comment réorganiser l’inspection ouvrière et paysanne – Lénine rapport devant le XIIe Congrès). Cela se traduira dans l’industrie par le rétablissement du salaire, des hiérarchies, puis des primes à la productivité… Le système sera étendu à l’ensemble de l’appareil d’état et au parti.

La direction et l’organisation du pays ont besoin de cadres et le parti s’ouvre aux employés et aux fonctionnaires de l’ancien régime. Comme nous l’avons déjà dit, en 1922, 97 % des communistes sont des nouveaux communistes qui le sont devenus après la révolution de 1917. En 1924, après la mort de Lénine, la campagne d’adhésions ‘‘ Promotion Lénine’’ fait plus que doubler encore les effectifs du Parti. Cette énorme affluence pose d’importants problèmes de formation politique que rencontrerait tout parti dans les mêmes conditions. Dès 1920 apparaissent des organismes administratifs chargés sous la direction du Comité Central du recensement, des nominations et de l’affectation des cadres du parti. En 1922, Staline prend la direction de ces organismes en accédant au poste nouvellement créé de Secrétaire Général à l’organisation. Au nom de la rationalisation, les organes de direction qui doivent être élus le deviennent sur recommandation des échelons supérieurs, eux-mêmes dépendant des organes du Secrétariat Général. C’est le régime nouveau de la cooptation.

 Construire le Parti Mondial, la IIIème Internationale « Prolétaires de tous les pays, peuples opprimés, unissez-vous ! » La faillite des partis ouvriers socialistes et sociaux-démocrates au début de la 1ère guerre mondiale, s’est manifestée par leur ralliement aux bourgeoisies nationales et leur soutien à l’effort de guerre. Ce passage de la pensée socialiste vers le populisme, le nationalisme et le patriotisme, a semé les germes de l’idéologie fasciste (l’héritage se fera directement pour des dirigeants socialistes ou communistes : comme Mussolini, Déat, Doriot…ou plus confusément comme chez les nationaux bolchevicks allemands) C’est contre le patriotisme de ces partis de la classe ouvrière, que s’est fait nécessité la création d’une nouvelle internationale en mars 1919. Si la nouvelle internationale à produit dans ses congrès un matériel théorique important sur la situation mondiale, ses implications concrètes sont beaucoup plus mitigées.

• Echec dans le soutien aux révolutions européennes : principalement les révolutions allemandes en raison des tergiversations de l’internationale et du rôle ambiguë de RADEK

• Échec en Chine de la politique d’intégration au Kuomintang, puis d’insurrection de 1927 dont les communistes chinois sortent laminés

• Échec lors de la guerre civile espagnole, les révolutionnaires de ce pays ne correspondant pas au modèle russe.

Par un glissement sémantique l’internationale est passée d’un « les prolétaires n’ont pas de pays, les prolétaires n’ont pas de patrie » à « l’URSS la patrie du Socialisme », dès lors elle devient l’Office Mondial de défense des intérêts de l’état soviétique. Ce tournant qui a lieu vers le milieu des années 20 est intimement lié au mot d’ordre de « l’édification du socialisme dans un seul pays », L’URSS est alors le seul pays ayant réussi sa révolution, la mission première des communistes du monde est de préserver cette conquête, raison pour laquelle les intérêts politiques, économiques, diplomatiques de l’URSS sont prioritaires sur toutes autres considérations.

En 1943, Staline dissoudra même l’Internationale Communiste, pour ne conserver plus tard qu’un bureau d’information et de liaison des partis communistes européens (Kominform)

 L’édification du socialisme dans un seul pays. Avec le tournant de la NEP, se développe dans le parti un courant économiste mené par SOKOLNIKOV et BOUKHARINE autour des questions suivantes : Est-il possible de construire l’économie socialiste en URSS et si oui, est-il possible de la construire alors que la révolution tarde dans les pays capitalistes avancés et que le capitalisme se stabilise ? Est-il possible de construire l’économie socialiste en suivant la voie de la Nouvelle Politique Economique ? c’est à partir de ces interrogations que BOUKHARINE va avancer le concept de « Socialisme dans un seul pays » position ralliée par STALINE et le groupe du centre. Fort de cette majorité BOUKHARINE se verra propulsé en 1924 à la tête de l’Internationale (à la place de ZINOVIEV) et c’est à lui que nous devons cette inflexion de la ligne internationaliste (notamment sur la question de la révolution chinoise en plaçant le PCC sous la tutelle du parti nationaliste…).

Le « Socialisme dans un seul pays » peut être envisagé comme une voie réaliste par rapport à la situation internationale de l’époque, fallait-il continuer ou abandonner ? Ce qui pose problème c’est la mise en oeuvre qui en a été faite. C’est aussi la subordination complète du mouvement communiste mondial aux seuls intérêts prioritaires de l’Union Soviétique, de son maintien, de sa survie. L’URSS à tout prix.

L’isolement de la Russie Bolchevique puis de l’URSS, le blocus économique, les difficultés internes, deux guerres d’agressions impérialistes (1914-1920 et 1941-1945) vont formater une pensée de citadelle assiégée, une sorte de paranoïa de l’ennemi qui est partout. Cette même conception conduira après 1945 à la course aux armements comme réponse à l’imminence d’une agression US, cette course qui enfermera le pays dans une économie de pénurie et conduira à sa ruine.

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À partir de 1927, il n’existe quasiment plus de débats démocratiques dans le parti. Par sa maîtrise des organismes administratifs du parti et de l’état, STALINE à la tête du groupe centriste dans le parti peut à sa guise isoler et démanteler les oppositions successives en envoyant ses chargés de missions (Molotov, Kalinine, Kaganovitch Vorochilov, Kirov…) réorganiser les instances locales. Toute critique est écartée, les opposants organisés dans le parti deviennent le « Bloc ennemi du peuple ».

 La mise en oeuvre de l’édification du socialisme dans un seul pays.  De 1930 à 1953 Staline et le groupe centriste qui prend la direction totale du parti et de l’état seront véritablement les seuls comptables de cette politique d’édification du socialisme dans un seul pays (qui se poursuivra après la mort de Staline jusqu’à l’effondrement du système). Après le tournant de la NEP, cette politique à pour bases l’industrialisation et la collectivisation rationalisées au moyen de la planification (plan quinquennal), quelle est sa véritable nature ?

Quelle propriété collective des moyens de production ? L’article 10 de la constitution de l’URSS déclare : « Le système économique de l’URSS est fondé sur la propriété socialiste des moyens de production sous la forme de la propriété d’état (de tout le peuple) et de la propriété kolkhozienne et coopérative…. ». Il y a donc en apparence 2 formes de propriété, la propriété d’état et celle des collectivités économiques.

La propriété d’état est-elle une garantie suffisante de propriété socialiste : non car de nombreux pays capitalistes ont eu recours à un important secteur économique étatisé pour assurer le développement de leurs forces productives (Allemagne, Japon, France, Corée du Sud…). Par le biais de l’état et par le contrôle qu’elle exerce sur lui, une classe administre collectivement ses biens au mieux de ses intérêts. La propriété d’état soviétique serait propriété de tout le peuple, est-ce à dire que tout le peuple exerce son contrôle sur l’état et la propriété d’état ? Et bien non puisque déjà Lénine avait fait abandonner le contrôle ouvrier sur la production au profit d’un corps spécialisé d’employés et d’administrateurs ; ce sont ces corps de fonctionnaires qui administrent la propriété d’état sous la houlette du parti dont ils sont également issus. À une échelle plus petite, le phénomène reste le même en ce qui concerne Kolkhozes et Coopératives dont le président et la direction sont « élus » sur proposition des instances locales du parti. Il n’y a pas une once de contrôle ouvrier dans ces collectivités économiques.

Après l’expropriation du capital et quel que soit le mode de propriété collective, il n’y a pas d’avancée au socialisme sans plein exercice du contrôle ouvrier. À l’inverse prôner le contrôle ouvrier et l’ouverture des livres de compte en système capitaliste est une pure chimère !

Existait-il du sur-travail, de la plus-value en Union Soviétique ? Marx nous dit : « La suppression du mode production capitaliste permet de limiter la journée de labeur au travail nécessaire. Néanmoins il s’accroîtrait si les conditions demeuraient constantes. D’une part parce que les conditions de vie du travailleur s’améliorent et ses exigences deviennent plus grandes, d’autre part parce qu’une partie de l’actuel sur travail serait intégrée au travail nécessaire à la constitution d’une réserve sociale et à un fond d’accumulation… à la constitution d’un fond d’assurances et de réserve et aussi à l’élargissement constant de la reproduction à la mesure des besoins sociaux. » (le Capital)

Le sur-travail permet de faire fonctionner la protection sociale (santé, retraites..) l’éducation, la recherche, les transports en commun, la culture, les loisirs…, des secteurs non directement productifs, tout comme l’administration du pays.

Toutefois le travailleur soviétique voit bien qui s’accapare la plus grosse part des bénéfices de ce sur travail, quels groupes bénéficient des magasins et restaurants spéciaux, des voitures particulières, des villas, des hôtels, de la possibilité de voyager, des postes héréditaires dans la direction de l’économie, l’appareil d’état ou le parti. Il y a bien un groupe d’individus qui sans être formellement, nominativement propriétaires des moyens de production, s’en accapare la gestion en dehors de tout contrôle aux fins de ses intérêts propres et pour sa propre reproduction. Il y a bien un groupe parasitaire au même titre que la bourgeoisie capitaliste est une classe parasitaire.

Le Plan une loi de l’économie socialiste ? Dans le système capitaliste, il n’y a pas d’autorité directrice supérieure de coordination, en ce sens on peut dire que les mécanismes de régulation sont anarchiques, le navire est sans maître. Le régulateur en chef est essentiellement le marché (et dans une moindre mesure les états comme représentants d’intérêts capitalistes particuliers) et les prévisions de fluctuations que l’on pourrait déduire de la situation. En cela les réactions des acteurs économiques ne sont pas toujours le fruit d’une analyse objective et de déductions logiques ; l’individualisation de la course au profit immédiat introduit une notion de pari, de prise de risques, sans rapport avec l’économie réelle (les coups de poker menteur dans une économie casino).

Dans l’économie socialiste de l’URSS, la quasi-intégralité des moyens de production est propriété contrôlée par l’appareil d’état, elle constitue un immense monopole sur un immense territoire. Il est donc tout à fait légitime de vouloir en faire une exploitation rationnelle et coordonnée, éviter les doublons de production, la concurrence entre unité de fabrication, développer la recherche et développement, favoriser la productivité et la mécanisation, initier des grands projets, développer les infrastructures…toutes perspectives réalisables grâce à une planification raisonnée.  Mais la planification n’est pas l’identifiant principal d’une économie socialiste, des états capitalistes comme la France de De Gaule ont utilisé, avec plus ou mois de succès, la planification et un important secteur industriel nationalisé pour réaliser des grands projets et construire des monopoles (industrie nucléaire, aéronautique, armement, plan calcul …)

Si la planification soviétique a atteint un certain nombre de ces objectifs, elle a échoué comme système général de rationalisation de l’économie en raison de sa conception même. Les raisons principales de cet échec sont dues au fait que l’économie soviétique n’a jamais fonctionné comme un monopole unique, mais que ses unités de production ont gardé une certaine indépendance et un fonctionnement séparés. D’autre part les objectifs de la production planifiée établis par les organismes d’état étaient exprimés en quantité ou en valeur financière. C’est-à-dire que le plan peut être rempli sans aucun souci de l’utilité des productions ni de leur qualité (dans la plupart des cas c’est l’entreprise qui contrôle sa propre production, sauf pour l’industrie d’armement). Lorsqu’il est exprimé en valeur financière, et alors que c’est l’état qui fixe les prix, l’entreprise peut avoir tendance à fabriquer les produits chers, même s’ils ne se vendent pas.

Pour des raisons pratiques (il fallait reconstruire de toute urgence les moyens de production) et idéologiques : la priorité a été donnée à l’industrie lourde au détriment des biens de consommation, puis en raison du second conflit mondial, de la guerre froide, aux industries d’armement. Jusqu’à sa chute, l’URSS a consacré des sommes considérables (de 15 à 20 % du PIB) à cette course aux armements qui l’a opposée à l’impérialisme US. Pour le peuple tout entier, l’URSS est resté une économie de pénurie de biens de consommation courante avec souvent des produits obsolètes et de mauvaise qualité à côté de laquelle a germé une économie parallèle issue du pillage social et du marché noir (propre aux mafias comme prémisses d’une accumulation primitive du capital).

La condition des travailleurs s’est-elle améliorée ? Sauf durant une période du communisme de guerre où l’état avait dû organiser la répartition autoritaire des produits de première nécessité et ravitailler les villes, l’argent a toujours été utilisé dans les échanges en URSS et le salariat maintenu (contrairement à la conception marxiste du socialisme). Le nombre de jours de travail a été augmentés, en augmentant la durée de la semaine de travail (48h à 50h alors que les travailleurs français se battaient pour la semaine de 40h), en supprimant des jours fériés d’abord religieux puis révolutionnaires, en réduisant le nombre de congés, puis en instaurant les samedis et dimanches travaillés (volontaires).

Chaque travailleur est doté d’un livret (comme au 19ème siècle en France) où sont consignés toutes les modifications de sa situation (indispensable pour obtenir un emploi ou percevoir sa retraite). L’absentéisme est pénalisé au sens propre puisqu’il peut conduire à une condamnation au travail forcé.

Les salaires sont bas et le restent. Le salaire à la tâche est largement pratiqué (il représente encore 56,2% du salariat en 1975) au détriment du salaire à l’heure et de la mensualisation. Par « l’émulation socialiste au travail », le mouvement des travailleurs de choc, le stakhanovisme, la propagande met en scène une productivité illusoire et fait se développer une aristocratie ouvrière pour contrecarrer l’apathie de la classe ouvrière. Alors que les augmentations de salaires se révèlent inutiles face à la pénurie de biens de consommation, à l’initiative de cadre locaux se développe tout un réseau de favoritisme et de prébende qui visent à fragmenter la classe ouvrière pour en atténuer le mécontentement. Ce système contribue au profond désintérêt de la classe ouvrière pour un travail qui lui est extérieur et dont elle ne tire pas avantage. Il est assez bien résumé dans la plaisanterie « l’état fait semblant de nous payer, nous faisons semblant de travailler ». Pas étonnant dès lors qu’il n’y eut que peu de travailleurs pour s’opposer à la chute de ce socialisme là.

Le tableau du monde du travail soviétique serait incomplet si l’on ne prenait soin d’évoquer les immenses chantiers de développement d’infrastructures qui ont mobilisé des centaines de milliers de jeunes volontaires étudiants, ouvriers et komsomols, tout comme ceux qui ont utilisé les condamnés au travail forcé, bagnards le plus souvent communistes devenus « Bloc des ennemis du peuple » qui ont construit les routes, les voies ferrées, les villes nouvelles de l’Extrême-Orient ou du grand Nord soviétique. Le sur-travail y atteint alors son maximum, puisque dans l’un des cas, les travailleurs sont nourris logés et dans l’autre, il n’est question que de les maintenir les ZEK en état de survie dans cet esclavage moderne.

L’édification du socialisme dans un seul pays a-t’elle résolu la question des nationalités ? Au commencement, les bolchevicks ont été préoccupés par la question des nationalités, LENINE puis à son initiative STALINE se sont penchés sur la question dans des articles et des brochures. Comment unifier le pays hérité de l’empire tsariste en une seule nation socialiste ?  Dans « Le Marxisme et la question nationale » (1913), STALINE fait une analyse assez fine de la problématique. Il donne une définition scientifique de la Nation « une communauté stable historiquement constituée, de langue, de territoire, de vie économique et de formation psychique, qui se traduit dans une communauté de culture ». Les exemples, qui illustrent la brochure, choisis avec une certaine clairvoyance sont ceux qui poseront problèmes à l’URSS puis à la Russie post-soviétique (Pays Baltes, Géorgie, Caucase, Crimée…).

Malheureusement un bon diagnostique ne fait pas le bon remède. Dans le système de citadelle assiégée que connaît l’URSS, la question des nationalités va d’abord être traitée de manière sécuritaire. Les 15 années qui vont du milieu des années 30 à 1950 verront des millions de personnes déportées en tant que groupes nationaux hostiles au régime, ou suspects de collaboration avec l’ennemi extérieur, phénomène s’accentuant pendant la seconde guerre mondiale (Polonais, Baltes, Finnois, Biélorusses, Allemands, Grecs, Roumains, Tatars, Karachay-Cherkes, Tchétchènes, Ingouches, Balkars, Meskhs, Kurdes, Arméniens, Bulgares, Turcs…). Ces afflux de populations vont aussi déstabiliser les républiques périphériques de destination (Ouzbékistan, Kirghizie, Kazakhstan, Turkménistan, Sibérie…) et exacerber les rancunes contre le Centre Grand Russe.

À la fin de la seconde guerre mondiale, l’URSS a récupéré l’intégralité des territoires de l’empire russe : Etats Baltes, Ukraine, Biélorussie, Pologne et s’est adjoint des pays vassaux libérés par l’armée rouge Hongrie, Tchécoslovaquie, Roumanie, Bulgarie et dans une moindre mesure Yougoslavie et Albanie.

Les faits ont contredit le propos de STALINE qui préconisait « Pour consolider l’union entre la Russie centrale et la périphérie, il faut liquider cette méfiance, créer une atmosphère de compréhension mutuelle et de confiance fraternelle…abolir, en fait et non pas en paroles, les privilèges de tout genre, de tout ordre dont jouissent les éléments colonisateurs… » (La Pravda 10/10/1920).

La nouvelle société socialiste n’a pas empêché, les éléments « grands russes » de se comporter et/ou d’être perçu comme des colons. Cette perception a aussi contribué à exacerber les sentiments nationalistes locaux. (les conflits linguistiques auxquels sont confrontés aujourd’hui les minorités russes des nouveaux états issus de l’URSS en sont aujourd’hui une illustration en miroir)

 De la Coexistence Pacifique à la Glasnost, une même continuité. La mort de STALINE, en 1953, n’est pas l’occasion des bouleversements auxquels on veut nous faire croire maintenant, c’est tout au plus une « révolution » de palais où les têtes qui tomberont se compteront en unités (Béria, Malenkov…), rien à voir avec l’épuration de la vieille garde bolchevique de 1927 à 1933. À travers la dénonciation de STALINE et du culte de la personnalité, la nomenklatura s’est trouvé habilement un bouc émissaire qui la dédouane de toutes les erreurs passées et de tous les crimes commis, qui le deviennent au nom de STALINE. C’est une imposture complète.

Après STALINE, le système économique ‘‘socialiste’’ demeure identique, priorité à l’industrie lourde, à l’armement, à l’électronique, à la recherche atomique et à la conquête spatiale (1957-Spoutnik, 1961- Gagarine) au détriment toujours des biens de consommation. Tout au plus voit-on une sorte de NEP dans l’agriculture avec l’intéressement des kolkhoziens à l’augmentation de la production agricole et la libération puis la réhabilitation de dizaines de milliers de communistes détenus dans les camps de travail. KHROUCHTCHEV (militant ouvrier, entré au parti avant la révolution de 1917, Commissaire aux armées durant la bataille de Stalingrad, organisateur de la reconstruction de l’Ukraine après guerre, 1er secrétaire du PC de la région de Moscou…) : le révisionniste, n’est pas plus social-traitre que son prédécesseur.

La prétendue rupture et sa qualification de révisionniste, vont permettre à des partis communistes au pouvoir (Chine, Albanie), qui n’étaient pas dans la ligne de l’URSS de se démarquer à bon compte du grand frère soviétique. Ceux qui dans la conduite de leur révolution n’avaient que fait semblant de suivre les conseils de STALINE et du PCb de l’URSS, vont devenir ses plus fidèles et ardents défenseurs sous la bannière de « l’orthodoxie » marxiste-léniniste.

Malgré l’usage du vocable Khrouchtchévien de Coexistence Pacifique, la politique de l’URSS après STALINE reste dans le cadre de la confrontation avec l’impérialisme en référence à la défense de la patrie socialiste : fin de la guerre d’Indochine, crise de Suez, mur de Berlin, crise des missiles à CUBA, guerre du Vietnam, guerre du Kippour, guerre en Afghanistan, crise des Euromissiles…

« Mais il y a aussi une stratégie politico-économique qui consiste à entraîner les Soviétiques dans la spirale de dépenses sans fin, destinée à freiner ou empêcher leur progression dans d’autres domaines. Chaque fois qu’on peut les pousser dans une surenchère, chaque fois qu’on les incite à gaspiller leurs ressources en canons plutôt qu’en beurre, on ralentit leur marche vers le bien-être. Et la propagande occidentale a ainsi beau jeu de mettre en avant le niveau de vie moyen 8 plus faible des pauvres peuples malades du socialisme, par rapport à tous ceux qui s’épanouissent dans le système capitaliste. »1

C’est cette spirale infernale que GORBATCHEV a voulu briser en initiant des réformes économiques, en baissant la garde et en ouvrant un certain nombre de libertés publiques. À l’inverse, les réformes économiques mises en place vont accentuer les inégalités sociales, sans résoudre les questions de l’approvisionnement. La démocratisation et la réforme constitutionnelle (pour une nouvelle Union) vont favoriser la montée des nationalismes. La nouvelle configuration met en avant le populiste ELTSINE, qui devient incontournable à Moscou puis au niveau de la Fédération de Russie.

Habile bénéficiaire du putsch qui renverse GORBATCHEV, il va réussir à se placer au sommet de l’état où comme héritier des réformes de son prédécesseur, il va démanteler le parti, puis l’URSS avant d’en privatiser l’économie. La méthode utilisée sera celle de la privatisation par coupons, les salariés devenant copropriétaires de leur usine, libre de vendre ou de conserver leurs coupons/actions. Dans les faits comme bien souvent les salaires n’étaient plus versés, les dirigeants avisés ont alors racheté massivement les fameux coupons pour une bouchée de pain, devant ainsi les propriétaires en titre des moyens de production.

« Paralysés par l’ampleur de la crise et l’opacité des nouvelles règles du jeu, les salariés ont été incapables de s’opposer par leur mobilisation à cette spoliation massive. L’Etat en revanche a été instrumentalisé au profit d’un petit groupe de personnes. »2

Alors le groupe qui administrait le pays à travers le Parti et l’appareil d’Etat, par une propriété collective des moyens de production ‘‘au nom de tout le peuple’’, est devenu propriétaire privé, en son nom propre, de ces mêmes moyens de production. Ainsi le capitalisme prédateur le plus classique a été restauré en URSS.

En guise de résumé et de conclusion : Les raisons de l’échec de la première révolution communiste du XXème siècle sont multiples et c’est la conjonction de circonstances et de décisions qui a conduit à l’effondrement, tel que nous l’avons connu, de l’expérience socialiste en URSS. Elles sont les suivantes dans un ordre qu’il est difficile de hiérarchiser

 Le parti communiste bolchevick, a changé de nature (disparition de ses cadres, renouvellement quasi complet de ses effectifs) et de statuts (abandon du débat politique collectif selon le centralisme démocratique : unité-critique-unité) entre 1925 et 1930

 Il n’y a pas eu de révolution victorieuse dans les pays capitalistes avancés, la révolution mondiale n’a pas eu lieu.  La Russie isolée a subi un blocus économique et a été attaquée par les armées impérialistes en soutien aux contre-révolutionnaires.

 Il a fallu faire des efforts considérables pour redresser le pays dévasté. Ces efforts se sont accomplis au détriment de la démocratie prolétarienne, les soviets n’ont plus joué leur rôle dirigeant (ils font de la figuration dans le nouvel état socialiste), le contrôle ouvrier a été supprimé au profit d’un corps de techniciens de d’administrateurs professionnels.

 Le Parti Communiste et l’état se fonctionnarisent.

 Le Parti Communiste s’oriente vers l’édification du socialisme dans un seul pays.

 L’Internationale Communiste échoue comme soutien théorique et logistique aux révolutions dans le monde, puis s’embourbe dans un patriotisme soviétique en devenant l’organe de défense des intérêts économiques et diplomatiques de l’URSS (avant de disparaître)

 Les initiatives de l’économie socialiste ne révolutionnent pas le monde du travail qui reste sous le régime du salariat. Les conditions de travail ne sont pas bonnes, la productivité est faible, comme les salaires et faute de démocratie dans l’entreprise, le travail est vécu comme sans intérêt par les travailleurs.

  L’existence d’une caste supérieure d’administrateurs bénéficiant de tous les privilèges saute aux yeux. L’égalitarisme n’existe pas, il y a bien réalisation d’une plus value sur le dos des salariés producteurs au profit d’une caste parasitaire en dépit du mode formel de propriété des moyens de production.

 La gestion de l’économie par le plan reste déficiente, elle privilégie l’industrie lourde et l’armement et ne peut donc permettre une amélioration continue des conditions de vie.

 Ravagée par deux conflits mondiaux, la Russie devenue URSS va s’engager contre les USA dans une course aux armements qui la laissera exsangue.

 Le syndrome de citadelle assiégée, va générer une construction paranoïaque, le système broyant ses propres enfants (c’est ce communisme là qui a tué le plus de communistes)

 Malgré de bonnes intentions, l’URSS n’a pas pu apporter une réponse correcte au problème des nationalités, qui a été attisés par les fascismes, la guerre, puis par l’impérialisme US triomphant. Cela demeure vrai aussi après 1945 dans les rapports entre les nouvelles démocraties populaires et le grand frère soviétique.

 Pour des raisons liées au contrôle de ses frontières (l’étranger proche), l’URSS va s’engager dans un trop long et meurtrier conflit en Afghanistan.

 Empêtré dans ses contradictions, le système « socialiste » n’a pas su ou pas pu se réformer, au point qu’il ne s’est pas trouvé de force suffisante parmi « le peuple tout entier » pour vouloir le sauver.

 Une fraction de la caste dirigeante, forte du soutien de l’impérialisme, a pu alors prendre le dessus et restaurer une économie capitaliste à son seul profit en s’accaparant le bien collectif.

07/11/2012

 


1) Antoine Sanguinetti- Le devoir de parler- Fernand Nathan 1981 : L’amiral rayé des cadres en 1976 dénonce la supercherie de la suprématie militaire de l’URSS, de la course aux armements qu’elle génère à travers la théorie de l’équilibre des forces.
2 Les privatisation en Russie et la naissance d’un capitalisme Oligarchique- Fondation Gabriel Péri 2005

Sources

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Le récent référendum sur l’indépendance de la Catalogne a suscité un regain de déclarations enthousiastes de la part des organisations qui se revendiquent révolutionnaires et se réclament du marxisme, malheureusement la plupart d’entre elles sont sur des positions erronées de soutien à la bourgeoisie nationaliste catalane, ce qui démontre encore une fois leur incompréhension du marxisme et de la question nationale.

Nous relayons deux prises de positions d’organisations révolutionnaires de l’état espagnol qui nous paraissent justes du point de vue marxiste bien qu’elles émanent d’organisations opposées sur l’échiquier communiste (comme quoi il ne faut pas se désespérer à propos du monde militant)


Résumé très succinct en français des thèses d’inter-rétroactivement sur le référendum catalan, par Pantopolis : http://pantopolis.over-blog.com/2017/09/a-propos-du-referendum-catalan-interpretation-et-orientation-marxiste-iner-rev.foroactivo.com-espagne.html

Référendum catalan: basta ya!         Lutte de classe internationaliste, !

L’aspect politique idéologique sous lequel se présente ce référendum d’indépendance est une compétition entre deux nationalismes: espagnol et catalan. Ce sont deux poisons utilisés contre le prolétariat et la révolution sociale internationale…

Chaque faction bourgeoise essaie de pêcher dans le réseau nationaliste populaire et démocratique le plus grand nombre possible de prolétaires et d’éléments critiques de la société…

Quelle que soit leur position, toutes les forces en présence dans ces deux projets nationalistes font partie du camp ennemi du prolétariat, de ceux qui soutiennent et profitent sans vergogne de son exploitation…

l’État catalan… fait depuis longtemps partie d’un cadre économique capitaliste…. Les conflits actuels entre l’État espagnol et l’État catalan sont le produit des contradictions grandissantes entre fractions de la classe dirigeante … dans un schéma historique communément qualifié de «mondialisation»: une intense internationalisation du capitalisme, limitant les mouvements et capacités spécifiques du capital à l’échelle nationale et locale.

Pour la classe ouvrière, s’inféoder au nationalisme espagnol et/ou catalan est contre-révolutionnaire et réactionnaire… surtout dans les conditions d’internationalisation capitaliste. Un nouvel état catalan indépendant ne profitera qu’au seul capital catalan et ne fragilisera en aucun cas pas les formes essentielles de l’impérialisme capitaliste en ce qui concerne la classe ouvrière. Il s’agit de déterminer la part respective revenant à chaque fraction nationale du capital; il s’agit aussi de la capacité de chacune à former des alliances capitalistes dans le cadre d’une concurrence internationalisée…

Dans le mode de fonctionnement actuel du Capital, la classe dominante espagnole et catalane participe au processus d’accumulation capitaliste et de domination bourgeoise sur le travail salarié. Ce qui est en jeu, c’est fondamentalement la question de la quotité de pouvoir respectif ainsi que celle de la répartition du surplus de main-d’œuvre excédentaire.

La bourgeoisie catalane, si elle obtient son indépendance, veut laisser tomber la «partie économique», et donc le prix à payer pour ses responsabilités dans la domination conjointe catalano-espagnole du prolétariat d’Espagne. La bourgeoisie catalane veut utiliser «ses» propres ressources – qu’elle a amassées sur le dos des prolétaires – pour «ses» propres projets économiques dans le domaine des infrastructures, de la Recherche-Développement, des finances, etc. Elle veut avoir une plus grande capacité à gérer la partie visible et invisible du gâteau capitaliste face au «pouvoir madrilène» qu’il soit celui du Parti populaire ou du PSOE (et ajouterons-nous celui de Podemos s’il venait au pouvoir), jugé plus «corrompus» qu’elle… Elle veut disposer de plus de cordages et de solides nœuds coulants pour exercer librement le «dumping social» dans le domaine des relations inter-capitalistes, un monde de compétition sans pitié pour les capitaux les moins compétitifs et surtout les exploités, toujours plus pressurés et appauvris.

Pour le prolétariat il n’y a rien de positif à attendre de ce référendum ! Prolétaire! Tu ne dois soutenir ni l’un ni l’autre de ces nationalismes, espagnol ou catalan!


Ci-dessous l’analyse proposée en juin dernier par nos camarades de « Comunistas catalanes », du Parti Communiste des Peuples d’Espagne, au sujet du référendum organisé en Catalogne :

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http://www.pcrf-ic.fr/Referendum-en-Catalogne-la-position-du-PCPE

Référendum en Catalogne : la position du PCPE

Le Président de la Generalitat (Gouvernement autonome catalan, NDT) a concrétisé la date et la question du référendum sur l’indépendance de la Catalogne.

Face à ceci, nous exprimons nos réserves :

1. La classe ouvrière ne tire aucun profit du débat sur le type de gestion capitaliste ni sur les cadres dans lesquels celle-ci est structurée. Ce sont les différentes couches de la bourgeoisie qui, dans leur lutte permanente pour la répartition des fruits de notre travail, ont un intérêt dans cette bataille. Malheureusement, le manque de conscience et d’organisation de notre classe amène celle-ci à adopter des positions étrangères à leurs intérêts, qu’elles soient indépendantistes ou anti-indépendantistes. Aucune de ces deux options ne représente un futur souhaitable pour notre classe. Notre chemin est celui de l’indépendance de la classe ouvrière.

2. Ce référendum, avec des garanties et la possibilité d’appliquer le résultat, ne se produira pas. La recherche de recoins légaux pour réaliser le référendum est basée sur une illusion, celle qu’on vit dans un État démocratique où opère la séparation de pouvoirs. En réalité, nous vivons dans un État qui est l’outil de domination d’un bloc oligarchique-bourgeois et qui manient le monopole de la violence pour s’assurer ses intérêts. Les intérêts de cette oligarchie parasitaire ne passent pas par le support du processus indépendantiste, donc le processus est voué à l’échec, si cette classe n’est pas dégagée du pouvoir.

3. La recherche d’alliés internationaux pour atteindre l’objectif indépendantiste va contre la réalité. L’Espagne est un fidèle soutien des États au sommet de la chaîne impérialiste, contribuant à stabiliser des alliances interétatiques comme l’UE ou l’OTAN. Aucun de ces États n’est intéressé par l’affaiblissement et la rupture de l’Espagne. Il n’existe donc aucune base matérielle du support des principaux pays occidentaux au processus indépendantiste.

4. Les principales forces gouvernementales (Parti Populaire au gouvernement central et Junts pel Sí – Ensemble pour le oui en catalan, NDT – en Catalogne) ont un grand intérêt à maintenir vive la confrontation en termes nationaux, facilitant ainsi sa gestion et la paix sociale. Il est ainsi empêché que la classe ouvrière s’organise et lutte pour ses principales préoccupations comme le chômage, la précarité, la disparition des négociations collectives, les baisses des budget des services sociaux, etc.

5. Nous sommes alors dans un processus qui n’a aucune possibilité de triompher, mais qui est vivant grâce à son utilité. Communistes Catalans – PCPE appelle la classe ouvrière à ne pas lutter sous un drapeau étranger à elle, ni pour la cause indépendantiste ni, encore moins, contre elle. La seule voie que l’oligarchie nous montre pour appliquer le droit à l’autodétermination du peuple de Catalogne passe par l’unité de notre classe avec celle du reste de l’État pour abattre le pouvoir établi.

Notre chemin est celui de l’indépendance de la classe ouvrière !

Comunistas Catalanes – PCPE

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Nous relayons à nouveau un communiqué du groupe Unité Communiste appelant à la mobilisation contre la politique du gouvernement Macron/Philippe/Medef. Partout rejoignons les collectifs de mobilisation « Front Social » pour affirmer notre détermination.

Plus d’infos:

 http://infocomcgt.fr/

https://www.facebook.com/luttesinvisibles/


http://unitecommuniste.fr/france/974/

La mère de toutes les luttes commence.

L’élection d’Emmanuel Macron ne peut être accueillie avec joie par les travailleurs. L’arrivée d’une large majorité d’élus à sa solde ne constitue pas non plus une nouvelle favorable.

Les astres lui sont on-ne-peut plus favorables. Sa confrontation, au second tour, face à l’extrême-droite, lui a permis d’être élu avec une confortable longueur d’avance. L’effet d’engouement, aux législatives, lui apporte sur un plateau d’argent la majorité dont il a tant besoin. La bourgeoisie la plus rapace et la plus avide le voit comme sa parfaite machine de guerre, comme son soldat le plus zélé. Ce n’est pas pour rien qu’il est le héraut du syndicat des patrons : le MEDEF.

Les cinq années qui s’achèvent furent sous le signe de l’offensive débridée de la part des capitalistes : L’ANI, la loi El-Khormi, la loi Macron, la loi Fioraso… la liste est longue et fastidieuse. Le résultat, lui, est sans appel : la destruction de l’ensemble des protection sociales, gagnées de haute lutte, a été entamée. La succession de lois antisociales formait le plan de guerre de la bourgeoisie. la brèche est ouverte, elle ne se refermera pas sans combat.

Emmanuel Macron, est le maître d’oeuvre de l’offensive redoublée qui s’annonce : Le nouveau président ne l’a pas caché, il sera celui qui déchaînera le Blitz pendant l’été, gouvernant par ordonnances, avançant à marche forcée, saccageant ce que les travailleurs ont mis des années – des siècles – à0 obtenir. L’Assemblée, entre ses mains, applaudira.

Travail, santé, chômage. Voilà le triplé d’objectifs que veut frapper le nouveau porte-étendard des bourgeois.

Là où la loi El-Khomri se contentait d’inverser la hiérarchie des normes, de faire passer les accords d’entreprise au dessus des accords de branches sur la question du temps de travail, Macron va plus loin. Les nouvelles lois veulent l’étendre à des domaines tels que les salaires ou les conditions de travail. Cela signifie que le patronat, à force de pressions, peut obtenir de la part de ses employés une soumission totale.

La farce des référendum d’entreprises sert à atomiser les travailleurs, à les fragmenter, sous le faux prétexte de démocratie. Ces référendum ne sont des opérations ayant pour but de saboter toute lutte au sein des entreprises, de court-circuiter les syndicats, en somme d’effectuer un mise au pas des travailleurs.

Le plafonnement des indemnités de licenciement, là aussi, revient à faciliter la gestion de la masse salariale, à l’entier bénéfice des patrons. Un plafonnement à 10 mois de salaire, cela revient à un aumône de misère.

Quant à la Sécurité Sociale et l’Assurance Chômage, l’ambition est sans limite : dès le premier janvier, les versements de cotisations seront refondus dans une seule ligne de compte. Ce qui ne change rien en apparence change tout dans le fond : désormais l’Etat aura la haute main sur l’ensemble de cette manne financière et pourra la ventiler comme bon lui semble.

Le résultat de ces réformes : des travailleurs pauvres, corvéables à merci.
Une explosion de misère s’annonce, pour le bénéfice d’une clique de bandits.

Couronne d’épines pour le prince des patrons.

Derrière ces considérations sombres se profile une lutte terrible. Terrible tant pour les travailleurs que pour leurs exploiteurs.

Si les législatives ont donné la majorité à Macron est ses sbires, celle-ci demeure fragile. Le divorce entre les masses et la démocratie bourgeoise s’étend. 57 % d’abstentions parmi les inscrits; 61% en comptant les bulletins blancs ou nuls. Le rejet est intégral, tant des pions du patronat que des roquets qui prétendent incarner le peuple, que ceux-ci soient de droite ou de gauche.

Cette situation emmène à la croisée des chemins pour ceux et celles qui luttent :

Il est possible, désormais, de saisir cette opportunité pour exister comme un camp indépendant de la bourgeoisie, de ses institutions, de son ordre et de ses règles. Il est possible de clamer la légitimité de la rue, de l’extra-parlementarisme, de la vie réelle contre les tours d’ivoire.

Le rejet du crétinisme parlementaire, le rejet de la démagogie, le rejet de la démocratie pseudo-représentative ouvre une voie, celle de l’affirmation d’un pôle défendant le pouvoir populaire et la démocratie bourgeoise.

Si les progressistes et les révolutionnaires ne s’en saisissent pas, ce seront les fascistes, les réactionnaires qui s’en saisiront.

La bourgeoisie est consciente de sa faiblesse, elle se raidit et se durcit : l’état d’urgence est une arme dressée en priorité contre les travailleurs et contre les travailleuses. Elle est la lance mortelle grâce à laquelle le patronat veut écraser les mobilisations naissantes. L’Etat marche sur les piles de cadavres des victimes des attentats et s’en fait un prétexte : frapper les ouvrier, les ouvrières, les exploités et les opprimés. Défendre sa police, aussi, qui opprime, arrête, blesse, mutile et assassine. 

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La riposte à déjà commencé : Le Front Social est une des pierres pour organiser la lutte contre les ordonnances du nouveau pouvoir. Cet outil, durant un été qui s’annonce terrible, forme, avec les syndicats, le premier moyen de la lutte, unitaire, centralisée, contre l’offensive.

Macron va faire pleuvoir un feu roulant de réformes, d’attaques. Son gouvernement n’aura de cesse de frapper, jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il veut. Cette lutte ne doit pas épuiser les force combatives, elle doit au contraire les renforcer, les faire grandir, leur permettre de se hisser à la hauteur des enjeux.

L’Unité Communiste de Lyon appelle a rejoindre et à renforcer les Fronts Sociaux, partout au sein de l’Etat français. La lutte s’annonce âpre et difficile. Elle doit être victorieuse !

Plus un pas en arrière face au offensives du patronat !

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Le Front Social

Le Front Social est une coordination composée de syndicats, associations, collectifs, médias alternatifs, de militants, de femmes et d’hommes construisant la riposte à la politique libérale du président Macron et la convergence des luttes.

Le Front Social trouve son origine dans l’appel du 22 avril (https://goo.gl/BXMy3O), veille du premier tour de l’élection présidentielle, et dans la première manifestation du quinquennat Macron, le 8 mai dernier (https://goo.gl/jLd3dE).

 

LISTE DES ORGANISATIONS MEMBRES DU FRONT SOCIAL

 à Paris: Rassemblement sur le terre-plein de la Concorde, côté jardin des Tuileries (emplacement habituel de la grande roue). 

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D’ores et déjà, ce sont 25 rassemblements qui sont annoncées et d’autres sont en préparation :

::: LISTE DES RASSEMBLEMENTS : 

• Paris : 18h devant l’Assemblée nationale (accès par les stations de métro Concorde et Tuileries)

• Bordeaux : 18h place de la Victoire

• St Nazaire : 18h30 place de l’Amérique latine

• Lille : 18h place de la République

• Grenoble : 18h – 2 rue Gustave Flaubert

• Marseille : 18h aux Mobiles sur La Canebière

• Lisieux : 18h place Mitterrand

• Avignon : 18h Cours Jean Jaurès

• Nancy : 18h – Place Dombasle

• Perpignan : 18h Place de la Victoire

• Lyon : 18h Hôtel de Ville, Place de la Comédie

• Rouen : 18h au théâtre des Arts

• Strasbourg : 18h Place Kléber

• Le Mans : 18h Place de la République

• Gap : 19h Place Saint-Arnoux

• Bourges : 17h30 Rond-point de la Résistance

• Nantes : 18h place du Bouffay

• Toulouse : 18h Métro Jean Jaurès

• Montpellier : 19h Place de la Comédie

• Rennes : 17h Place de la République

• Guingamp : 18h sur le parvis de la Mairie

• Rodez : 18h Place Charles de Gaulle

• Bourges : 17h30 Rond point de la Résistance

• Saint-Brieuc : 18h square Allende

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#FrontSocial

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